La Gardien : Longue sera la Route

Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 10: Erreur de parcours.

La vibrolame tournoya et fendit l'air, précisément dirigée vers le cœur de sa cible, qu'elle atteignit, rapide comme l'éclair. Elle la traversa sans ralentir sa course pour aller se ficher dans le mur derrière.
-Et c'est toi qui vas payer la note du peintre ? fit une voix sarcastique.
Tusyl grogna une réponse et alla récupérer son arme. Il l'avait lancée avec une telle force qu'il dut tirer violemment pour la dégager du mur, créant une nouvelle entaille dans le plâtre à côté des vingt autres. Il alla se repositionner au centre de la chambre d'hôtel, secoua un peu ses appendices, et observa la projection holographique grandeur nature devant lui. Garen Muln. Boki l'avait identifié, comme promis. Il avait même trouvé un holo du Jedi dans des archives quelconques. Grand, séduisant, légèrement mystérieux, l'archétype même du Jedi haïssable. Il relança sa vibrolame, qui transperça encore la silhouette sobre du chevalier, puis il retourna la chercher sur le mur d'en face.
-Avec tout cet entraînement, tu as intérêt à ne pas le louper, ricana le chasseur de prime qui observait calmement la scène depuis le confortable fauteuil où il s'était assis.
Oh non il ne le louperait pas. Pas après ce qu'il avait fait. Il avait travaillé avec Swal pendant près de six ans pour qu'un gamin le balance d'un speeder en marche et mette un terme à une brillante équipe. Heureusement qu'ils avaient reçu l'ordre de l'éliminer, parce que de toute façon il avait décidé d'en finir avec lui à la première occasion. Il allait payer.
Il visa, lança son arme.
-Morveux, cracha-t-il au moment où la lame passait à travers la poitrine du Jedi.
-Allons allons, tu te fais du mal, sermonna Boki d'un ton faussement touché.
En fait, il semblait que peu de choses pouvaient réellement l'atteindre. Sous la coque dure de son armure, il était encore plus inébranlable, calculateur et froid qu'à l'extérieur. Finalement il était un allié de choix. Pas forcément de confiance, mais sacrément efficace. Tusyl se demandait toujours pourquoi il n'avait pas mis un terme à son contrat en tuant sa cible une bonne fois pour toutes. "Pour m'amuser," avait répondu le chasseur de prime. Il passait d'ailleurs beaucoup de temps à observer l'homme qu'il devait abattre, il s'absentait pendant des heures entières, mais revenait toujours à temps pour leur donner un coup de main.
L'amphibien allait relancer sa vibrolame quand la porte de la suite s'ouvrit, révélant Exe Colmun qui entra d'un pas sûr et alla s'asseoir sur le grand canapé, non pas sans avoir considéré les profondes encoches dans le mur d'un œil mécontent.
-Je viens de parler à notre employeur, et je lui ai confirmé que les Jedi n'avaient pas encore l'holocron, commença-t-il brusquement. J'espère que j'ai eu raison de lui dire.
-Absolument, répondit Boki, tout d'un coup parfaitement sérieux. L'holocron ne se trouvait pas dans cette salle souterraine.
-Ca vous l'avez déjà dit, interrompit Colmun d'un ton hautain. Maintenant j'aimerais que vous m'expliquiez ce qui vous le fait affirmer de la sorte.
Le chasseur de prime se leva et se planta devant la fenêtre, prenant soin de se redresser en une posture intimidante.
-Il manquait des blocs sur les étagères. Et ça m'étonnerait qu'ils les aient pris comme livres de chevet. Ca ne peut vouloir dire qu'une chose : ils y cherchent des indices pour retrouver l'holocron.
-Bien, concéda l'inspecteur à contre-cœur. Et que proposez-vous de faire pour le retrouver avant eux ?
-Il me semble que votre employeur vous a donné le numéro d'un contact, non ? fit Boki, condescendant. Pourquoi ne pas vous en servir ?
Tusyl émit une espèce de caquètement qu'il s'empressa de dissimuler.
-Oui bon…, conclut Colmun avec un geste de la main. Ce n'est pas pour ça que j'étais rentré. J'ai parlé avec le directeur de FrameCorp. Vous pouvez y aller ce soir, discrètement. Ateliers R-34 et 35. Si vous les sabotez ça ne devrait pas trop ralentir la production.
-Et si on rencontre une certaine résistance sur les lieux ? s'enquit Boki, toujours aussi calme.
L'inspecteur républicain considéra les deux hommes un instant avant de répondre.
