La Gardien : Longue sera la Route

Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 11: Détermination

Le club commençait à peine à se vider, alors que le soleil entamait sa lente progression entre les grands immeubles de Biha. Le groupe de jazz reprenait quelques mélodies en sourdine, accompagné par une chanteuse qui venait se produire une fois par semaine. Sa voix grave et trémulante imprégnait l'atmosphère d'une douce mélancolie avec un talent qui n'était pas assez reconnu par les nombreux clients pris de torpeur soit en raison de leur grande consommation d'alcool, ou de leur sommeil en retard. L'ensemble de la salle était extrêmement calme, les rares discussions se faisaient presque à voix basse. Le fait était que la plupart des consommateurs voulaient rentrer chez eux après la longue nuit, mais personne n'avait le courage de se mettre sur ses pieds, se demandant s'ils arriveraient à atteindre ne fût-ce que la porte.
Lou Rhara était habituée à cette ambiance endormie des fins de nuit, c'était elle qui devait souvent se charger de mettre les derniers clients à la porte. L'essentiel était de les faire sortir afin de pouvoir fermer. S'ils s'affalaient ensuite sur le trottoir directement devant le club, ça ne la regardait pas et ça lui était égal. Elle s'accouda au bar un instant et regarda sans réel intérêt la retransmission d'une course de modules sur l'écran mural.
-Longue nuit, Lou ? fit le barman en rangeant quelques bouteilles que personne ne commanderait plus aujourd'hui.
-Ne m'en parle pas, répondit-elle en appuyant sa tête sur sa main. Vivement que ce soit l'heure…
L'homme derrière le comptoir sourit d'un air compréhensif et se servit un verre d'eau.
-Et toi, Huves ? Pressé de rentrer ?
-Si c'est pour retrouver la mégère qui me sert de femme… Pas vraiment, non, avoua-t-il en haussant les épaules. Mais je me suis résigné.
Elle commença à rire, mais s'arrêta vite en voyant la porte d'entrée s'ouvrir sur deux hommes.
-Oh c'est pas vrai, grogna-t-elle. Il faut toujours qu'il y en ait qui arrivent avant la fermeture.
-Ce serait pas le beau-frère de Moch Nuben ?
-Si… et l'autre est le président adjoint de la "lutte".
Huves secoua la tête d'un air méprisant.
-Une belle bande de xénophobes. Je suppose qu'ils vont retrouver leur copain à la table huit. A se demander ce que le culte a bien pu leur faire.
Lou observa les deux hommes à présent attablés avec un troisième qui lui firent signe pour passer une commande.
-Il les a simplement ignorés, lâcha-t-elle en se dirigeant vers eux à contre-cœur.
Elle étala son meilleur sourire artificiel en travers de son visage et s'approcha d'eux avec le déhanchement qu'elle s'était longtemps entraînée à avoir.
-Messieurs, qu'est-ce que je vous sers ?
-Un Deuterium-pyro pour moi, répondit le plus petit des trois sans même la regarder.
Elle ravala son horripilation et en prit note.
-Je prendrai un caf, fit le beau-frère de Moch Nuben, qui ressemblait trop au politicien extrémiste à son goût.
Le troisième, qui était arrivé au club bien longtemps avant, ne voulut rien commander. Lou repartit donc au bar et se fit verser les deux boissons, puis retourna les servir. Le temps qu'ils déposent les crédits sur la table, elle ne put s'empêcher d'entendre des fragments de leur conversation.
-Je te le dis, c'est Moch qui me l'a appris tout à l'heure. Il paraît que le deuxième assistant républicain a été retrouvé assassiné chez FrameCorp cette nuit.
Ne pouvant pas rester sous leur nez pendant qu'ils discutaient, Lou trouva par le plus grand des hasards une table juste à côté qu'elle n'avait pas encore nettoyée.
-Mais qu'est-ce qu'il faisait là-bas ? demanda le troisième type.
-Eh bien il était sûrement venu faire des heures supplémentaires pour l'inspecteur, en analysant des dossiers, ou je ne sais quoi…
-Oui, renchérit le deuxième. Il a dû entendre un bruit, ça devait être les saboteurs de la secte, et… et… il les a surpris, et voilà !
-Les sales petits… Et la République ? Comment elle va réagir à votre avis ?
-De toute évidence la secte cherche à retarder l'aval républicain. Qui sait si elle va finalement réussir…
-Peut-être qu'il serait temps qu'on intervienne nous-même, qu'on leur apprenne un peu à vivre.
Ils s'interrompirent en entendant du verre se briser près d'eux. Lou se baissa et ramassa les débris de la chope qu'elle avait fait tomber par inadvertance et évita leurs regards.
-Dis-donc, mignonne, l'interpella le petit homme qui commençait à souffrir des effets du Deuterium. Ca te dirait de m'accompagner chez moi après la fermeture ?
Lou se retint de grimacer face au sourire pervers et au regard vitreux qui la suivait.
-Non merci, j'ai des choses importantes à faire avant. Comme récurer ma cuisine.
Elle s'éloigna la tête haute en détachant son tablier d'un geste sensuel afin de narguer un peu le séducteur de pacotille et le posa sans façon sur le comptoir.
-J'en ai assez pour ce soir, Huves. Je te laisse fermer.
-Pas de problème, Lou.
Le barman la regarda avec douceur, mais également une pointe d'inquiétude.
-Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ?
-A moi, rien de plus que n'importe qui d'autre. C'est ce qu'ils ont dit entre eux qui me trouble.
Elle secoua la tête en fronçant les sourcils.
-Laisse tomber. Ca ne veut sûrement rien dire. Sans doute des paroles en l'air.
