La Gardien : Longue sera la Route

Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 13: Fin tourmentée

Exe Colmun entra dans sa suite et pressa rageusement sur le bouton de fermeture. Sa colère ne fit que grimper lorsque la porte coulissa paisiblement derrière lui alors que tout ce dont il avait eu envie était un bon claquement bien agressif et surtout exutoire. Parfois rien ne valait une bonne grosse porte à renvoyer brutalement en arrière jusqu'à la faire sauter de ses gonds. La technologie ne lui servait vraiment à rien à ce moment-là.
Il ne comprenait toujours pas comment les deux Jedi avaient réussi à s'enfuir juste à l'instant précis où il avait appris leur capture. Ils avaient été aidés, soit, mais tout de même ! Et voilà que l'un de ces Jedi lui était passé devant le nez pour se rendre chez Res-Voxen, le dirigeant du continent. Il ne savait pas pourquoi, mais en tout cas il en avait un très, très mauvais pressentiment. La meilleure chose à faire à son avis avait été de retourner à son hôtel et d'attendre davantage d'instructions, même si l'envie d'avoir des nouvelles de ses supérieurs ne se faisait pas si pressante que ça. Manque de chance pour lui, ce fut au moment où il décida de s'asseoir afin de se détendre que son holocom bipa.
Ravalant un grognement ennuyé, Colmun se redressa, tenta de reprendre sa façade froide et hautaine d'inspecteur républicain, et répondit. Il ne fut pas surpris par l'identité de son interlocuteur. Ce fut son expression exceptionnellement sévère qui le dérangea.
-Monseigneur, salua-t-il.
-Je suis très déçu par vos derniers… accomplissements, commença le comte d'une voix pourtant toujours aussi calme et distinguée.
-Eh bien… La bonne nouvelle est que ces incidents serviront en notre faveur, ils discréditeront un peu plus le culte de Calaghin.
-Ne soyez pas si sûr de vous, inspecteur Colmun.
Le républicain grimaça intérieurement. Plus de "mon ami," ça ne présageait rien de bon.
-Votre trop grande confiance en vous et votre négligence vous ont coûté deux de vos hommes, et vous restez, à juste titre, seul pour accomplir la mission qui vous a été confiée.
-Je ne vous décevrai pas, messire.
-Je vous le conseille, répliqua le comte, poli mais sobre. Je ne tolérerai pas un nouvel échec. Soyez conscient qu'il s'agit là de votre dernière chance.
-Oui monseigneur. Je retrouverai l'objet.
-Vous ferez bien, conclut le comte. Bonne journée à vous, monsieur Colmun.
Après un dernier regard plein de terribles sous-entendus, le grand personnage termina la connexion et laissa l'inspecteur à ses réflexions, toutes plus morbides et pessimistes les unes que les autres. Il ne se faisait pas d'illusions. A lui seul il aurait peu de chances de mener sa mission à son terme, il lui fallait un véritable miracle.
Décidant qu'il s'agissait là de sa meilleure - et seule - option, il se servit donc à boire, retourna s'asseoir en face de l'holocom, et attendit avec espoir qu'un appel providentiel vienne le sortir de son embarras.


~*~

Polema Mack-Nahrn avait décidé de ne pas accompagner son mari à la cueillette aujourd'hui. Elle l'avait bien aidé la veille, et commençait à en ressentir les conséquences dans le bas de son dos. Elle n'avait qu'une quarantaine d'années, mais elle avait toujours refusé de se faire soigner, et les travaux agricoles ne l'aidaient pas à se sentir mieux. C'est pourquoi elle s'était contentée de rester chez elle et d'entreprendre un peu de ménage, puis de la pâtisserie. Pour une fois qu'elle se comportait en petite femme au foyer, son mari serait content.
Elle chantonna en attrapant un moule dans un placard à côté d'elle, puis y déposa la pâte à tarte avec une grande dextérité. Des rires lui parvinrent par la fenêtre. Elle se pencha et sourit en voyant une bande de jeunes enfants se courir après sur la petite place de Calaghin. Elle retourna à son plan de travail et s'amusa à faire des motifs avec les tranches de muja qu'elle déposa sur la pâte blanche et fraîche, puis prit le bol contenant la crème et y donna encore un petit coup de fouet avant d'en verser le contenu sur le tout. Elle passa l'index sur le bord pour empêcher la dernière goutte de tomber et goûta sa création.
-Si cette fois ça ne lui plaît pas, c'est qu'il le fait exprès ! dit-elle à personne en particulier.
Polema prit le moule entre ses mains, faisant bien attention de ne pas renverser la crème qui était montée jusqu'au bord, et commença à traverser sa cuisine pour le mettre dans le four. Elle n'avait pas entendu le vrombissement des propulseurs poussés à fond de speeders qui remontaient la colline, ni les premiers cris. Elle n'avait rien vu non plus, jusqu'à ce que tout à coup, en un terrible fracas, la vitre à côté d'elle se brise sous le coup d'un objet lourd qui alla rouler jusqu'à ses pieds. Elle laissa tomber son moule, dont le contenu s'éparpilla au sol en un amas informe, quand des échardes de verre vinrent la couper au visage. Elle cria en portant les mains aux lacérations et recula en voyant le sang couler sur ses doigts tremblants.
Puis, lentement, son regard se baissa jusque vers la chose qui se trouvait encore sur le sol de sa cuisine, éclaboussée par les restes de la crème. Lorsqu'elle reconnut l'objet, il était déjà trop tard, et elle eut à peine le temps de courir dans la pièce voisine pour s'abriter derrière les escaliers avant qu'une explosion silencieuse ne secoue sa maison. Et d'un seul coup, comme portées par un souffle invisible, des flammes se répandirent partout autour d'elle.