-Nous avons carte blanche pour passer à l'étape suivante, la secte ne cède pas d'un pouce et il faut accélérer la manœuvre. Permission de supprimer tout obstacle. Vous serez couverts.
Le chasseur de prime sourit sous son casque.
-C'est comme si c'était fait.


~*~


La fin du mois avait fini par arriver. Depuis l'ouverture des nouveaux locaux, les équipes de nuit n'avaient encore bénéficié d'aucun congé, et il était plus que temps pour les ouvriers de profiter d'un repos bien mérité. Le dernier atelier en activité de FrameCorp venait juste de terminer son quota de production, après un petit retard occasionné par une panne en cours d'après-midi. Le chef d'équipe, Tysengad Orinon, vérifiait que tous les ouvriers à sa charge avaient pointé leur départ et rangé leurs divers outils, que les postes étaient plus ou moins nettoyés, et sachant que personne ne viendrait les relayer pour la nuit, coupa l'alimentation de sa ligne. Les puissants néons s'éteignirent, et bientôt tout le secteur ne se trouvait plus éclairé que par quelques veilleuses de sécurité à peine assez lumineuses pour permettre de voir devant soi. Orinon rejoignit les vestiaires, se changea en étouffant quelques bâillements, attrapa son sac avec ses affaires, et quitta l'usine d'un pas léger tandis que des nuages violets porteurs de pluie rayaient le ciel bleu d'encre, poussés par un vent froid chargé de résine, et que le soleil disparaissait derrière le mont Benicas. Il s'arrêta pour inspirer dans la fraîcheur du soir avant de repartir en direction de son speeder garé non loin de là, le long de la rive du fleuve.
Il n'avait pas vu les deux silhouettes minces et agiles qui s'étaient déplacées furtivement le long de la façade, aussi fluides et fugitives que des ombres occultes, et qui s'étaient arrêtées un instant pour faire un vague geste hypnotisant dans sa direction quand ses yeux s'étaient posés sur elles. Non, il n'avait décidément rien vu, même si quelque chose en lui essayait de lui dire le contraire. Il était simplement temps pour lui de rentrer à la maison avant que les fines gouttelettes qui commençaient à tomber ne se transforment en averse.
Et pendant ce temps, ces ombres qu'il n'avait pas vues se remettaient à avancer, rapidement, sans un bruit, sans un souffle, aussi discrètes qu'une brise légère, et se faufilèrent par une petite issue. Un simple battement de paupières et le spectateur le plus attentif ne les aurait pas remarquées. Parfaitement synchronisées, elles progressèrent à pas feutrés le long d'un premier corridor puis se séparèrent sans même s'être concertées à haute voix pour se dissimuler aux coins d'une intersection le temps qu'un surveillant à moitié endormi passe son chemin. Les deux silhouettes, l'une drapée d'un long manteau sombre et épais, l'autre d'un simple uniforme en cuir, reprirent ensemble leur marche silencieuse à travers les dédales du bâtiment, ne prenant jamais le temps d'échanger une parole ou même un murmure. Côte à côte, les deux hommes avaient la même démarche sûre, mesurée, les mêmes gestes calculés, leur regard occulté par des voiles d'ombre plus perçant et intelligent que celui du meilleur prédateur.
Discrets et efficaces, ils traversèrent les ateliers sombres en un éclair, sans jamais hésiter aux intersections, comme guidés par un sixième sens étonnant. Ils arrivèrent enfin au niveau des bureaux, dans la partie du bâtiment qui surplombait le fleuve à une cinquantaine de mètres plus bas. L'une des deux ombres, qui s'étaient arrêtées devant une épaisse porte en transparacier, sortit lestement une petite carte électronique avant de la passer dans l'identificateur qui verrouillait l'entrée. Un voyant passa au vert, il y eut un déclic, et la porte coulissa. Les intrus s'infiltrèrent dans la pièce et s'y enfermèrent après avoir vérifié que les systèmes de sécurité étaient sagement restés en stand-by.
-La ronde est déjà passée ici, déclara le plus grand des deux hommes en rattachant sa queue de cheval d'un air désinvolte.
-On va donc pouvoir commencer, répondit le deuxième en s'asseyant devant un terminal de données qu'il alluma rapidement. Où doit-on chercher en premier à ton avis ?
Garen Muln tira un siège stylisé en métal posé sur des roulettes et s'installa à côté de son compagnon, concentré.
-Aucune idée. Regarde déjà la production.