Alors qu'elle sortait du Hyspace Club par la porte de derrière, Lou se demanda tout de même pourquoi elle avait un tel mauvais pressentiment si elle croyait réellement ce qu'elle venait de dire.


~*~


Une journée complète s'était écoulée sur Cynele III, bien trop calmement au goût des habitants qui commençaient lentement à apprendre à vivre avec cette tension qui ne voulait plus les quitter, tout particulièrement sur la province de Vunaa. Calaghin en particulier souffrait de cette quiétude anormale provoquée en l'occurrence par l'accident qui avait touché le jeune chevalier Jedi. Beaucoup ignoraient la façon dont Garen Muln avait été blessé, mais tous se rendaient parfaitement compte que la situation se dégradait de jour en jour. Ils ne voulaient pas croire qu'une catastrophe pouvait vraiment arriver, et ils s'efforçaient de se consacrer pleinement à leurs familles et aux travaux manuels. Pourtant quelque chose dans l'air qu'ils ne comprenaient pas totalement diffusait un vague sentiment de malaise.
Obi-Wan, lui, savait à présent que tout le flux de la Force était altéré partout autour de lui. Sans pour autant savoir comment y remédier, il avait pris la décision d'agir. Son rôle en tant qu'observateur avait définitivement pris fin.
Il marcha le long du couloir en direction de la dernière chambre au fond, tout en raffermissant ses boucliers mentaux et endurcissant son expression. Il s'arrêta un instant devant la porte, puis l'ouvrit sans un bruit et entra. Garen Muln leva les yeux depuis le lit où il était allongé. La petite Kina, qui avait dû s'asseoir à côté de lui, s'était endormie en travers de la poitrine du Jedi qui passait affectueusement une main sur sa tête cornue. Les poignets meurtris de Garen avaient été soigneusement bandés et le caisson bacta de l'autre côté de la pièce avait été débranché.
Obi-Wan s'approcha sans un mot et prit doucement Kina dans ses bras sans la réveiller, permettant ainsi de soulager Garen du poids qui avait pesé sur sa blessure. Il ressortit de la pièce lorsqu'il se souvint avoir vu Neema à l'accueil, et alla lui confier sa petite sœur. Il revint ensuite sur ses pas et prit place au chevet de son ami.
-Elle t'a veillé toute la journée, lui dit-il.
-Je sais, sourit Garen, le visage encore pâle. Elle est adorable. Parfois je me dis que ce serait bien d'avoir un padawan.
-Vraiment ? s'étonna Obi-Wan en prenant soin de ne pas trop élever la voix. Pourtant tu viens à peine d'entrer dans la chevalerie. Tu ne veux pas prendre le temps de travailler seul, ou d'apprendre à mûrir un peu ? C'est une grande responsabilité que d'enseigner à un enfant. Personnellement je ne m'en sentirais pas capable.
Muln ignora sa dernière remarque.
-Oui… Mais je ne sais pas, travailler seul n'est pas forcément ce que je recherche. Et puis, on peut apprendre beaucoup d'un apprenti. Voir les choses d'un œil nouveau, plus frais, innocent. C'est une chose que l'on perd vite.
Obi-Wan le regarda d'un air songeur avant de reprendre :
-Si tu es prêt à attendre encore quatre ou cinq ans, je crois avoir le candidat qu'il te faut. Je t'en reparlerai.
Garen lui envoya un petit sourire puis se crispa brièvement et se renfonça dans le lit avec un léger grognement. Kenobi fronça les sourcils et pinça les lèvres.
-Je suis désolé, Gar'. Si j'avais été plus attentif ce ne serait pas arrivé. Je me suis laissé surprendre.
-Oh bon sang, le coupa son ami. Mais tu as fini de toujours prendre la faute sur toi ? Comment a fait Qui-Gon pour te supporter pendant douze ans ?
-Ca il faudra le lui demander…
Garen secoua la tête et décida de changer d'approche.
-Le chasseur de prime, c'est lui qui te suivait depuis plusieurs mois ?
-Je n'ai vu que l'assistant républicain, mais c'est possible, oui.
-Génial, nos adversaires respectifs avaient trouvé le moyen de s'associer. Enfin c'est déjà ça de moins à découvrir.
Il se releva subitement.
-La carte où j'ai enregistré les données qu'on a trouvées là-bas. Elle était dans ma poche. Tu l'as récupérée ?
Obi-Wan opina du chef.
-Récupérée et utilisée. Il semblerait que FrameCorp et la manufacture d'armes sont tous les deux des filiales d'Offworld, et leurs fournisseurs sont identiques. Je suis sûr qu'il y a encore plus à apprendre dans cette usine.
-Tu comptes aller à la manufacture ? fit Garen d'un ton inquiet.
-Oui, tout à l'heure.
Le plus jeune des deux chevaliers allait ouvrir la bouche pour protester quand quelqu'un d'autre intervint à sa place.
-Je viens avec vous ! s'exclama Anakin depuis le seuil de la porte.
Obi-Wan se leva rapidement et se tourna vers lui.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
-Moi aussi je veux aider Calaghin, s'expliqua le garçon en redressant ses épaules pour essayer de se grandir. Alors je viens avec vous.
-Et qu'en dit Qui-Gon ?
-Il est parti sur Krroden avec Wyhare pour ramener les animaux.
Kenobi écarquilla les yeux. Il avait quitté la planète sans même l'avertir ? Mais il allait forcément revenir, il n'aurait pas fui sans Anakin. De toute façon il avait autre chose à faire que d'aller chercher son ancien mentor sur une planète voisine. Il s'en occuperait plus tard.
-Il n'est pas question que tu m'accompagnes, trancha-t-il enfin en reportant son attention sur le garçon. Seul j'aurai de meilleures chances de m'infiltrer et de revenir avant même le lever du jour. Tu vas rester ici en l'absence de Qui-Gon.