Elle hurla de terreur en se baissant pour éviter une mèche incandescente qui alla courir le long de l'escalier. La chaleur était insoutenable. Même en se tenant à l'écart des flammes, elle avait l'impression de sentir sa peau fondre et se recouvrir de cloques. Les dernières vitres intactes de la maison explosèrent en éclats brillants, laissant la voie libre au feu qui se mit à grimper par la façade vers l'étage supérieur déjà attaqué. Polema regarda autour d'elle, paniquée. Sous un nuage de fumée noire grandissant, elle pouvait voir tous ses biens réduits en cendres. Ses beaux rideaux offerts par sa sœur, les souvenirs ramenés d'Alderaan, ses meubles qu'elle aimait tant.
Des larmes chaudes lui montèrent aux yeux alors que la peur complotait avec la fumée pour la faire suffoquer. Il fallait qu'elle sorte, elle avait besoin d'air. Vite, il fallait sortir. Elle se rua dans les escaliers malgré les flammes qui lui barraient la route et cria en sentant la peau de ses avant-bras se faire gravement brûler. Mais ça n'avait pas d'importance, elle devait sortir, elle ne pouvait plus respirer. Avant même de s'en apercevoir, elle était tirée dans la rue par son mari qui était revenu plus tôt que prévu, et se retrouva à l'autre bout de la place où elle se laissa tomber à terre, hoquetant à la recherche d'oxygène. A travers ses larmes et ses yeux quasiment refermés à cause des dommages qu'ils venaient de subir, elle put voir l'énorme masse rougeoyante qu'était devenue sa maison, son foyer. Elle ne put retenir ses sanglots pendant que son mari la tenait contre lui et que les autres villageois accouraient pour éteindre le feu.
Dans sa confusion, elle ne se rendit pas compte que sa maison n'était pas la seule à se consumer, mais que cinq autres subissaient le même sort tout le long de la place. Elle ne s'était pas non plus aperçue que les Jedi étaient revenus de Biha, jusqu'à ce que l'un d'entre eux ne s'accroupisse près d'elle.
-Comment va-t-elle ? demanda-t-il à son mari.
-Je ne sais pas, je vais l'emmener à l'hôpital, répondit Drow Mack-Nahrn d'une voix désorientée.
Qui-Gon Jinn se releva et s'approcha d'Obi-Wan qui se tenait au centre de la place, choqué. Ses yeux bleu-vert s'écarquillèrent soudain et il se tourna vers son ancien maître.
-La maison de la famille Heghin ? demanda-t-il, fébrile.
Jinn ouvrit alors la bouche, réalisant ce qu'il voulait dire.
-Laquelle est-ce ? le pressa le jeune homme.
-C'est… c'est celle-ci, lui répondit Qui-Gon à contre-cœur en désignant la maison du coin que des flammes dévoraient avidement.
-Non…, murmura Obi-Wan avant de s'élancer vers la fournaise.
-Obi-Wan ! s'écria Jinn en lui attrapant les bras. C'est trop tard !
-NON ! Onice ! hurla le chevalier en voyant des bouts de poutres ravagées par le feu tomber au sol.
Il se débattit, essayant d'échapper à son mentor qui resserra sa prise et le retint contre lui.
-Obi-Wan réfléchis ! lui ordonna-t-il sèchement, sachant que ce ton était le seul que le jeune homme comprendrait. Qui te dit qu'elle y était ? Et même si c'est le cas, qu'y pourrais-tu ?
Kenobi arrêta alors de gesticuler et se figea, submergé par les émotions. La peur, la peine, le désespoir. Il se retourna et regarda le feu ronger les murs de la maison. Il recula et s'adossa à la grande pompe en métal qui plongeait dans le puits. Le temps sembla ralentir au moment où il réalisa ce qu'il lui était arrivé. Ces terribles sentiments, il les connaissait, comme tout Jedi. Mais cette fois-ci, ils avaient été plus forts que jamais, et il ne pouvait pas l'admettre. Ca ne pouvait plus se reproduire.
-Obi-Wan !
Son cœur s'accéléra et il se redressa vivement avant de se retourner. Onice descendait la rue en courant, Neema derrière elle.
"La Force soit louée," se dit-il en la prenant dans ses bras.
-Je te croyais là-dedans, murmura-t-il.
-Les Heghin n'étaient pas là, alors je suis allée voir Neema et ensuite on est rentrées chercher la Tuelen-Tah. On a entendu le bruit et…
-Où est Anakin ? intervint soudain Qui-Gon.
Onice fronça les sourcils.
-Il était avec moi quand je suis descendue tout à l'heure, et quand je lui ai proposé de remonter avec moi il a dit qu'il voulait rester pour voir le fils de… Oh non c'est aussi l'une des maisons incendiées !
Elle venait à peine de terminer sa phrase que les deux Jedi aperçurent un groupe d'hommes s'écarter de la maison, portant une forme inerte entre eux.
-Anakin ! s'écria Obi-Wan en courant dans leur direction, Qui-Gon sur ses talons.
-Il est vivant, les rassura immédiatement Twaa-Key Cornn, l'un des hommes qui avaient participé à l'évasion du dépôt.
Obi-Wan siffla entre ses dents avec compassion en voyant des cloques recouvrir le bras droit du garçon, ainsi qu'une partie de son cou.
-Vous pourrez faire quelque chose pour ces brûlures ? s'enquit-il.
-Je ne sais pas… Il faut l'emmener à l'hôpital.
-Je m'en charge, fit Jinn d'un air sombre en prenant l'apprenti inconscient dans ses bras.
-Qui-Gon…, commença Obi-Wan, pour se reprendre immédiatement. Maître Jinn, je crois qu'il faudra rentrer sur Coruscant dès que je serai de retour. Je ne pense pas en avoir pour longtemps maintenant que nous avons déposé nos preuves en ville.
Le maître baissa les yeux vers le chevalier, qui crut devoir s'expliquer.
-Anakin disposera de meilleurs soins au temple, et nous risquons d'aggraver la situation en restant.
Qui-Gon ne lui répondit pas, et s'éloigna en tenant fermement le jeune garçon dans ses bras. Obi-Wan savait que son ancien maître n'était pas particulièrement pressé de revoir le conseil Jedi, et lui non plus n'avait pas envie de repartir en laissant Onice derrière lui. Il ne voulait pas avoir l'air d'abandonner le culte pendant cette période de crise, mais il fallait espérer que ce qu'il avait apporté aux autorités serait suffisant pour apaiser l'animosité que chaque communauté entretenait contre l'autre.