Obi-Wan fit le tri entre les différents dossiers informatiques et examina attentivement les rapports.
-Où vont tous ces transports ? se demanda-t-il à voix haute. Cinq cents véhicules lourds fabriqués chaque jour.
Garen, occupé à pianoter sur un deuxième terminal, ne leva pas les yeux de son écran quand il répondit.
-Aucun Cynelère n'en achèterait, et je ne trouve aucun fichier concernant une éventuelle exportation.
-Tout ça serait donc stocké ? Mais où ? Pourquoi ? Pour qui ?
-Je vais essayer de taper directement dans la banque de données. Après une recherche exhaustive on y trouvera peut-être une raison logique. Le tout est d'arriver à la transférer sur le serveur de Calaghin. Je pourrai la récupérer et l'analyser en profondeur.
Obi-Wan Kenobi hocha la tête en faisant défiler des chiffres sur son écran. Il avait mis le doigt sur des fichiers encodés dont il venait de réussir à contourner la sécurité.
-Regarde ces relevés bancaires, fit-il en un murmure de stupéfaction.
Garen se pencha vers lui et ouvrit de grands yeux.
-Bon sang ! D'où viennent tous ces crédits ? Et… Pourquoi une entreprise comme celle-ci irait financer la campagne d'un sénateur ?
-Bonne question.
Obi-Wan recommença à descendre le long de l'écran, et son souffle se coupa un instant lorsqu'il reconnut un sigle bien familier qui l'avait hanté pendant une bonne partie de son adolescence. Une planète rouge sang à l'intérieur d'un triangle. Sur cette planète, à la place du vaisseau stylisé qui y était autrefois dessiné, se trouvait un arc de cercle brisé. Le jeune Jedi ferma les yeux quelques secondes, revoyant avec une netteté effrayante la grande silhouette, les longs cheveux noirs, les yeux bleu foncé cruels et froids, l'ignoble cicatrice causée par la brûlure d'un anneau brisé sur une joue autrement parfaite…
Il frissonna et rouvrit les yeux, contemplant le symbole avec une terrible appréhension vieille de dix ans.
-Et en voilà encore une meilleure, reprit-il en le désignant lorsqu'il s'en sentit la force.
Garen tourna la tête vers l'écran et reconnut le sigle à son tour.
-Offworld ? s'écria-t-il. La compagnie de feu Xanatos de Telos ? Je croyais qu'elle avait disparu avec lui…
-Oui, moi aussi. De toute évidence on s'est trompés. La question est : qui l'a reprise à la mort de Xanatos ? Et regarde. Là encore, un autre transfert. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Garen s'adossa à sa chaise avec un soupir. Il se sentait complètement perdu.
-Mon vieux Obi-Wan, je crois qu'on a décroché le pactole. Mais quel intérêt commun ont toutes ces compagnies liées à FrameCorp ? s'étonna-t-il en enregistrant un à un les noms sur une carte.
-Ou plutôt qui a un intérêt dans chacune de ces compagnies ? corrigea Kenobi. Les fonds ont tous la même origine. Evidemment c'est crypté. Payé sous X…
-Eh oui mais qui est ce X ?
-Voilà ce que nous devons trouver.
-Qui dispose d'une assez grande fortune pour financer tout ça ? essayait de réfléchir Garen.
-A cette échelle ça ne relève plus de grandes fortunes, mais probablement de détournements de fonds gigantesques.
Muln marqua une pause alors que les données continuaient de défiler.
-Dans quoi est-ce qu'on s'est empêtrés ? souffla-t-il, les yeux fixés sur l'écran.
-Il n'y a pas que nous. Ca concerne toute la République. Et le conseil doit en être informé.
Soudain le regard d'Obi-Wan fut attiré vers l'une des caméras de surveillance disposées au-dessus des moniteurs sur les bureaux. Il fronça à peine les sourcils, conférant ainsi à son visage sérieux une touche d'inquiétude distinguée, et pianota sur quelques touches afin de trouver le secteur concerné.
-Il y a de l'activité dans les ateliers R-34 et R-35, déclara-t-il.
Garen suivit son regard.
-Ca ne peut pas être la ronde de surveillance, ils sont dans le secteur M-20 en ce moment, dit-il en secouant la tête.
-Je vais voir ce que c'est. Reste ici.
Son ami le considéra un instant, puis finit par hocher la tête.
-D'accord. Moi pendant ce temps je vais essayer de mettre tout ça sur une carte. Une fois de retour j'arriverai peut-être à cracker les codes et décrypter les infos.