Il réfléchit et ajouta :
-Tu vas veiller sur Garen, il n'est pas encore rétabli.
Anakin, qui avait parfaitement compris qu'Obi-Wan venait au contraire de demander indirectement à son ami de le surveiller, ne se laissa pas faire.
-Je n'ai pas besoin d'une nounou, Obi-Wan !
Garen crut bon de prendre la parole à cet instant.
-Une nounou ? Je devrais me sentir outré, Anakin !
-Excusez-moi, je ne voulais pas vous insulter.
-Ne t'inquiète pas, sourit Muln. Ce ne sera pas une telle corvée que de me tenir compagnie. Je suis sûr qu'on va bien s'entendre. Et je suis même prêt à jouer à ce que tu veux !
Une nouvelle fois impressionné par le tact de son ami d'enfance, même dans cet état, Obi-Wan profita de l'hésitation d'Anakin pour se retirer discrètement. Maintenant qu'il avait pris le temps d'informer quelqu'un de ses projets au cas où il lui arriverait quelque chose, il pouvait partir tranquille. Il trouverait les informations qu'il cherchait, et parviendrait à innocenter le culte de Calaghin. Il ne pouvait tout simplement pas échouer.


~*~


Obi-Wan Kenobi quitta la maison de Wyhare peu après la nuit tombée, misant sur le fait que le nombre d'employés à la manufacture d'armes serait suffisamment réduit pour lui permettre une infiltration aisée. Il traversa en speeder bike la forêt qui séparait Calaghin du mont Benicas, plus attentif à la beauté de la nuit que la première fois où il y était passé. Les quelques sifflements d'oiseaux étaient bien sûr couverts par la plainte aiguë du véhicule, mais rien ne pouvait occulter la puissance des grands pins aux larges ramures qui se dessinaient en ombres noires sur le ciel parsemé d'étoiles.
Très vite, le Jedi arriva à la structure monolithique où avait lieu le rituel mensuel du culte. La lune peignait les pierres antiques d'un blanc laiteux qui leur conférait une apparence plus mystique que jamais. Seulement il n'arrivait plus à ressentir l'harmonie qu'elles étaient sensées représenter. Il y avait quelque chose dans l'air qui étouffait la pureté de la lune sous un manteau sombre suffocant, une tension inexplicable qui lui donnait la chair de poule, comme un mauvais pressentiment avant une bataille. Le regard déterminé, Obi-Wan accéléra et dépassa les blocs de roche sans se retourner. Il résoudrait cette histoire. Quelqu'un se moquait d'eux et ça ne pouvait plus continuer.
Après plusieurs minutes de route, la forêt toucha à sa fin, révélant une immense clairière qui avait été déboisée des années auparavant, étroitement coincée entre deux grandes collines couvertes de pierres et de fougères, mais dont Obi-Wan ne pouvait qu'apercevoir la masse sombre à cet instant. Et au milieu de cette clairière se dressait la manufacture d'armes de Vunaa. L'entrée principale se trouvait au centre d'un énorme bâtiment circulaire surmonté d'un dôme en verre décoré de vitraux, et par où fusait une lumière bleutée irréelle. Juste derrière ce premier bâtiment, sur la droite, partait une aile tout en longueur au sommet incurvé, et parcourue par de longs faisceaux lumineux, dissimulant un second dôme où devaient se trouver divers ateliers de production. Sur la gauche de l'entrée, un troisième dôme, plus petit, était protégé par un autre mur, mais surtout par une tour massive qui donnait l'air d'avoir été composée de gigantesques cubes posés les uns sur les autres. Au sommet se trouvait un petit bâtiment d'observation en béton, mais que les sentinelles semblaient avoir délaissé pour l'instant. L'esthétique très particulière de cette usine la rendait considérablement plus impressionnante que FrameCorp, et surtout plus agressive.
Obi-Wan éteignit les propulseurs qui ronronnèrent un instant avant de se taire pour de bon, vérifia qu'il avait toujours les datacartes vierges dans un compartiment de sa ceinture, et descendit du véhicule. Par-dessus le bruissement discret des branches et le léger souffle de vent frais, il pouvait entendre le bruit rythmé des machines qui travaillaient en cadence à l'intérieur de l'usine et il frissonna à l'idée répugnante que tous ces systèmes mécaniques servaient à fabriquer des armes de destruction.
Il s'assura que le speeder bike était correctement dissimulé derrière les arbres et avança rapidement jusqu'au rempart gauche qu'il longea sur quelques mètres. Il arriva à un endroit où il trouva plusieurs saillies destinées à servir de prises pour des conduites qui n'avaient apparemment pas encore été remplacées depuis l'incendie. Il s'en servit pour escalader agilement le mur de béton jusqu'à une bouche d'aération dont il retira la grille avant de la faire coulisser le plus silencieusement possible, même s'il se doutait que personne ne pourrait l'entendre avec le bruit des machines. Il s'y faufila et prit soin de refermer l'entrée derrière lui, puis rampa le long de l'étroit passage sur une dizaine de mètres. A sa droite, le conduit débouchait sur un couloir qui se trouvait à mi-hauteur d'un atelier de quelque vingt mètres de haut et qui menait au centre d'un bâtiment adjacent.