Il prit une courte inspiration et retourna auprès d'Onice et de Neema.
-Comment va-t-il ?
-Il s'en sortira, mais il aura besoin de meilleurs soins que ceux qu'il aura ici. En attendant nous devrions aller chercher ce temple et en finir avec cette histoire.
Onice hocha la tête et se tourna vers Neema.
-Bon, tu sais maintenant où nous allons précisément. Alors si Garen nous cherche…
-Je lui dirai où vous trouver, sourit la Zabrak. Ne vous faites pas de soucis, allez-y.
-Alors on est partis, fit la jeune femme en entraînant Obi-Wan avec elle.
Le jeune Jedi la suivit et ils grimpèrent dans un speeder, pour quitter Calaghin et son agitation en un éclair. Le temps semblait s'être accéléré en quelques heures, et les événements s'enchaînaient à un rythme effréné. Le moment était venu de mettre un terme à certaines sources d'incertitude.


~*~

Ils avaient depuis longtemps dépassé la Sheaghrichte où se trouvait l'annexe du culte, et continuaient en direction de l'ouest, suivant la course du soleil qui commençait à s'incliner lentement vers la chaîne de montagnes qui se rapprochait à chaque minute. Onice était aux commandes du speeder, et ne détachait pas ses yeux de la route. Au bout d'un long moment, Obi-Wan finit par faire de même et tourna son regard vers l'horizon, respectant le silence de sa compagne. Très vite, la masse gigantesque des monts aux sommets enneigés s'agrandit au point de bloquer totalement la vue, envahissant l'espace de leur puissance que le temps et l'érosion n'avaient pu affaiblir, et le speeder des deux jeunes gens s'enfonça au creux de la végétation sauvage, là où la lumière du jour n'entrait déjà presque plus.
L'air se fit plus froid, les ombres entre les troncs épais des grands pins greanus bougeaient imperceptiblement au gré des nuages dans le ciel, et des mouvements des larges branches vert foncé. Les arbres semblaient animés d'un esprit et d'une volonté bien à eux, comme un peuple antique qui aurait élu domicile dans ces montagnes éloignées de tout et régnerait sur cette partie du monde à la façon de rois forts et silencieux. Leur résistance passive au temps leur avait donné une grandeur qui ne pouvait qu'inspirer l'admiration et le respect.
Loin de se sentir oppressé par cette atmosphère naturellement étrange, Obi-Wan se sentait en communion avec ces lieux, à sa place. Il n'avait pas l'impression d'arriver en intrus, mais au contraire comme une partie manquante de ces forêts qui revenait prendre son rang légitime parmi les pierres et les végétaux. La Force vitale, lui qui n'y était d'habitude pas extraordinairement sensible, avait presque l'air de chanter depuis qu'ils avaient pénétré dans les montagnes. S'il y avait un message caché derrière tout cela, le chevalier Jedi ne le comprenait pas, mais il doutait que l'exacte signification avait une réelle importance.
Il laissa Onice conduire le long des flancs parfois abrupts, et faillit ne pas s'apercevoir qu'ils s'étaient arrêtés au bout de plusieurs longues minutes. Ils descendirent ensemble du speeder, faisant craquer les épines sèches sur le sol, puis avancèrent sur quelques mètres, pour arriver sur un terrain obscurci par les pins recouvert de la même mousse claire et spongieuse qui semblait décidément pousser sur toute la surface de la lune humide. De là où ils se trouvaient, ils surplombaient une étroite vallée écrasée entre trois montagnes si rapprochées qu'un seul bond semblait suffire pour passer de l'une à l'autre. Celle où ils se tenaient était elle-même encadrée par cinq autres, toutes plus grandes et vertes les unes que les autres.
-Par où allons-nous maintenant ? demanda Obi-Wan.
Onice passa une main à l'intérieur de sa veste et en sortit la Tuelen-Tah.
-Maintenant… On va la laisser nous guider, déclara-t-elle en fixant la clé métallique.
-Comment ça ? chuchota le Jedi en essayant de voir ce que l'objet, certes beau mais d'apparence assez simple, pouvait avoir de particulier.
-J'ai mis un certain temps à comprendre, commença à expliquer la jeune femme. Mais j'ai fini par réaliser.
-Réaliser quoi ?
-Touche-la, répondit-elle simplement.
Obi-Wan approcha sa main de la Tuelen-Tah, et fut étonné de la sentir vibrer entre ses doigts.
-Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Elle réagit à la présence du temple, sourit Onice. C'est un matériau sensible à la Force.
-Comment est-ce que tu l'as su ?
-Quand on est partis chercher l'annexe, on a failli prendre la direction du temple à un moment, et c'est là que j'ai vu la Tuelen-Tah changer de couleur, très brièvement.
Obi-Wan écarquilla les yeux.
-Changer de couleur ? commença-t-il avant de réaliser. La Force. C'est ça que tu as vu.
Elle hocha la tête.
-Explique-moi, demanda-t-il. J'aimerais savoir.
-Oh eh bien…, fit-elle. Ca a commencé après que… après ce raid près de Kessel, où j'ai perdu ma famille. Je suppose que le choc psychique a déclenché quelque chose en moi.
Elle tourna la tête vers la vallée recouverte de brume et poursuivit.
-Depuis, je vois la Force. Je ne me l'explique pas. D'ailleurs parfois certaines choses ne sont pas faites pour être comprises, mais simplement acceptées.
-Mais, que vois-tu exactement ? la poussa Obi-Wan en s'approchant d'elle.
Onice hésita un instant, et sourit en continuant de regarder devant elle.
-C'est comme… si une couleur supplémentaire s'était ajoutée au prisme. Je ne pourrais pas te dire à quoi elle ressemble, elle n'a pas son équivalent. Même l'air est différent. Je peux le voir bouger, ou au contraire s'immobiliser en fonction de la présence de la Force. Je sais juste que parfois, quand elle se manifeste avec plus de virulence que d'habitude, tout devient bleuté et…
Elle plissa les yeux, pinça les lèvres, essayant de traduire ce qu'elle avait eu l'occasion de voir.