-On reste en contact, lança Obi-Wan avant de sortir du bureau.
Ils sourirent tous les deux en se disant qu'à présent, ils y arriveraient parfaitement sans l'aide de comlink.
Kenobi se glissa silencieusement le long du couloir sombre en face de lui, les sens en éveil, tout en maudissant sa mauvaise maîtrise de la Force. Il tenta de sonder l'intérieur de l'énorme salle dans laquelle se trouvaient les ateliers R-34 et 35, chercha des traces de signatures psychiques, mais ne parvint qu'à relancer ses maux de tête. Il renonça donc à se servir de la perception accrue qu'aurait pu lui fournir la Force et avança. Le secteur se trouvait tout au bout du bâtiment surplombant le fleuve et était encadré de longues baies vitrées contre lesquelles battait furieusement la pluie qui s'était décidée à tomber. La salle au plafond relativement haut était plongée dans l'obscurité, les silhouettes noires des différentes machines aux bras repliés ressemblaient à des insectes endormis mais mortellement dangereux ; les passerelles au-dessus remplies de caisses métalliques dominaient le Jedi et rendaient l'atmosphère oppressante.
Il tourna la tête vers les larges carreaux à sa droite. L'eau coulait sans arrêt contre le verre, le martèlement agressif des grosses gouttes battant comme un écho aux élancements sous ses tempes. Il sursauta presque quand à sa gauche un éclair fendit le ciel qu'il pouvait voir à travers la baie. A droite cette fois un morceau de métal tomba au sol. Il essaya de ralentir sa respiration, de retrouver son calme intérieur. Le tonnerre claqua, puis continua en un grondement grave qu'il ressentit jusque dans ses os.
Une ombre passa à sa gauche, et il y eut un reflet lumineux quelque part devant lui. Il allait attraper son sabre quand il sentit, trop tard, une présence derrière lui. Il n'eut pas le temps de se retourner, car un objet dur - sans doute la crosse d'un blaster, songea-t-il avant de tomber - s'abattit brutalement à la base de sa nuque. Le coup fut assez fort pour l'assommer, et il s'écroula en une seconde en travers d'un ensemble de barres de fer.
Pendant quelques instants il n'y eut aucun mouvement à part celui de la pluie torrentielle qui se déchaînait à l'extérieur et tapait obstinément sur les vitres, et les brefs flashs provoqués par les éclairs. Les nuages couraient rapidement dans le ciel, et par moments, des rayons de lune blanche se faufilaient pour révéler les filets d'argent de la pluie. L'un de ces voiles de lumière pâle apparut pendant une ou deux secondes et caressa brièvement le visage devenu paisible du chevalier inconscient qui gisait par terre dans une position inconfortable, avant d'être de nouveau dissimulé par un groupe de nuages noirs.
Un nouvel éclair zébra l'air près d'une fenêtre, et l'armure compacte du chasseur de prime apparut. Boki observa sa proie encore un moment, comme pour essayer de décider si l'heure était venue de cesser de jouer, puis finit par dégainer le dernier modèle de blaster à répétition qui ornait sa cuisse. Il pointa le canon sur le front du Jedi, puis changea d'avis et le visa au cœur. Son employeur avait bien précisé qu'il voulait la tête, intacte si possible. Le gant, dont l'extérieur était recouvert de métal et l'intérieur de cuir solide, se resserra sur la gâchette. Et il tira.
Le laser fila vers la poitrine du jeune homme, mais ne l'atteignit jamais : comme tombée du ciel, ou en l'occurrence d'une passerelle plus haut, une lame vive de couleur violette s'interposa au dernier moment et renvoya le tir vers la gauche, où il alla creuser un impact contre une machine quelconque.
Garen Muln jeta rapidement un œil sur son ami et le sonda avec la Force. Soulagé de constater qu'il n'était pas gravement blessé, il se redressa et tourna un regard à la fois menaçant et impétueux sur le chasseur de prime qui s'était déjà remis de sa surprise et s'apprêtait à s'engager dans un combat qu'il semblait attendre avec impatience. Le jeune Jedi, lui, prit son sabre à deux mains et lui envoya un sourire provocateur.
-Aucun assassin ne peut l'approcher sans demande par écrit en trois exemplaires et entretien préliminaire avec moi, lâcha-t-il. Mais je vous fais une fleur, on peut tout de suite passer à la partie orale.
-Très touché, rit Boki de sa voix altérée par son casque.