Il s'arrêta, attentif, et jeta un œil discret entre les fines lamelles en métal de la grille. Un groupe de surveillants passa devant lui d'un air décontracté, la main sur leurs holsters à la façon d'acteurs de mauvais holovid. Ils disparurent très vite de son champ de vision, et il écouta attentivement jusqu'à être sûr qu'ils avaient fini de descendre les escaliers à sa droite. Il s'accroupit ensuite au mieux, cala ses doigts sur le bord de la grille qui lui barrait la route et la dégagea avec une extrême lenteur afin d'éviter de la faire grincer. Il passa discrètement la tête par l'ouverture et, assuré que la voie était libre, se dégagea lestement de la conduite d'aération. Il referma une nouvelle fois le passage avec soin, puis avança vers la gauche le long du couloir en se collant au mur pour éviter d'être aperçu depuis les ateliers en bas.
"L'administration n'avait sans doute pas pensé aux espions en installant des panneaux d'indication à chaque croisement," se dit Obi-Wan avec un sourire ironique.
Suivant le fléchage sur les murs, le Jedi trouva rapidement son chemin et aboutit sans encombres sur le secteur administratif de l'usine qui, comme il l'avait espéré, était désert. Seuls les ouvriers et les surveillants travaillaient de nuit. Laissant prudemment les lumières éteintes, il s'enferma dans le bureau de la direction dont il était parvenu à déverrouiller la porte, et alluma le terminal.
L'écran bleu s'éclaira et le logo de la manufacture apparut un instant avant de laisser la place au filtre d'accueil. Obi-Wan pianota quelques lignes de codes afin de contourner les protections informatiques, et tenta de s'introduire dans le système en utilisant la même méthode que chez FrameCorp. Il ne fut pas réellement surpris de voir que le réseau était parfaitement identique et programmé de la même façon, sans doute par les mêmes personnes. Il parvint à s'ouvrir une session qui lui permit d'explorer les dossiers les plus confidentiels.
Il introduisit carte après carte dans la machine, enregistrant une à une toutes les informations susceptibles de l'aider à comprendre les relations étranges qui existaient entre toutes ces compagnies tirées d'Offworld et leur mystérieux propriétaire. Il survola également le répertoire contenant le courrier, et trouva enfin ce qu'il cherchait. Le message était bref, mais représentait la preuve dont il avait besoin.

Trsmn ID : 1955370 -- OP223/65 00:02:48
Expéditeur : Exe COLMUN, n#400761
Tout a été confirmé. Nous arriverons dans dix-sept jours. Le grand patron a été contacté et il approuve la stratégie. Trois sabotages auront lieu à intervalles aléatoires, et dont vous serez informé 48 heures à l'avance. Les dédommagements à valeur proportionnelle aux dégâts seront versés 3h45 après chaque opération. Veuillez ne pas tenter d'accéder à votre compte dans ce laps de temps. En cas de problème ou de question, attendez mon arrivée sur Cynele 3. Détruisez ce message immédiatement après en avoir pris connaissance.
--- Fin trsmn 00:03:25

Obi-Wan eut du mal à contenir un cri victorieux en enregistrant la transmission dans son intégralité. De toute évidence, le directeur de la manufacture avait refusé de l'effacer par peur de se faire doubler et l'avait conservée comme garantie au cas où les engagements de Colmun ne seraient pas respectés.
Le jeune Jedi mit ensuite un certain temps à trouver les fichiers concernant les comptes, mais finit par mettre la main dessus et enregistra juste après le message les extraits de compte prouvant que la manufacture avait effectivement bénéficié de larges virements après chaque sabotage. Il tenait ses preuves, Calaghin serait innocentée.
Son attention fut alors attirée par d'autres virements, provenant de la même source que ceux qui avaient été effectués chez FrameCorp. Seulement, encouragé par sa dernière découverte, il voulut tenter sa chance encore une fois. Il chercha manuellement toutes les clés du terminal, tapa plusieurs dizaines de codes, et à force de persévérance, sembla enfin trouver celle qu'il cherchait. Ce fut hélas à cet instant que toutes les alertes se déclenchèrent.
Des volets de métal s'abattirent brutalement sur les fenêtres du bureau et les portes de secours se verrouillèrent au moment même où le hululement strident des alarmes commença à se répandre dans l'usine. Obi-Wan fronça les sourcils. Ce ne pouvait être à cause de son exploration informatique, le système se serait déjà bloqué depuis longtemps. Qu'est-ce qui avait bien pu leur faire remarquer qu'il y avait un intrus ?
Sous ses yeux, l'identité du bienfaiteur inconnu commença à se décrypter. Il ne pouvait pas partir maintenant, il était sur le point de tout apprendre. Et si le système d'alimentation des bureaux n'avait pas encore été coupé, cela ne pouvait signifier qu'ils ne l'avaient pas encore localisé. Il avait encore du temps devant lui. Une première lettre apparut.
T…
Les alarmes continuaient de hurler tandis que la clé décodait lentement les données. Une deuxième lettre.
…Y…
"Plus vite, plus vite," se répétait Obi-Wan, comme si ses pensées pouvaient influencer l'efficacité du programme. Une troisième lettre fut décodée.
…R
Il y eut un déclic dans le terminal, et tout s'éteignit brusquement. Ils avaient fini par déconnecter tout le réseau. Il sortit alors la dernière datacarte qu'il avait introduite et la rangea avec les autres dans la poche de sa ceinture. Le moment était venu de chercher un moyen de sortir de là. Il observa la pièce plus attentivement et commença à se diriger vers le bureau voisin quand une voix bourrue résonna dans un haut-parleur.
-Jedi !
Obi-Wan stoppa net et écouta.
-Jedi ! On sait que tu nous entends ! On a attrapé ton précieux petit apprenti.
Il écarquilla les yeux. Un apprenti ?
-Et quand on a l'apprenti, le maître est jamais loin ! Montre à ton maître qu'on te tient…, continua l'homme en s'adressant à la personne qui devait se trouver à côté de lui.
Obi-Wan hoqueta en entendant une deuxième voix, très jeune, crier de douleur.
"Anakin !"
