Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 2: Refuge aux âmes perdues

Après être repassés à leurs vaisseaux respectifs pour y chercher les quelques affaires dont ils auraient besoin, les deux chevaliers Jedi étaient directement repartis à pied à la mi-journée, et avaient entrepris l'ascension du mont Benicas à la demande de Garen, qui n'avait pas voulu se justifier mais semblait avoir ses raisons. Il avait été établi qu'ils ne passeraient pas par le sommet, bien trop élevé, mais par le versant ouest. Lorsque Obi-Wan avait demandé pourquoi ils ne l'avaient pas simplement contourné en speeder, Garen n'avait fait que lui lancer un regard indéchiffrable et avait vaguement répondu que depuis un speeder ils auraient manqué le meilleur.
Le sol spongieux était uniquement constitué de mousse épaisse recouverte par endroits d'épines tombées des hauts résineux fins qui poussaient essentiellement en bas de la montagne. Au fur et à mesure que les deux hommes grimpaient, les arbres cédèrent la place à de grands buissons, puis à de la bruyère brune émergeant vaillamment entre les rocailles hostiles. Le ciel s'était obscurci et un vent froid s'était de nouveau levé, faisant frémir les petites branches sèches de la végétation, quand Garen arrêta son ami d'une main posée sur l'épaule.
-Maintenant regarde pourquoi nous sommes passés par ici, lui murmura-t-il en s'asseyant sur un rocher.
Obi-Wan tourna la tête et fut estomaqué par la scène qui se présenta à eux. Juste devant lui, à l'ouest du Benicas, les nuages oranges et dorés s'écartèrent, poussés par l'air frais, et révélèrent le soleil jaune foncé bien rond et flamboyant, qui répandit soudain ses rayons ardents sur l'ensemble du paysage. Ils allèrent lécher la surface du grand lac au pied de la montagne, qui se teinta progressivement d'une couleur ambrée, comme changé en un breuvage divin dans lequel miroitait le ciel, tandis que les pousses de bruyère rougeoyante, touchées à leur tour, furent comme enflammées, prenant elles-aussi part à ce spectacle enivrant et presque chimérique.
Sans jamais détacher son regard de ce tableau stupéfiant, ébloui par cette nature qui recelait tant de joyaux, Obi-Wan s'assit lentement à son tour. Depuis quand n'avait-il pas pris le temps de simplement observer le monde autour de lui, s'abandonner à la contemplation, partie intégrante de la philosophie Jedi ?
-Merci, souffla-t-il, ses paroles emportées par le vent.
Garen sourit, lui-aussi fasciné.
-C'est comme ça tous les jours, chuchota-t-il. Et personne n'y prête même plus attention.
Il observa l'eau onduler silencieusement sous la caresse d'un léger coup de vent, troublant les couleurs chaudes du soir qui allaient s'y refléter, écouta le bruissement lointain des arbres et les derniers chants des oiseaux diurnes.
-Personne sauf ceux que nous allons voir, continua-t-il, son sourire grandissant. Allez viens. Il faut traverser le bois avant la nuit, on s'y perdrait.
Ils se relevèrent donc et se remirent en marche, l'astre au déclin illuminant toujours leur route alors qu'ils descendaient de l'autre côté du versant, vers la forêt d'épineux, se frayant un chemin entre les broussailles et les gros cailloux normalement blancs mais jaunis par le soleil. Une fois passés sur le versant nord, à l'opposé de Biha, ils furent heureux de ne plus entendre les bruits de la ville, bloqués par la masse imposante qu'était le Benicas. Au bout d'une trentaine de minutes de marche, les derniers rayons du soleil disparurent, laissant la clarté blanche de la lune les relayer pour éclairer les deux Jedi qui continuaient de progresser à pas réguliers dans la forêt où les conifères avaient été remplacés par des arbres bien feuillus. Leurs yeux étant encore moins fiables dans cette obscurité que de jour, ils prêtèrent instinctivement plus attention aux sons autour d'eux, concentrés sur le moindre craquement de branche sous leurs bottes, ou le cri distant d'animaux sauvages. Au-dessus d'eux, entre les feuilles sombres agitées par le vent frais, brillaient les constellations dans un ciel autrement noir.