Il rangea son blaster avec soin sous les yeux méfiants de Garen, puis passa une main dans son dos. Le jeune chevalier se tenait toujours en garde entre son ami et le chasseur de prime, attentif à ses moindres gestes, prêt à protéger Obi-Wan au péril de sa vie. Boki ramena son bras gauche vers l'avant, et un laser se déplia en un éclair, tel une mèche de feu. Garen écarquilla les yeux de stupéfaction en reconnaissant l'arme comme il n'en avait jamais vu auparavant mais dont Obi-Wan lui avait parlé autrefois. Seule Ona Nobis en avait possédé un à leur connaissance.
Satisfait de son effet de surprise, Boki fit claquer une fois son fouet laser, et Garen aurait juré l'avoir vu sourire sous son casque quand il se remit en position de combat et le fit tournoyer vers lui. Il évita la morsure brûlante de l'arme en effectuant une roulade sur le côté et se releva aussi sec, encore troublé par son adversaire. Le choix de son arme avait été judicieux. Il était facile de venir à bout d'un simple blaster, il suffisait d'intercepter les lasers et de les renvoyer à la source ; souvent le combat était fini avant même d'avoir réellement commencé. Un fouet laser était une tout autre histoire, Garen l'apprenait à ses dépends. Son sabre ne lui était presque d'aucune utilité.
Boki tournait sur lui-même avec une grâce que le Jedi n'aurait pas suspectée en voyant l'imposante masse que formait l'armure en métal. Et pourtant son adversaire, qui avait de toute évidence un certain entraînement, enchaînait les coups latéraux à une vitesse incroyable. Il esquivait du mieux qu'il pouvait, mais au bout d'un moment la mèche rougeoyante du fouet parvint tout de même à l'atteindre. Elle le frappa douloureusement sur le côté, au niveau du bras, et s'enroula autour de ses omoplates. Il redressa son sabre juste à temps pour éviter de se faire capturer pour de bon, et se débarrassa de la corde laser avec une parade improvisée. Il effectua un salto arrière, atterrit gracieusement à quelques mètres de là, et fut étonné de constater qu'il n'avait pas été brûlé par le contact. Le fouet avait été réglé sur la puissance minimale, afin de lui permettre de blesser sans pour autant découper la victime en deux.
Garen secoua la tête tandis que le chasseur de prime revenait à l'attaque, sûr de lui. Il ne pourrait pas tenir indéfiniment de cette façon. Il avait la désagréable impression de n'être qu'un jouet avec lequel s'amusait son ennemi. Il devait se débarrasser de ce fouet. Boki fit tourner son arme dans les airs, puis claquer à plusieurs reprises pour intimider le Jedi, qui ne se laissait pas impressionner aussi facilement, et enfin l'abattit une nouvelle fois dans sa direction. Sans même réfléchir, Garen leva automatiquement son sabre dans un geste défensif et ne put que constater avec effarement son erreur. Le fouet s'enroula rapidement autour de la lame, Boki tira d'un coup sec et victorieux, arrachant le sabre des mains du Jedi, et l'envoya au fin fond de l'atelier, dans un coin sombre.
Muln n'eut pas le temps de le rappeler à lui avec l'aide de la Force, car le fouet revint immédiatement après et l'attrapa aux poignets, lui liant efficacement les mains. S'il n'avait trop souffert du contact du laser à travers ses vêtements, sa morsure à même la peau était insupportable. Il poussa malgré lui un cri de douleur en sentant sa chair entamée par le long rayon lumineux, et s'apprêtait à riposter en un corps à corps lorsqu'il perçut une nouvelle présence derrière lui. Quelqu'un avait attendu et observé dans l'ombre pendant tout ce temps. Il perçut le tir de blaster une fraction de seconde avant qu'il ne fût parti et se baissa instinctivement avant de se retourner et d'envoyer à l'aveuglette un coup de pied à revers. Il ne reconnut l'assistant républicain amphibien que quand il le vit tomber en arrière, désorienté.
Pendant ce temps, le tir avait poursuivi sa route et s'était répercuté sur le fouet laser que Boki avait levé devant lui, pour finir par se planter dans la chaîne qui retenait deux tonneaux un peu plus loin. Les lourds objets furent ainsi libérés et roulèrent en direction des deux hommes qui étaient sur le point de reprendre leur affrontement. Avant même que l'un d'eux pût bouger, les tonneaux percutèrent Boki et l'entraînèrent avec eux vers la baie vitrée derrière lui. Il fut projeté à travers la vitre qui se fracassa instantanément, et tomba dans le vide. Garen, toujours fermement attaché, fut forcé de suivre mais parvint à échapper à la chute en se calant contre une machine. Le fouet se tendit, et Garen cria de nouveau en sentant le poids de son adversaire tirer de plus belle sur ses poignets déjà blessés. Il ferma les yeux une seconde, serra les dents, puis se ressaisit et essaya de faire le bilan de la situation.