-C'est indescriptible, abandonna-t-elle avec un petit rire. Tu aurais dû voir comme la Force s'est illuminée quand le petit Pitu est né, dans la maison du garde forestier. Elle brillait, comme dans les yeux de Palla et de Punam.
-Ca doit être merveilleux à voir…, murmura Obi-Wan, perdu dans ses pensées. J'aimerais pouvoir.
-Oui mais… si moi je la vois, toi tu la sens, ce doit être impressionnant aussi.
-Et tu la vois autour des gens ?
-Oui. Surtout autour d'Anakin. Dès qu'il entre dans une pièce, on dirait un tourbillon.
Elle fronça les sourcils.
-De temps en temps c'en est même effrayant. Tant d'intensité incontrôlée…
-Je sais, dit-il, très sérieux.
Onice se tourna vers lui et sourit.
-Elle est avec toi aussi.
Il baissa les yeux, comme doutant de ses paroles.
-C'est une des premières choses qui m'ont impressionnée le soir où tu es arrivé. Là où je l'avais déjà vue évoluer autour d'autres gens, ou de Jedi, elle avait l'air de danser autour de toi. Elle tourne et semble t'étreindre comme jamais je ne l'avais vue faire.
Elle posa une main caressante sur sa joue et l'embrassa.
-La Force est avec toi, crois-moi. Et ne l'oublie jamais.
Il hocha docilement la tête.
-Maintenant, allons chercher ce fameux holocron, reprit-elle d'un ton plus léger.
-Je te suis, sourit-il.
Elle reporta donc son attention sur la Tuelen-Tah et ils commencèrent à avancer le long du versant, vers la gauche, s'éloignant de la vallée. Ce côté de la montagne était déjà englouti par les ténèbres, et les deux jeunes gens durent faire preuve de prudence pour éviter de se prendre les pieds dans les racines, cailloux et autres obstacles qui leur barraient la route. Le chemin rocailleux couvert de mousse était non seulement glissant, mais descendait également de façon assez brutale et irrégulière, c'est pourquoi ils prirent leur temps et ne progressèrent pas beaucoup.
-On se rapproche, annonça Onice.
Ils se faufilèrent entre deux rochers, et débouchèrent sur le flanc est de la montagne. Ils avancèrent de quelques pas, et se figèrent.
-C'est là…, murmura Obi-Wan.
Devant eux, en contrebas, se trouvait une autre vallée encaissée et gardée de tous les côtés par les versants raides d'autres massifs couverts d'épineux et à la surface troublée par des voiles épais de brume. Et là, protégée des regards extérieurs par quelques pins aux troncs hauts et nus, se dressait, majestueuse, une aiguille rocheuse dont le sommet était encore caressé par les rayons du soleil au déclin. Un ancien chemin tortueux à présent envahi par la végétation serpentait le long de la paroi dure et hostile, et montait presque jusqu'au sommet du gigantesque rocher dont certaines parties avaient de toute évidence été taillées par les mains d'êtres intelligents.
-Allons-y ! fit Onice d'une voix excitée.
Ils dévalèrent l'espèce de sentier sur lequel ils se trouvaient et entreprirent la longue et fatigante montée de l'imposante aiguille.
-C'est un chemin de procession, devina la jeune femme en observant les pierres polies et ornées d'inscriptions le long du parcours.
-Je suis sûr qu'il doit y avoir un autre moyen d'arriver ici par la vallée, ajouta Obi-Wan. Ils devaient sûrement faire de leurs visites au temple de vraies expéditions rituelles.
-Sans doute, approuva Onice, qui commençait à être à bout de souffle.
Quelques oiseaux des hauteurs vinrent voler près d'eux pendant un moment, puis les abandonnèrent quand ils arrivèrent au bout du chemin, à plusieurs dizaines de mètres du sommet. Un court passage s'enfonçait dans la roche, jusqu'à un mur sculpté recouvert de lierre et de mousse. Onice s'en approcha et dégagea un creux dans la pierre avant de se retourner vers Obi-Wan.
-Il est temps de voir si cette fameuse clé est efficace, fit le jeune Jedi.
Elle approuva sobrement du chef et plaça délicatement la Tuelen-Tah dans l'emplacement prévu pour l'accueillir. Elle s'emboîta immédiatement et s'enfonça sur quelques millimètres avec un léger raclement, avant de tourner lentement sur elle-même.
-J'en ai l'impression, souffla Onice en reculant.
La clé continua de tourner pendant un moment, et des cliquetis se firent entendre au cœur du rocher, alors qu'un système vieux de plusieurs milliers d'années se déverrouillait pour la première fois depuis des siècles. Il y eut ensuite un moment de silence, où seules quelques branches couvertes d'épines vertes osèrent bouger, puis, finalement, un grondement partit du sol sous les pieds du couple et se répandit devant eux. La lourde porte en pierre coulissa en grattant le sol caillouteux et emportant le lierre avec elle, révélant l'intérieur du temple de Cynele III.
Le chevalier et la jeune femme avancèrent prudemment, et pénétrèrent dans la salle immense. De fines mais longues fenêtres avaient été taillées dans les murs incroyablement lisses, et laissaient entrer des filets dorés de lumière qui allaient se répandre sur le sol marbré couvert de poussière. Les bottes des deux visiteurs claquaient sur les dalles, et l'écho de chaque mouvement se répercutait sur les parois froides autour d'eux.
-L'holocron Initiem…
Obi-Wan s'était arrêté et regardait fixement devant lui. Tout au fond du temple, au cœur du sanctuaire et niché dans une grande alcôve semi-circulaire se dressait un autel sculpté dont les pieds rappelaient des têtes de dragons légendaires. Et sur cet autel trônait un objet à peine plus grand que le poing, éclairé par des sources de lumière invisibles.