Même s'il avait du mal à comprendre l'utilité d'une telle randonnée nocturne et s'il considérait ce détour comme une véritable perte de temps malgré le magnifique coucher de soleil auquel il avait assisté, Obi-Wan se força à garder le silence et fit de son mieux pour apprécier l'instant présent, lui qui depuis plus d'un an n'avait jamais pensé qu'au lendemain. Il se rappela que quelques années plus tôt il aurait été au moins un peu excité à l'idée d'une excursion improvisée comme celle-ci, mais alors qu'il suivait son ami d'enfance à travers les bois sombres, il réalisa avec stupeur qu'il ne ressentait rien. Il n'éprouvait aucun plaisir, pas la moindre émotion, et ce vide qui s'était sournoisement installé en lui depuis des mois mais qu'il ne découvrit qu'à cet instant le fit paniquer. Il s'arrêta net, médusé par l'incompréhension. Garen, surpris, fit de même et le regarda d'un air inquiet. Obi-Wan ne put que lever les yeux vers lui, incapable de trouver les mots pour exprimer ce qui lui arrivait, et surtout bien conscient que ce n'était ni le lieu ni le moment pour remettre en question sa perception des choses ou faire part de ses états d'âme.
-Obi ? demanda Garen en s'approchant de lui, les sourcils froncés.
Il chercha encore vainement le lien qui était sensé l'unir à son ami, mais comme précédemment il ne trouva rien à part de solides boucliers psychiques totalement insurmontables. Pourquoi refusait-il de partager ses émotions ?
Kenobi de son côté, se demandait pourquoi son inconscient avait choisi cet instant précis pour s'exprimer avec tant de virulence et, englouti dans cette ignorance effrayante, il voulut chercher un appui dans les yeux inquiets mais pleins de chaleur de son camarade, y trouvant plus encore, une stabilité et une patience qui l'encouragèrent à parler. Mais juste au moment où il allait ouvrir la bouche, son regard fut attiré vers la gauche par une lueur verte. Il se ressaisit immédiatement, enfouissant bien ses émotions à l'abri dans un coin inaccessible de son esprit, et dépassa Garen, son visage - qui à peine quelques secondes plus tôt avait laissé transparaître tant de désarroi - à présent figé en un masque inexpressif, presque glacial. Muln serra les dents et ferma brièvement les yeux, réalisant qu'il avait été à deux doigts d'obtenir les confessions d'Obi-Wan, mais que cette opportunité perdue, il aurait désormais peu de chances de les entendre.
-Que se passe-t-il ? finit-il par demander en le rejoignant.
-Chh…, fit Obi-Wan, un doigt levé pour le faire taire.
Il contourna un arbre, puis se dissimula derrière un buisson, rapidement suivi par son compagnon. Une autre lumière, bleue cette fois, apparut pendant une seconde un peu plus loin, accompagnée d'un murmure grave.
-Là, chuchota vivement Obi-Wan.
Garen se releva et sourit.
-C'est un feu-follet, dit-il. Ceux-là sont inhabituels, je te l'accorde, parce qu'on ne peut en trouver que sur cette lune. Ils sont à base de phosphogène, gaz très rare.
Kenobi, embarrassé, se leva à son tour.
-Combustion spontanée, déduisit-il.
-Et totalement inoffensif, confirma Garen avec un hochement de tête.
Ils sursautèrent en même temps lorsqu'une nouvelle émanation s'enflamma juste derrière eux en un petit nuage vaporeux. Garen passa lentement la main à travers sous les yeux stupéfaits d'Obi-Wan.
-C'est froid, on ne risque rien, le rassura le Jedi.
Kenobi haussa un sourcil sceptique puis plissa le nez.
-Tu sens cette odeur ?
-C'est le phosphogène, expliqua Garen en reniflant à son tour. Prépare-toi à un chouette spectacle son et lumière.
A peine avait-il prononcé ces mots qu'un peu partout autour d'eux surgirent des feux-follets l'un après l'autre et se succédèrent de plus en plus vite, illuminant la clairière où ils se trouvaient comme en plein jour. Les vapeurs jaunes, bleues, roses, vertes et rouges vibraient comme des torches naturelles expirées par la mousse aux pieds des Jedi jusque haut dans les airs.
-Ca se produit environ toutes les deux semaines, quand les sources rejettent le surplus de gaz.
-Tu en connais des choses sur cette lune, remarqua Obi-Wan avec un regard qui aurait été qualifiable de soupçonneux.
Garen se crispa pendant à peine une seconde avant de reprendre un air détaché, et si n'importe qui n'aurait pas pu déceler cette brève réaction, Obi-Wan ne fut pas dupe. Cependant il ne l'interrogea pas davantage, peut-être par crainte que Garen n'exige lui-aussi des explications à son tour.
-J'ai effectué une mission ici par le passé, confia Muln. J'ai eu trois mois pour apprendre à me familiariser avec tout ça.