Sa liberté de mouvement était plus que restreinte. Quand l'amphibien reprendrait ses esprits et arriverait à son niveau, il n'aurait absolument aucun moyen de se défendre. Il n'y avait rien dans cet atelier qu'il aurait pu lui jeter dessus avec l'aide de la Force, et résister au fardeau qui l'attirait à travers la fenêtre brisée lui prenait trop de concentration pour lui permettre quoi que ce fût d'autre. Il tenta de délier mentalement le laser qui lui serrait douloureusement les poignets, mais le flux d'énergie était bien trop aléatoire pour qu'il parvienne à le maîtriser. Il ne lui restait donc qu'une seule chance.
//Obi-Wan// appela-t-il silencieusement.
Il tourna la tête autant qu'il put et vit son agresseur amphibien se relever et rengainer son blaster, pour sortir une vibrolame avec un sourire cruel rendu hideux par le sang noir qui avait coulé sur son menton après le coup porté par Garen.
//Obi-Wan aide-moi//
Le jeune homme pouvait sentir son ami juste à la limite de la conscience. Mais pendant le temps précieux qu'il prenait pour refaire surface, Tusyl avançait toujours, faisant tourner sa vibrolame entre ses doigts palmés, fermement décidé à déguster sa vengeance.
A quelques mètres au-dessous d'eux, la pluie commençait à court-circuiter le fouet laser du chasseur de prime qui regarda le fleuve bouillonnant cinquante mètres plus bas, noir et agité, et raffermit sa prise sur le manche de son arme. Il allait tomber, mais il retiendrait le Jedi assez longtemps pour permettre à son collègue d'en venir à bout.
Tandis que les secondes se faisaient horriblement interminables, Garen, impuissant, ne pouvait qu'observer son bourreau continuer sa lente progression vers lui.
//Obi-Wan !// persévérait-il, son cœur cognant à tout rompre.
Et enfin, son compagnon sembla reprendre connaissance. Il le sentit émerger avec une pointe de soulagement. Il le vit ouvrir les yeux pendant que l'amphibien faisait encore un pas vers lui et que le manche du fouet laser grésilla encore. Obi-Wan se redressa, désorienté ; Tusyl fit encore un pas. Ce sourire ensanglanté… Les bras de Garen commençaient à trembler d'épuisement. Un autre pas. Obi-Wan leva les yeux et son expression se fit horrifiée lorsqu'il réalisa la situation. Le fouet grésilla, menaça de s'éteindre. Encore un pas. Le poids au bout de ses bras se faisait plus douloureux.
Et soudain, tout arriva en une seconde. Obi-Wan alluma son sabre en s'élançant en avant, le laser autour des poignets de Garen se désactiva, laissant tomber le chasseur de prime vers l'eau agitée du fleuve. Garen se retourna, l'amphibien abattit sa lame, juste avant de se faire transpercer par l'épée bleue lumineuse d'Obi-Wan.
Les trois combattants se figèrent en même temps, la surprise se mêlant à l'incompréhension, jusqu'à ce que l'amphibien ne s'écroule comme un bloc de béton, la blessure causée par le sabre cautérisée sur l'instant, et impitoyablement mortelle. Obi-Wan le vit tomber, regrettant d'avoir dû tuer, mais il fronça les sourcils en s'apercevant que la vibrolame que le cadavre tenait toujours était recouverte de sang.
C'est alors que Garen Muln bascula, rattrapé au dernier moment par Obi-Wan qui l'allongea sur le sol par réflexe. L'arme du mercenaire avait atteint sa cible, il n'avait pas été assez rapide. Une longue et profonde entaille avait été infligée juste au-dessus des dernières côtes de Garen et déversait déjà une quantité de sang impressionnante.
Sans prendre le temps d'y réfléchir, Obi-Wan pressa fermement ses mains sur la blessure, terrifié par la chaleur du liquide vital qui ne cessait de couler. Il lutta contre l'énorme nœud qui lui serrait la gorge et ouvrit la bouche.
-Garen, appela-t-il afin de s'assurer que son ami était conscient.
-Tu peux pas savoir comme je dérouille, répliqua celui-ci d'un ton qui se voulait léger.