Le chevalier recommença à avancer, hypnotisé par la relique Jedi sacrée, et se planta ensuite devant, incertain de la marche à suivre. Il suffisait sans doute de le prendre, et voilà, il aurait réussi. Mais avec un objet d'une telle valeur, un geste si simple ne semblait pas approprié. Il sourit face à sa sottise, et examina l'holocron de plus près. Il ne ressemblait pas à ceux qu'il avait déjà vus, car il ne possédait aucune face. Il s'agissait d'une sphère parfaite lumineuse et transparente, à travers laquelle il pouvait voir une infinité de petits rouages et de circuits qui avaient l'air de bouger, tout en restant parfaitement immobiles.
Il tendit une main hésitante vers l'holocron, et sentit soudain une douce chaleur contre son cœur. Sa Pierre de Rivière dans la poche intérieure de sa tunique venait de reprendre vie. Il posa sa main dessus un instant, puis se ressaisit et se décida à prendre l'objet sacré. A peine ses doigts l'eurent-ils effleuré que le chevalier se sentit envahi par une vague déferlante de Force. Il s'obstina et prit l'holocron à pleines mains, et fut alors paralysé pendant plusieurs longues secondes. Ses yeux bleu-vert écarquillés reflétèrent les éclairs bleutés qui naquirent à l'intérieur du verre solide, et ce fut pour lui comme s'il avait perdu connaissance pendant ce court laps de temps. Onice, depuis le centre du temple, fut la seule personne dans la galaxie à assister à un tel spectacle, où un homme sembla dangereusement fusionner avec la Force au point de ne plus pouvoir le distinguer dans la masse de lumière pendant un moment. Elle se força à ne pas intervenir et attendit la fin de cette manifestation exceptionnelle, qui s'acheva aussi vite qu'elle avait commencé. Obi-Wan se tenait bien à l'endroit où elle l'avait vu avant cette explosion de Force, et il paraissait vivant.
-Obi-Wan ? l'appela-t-elle avec hésitation. Est-ce que ça va ?
Le jeune homme ne répondit pas immédiatement, mais continua de fixer l'holocron qu'il tenait toujours entre ses mains et dont la lumière semblait s'être éteinte.
-Oui, dit-il enfin. Ca va… très bien.
C'était un euphémisme. En l'espace d'une seconde, sa connexion avec l'énergie bénéfique s'était parfaitement rétablie, sa cohésion avec elle plus pure et radicale que jamais. Sa tête s'était faite étrangement légère, et il ne comprit pourquoi que bien plus tard : les migraines qui l'avaient fait souffrir depuis sa confrontation avec le Omyn avaient disparu. C'était comme si la Force contenue dans l'holocron depuis toutes ces années s'était libérée en lui et l'avait guéri aussi efficacement que rapidement.
Mais ce n'était pas tout. Quelque part dans son inconscient, un message avait été délivré. Un message qui avait veillé depuis la nuit des temps au fin fond de la Force et qui maintenant avait trouvé son destinataire. L'heure n'était pas encore venue de le révéler au grand jour, il s'était installé au fond du mental d'Obi-Wan Kenobi et allait dormir pour encore quelques années, mais un jour viendrait où le Jedi prendrait conscience de certaines choses qui pourraient peut-être influencer le cours du temps.
A cet instant évidemment, le jeune homme n'en savait rien. Il était trop surpris d'avoir retrouvé toutes ses facultés pour se soucier d'autre chose. Encore désorienté par ce retour inattendu de sa maîtrise particulièrement excellente de l'énergie bénéfique, il tenta de sonder la salle pour tester ses capacités. Il sentit avec extase ses cellules répondre à la Force, il put percevoir la richesse des montagnes autour de lui, la puissance du temple qui avait traversé les âges, le pouvoir mystérieux de l'holocron, la signature psychique tendre et familière d'Onice, et celle… terriblement hostile, de la personne qui venait d'entrer.
Il rouvrit les yeux en sursautant et pivota sur ses talons, pour trouver Exe Colmun, l'inspecteur républicain, s'approcher d'Onice par derrière et l'attraper vivement pour lui braquer son blaster sur la tempe. La jeune femme, surprise, décida qu'il valait mieux se laisser faire et ne bougea pas, levant son regard sombre et confiant vers Obi-Wan, qui avait reposé l'holocron dans son socle sur l'autel.
-Donne-moi l'objet, Jedi, fit Colmun avec un sourire cruel en collant son visage contre la joue de la jeune femme.
Obi-Wan réprima une grimace de répulsion et leva une main pacifique dans sa direction.
-Ne faites pas ça, dit-il, stoïque. Vous ne savez pas à quoi vous vous mesurez.
Colmun lâcha un rire ridicule et resserra son doigt sur la gâchette. Obi-Wan fronça les sourcils, et avant même que l'inspecteur ne s'en aperçoive, son blaster lui avait échappé des mains et se retrouvait dans celle du chevalier, qui le mit en joue à son tour. Onice attrapa l'officiel républicain par les épaules et plaça un bon coup de genou à un endroit particulièrement stratégique qui le paralysa instantanément, avant de rejoindre le Jedi.
-Ca, c'était pitoyable, lâcha-t-elle en déposant délicatement l'holocron dans le sac qu'elle avait pris avec elle.
-Ne sois pas si dure, railla Obi-Wan en attrapant l'inspecteur par les poignets pour les ramener brutalement dans son dos.
-Et qu'est-ce que vous comptez faire de moi ? ricana l'homme. Me livrer à Res-Voxen ?
-Oh non, ça vous arrangerait trop, susurra le Jedi. Vous êtes un républicain, vous serez jugé par la loi républicaine. Avancez !
Exe Colmun ravala une injure qui n'était pas digne de son rang et obéit, sachant qu'il ne pourrait pas trouver de moyen de s'échapper dans l'immédiat. Et pourtant il ne pouvait pas non plus retourner sur Coruscant les mains vides.
Mais maintenant les Jedi avaient tout, et lui n'avait rien.