-Si tu veux pas retrouver le môme en kit, je te conseille de sortir de ta cachette rapidement.
Le chevalier ferma les yeux et grimaça avec compassion lorsque le bruit très distinctif d'un poing frappant la chair et un nouveau cri parvinrent jusqu'à lui. Il n'avait pas le choix. Pas question d'abandonner le garçon. Il sortit résolument du bureau et retourna dans le premier couloir qu'il avait emprunté. Ils étaient en bas dans l'atelier. Six hommes taillés comme des montagnes l'attendaient de pied ferme et lui firent signe de les rejoindre par l'escalier. Il leur lança un regard méprisant après avoir repéré Anakin Skywalker, dont la pommette gauche arborait un énorme début de bleu, encadré par deux vigiles.
Celui qui devait être le chef de la sécurité attendit qu'il s'arrête au bas des marches pour s'approcher d'Anakin avant de lui planter la pointe de son blaster sur la tempe.
-Maintenant envoie ton arme, et essaie pas de faire le héros, menaça-t-il.
Obi-Wan savait qu'il risquerait gros en intervenant, et jouer avec la vie du jeune garçon était une chose qu'il n'était pas prêt à faire. Il se consola en se rendant compte que de toute façon, à travers sa maigre perception de la Force, il sentait qu'il devait attendre. Il n'était pas encore temps d'agir.
Il décrocha donc son sabre laser d'un geste extrêmement lent afin de montrer qu'il ne cherchait pas à se battre, se pencha, et le fit rouler jusqu'aux pieds de l'homme qui lui lança un sourire sordide avant de faire un signe de tête à l'un de ses collègues.
-Vraiment inutile de vous donner tant de mal, messieurs, lança Obi-Wan avec sarcasme en voyant le canon d'un blaster se lever pour le viser au niveau du torse.
Le chef de la sécurité lâcha un rire nasal, et le garde tira sous les yeux horrifiés d'Anakin. La dernière chose qu'Obi-Wan entendit avant de se faire frapper par la décharge paralysante fut le cri de désespoir du jeune apprenti qui le regarda tomber, inconscient.


~*~


Les vibrations du speeder furent la première chose dont il se rendit compte tandis qu'il s'extirpait difficilement de la douce torpeur où il s'était laissé emporter. Puis il entendit le bruit aigu des moteurs qui acheva de le réveiller. Et avec la conscience revint la sensation dans ses membres.
-Aoh, lâcha-t-il en gardant les yeux fermés, exprimant à voix haute ce que tout le reste de son corps ressentait.
A quelques centimètres de lui, il sentit Anakin se tourner vers lui.
-Vous êtes fâché ? demanda-t-il immédiatement d'une petite voix pleine de culpabilité.
-Non. Non, je ne suis pas fâché, le rassura Obi-Wan. Juste très très… très très très très fatigué.
-Vous avez besoin de quelque chose ?
-Oui. De vacances.
Prenant garde à ne pas trop élever la voix, de peur de se faire réprimander par les hommes qui conduisaient le speeder, le garçon lui répondit :
-Le conseil vous en accordera sûrement…
-Le conseil veut ma mort, grogna Obi-Wan d'un air bougon en se redressant laborieusement dans son siège.
Anakin sourit, un peu rassuré de voir qu'il n'était pas blessé, et surtout qu'il n'était plus seul face à ce qui les attendait. Obi-Wan vit qu'ils étaient tous les deux assis sur la banquette du milieu d'un landspeeder à trois rangées, entre le conducteur et son acolyte, et deux autres gardes derrière eux. Anakin et lui avaient les mains attachées par des menottes, mais il fut heureux de constater que leurs geôliers ne possédaient apparemment pas de colliers inhibiteurs de Force.
-Où est-ce qu'ils nous emmènent à votre avis ? chuchota Anakin.
Obi-Wan plissa les yeux en observant la route, et bientôt un bâtiment apparut au cœur des bois. Il n'était pas très grand en surface mais semblait s'enfoncer en sous-sol. Devant l'entrée étaient garés plusieurs véhicules tout droit sortis de chez FrameCorp frappés du logo d'Offworld qui à cet instant plus que jamais ressemblait horriblement à un œil rouge démoniaque. La grande double porte s'ouvrit pour révéler un hangar où s'alignaient des centaines de véhicules. Obi-Wan réprima un frisson en s'imaginant un grand individu capé et aux cheveux noirs avancer vers lui pour l'accueillir, un sabre laser sanglant dans la main. Il avala sa salive et se ressaisit.
-A leur dépôt, répondit-il enfin.
Les gardes de la manufacture conduisirent le speeder jusqu'à l'intérieur et stoppèrent les moteurs. Ils descendirent en prenant leur temps et avec la grâce d'un troupeau de banthas, puis tirèrent les deux Jedi hors du speeder avant de les pousser vers un hall sur la gauche qui descendait au centre du bâtiment, escortés par une dizaine d'autres hommes.
Ils parcoururent quelques couloirs, et arrivèrent enfin à un ensemble de minuscules pièces dont les lourdes portes en duracier étaient toutes ouvertes. Le Jedi fut quelque peu soulagé de constater que personne à part eux ne semblait détenu dans cet endroit lugubre.
-C'est bon, fit l'un des gardes aux autres. Je les amène à leurs cellules. Faites-moi chauffer un caf, je vous rejoins tout de suite.
Ses comparses hochèrent la tête et s'éloignèrent pendant que le premier, un homme grand et costaud au regard malsain, poussait Obi-Wan en avant avec une électrolance.
-Toi, fit le garde en se tournant vers Anakin. Entre là-dedans.
Le garçon n'eut même pas le temps de lever un regard implorant vers Obi-Wan, car celui-ci s'avança légèrement et leva les mains.