Obi-Wan accepta la réponse pour ce qu'elle était, c'est à dire une justification suffisante mais qui ne révélait de loin pas toute la vérité. Il se demanda avec une pointe de nostalgie quand ils avaient cessé de tout se raconter et s'étaient vraisemblablement éloignés, alors que les clairs feux-follets de toutes les couleurs continuaient de danser à travers la clairière. Au bout d'une dizaine de minutes, les émanations se firent moins nombreuses, puis stoppèrent aussi vite qu'elles avaient commencé.
-Bon, remettons-nous en route, proposa Garen, rompant le silence. Nous y sommes presque.
-Tu me réserves encore beaucoup de surprises de ce genre ? s'enquit Obi-Wan en reprenant la marche.
-Quelques-unes. D'ailleurs…, commença Muln en tournant la tête vers la droite, comme ayant entendu quelque chose. Ecoute.
Les deux chevaliers s'arrêtèrent, tendirent l'oreille. Et Obi-Wan comprit qu'ils étaient en effet arrivés. Au loin, plus bas, des chants distants s'élevèrent. Une mélodie douce et sibylline parvint jusqu'à eux entre les branchages, avec une telle harmonie qu'elle sembla provenir d'une seule et même voix. Ils étaient encore bien trop loin pour en entendre les paroles, mais la sérénité et la paix imprégnées dans la musique suffirent à toucher les deux amis, qui attendirent silencieusement quelques minutes avant de se décider à approcher de l'origine de ces quantiques nocturnes. Obi-Wan, qui suivait toujours Garen, s'aperçut que les enjambées de ce dernier devenaient de plus en plus amples et rapides, pour finir par se transformer en petit pas de course. Le jeune homme déduisit de par l'empressement de son compagnon que ce qui devait les attendre à moins d'un kilomètre était sans doute à la hauteur de la beauté des chants qui parcouraient toujours ce versant du Benicas.
Ils atteignirent enfin l'orée de la forêt, qui se trouvait délimitée par de larges rochers de granit hauts de plus de quatre mètres. Haletants, les Jedi firent le tour de celui qui se trouvait devant eux, et arrivèrent en face d'une procession composée d'une cinquantaine d'individus en toge blanche ou bleue qui avançaient en file indienne sur deux colonnes, puis se séparèrent pour former un cercle au centre d'une grande structure monolithique dont les chevaliers venaient de contourner l'un des blocs.
Obi-Wan voulut faire demi-tour, hésitant à s'introduire de force dans un rituel qui lui était étranger, mais Garen le retint et fit signe à quelques personnes qui lui répondirent avec un sourire tout en continuant de chanter. La mélodie arriva progressivement à son terme, le rythme ralentissant et les voix fondant davantage l'une dans l'autre sur une note neutre, mais sans perdre de leur vitalité. A ce moment précis, alors que tous les participants se donnèrent la main, comme pris dans une incroyable osmose, le vent cessa de souffler, tout sembla s'immobiliser, et une vive lumière bleue entoura la foule réunie, grandissant petit à petit jusqu'à aller toucher les Jedi.
Obi-Wan écarquilla les yeux en comprenant qu'il s'agissait ni plus ni moins que de la Force. Une manifestation brute, libre et sauvage comme il n'en avait pas l'habitude, mais étrangement revigorante. Ces gens n'étaient pas des Jedi, individuellement ils ne possédaient sans doute pas assez de midi-chloriens pour en avoir le potentiel, et pourtant la Force avait répondu à leur appel et s'était montrée à eux primitive et inaltérée, dans un état que peu de Jedi connaissaient, car totalement incontrôlée et incontrôlable.
Sans même le vouloir, sans l'avoir invitée, l'énergie si pure qu'elle en était inquiétante passa au travers d'Obi-Wan et l'envahit contre son gré avec une puissance inégalée mais sans malice, sans violence, comme profitant de cette occasion pour étreindre quelqu'un qui lui aurait manqué et lui rappeler qu'elle était encore là. Ce fut en tout cas ainsi qu'Obi-Wan comprit cette caresse impétueuse qui ne dura qu'un instant, et le quitta une nouvelle fois lorsque les membres de cette étrange confrérie rompirent le contact, laissant la Force se dissiper autour d'eux.
Obi-Wan se sentit alors complètement épuisé, vidé par ce départ subit de l'énergie qui l'abandonnait encore. Garen posa une main réconfortante sur son épaule et lui dit :
-Je sais, la fin du rituel est assez éprouvante. Mais bon sang, ça vaut le coup, non ?
-Oui, répondit Obi-Wan avec l'ombre d'un sourire. Enfin je crois. Je n'en suis pas sûr.