~*~

Quand Obi-Wan, Onice et leur prisonnier rentrèrent à Calaghin, la nuit était tombée, et si les rues étaient désertes et calmes, il n'en était pas de même à l'intérieur des maisons où la confusion régnait toujours. L'accumulation des dernières catastrophes, entre ce qui était arrivé à Hunserh et les incendies criminels de plusieurs maisons, les discussions s'emportaient dans les réunions de famille, les incertitudes prenaient corps et la peur se répandait facilement d'un foyer à l'autre.
Exe Colmun regarda les façades aux fenêtres éclairées d'un œil méfiant, et un peu effrayé. Que se passerait-il si tous ces gens sortaient dans la rue en réalisant qui il était ? Ils étaient bien plus nombreux que ce qu'il croyait, et il pourrait peut-être se faire lyncher en public… Il ferma les yeux et essaya de ne pas y penser. Après tout, il était escorté par un Jedi, et les Jedi ne laisseraient pas commettre de tels actes barbares. Il avait confiance en ce qui concernait son avenir proche, c'était déjà ça. Par contre, une fois de retour sur Coruscant… Il lui faudrait contacter le comte, ou l'une ou l'autre de ses connaissances. Il trouverait vite le moyen de se mettre hors de cause. Il n'en doutait pas.
Le speeder monta le long d'une rue sinueuse, jusqu'à une grande maison impressionnante dont toutes les lumières ou presque étaient allumées. On attendait visiblement leur retour. Il allait s'enfermer dans le silence, ça vaudrait mieux pour lui. Pas un mot avant de voir son avocat, une pointure en son genre. Ils se garèrent en silence devant l'entrée, et le jeune Jedi le tira hors du véhicule, puis le poussa devant lui tandis que sa compagne ouvrait la porte et le précédait à l'intérieur. Il plissa les yeux face à la soudaine lumière, et observa la pièce d'un air aussi hautain qu'il put. Deux autres Jedi se trouvaient là, ainsi qu'un vieil homme et un Zabrak.
-Il y a eu d'autres attaques ? demanda Obi-Wan en refermant la porte derrière lui.
-Non, apparemment les preuves que vous avez apportées ont fait leur effet, répondit Treb en fixant l'inspecteur républicain. Il y a eu un retournement total de situation à Biha. Les opposants au parti de Moch Nuben semblent s'être réveillés et ont déjà organisé un rassemblement ce soir. Ils huent les républicains, Jedi compris, et poussent la population à voter un référendum contre l'entrée dans la République…
-Mais qu'est-ce qu'il fait là ? s'interrogea Garen en désignant Exe Colmun qui se tenait droit comme un piquet.
Obi-Wan hésita un instant, se demandant comment son ami allait réagir. Mais il savait qu'il méritait de connaître la vérité.
-C'est lui qui a tout orchestré, révéla-t-il. Ses assistants lui obéissaient.
Garen sembla d'abord pétrifié par la nouvelle. Son regard passa de la surprise à l'effarement, puis à une colère qui obscurcit le marron de ses yeux. L'expression soudain glaciale de son ami d'enfance effraya Obi-Wan, qui sut que tout allait se jouer à cet instant. Il n'allait pas intervenir, ce n'était pas son combat. Muln serra les poings et s'avança, les lèvres pincées, les dents serrées. Qui-Gon fit mine de vouloir s'interposer, mais Obi-Wan lui fit comprendre en un regard que personne ne devrait empêcher le jeune chevalier de tester ses limites, s'il en avait. Kenobi observa la scène avec calme, et garda foi en son ami.
Muln leva son bras gauche d'un geste brusque, et Colmun ne put s'empêcher de tressaillir. Mais le poignet du Jedi s'arrêta à quelques centimètres de son visage, sans jamais le toucher.
-Vous reconnaissez ceci ? commença Garen d'une voix grave et menaçante en exhibant son bracelet de cuir.
Il eut sa réponse en voyant les yeux de l'inspecteur s'agrandir.
-Maître Clee Rhara portait le même. Je vois que vous vous souvenez d'elle.
A cet instant, Neema Mirteki entra dans la pièce et le représentant républicain fronça les sourcils en la voyant, réaction qui sembla échapper au jeune Jedi qui l'attrapa violemment par les épaules.
-Attendez, non ! Ne…, commença Colmun.
Il fut terrifié de voir Garen lâcher un petit rire amusé.
-Vous croyez vraiment mériter que je succombe au côté obscur ? Vous surestimez votre importance. Dans tous les domaines. Je peux vous assurer que vous ne ferez plus jamais de tort à qui que ce soit.
-Et qu'est-ce que tu vas faire, gamin ? cracha l'inspecteur en retrouvant un peu de sa grogne.
-Moi ? Rien, répondit sereinement Garen en s'éloignant de lui, au plus grand soulagement d'Obi-Wan. Il y a maintenant assez de monde pour le faire à ma place. Treb ?
Le Zabrak se leva et avança vers lui.
-Tu veux bien m'aider à l'enfermer dans mon vaisseau ?
-Allons-y, accepta-t-il en posant une main amicale dans le dos du Jedi. A moins que quelqu'un n'y fasse objection ?
Ne constatant que des signes de tête négatifs, les trois hommes sortirent ensemble de la maison, laissant le reste des personnes présentes dans un silence encore un peu surpris.
-Ce n'est tout de même pas ça qui rachètera le mal qui a été fait, déclara Onice d'une voix amère. Après tout ce qui est arrivé. Ces maisons détruites, Hunserh incendiée…
Obi-Wan leva les yeux vers Neema, qui n'avait pas bougé depuis son entrée dans la pièce et dont le visage avait considérablement pâli.
-Au sujet d'Hunserh, fit-il en élevant la voix. Vous n'auriez pas quelque chose à dire, Neema ?
La Zabrak sursauta.
-Moi ? Je ne… comment ça ? balbutia-t-elle.
-Vous ne voudriez pas nous expliquer pourquoi Punam vous a mordue ce jour-là ?
Onice se tourna vers son amie et fut abasourdie de voir de l'embarras, ou peut-être même… de la honte, dans son expression.
-Neema… ? l'interrogea-t-elle.