Mais la douleur dans sa voix tremblotante ne trompait pas Obi-Wan, qui essayait de maîtriser l'hémorragie par le biais de la Force.
-C'est le moment ou jamais de montrer ta légendaire résistance, lança-t-il, mais la phrase tomba à plat.
-Obi, gémit la voix plaintive de Garen. S'il te reste une once d'humanité à mon égard, achève-moi, tu es en train de me massacrer.
Kenobi dut lâcher un petit rire nerveux, et malgré la douleur, Garen fut heureux de cette maigre consolation.
-Continue de te plaindre et j'envisagerai sérieusement cette solution, lui renvoya-t-il.
Il pressait avec vigueur, sachant qu'il rendait plus difficile encore la respiration laborieuse de son ami. La Force lui échappait toujours. Il en attrapait des tendons et les dirigeait vers Garen, mais sa concentration était inlassablement brisée par sa migraine permanente, sans parler du coup qu'il avait reçu, et ses efforts ne le menaient à rien. Son impuissance lui fit monter des larmes de frustration et de peur qu'il ne s'autorisa pas à laisser couler. Il risqua un coup d'œil vers le visage de Garen en entendant son souffle se faire plus rauque et irrégulier, et sa terrible pâleur ne l'effraya que davantage. Il avait vu et soigné plus d'un blessé dans sa vie, souvent même Qui-Gon, mais voir son meilleur ami dans cet état, lui qui était d'habitude si vif et enjoué, le déstabilisait étrangement.
-Obi-Wan…
La voix de Garen n'était plus qu'un murmure, le jeune homme perdait peu à peu le combat qu'il menait pour rester conscient. Ses yeux noisettes commençaient déjà à se refermer.
-Ramène-moi à Calaghin, prononça-t-il avec difficulté.
-Qu'est-ce que tu racontes ? s'exclama Obi-Wan. L'hôpital de Biha est à moins d'un kilomètre !
-Non…, coupa Muln. Calaghin… Fais ce que je te dis…
"Il ne tiendra pas, il ne tiendra pas," répétait une voix insistante dans la tête d'Obi-Wan.
Une chose était sûre : ils ne pouvaient pas rester dans l'usine. Il sentit Garen perdre connaissance et sa signature psychique s'estomper légèrement. A court de solutions, Kenobi survola la pièce du regard, récupéra le sabre laser de son ami, et se concentra encore sur le saignement qui commençait enfin à ralentir. Il passa un bras sous la nuque de Garen, puis l'autre sous ses genoux, et se releva péniblement. Puis il se mit à courir aussi vite qu'il put en direction de la sortie, essayant de ne pas penser au fait que le corps de son meilleur ami ne semblait plus qu'un poids mort dans ses bras.


~*~


Onice retira sa veste en entrant dans le petit bâtiment qui se trouvait légèrement à l'écart du centre de Calaghin, et la posa négligemment sur un fauteuil à l'entrée. Elle poussa un soupir contrarié en se passant les mains sur le visage avec lassitude. La petite salle était déserte, la vitre protégeant le comptoir de l'accueil rabattue pour la nuit, les derniers visiteurs - peu nombreux - étaient repartis depuis bien longtemps, et les lumières étaient baissées au minimum. La plante grimpante posée dans le coin entre deux sièges ne parvenait pas à faire oublier cette odeur typique de désinfectant qui lui donnait la nausée, transportant avec elle autant de pénibles souvenirs d'autres séjours dans des lieux similaires.
L'un des battants de la porte à sa gauche s'ouvrit doucement, et elle se tourna pour voir de qui il s'agissait. Son regard plein d'espoir ne put afficher qu'une triste déception en reconnaissant Anakin Skywalker. Le garçon leva la tête, et elle se rendit compte qu'ils devaient avoir l'air aussi épuisés l'un que l'autre.
-Il est toujours là ? murmura-t-elle.
Anakin hocha la tête.
-Il ne veut pas bouger.
Elle resta silencieuse un instant, puis alla posa sa main sur l'épaule du garçon.
-Rentre à la maison. Tu as besoin de sommeil. Ca va aller.
Il cligna des yeux plusieurs fois pour essayer de mettre de l'ordre dans ses idées, mais lorsqu'un bâillement se fraya un chemin à la surface et manqua de lui décrocher la mâchoire, il finit par admettre qu'il n'y avait rien de mieux à faire pour lui. Il la salua donc et sortit en traînant les pieds.