-Sans armes nous ne pouvons rien faire. Inutile de nous séparer, prononça-t-il en le fixant droit dans les yeux.
-Mouais…, fit le garde. Pas la peine de vous séparer. Allez, dedans. Tous les deux.
Obi-Wan posa ses mains liées sur l'épaule d'Anakin et le guida doucement à l'intérieur. Il ne fut pas surpris de voir le garde entrer derrière eux avec un sourire cruel. Son regard ne quittait pas le jeune apprenti, mais une fois encore, Kenobi s'interposa l'air de rien et haussa un sourcil distingué.
-Merci, cette cellule est parfaite. Un peu humide peut-être, mais très pittoresque.
Il s'y était attendu et préparé : le sang du garde ne fit qu'un tour. Il ramena sa lance vers l'arrière et l'abattit brutalement sur la nuque d'Obi-Wan qui trébucha et manqua de tomber. Anakin poussa un cri d'indignation et tenta d'arrêter l'attaquant du chevalier, mais tout ce qu'il obtint fut un nouveau coup de poing qui le projeta à l'autre bout de la cellule. Sonné, il ne put qu'attendre la fin de l'agression, le dos calé au mur luisant d'humidité. Obi-Wan, lui, se retrouvait à présent allongé au sol et recroquevillé au maximum pour empêcher les farouches coups de pieds de l'atteindre trop durement.
Au bout de quelques secondes de violence supplémentaire, le garde s'éloigna, essoufflé.
-N'essaie plus jamais ça, cracha-t-il. Que ça te serve de leçon.
Puis il sortit et referma brusquement l'épaisse porte qui claqua avec un bruit assourdissant. Anakin, effaré, observa Obi-Wan qui se relevait déjà pour s'asseoir avec une légère grimace.
-Ca va ? lui demanda le jeune homme.
Anakin hocha rapidement la tête.
-Et vous ? Rien de cassé ?
Le Jedi tâta ses côtes et soupira.
-Non, j'ai un peu exagéré ma réaction à ses coups. Je n'aurai sans doute que de gros bleus.
Il s'interrompit face à l'expression du jeune garçon.
-Pourquoi ce regard ? demanda-t-il.
-Vous auriez pu esquiver ses coups justement, et lui donner une bonne leçon.
-Oui, possible. Mais d'autres gardes seraient venus en renfort et se seraient fait un plaisir de m'envoyer à l'hôpital pour une durée indéterminée. Et puis… inutile qu'ils connaissent l'étendue de mes capacités à ce stade.
-Pourquoi ? s'enquit Anakin, qui aurait pensé que montrer ce qu'on savait faire était le meilleur moyen de s'en tirer.
-Tu as déjà joué au Sabacc ?
Il hocha la tête.
-Eh bien en prison c'est comme au Sabacc. Il vaut mieux ne pas dévoiler ses meilleures cartes à la première main. Elles pourraient nous sauver la mise plus tard. Tu peux me faire confiance.
-Et vous avez déjà séjourné en prison ?
Obi-Wan lui sourit avant de reporter son attention sur ses menottes qu'il avait observées minutieusement jusque là.
-J'ai séjourné dans des endroits bien pires, jeune apprenti. C'est comme ça qu'on apprend certains trucs.
Et avec un déclic, ses menottes s'ouvrirent et tombèrent au sol. Anakin le regarda avec une profonde admiration. Oui, il avait effectivement encore beaucoup de choses à apprendre, chacune de ses conversations avec Obi-Wan le lui démontrait. Mais plutôt que de se sentir idiot de ne rien savoir, il commençait à croire qu'il pourrait peut-être un jour arriver à ce niveau. Si Obi-Wan le pensait, ce devait être possible.
En tout cas, il n'avait pas peur. Il savait que rien ne pourrait lui arriver tant que le chevalier resterait à ses côtés.


~*~


Qui-Gon Jinn descendit du landspeeder et salua Wyhare d'un signe de main avant de le regarder s'éloigner. Le voyage avait pris moins de temps que prévu, et le vieil homme avait dit qu'il voulait repasser à Hunserh avant de rentrer, aussi avait-il fait une brève halte à Calaghin pour déposer le maître Jedi. La nuit touchait doucement à sa fin et la province se trouvait enveloppée dans ce moment qui précédait le nouveau cycle diurne où le temps semblait ralentir, et où le monde changeait progressivement de masque.
Qui-Gon avait toujours aimé observer le lever et le coucher du soleil, simplement pour sa beauté brute. Et après quelques années passées avec Obi-Wan, il avait appris à voir plus loin que l'esthétique de ces manifestations naturelles. Pour son padawan, il y avait toujours autre chose derrière tout cela, des représentations métaphysiques, des questions sans réponses. Il lui avait souvent répété qu'il réfléchissait trop au lieu de se laisser aller à ses émotions, mais il avait fini par comprendre que penser de cette manière était le naturel du jeune homme. Ce qu'il n'avait pas réalisé jusqu'à cet instant, était que lui-même avait adopté cette philosophie avec le temps. Il avait beaucoup enseigné à Obi-Wan, mais lui-aussi avait énormément appris grâce à lui. Ils avaient formé une telle équipe…
Il fronça les sourcils et tourna le dos à la vallée, pour entrer dans la maison de Wyhare. Les gens changent. Voilà la dernière leçon qu'Obi-Wan avait réussi à lui faire admettre. Leurs chemins allaient se séparer bientôt, et déjà les restes de leur lien s'effilochaient et s'éparpillaient, comme de fines couches de peau sèche qui finiraient par ne révéler que de la chair sensible et fragile, témoin de douleurs passées remises à nu. Ces blessures allaient-elles être le seul souvenir de leurs années ensemble ? Les terribles épreuves qu'ils avaient vécues pouvaient-elles prendre le pas sur l'affection - bien dissimulée peut-être, mais néanmoins réelle - qu'il y avait eu entre eux ?