-C'est vous qui avez mis le feu à Hunserh, n'est-ce pas ? dit Obi-Wan d'un ton qui révélait sa peine.
La Zabrak ne dit rien, et son silence parla pour elle.
-Punam vous a vue mettre le feu, il a su que c'était vous, c'est pour ça qu'il a perdu confiance en ceux qu'il connaissait. Vous l'avez trahi…, continua-t-il de déduire.
-Il ne devait pas être là, avoua-t-elle enfin en un murmure. Et j'avais mis Palla en sécurité dans la clinique juste avant. Il n'aurait pas dû être blessé.
-Neema ! s'exclama Onice, profondément choquée. Mais… et la ferme ?! Les animaux qui sont morts à l'intérieur !
-Je suis désolée, je… ça ne devait pas tellement se propager.
-Mais pourquoi ? chuchota la jeune humaine.
Obi-Wan répondit à sa place.
-Cette carte, ces investisseurs. Ils vont ont promis de l'argent, n'est-ce pas ?
La Zabrak, qui s'était mise à pleurer silencieusement, hocha la tête.
-J'ai reçu des dédommagements pour l'incendie. C'est comme ça qu'on a pu rapatrier certaines bêtes sur Krroden. Je l'ai fait pour les animaux, je ne voulais pas nuire à Hunserh ! jura-t-elle.
-Mais est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ? explosa Onice. Tes investisseurs, tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est envenimer les rapports entre notre communauté et la ville !
-Mais qui pourrait tirer avantage d'un tel affrontement ? demanda Qui-Gon Jinn.
Obi-Wan se tourna vers lui et expliqua.
-Une bataille entre les deux camps ne pouvait aboutir qu'à une seule chose : la défaite de Calaghin. Les citadins avaient déjà tout ce dont ils auraient eu besoin : supériorité en nombre, en technologie, des armes et des véhicules à portée de main - même si je suis persuadé que ces usines sont utilisées par quelqu'un d'autre, pour une autre raison.
Wyhare s'assit avec consternation.
-Calaghin expulsée, ou détruite, les entrepreneurs auraient la main mise sur le tiers de l'île…
-Et il ne fait aucun doute que de nouvelles usines auraient été construites à la place, confirma Kenobi. Tout est lié. Exe Colmun a été envoyé pour trois choses : accélérer la production, discréditer Calaghin, et retrouver ceci.
Il ouvrit le sac d'Onice et en sortit l'holocron.
-Par tous les anciens de…, commença Qui-Gon. Où l'as-tu trouvé ?
-Dans les montagnes Bendhegir. Là où Colmun nous a retrouvés. Et une seule personne savait où nous étions.
-Encore une fois, Neema, comprit Onice, accablée.
-Je ne connaissais pas leurs intentions, je vous assure !
La jeune femme détourna le regard. Sa confiance avait été brisée, et elle ne pensait pas pouvoir la retrouver.
-Heureusement que vous avez réussi à l'arrêter, félicita Wyhare.
-Oui mais… Le plus important serait d'appréhender ceux qui lui donnaient ces ordres.
-Je ne connais pas leur nom, déplora Neema, comprenant enfin la portée de ses actes. J'ai juste eu un premier numéro, qui ne fonctionne plus. Ensuite ce sont eux qui ont repris contact avec moi. Je ne sais rien de plus.
-Nous ferons avec, dit Obi-Wan. Et maintenant que Biha a été informée de ces malversations, il importe que nous les rapportions également à Coruscant. Et Anakin a besoin d'être examiné par nos spécialistes.
Il regarda Onice dans les yeux et déclara :
-Il est temps pour nous de partir.


~*~

Il survola la pièce du regard et s'assura qu'il n'avait rien oublié. Il avait rangé les affaires de Wyhare, replié les draps sur le lit à présent nu, refermé la fenêtre de la chambre, nettoyé le gros de la poussière sur le sol, et il referma son sac de voyage. Il se dirigea vers la porte, l'ouvrit, éteignit les lumières, et se retourna une dernière fois. Ces lieux étaient devenus si familiers en à peine quelques jours, il s'y était senti à son aise, davantage chez lui que dans ses nouveaux appartements au temple qu'il n'avait pas encore eu le temps de réellement connaître. Il savait qu'avec Wyhare, un autre voyageur fatigué ou perdu occuperait cette pièce après son départ, mais cela avait peu d'importance. Il avait toujours su qu'il ne pourrait pas rester. Il imprégna sa mémoire du décor chaleureux, s'assurant de ne jamais l'oublier, et sortit.
Il descendit les escaliers et retrouva Garen Muln dans l'entrée, qui finissait d'enfiler sa longue veste en cuir. Son ami se retourna et le regarda d'un œil critique.
-La situation vous a échappé, hein ? fit-il simplement, mais pas sans compassion.
Obi-Wan attrapa sa bure et s'y emmitoufla avant de répondre.
-Non, la preuve est que je m'en vais, et qu'elle reste.
La souffrance et l'amertume lancinantes dans sa voix peinèrent Muln qui s'approcha de lui et posa une main sur son épaule.
-Si tu as envie de parler…, offrit-il. Ou de vider une bouteille…
Il lui adressa un clin d'œil et son légendaire sourire, qu'Obi-Wan ne put que lui rendre.
-Tu sauras toujours où me trouver, finit-il.
-Je sais. Merci.
-Donne-moi ton sac, je l'emmène au vaisseau. Qui-Gon et Anakin y sont déjà. Toi, va lui dire au revoir.
Obi-Wan hocha la tête silencieusement. Il ne servait à rien de retarder l'échéance. Il attendit que son cadet sorte de la maison, puis revint sur ses pas dans le couloir, ne sachant où trouver la jeune femme qui avait disparu un peu plus tôt. Il n'eut pas le temps d'errer longtemps dans les différentes pièces, car il tomba rapidement sur Wyhare qui sortait justement du petit salon où ils avaient eu cette terrible mais réconfortante conversation une semaine plus tôt. Cela semblait une éternité.
-Je me demandais si tu allais te décider à venir, sourit le vieil homme quand Obi-Wan arriva devant lui.