Garen resserra un peu sa main en lui rendant son sourire, puis le relâcha après une tape amicale. Ils se redressèrent tous deux et reprirent une expression plus sobre tandis qu'une jeune femme s'approchait d'eux, ses cheveux ondulés et châtains tombant sur ses épaules fines et ses yeux noirs fixés sur eux. Elle se planta devant les Jedi et sourit.
-Bonsoir, Garen. Je ne pensais pas te revoir si tôt.
-Comment vas-tu, Onice ? s'enquit le jeune homme en l'embrassant brièvement sur la joue.
-Bien, merci. Je vois que tu nous as ramené un ami…
L'aîné des deux chevaliers entreprit donc de se présenter.
-Obi-Wan Kenobi, déclara-t-il avec un hochement de tête.
-Enchantée. Nous ferez-vous le plaisir de rester parmi nous pour un temps ?
Garen envoya un regard approbateur à son ami, qui poursuivit chaleureusement.
-Ce sera un honneur, dit-il de sa voix douce et distinguée qui parvint à faire rosir les joues de la jeune femme.
-Dans ce cas venez avec moi, reprit-elle avec un regard sensuel, déjà conquise par le charme de ce jeune Jedi aux yeux aquatiques. Le rituel ne finira pas avant quelques heures encore, et vous devez être fatigués par la longue marche.
Elle se retourna et leur fit signe de l'accompagner, puis ils traversèrent ensemble le lieu sacré où s'était agenouillé le groupe, plongé dans des incantations vagues et mystérieuses qui suivirent Obi-Wan le long du chemin en terre battue qu'ils avaient emprunté, encore bien longtemps après que les voix ne se soient tues.


~*~


-Et qu'est-ce qui vous amène sur notre lune, si loin de la République ?
Obi-Wan marchait à côté d'Onice qui les guidait d'un pas sûr à travers bois et champs, et lui répondit tout en essayant de discerner ce qui les attendait au bout de la route.
-Je suis en mission. Je cherche quelqu'un.
-Je vois, sourit la jeune femme, comprenant qu'il ne voulait pas en révéler davantage. Tout Jedi est le bienvenu parmi nous, vous pouvez rester aussi longtemps qu'il vous plaira.
-Merci, c'est très aimable à vous.
-Oh c'est bien naturel, lui dit-elle en l'observant discrètement du coin de l'œil. Ca fait partie de nos règles de vie : notre porte est ouverte à tout voyageur en quête d'un toit.
Obi-Wan se retourna, étonné par le silence prolongé de son ami qui les suivait tranquillement, les mains fourrées dans les poches de sa longue veste en cuir. D'un petit hochement de tête, Garen lui fit signe de regarder devant lui, un sourire se dessinant aux coins de sa bouche. Kenobi obéit, pour apercevoir au loin de minuscules points blancs parsemant l'obscurité, tels des lucioles. Au fur et à mesure que les trois jeunes gens avançaient les lumières se firent plus précises, et des bâtiments se découpèrent sur le ciel étoilé.
-Bienvenue à Calaghin, chevalier Kenobi, déclara leur hôtesse.
Au moment où ils atteignirent l'entrée du village, les quelques arbres qui bordaient le chemin furent remplacés par de nouveaux blocs de pierre où des lampes bleutées avaient été incrustées, dégageant non seulement une lumière diffuse, mais aussi une noblesse impressionnante, comme si à travers les siècles ces monolithes s'étaient attribué le rôle de gardiens de la petite cité, jugeant la valeur des visiteurs passant sous leurs yeux pour y faire étape.
Les habitations, qui possédaient pour la plupart moins de deux étages, étaient nichées dans le creux d'une colline boisée en face du Benicas et s'échelonnaient sur toute la hauteur, sillonnées par de petites rues pavées abruptes. Teinté de gris et de noir, le paysage était dur à distinguer et ne pouvait révéler toute sa splendeur, mais par une simple observation de l'entretien des bâtiments et de la végétation, Obi-Wan put se faire une petite idée de ce qu'il trouverait une fois le soleil levé. Les seuls sons qui côtoyèrent les nouveaux arrivants furent le souffle du vent, le grincement d'insectes, et le murmure proche d'une petite cascade naturelle.
Onice mena les Jedi à une grande maison aux murs parcourus de lierre et de vigne, et ouvrit la porte, révélant une pièce chaude et bien éclairée, meublée de tables et de bancs, ainsi que d'un comptoir en métal sombre.
-Nous sommes chez mon oncle, Wyhare, apprit la jeune femme à Obi-Wan. Je vais vous installer dans une des chambres. Garen, tu sais où aller, je suppose.