Onice refit face à la porte, puis avança et poussa un battant avant de regarder à l'intérieur de la pièce intermédiaire. Elle pinça les lèvres avec chagrin en trouvant Obi-Wan toujours assis au même endroit que quatre heures plus tôt, ses yeux anéantis toujours fixés sur une autre porte en face de lui. Il ne bougea pas lorsqu'elle s'assit à côté de lui et passa un bras autour de ses épaules.
-Obi-Wan…, chuchota-t-elle doucement. Tu ne peux pas rester là indéfiniment. Ca pourrait durer encore longtemps. Et… regarde-toi… Tu ne vas pas rester comme ça ?
Le jeune homme baissa lentement les yeux et vit que sa tunique portait une large tache rouge sombre qui tournait de plus en plus au marron, et ses mains… Ses mains jointes étaient encore couvertes de sang qui avait coagulé depuis qu'il était arrivé, et avait séché, se craquelant par endroits. Il sentait encore la chaleur de la substance visqueuse qui s'était répandue sur ses doigts tremblants. L'odeur métallique lui inondait encore les narines.
-Je ne peux pas…, dit-il d'une voix rauque.
Elle hocha la tête et le prit dans ses bras.
-Je comprends.
Ils restèrent donc assis l'un contre l'autre dans l'attente de nouvelles auxquelles ils ne savaient pas comment se préparer, envisageant le pire, espérant le meilleur. Partager la peine et l'inquiétude était tout ce qu'ils pouvaient faire.
-Il m'a demandé de le ramener ici, murmura Obi-Wan au bout de quelques minutes.
C'était le meilleur moyen qu'il avait trouvé pour exprimer la culpabilité qu'il ressentait pour avoir accepté de retarder l'hospitalisation de son ami. Mais Onice ne sut pas quoi lui répondre. Que devait-elle dire ? Que cette manière qu'avaient les Jedi de faire passer la bonne marche de leur mission avant leur vie était logique et bien fondée ?
-C'était sa décision, fit-elle enfin. Tu n'as pas à te le reprocher.
Mais il savait pertinemment ce qu'il en était. S'il ne s'était pas laissé surprendre comme un initié dès le début il ne serait pas là en ce moment. C'était son incompétence qui était sur le point de coûter la vie à l'une des personnes les plus précieuses pour lui. Que faisait-il avec le titre de chevalier Jedi quand il ne parvenait pas à venir à bout de deux saboteurs, et pire encore, quand la Force ne lui obéissait plus qu'une fois sur deux ?
Il fronça les sourcils. Il était d'ailleurs étrange de constater à quelle vitesse sa maîtrise de la Force avait diminué depuis son arrivée sur Cynele III. Avant, sa connexion avait été hésitante, souvent douloureuse, et il s'était efforcé de ne pas trop s'en servir, mais depuis quelques jours il ne contrôlait presque plus rien à l'exception de son lien avec Garen. Etait-il possible que quelque chose sur cette lune interférait entre l'énergie bénéfique et lui ?…
Il ne prit jamais la peine de terminer ce raisonnement, car à cet instant la porte s'ouvrit et le chirurgien, un jeune Devaronien à l'œil vif et à la démarche sûre, entra dans la salle d'attente. Obi-Wan bondit sur ses pieds, rapidement imité par Onice, et attendit aussi calmement qu'il put.
-Il va s'en sortir, dit le spécialiste.
Ce furent ses premiers mots, et sans doute les seuls que le jeune Jedi entendit réellement. Il poursuivit néanmoins.
-Il a eu beaucoup de chance, le coup de vibrolame en lui-même n'avait pas sévèrement atteint les organes. L'importante perte de sang était le plus inquiétant, mais une transfusion a rapidement limité les dégâts. Nous l'avons soigné comme nous pouvions, puis immergé dans un caisson bacta.
Obi-Wan relâcha un souffle qu'il semblait avoir inconsciemment retenu pendant toutes ces heures, et il se sentit non seulement incroyablement soulagé, mais également vidé. La tension dans ses muscles diminua d'un seul coup, les sons se firent étrangement lointains et sa tête légère. Il vacilla, et fut rattrapé par Onice qui l'aida à s'asseoir de nouveau. La voix de la jeune femme lui parvint comme à travers plusieurs couches de coton.
-Quelqu'un pourrait-il l'examiner ?
-Oui, je vais le faire tant que je suis là.
Obi-Wan se laissa guider vers une salle adjacente, mais il ne se sentait plus concerné. Garen allait survivre, et pour le moment c'était tout ce qui importait.


~*~





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