Qui-Gon poussa un long soupir en retirant son manteau pour le poser près de l'entrée. Il était fatigué de tout ça. Tout était trop compliqué, tout allait de travers, il n'était plus sûr de rien. Peut-être était-ce donc une bonne chose que le conseil lui retire Anakin. Et pourtant, l'idée que le petit garçon soit élevé selon les nouveaux standards médiocres de l'Ordre le répugnait. Mais depuis qu'Obi-Wan lui avait tourné le dos, à qui pouvait-il faire part de ses inquiétudes ?
Il allait prendre le couloir qui menait à sa chambre quand Garen Muln déboula depuis la cuisine, en train d'enfiler sa veste en cuir, et manqua de le renverser.
-Déjà debout, Garen ? remarqua-t-il en prenant soin de supprimer toute trace de confusion dans sa voix.
-Maître Jinn, s'excusa le jeune homme après avoir fait quelques pas en arrière.
Si Qui-Gon n'avait pas été trop pris par ses pensées, il aurait sûrement été troublé par la fébrilité du jeune chevalier, ainsi que par son teint pâle et ses traits tirés. Il n'eut pas non plus beaucoup de temps pour l'observer, car ce fut aussi à cet instant que la porte d'entrée s'ouvrit brusquement pour révéler la grande silhouette imposante de Kranan Lueth, qui fit irruption dans la pièce.
-Kranan…, souffla Garen, qui avait déjà compris la raison de sa visite.
-Muln ! s'exclama l'homme, encore essoufflé d'avoir couru si vite pour venir. Est-ce que Wyhare ou Onice sont là ?
-Onice est partie voir le petit de Punam sur un appel de Neema.
-Et Wyhare est allé à Hunserh, intervint posément Qui-Gon. Que se passe-t-il ?
-C'est le chevalier Kenobi, révéla Kranan, angoissé. Et le jeune Anakin…
Jinn ouvrit de grands yeux inquiets.
-Anakin ? s'écria-t-il. Expliquez-vous.
-Je n'ai pas beaucoup de temps, j'ai profité de ma pause pour vous prévenir. Je vais bientôt devoir retourner à la manufacture… Ils ont été arrêtés. Ils les ont emmenés à l'entrepôt, mais je ne sais pas ce qu'ils ont décidé de faire.
Garen recula en se prenant la tête entre les mains.
-Je le savais, murmura-t-il. Je le savais.
Quand Anakin lui avait demandé de jouer une partie d'holo-échecs, il n'y avait rien vu de particulier. Mais ce n'était que lorsqu'il s'était réveillé une demi-heure plus tôt qu'il avait compris. L'apprenti avait supposé que Garen était encore trop faible pour pouvoir se concentrer sur une partie, et il s'était en effet rapidement endormi, sans se rendre compte qu'Anakin en avait profité pour partir sur les traces d'Obi-Wan.
-Je ne peux pas rester, dit enfin Kranan d'un ton attristé.
Muln hocha la tête.
-Merci d'être venu. On va y réfléchir.
-Je reviendrai à la fin de mon service, assura l'homme balafré avant de repartir.
Qui-Gon resta un moment immobile, les yeux fixés sur la porte. Puis il se retourna lentement et dévisagea le jeune chevalier d'un air dur et sévère.
-Que s'est-il passé en mon absence ? exigea-t-il de savoir, le ton grave.
Garen avait encore reculé et s'était appuyé contre le bar avec lassitude, une main pressée sur son torse.
-Obi-Wan est parti infiltrer la manufacture d'armes de Vunaa pour essayer d'y trouver des indices sur les sabotages. Anakin l'a suivi et voilà. Ils ont été découverts.
Jinn secoua la tête avec un vif soupir de contrariété.
-Ca fait pourtant des années que je le lui répète. Mais peu importe ce qu'on dit, Obi-Wan est toujours aussi irresponsable. Agir sur un coup de tête et entraîner mon ap… un apprenti dans tout ça…
Garen eut l'impression que son menton était tombé par terre. Il écarquilla les yeux, interloqué.
-Je vous demande pardon ?
-C'est pourtant clair. Il n'en fait qu'à sa tête. Ca a toujours été le cas, depuis Melida/Daan. Depuis bien avant, même.
Le jeune chevalier tombait des nues. Mais qu'arrivait-il à Qui-Gon ? Il ne l'avait jamais vu se comporter de la sorte… C'est alors que Garen réalisa qu'il n'avait jamais vraiment connu le maître de son meilleur ami. A cet instant, les moindres paroles déplacées ou le moindre geste froid dont il avait témoigné prenaient leur signification.
Il releva des yeux incrédules vers le grand maître et le vit réellement pour la première fois.
-Il y a quelques heures à peine…, commença-t-il lentement. J'ai demandé à Obi-Wan comment vous aviez fait pour supporter si longtemps sa tendance à se sentir coupable pour tout et n'importe quoi. Maintenant je comprends. C'est parce que c'est vous qui le lui avez appris. C'est tellement plus simple que d'affronter ses peines ou ses responsabilités n'est-ce pas ?
Qui-Gon se redressa et le foudroya du regard.
-Attention, Garen. Tu frôles l'irrespect. Et je te prierai de ne pas te mêler de ma relation avec mon padawan.
-Justement, reprit le jeune homme, loin d'être intimidé. Ce n'est plus votre padawan, et je n'en suis plus un non plus. C'est d'égal à égal que je vous parle.
-Je ne veux rien entendre, le coupa Jinn, mal à l'aise mais toujours aussi ferme.