-Je ne serais pas parti sans vous voir, Wyhare.
-Quel dommage. Tu t'en vas maintenant que tu commences enfin à m'appeler par mon nom.
Obi-Wan sourit, mais le cœur n'y était pas. Comme il allait lui manquer… Il s'était déjà habitué à sa présence apaisante, ses remarques sagaces et ses petites piques taquines.
-Vous rencontrer aura été un honneur, dit-il, sincère. Je ne sais comment vous remercier pour tout ce que vous avez fait.
Le chevalier s'inclina humblement, mais Wyhare ne voulait pas d'un adieu si formel. Il attrapa Obi-Wan et le prit dans une ferme accolade.
-Merci à toi, lui répondit-il. Tu seras toujours le bienvenu ici, fils.
Il le relâcha ensuite et le tint par les épaules.
-Onice est dans la véranda. Va la rejoindre.
Le jeune homme fit passer une dernière fois toute sa reconnaissance et son admiration en un regard, et s'éloigna. Ses pas le conduisirent tout naturellement le long du couloir vers le jardin, et il la trouva en effet, appuyée contre l'une des petites colonnes.
-On ne t'a pas vue au dîner, fit-il avant de l'approcher.
Cette scène qu'il évoquait, et qu'il se remémorerait toute sa vie, avait pris tout une signification pour elle et lui.
-J'aurais dû te prévenir ? sourit-elle en se retournant.
-Non. Je te comprends.
-C'est l'heure, dit-elle. On savait tout les deux qu'elle arriverait.
-Oui. Bien trop tôt.
Elle alla vers le banc en osier et récupéra un petit objet emballé dans un papier fin avant de rejoindre le Jedi.
-Tiens, reprit-elle en le lui tendant. C'est pour toi. Mais ne l'ouvre pas avant d'être chez toi.
Il prit le cadeau et l'observa un instant, puis le rangea dans un compartiment de sa ceinture.
-Merci.
Il tenta de sourire, mais en fut totalement incapable, car tandis qu'il essayait de toutes ses forces de tenir bon et d'abréger ces adieux, il pouvait sentir son cœur se serrer, et se briser lentement, en une terrible agonie, laissant de petits fragments tranchants s'enfoncer dans sa poitrine.
Onice, elle, avait renoncé à maintenir une façade détachée, et des larmes roulaient en silence le long de ses joues. Elle ne sanglotait pas, elle ne tremblait même pas. Seuls ses yeux d'un noir profond trahissaient le terrible déchirement qui laissait son âme à nu. Elle ne dit qu'un mot, un seul, et Obi-Wan faillit sentir le chagrin le consumer sur place en entendant la peine infinie dans la voix douce et désespérée.
-Reste.
Une seconde plus tard, la jeune femme se retrouvait enlacée dans une étreinte étouffante, prisonnière de ces bras forts dont elle ne pouvait désormais plus se passer. Obi-Wan la serra contre lui, mais ne fit qu'augmenter sa peine en se rendant compte à quel point leurs corps semblaient faits l'un pour l'autre, comme deux moitiés d'un même puzzle jusqu'alors incomplet. Il ne chercha pas à débattre ou à expliquer son départ, car il savait qu'elle comprenait, malgré ce qu'elle venait de dire.
-Garde un petit souvenir de moi, murmura-t-il contre son oreille. Mais ne te retiens pas de vivre.
Il la sentit hocher la tête et elle répondit entre ses larmes.
-Plus jamais. Mais… sache que c'est toi qui m'as fait revivre.
La gorge d'Obi-Wan se serra, et il lutta férocement contre les pleurs qui cherchaient à sortir. C'était un Jedi, il arriverait à se maîtriser. Plutôt que de céder, il s'écarta légèrement d'Onice et prit délicatement son beau visage triste entre ses mains, la contemplant une toute dernière fois tandis qu'elle ouvrait la bouche pour parler.
-Obi-Wan, je t'…
Il l'embrassa vivement, désespérément, étouffant ces mots fatals avant qu'ils ne soient prononcés.
-Je ne veux pas l'entendre, murmura-t-il contre ses lèvres. Je ne veux pas l'entendre.
-Mais j'ai besoin de le dire.
-Non, crois-moi, c'est inutile.
-Je t'attendrai, promit-elle alors. J'attendrai jusqu'à la fin de cette vie et pendant la suivante s'il le faut.
Pendant un bref instant, Obi-Wan sourit à travers sa peine dissimulée.
-Alors nous nous reverrons. Peu importe quand. Et je serai là.
Il goûta à ses lèvres une dernière fois, et sur ce baiser il la quitta. En un bruissement vif de tissu, rapide comme un courant d'air, il était parti de la maison. Onice resta immobile et versa quelques larmes supplémentaires pour celles qu'il ne s'était pas permis de montrer, car elle savait qu'intérieurement, le chevalier n'avait été qu'un torrent de souffrance.
-Une bien triste séparation.
Wyhare était arrivé à ses côtés et regardait le ciel étoilé où ils allaient bientôt voir partir le vaisseau de Garen.
-Oui, dit-elle. Mais il n'y a rien à regretter. Nous en sommes ressortis grandis.
Elle posa une main sur son ventre d'un air absent et l'y laissa, comme pour y chercher du réconfort. Wyhare eut un petit sursaut.
-Onice ! s'écria-t-il lorsqu'il comprit.
-C'est mieux ainsi, déclara-t-elle, à nouveau calme et sereine.
Elle avait tant changé en quelques jours. Elle avait perdu quelque chose, mais ce qu'elle avait gagné à la place l'avait rendue plus sage.
-Mais ce choix… Tu n'es pas la seule à devoir le faire.
-Et pourtant j'en prends la responsabilité.
Wyhare soupira.
-Ma nièce, es-tu sûre de vouloir faire ça ?
Onice, les yeux levés vers les nuages noirs qui commençaient à se dissiper, ne répondit rien et regarda le puissant vaisseau de Garen Muln s'élever, puis déclencher ses propulseurs arrières et disparaître au cœur de l'espace.


~*~





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