Pourtant Garen ne pouvait plus s'arrêter. Pour lui, certaines vérités devaient être prononcées, et il avait décidé que le moment était venu.
-C'est justement votre problème, vous vous fermez à l'extérieur dès que vous êtes contrarié. Et Obi-Wan… Il a toujours interprété ça comme un mécontentement de votre part, une désapprobation. Vous ne cherchiez que la perfection en lui, et il a toujours fait de son mieux pour atteindre cet idéal impossible. Et vous savez quoi ? Il le faisait plus pour vous que pour lui-même.
-Ca suffit, siffla Jinn entre ses dents.
-Non vous allez m'écouter ! s'emportait Muln, sans se rendre compte que sa fièvre se remettait à monter. Vous l'avez fait souffrir, mais on était les seuls à le voir. Vous, vous étiez trop occupé à vous morfondre pour vous en apercevoir. Et à chaque fois, Obi-Wan acceptait tout sans broncher. Il vous trouvait même des excuses que j'ai crues jusqu'à aujourd'hui. C'est un exemple de loyauté comme on n'en trouve qu'un seul, et vous jetez tout ça comme si ce n'était rien !
Blessé par les mots du chevalier, Qui-Gon serrait les poings, détournait la tête. Il ne voulait pas entendre ça. Pas maintenant ! Mais Garen Muln était parti sur sa lancée, aveuglé par la fièvre, et n'allait pas s'arrêter avant d'avoir fini. Seulement il ne se rendit compte que trop tard qu'il était allé trop loin.
-Maître Tahl l'avait vu…, reprit-il plus doucement sans réaliser que ce seul nom avait déjà frappé Qui-Gon comme un violent coup de poing. Elle le voyait pour ce qu'il était et elle a toujours été là pour lui, pour prendre sa défense, pour essayer de vous ouvrir les yeux sur le trésor que vous aviez juste sous votre nez pendant tout ce temps, et non pas quelque part dans les ruines de Telos ou dans le lac d'acide où a fini Xanatos.
Garen avait les larmes aux yeux. Comme il voulait faire réaliser à cet homme qui était Obi-Wan ! Il fallait qu'il comprenne, tous les deux en souffraient trop !
-Elle connaissait sa vraie valeur, finit-il, convaincu que cet argument aurait assez de poids. Elle savait qu'il méritait mieux que ce qu'il avait. En fait… C'est une chance qu'elle ne soit pas là pour voir ce que vous êtes devenu aujourd'hui.
La dernière phrase avait été de trop, lui-même le reconnut. Qui-Gon, lui, ne perdit pas de temps en paroles. Il attrapa Garen par le col et le plaqua contre le mur, sans voir la brève grimace de douleur du jeune homme.
-Ne prends plus jamais ce ton avec moi, grogna-t-il, leurs nez à quelques centimètres d'écart. JAMAIS.
C'est alors qu'il remarqua enfin la douleur dans le regard du chevalier et se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Sa colère le quitta tout aussi vite, et il allait le relâcher quand la porte d'entrée s'ouvrit une nouvelle fois. Onice avait ramené Kina avec elle, et Qui-Gon n'eut pas le temps de se retourner avant que la petite fille ne pousse une exclamation en se ruant vers eux.
-Mon Jedi !
Déstabilisé par la petite tornade, Jinn lâcha trop brusquement sa prise sur Garen qui tomba au sol avec un léger cri de douleur. Kina s'agenouilla devant lui et releva la tête vers Qui-Gon pour lui lancer :
-Méchant ! Vous êtes méchant !
Trop choqué pour répondre, il recula pour laisser passer Onice qui alla la rejoindre.
-C'est bon Kina, ça va aller. Va chercher un verre d'eau pour Garen s'il te plaît.
La petite Zabrak s'éloigna à contre-cœur sous le regard confus de Qui-Gon Jinn, qui n'avait pas bougé. Méchant ? L'était-il vraiment ? Perdait-il la tête ? Il s'approcha d'Onice qui aidait Garen à se relever. Le jeune homme tremblait et des gouttes de sueur causées par la fièvre commençaient à perler sur son front. Onice repoussa la main de Qui-Gon et tourna vers lui un regard plein de reproches en guidant le chevalier vers une chaise.
-Allez plutôt vous asseoir plus loin, fit-elle. Je crois que vous en avez assez fait.
Elle reporta son attention sur Garen et lui retira sa veste avant de l'obliger à s'adosser. Qui-Gon fronça les sourcils en la voyant ouvrir la chemise du Jedi et inspecter une longue entaille fraîchement refermée sur son torse.
-Qu'est-ce que…, commença-t-il.
-C'est bon, tu n'as pas l'air d'avoir rouvert quoi que ce soit, dit-elle à l'intention de Garen. Et heureusement.
Kina revint et se planta devant son idole.
-Merci, petite princesse, sourit-il légèrement en prenant le verre d'eau avec des doigts tremblants.
-Et maintenant, reprit Onice d'un ton moralisateur. Tu vas me dire ce que tu fais hors du lit.
Garen se tourna vers Kina et se pencha pour lui chuchoter un mot à l'oreille. La fillette sourit et quitta la pièce, laissant les adultes libres de discuter entre eux.
-Obi-Wan…
-Quoi Obi-Wan ? s'alarma immédiatement la jeune femme.
-Lui et Anakin ont été arrêtés à la manufacture d'armes de Vunaa.
D'abord Onice ne dit rien. Elle tourna son regard vers Qui-Gon, qui fut surpris du nombre d'émotions qu'il y perçut, puis de nouveau vers Garen. Elle sembla réfléchir un instant, puis elle déclara d'une voix décidée :
-Alors nous allons les y chercher.


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