-Oui, je connais cet endroit comme ma poche. Merci beaucoup, Onice. Obi-Wan, je te revois demain matin… Bonne nuit !
-A demain, répondit Kenobi.
Onice passa par un couloir qui menait au cœur de la maison, et attendit patiemment que le chevalier la rejoigne avant de monter des escaliers.
-Je ne voudrais pas déranger votre oncle, chuchota-t-il, un peu embarrassé d'arriver à l'improviste.
-Ne vous en faites pas, il sera ravi de vous avoir chez lui. De plus, il sait que vous êtes là, il était à la cérémonie et il m'a vue vous emmener avec moi. Vous verrez il est merveilleux.
La jeune femme s'arrêta devant une porte fermée et fit face à son invité.
-Voilà. Ce sera votre chambre. Tout y est déjà : draps, couvertures, serviettes, et la salle de bains est juste ici, dit-elle en désignant une pièce à leur gauche.
Il se tourna vers elle à son tour, plongeant ses yeux bleu-vert dans les siens, et sourit.
-Merci beaucoup. Je ne sais pas quoi dire.
-Etonnant, pour un Jedi, se força-t-elle à rire pour ne pas laisser paraître le trouble qu'elle ressentait sous le poids d'un tel regard. C'est vous, les rois de la négociation, non ?
-Oui c'est vrai, approuva-t-il d'un ton léger. Bien… Alors bonne nuit…
-Bonne nuit, répondit-elle.
Il entra, et quand la porte se referma, le visage figé de la jeune femme se détendit et elle s'y appuya avec presque un sifflement élogieux. Puis elle s'éloigna en secouant la tête et soupira :
-Waw…


~*~


La pluie qui s'était mise à tomber au milieu de la nuit n'avait duré que quelques heures, et au petit matin, lorsque le soleil se leva sur la province Vunatienne de Cynele III où se trouvaient les villes de Biha et Calaghin, pas un nuage ne l'empêcha de répandre sa lumière pastel, réchauffant la terre et séchant les gouttes de rosée. Vunaa se situant entre deux grandes mers parcourues de courants impétueux, le temps était constamment sujet à des changements aussi brutaux qu'imprévus, et une journée débutant sous une terrible tempête pouvait s'achever sous un ciel bleu dégagé, et vice-versa.
Des nuages gris clairs commençaient déjà à se rassembler au sommet du Benicas, et le vent frais diffusait une odeur de pluie. Un courant d'air passa brièvement par une fenêtre ouverte pour aller caresser le visage paisible du jeune homme qui dormait toujours, et se retourna en rabattant un peu plus les couvertures sur lui. Une porte claqua à l'étage, finissant de le réveiller.
Obi-Wan se força à ouvrir les yeux et cligna rapidement des paupières face au soleil éblouissant qui baignait la chambre. Dehors le clapotis de la petite rivière et le chant des oiseaux créaient un bruit de fond où venaient s'ajouter des voix qui conversaient tranquillement et riaient. Avec un peu d'imagination, le chevalier pouvait se voir au temple, dans le jardin des Mille Fontaines qu'il n'avait pas vu depuis si longtemps. Il se rappelait d'abord de l'entrée, banale, comme toute autre entrée de salle au temple, une grande porte en métal argenté bien poli et sans le moindre défaut. Le sas s'ouvrait automatiquement lorsqu'on s'en approchait, à toute heure du jour ou de la nuit. Suivait un couloir en verre transparent par lequel on pouvait entrevoir les premiers arbustes dont les feuilles étalaient toute une palette de différentes teintes de vert, du plus clair et lumineux au plus sombre. Au bout du couloir, Obi-Wan se voyait mettre pied sur un tapis émeraude de mousse et d'herbe courte soyeuse au toucher, et toutes sortes de sensations l'assaillaient en même temps. Le parfum subtil de centaines de fleurs rares entretenues par quelque Jedi féru de jardinage et qui poussaient en de magnifiques massifs, l'odeur épicée des arbres exotiques situés de part et d'autre de l'allée soigneusement aménagée en infinies circonvolutions, les couleurs tantôt vives, tantôt pâles, toutes plus belles et insolites les unes que les autres, au point que l'œil ne savait où regarder. Et alors qu'il progressait le long du chemin sillonnant à travers un bois totalement recréé dans cette bâtisse si froide et austère depuis l'extérieur, après avoir découvert merveille après merveille dans la végétation luxuriante mais mystérieuse, le visiteur arrivait à des cascades que l'ont jurerait naturelles, jaillissant de rochers élevés, scintillant sous une reproduction en trompe l'œil d'un ciel éclatant. Le murmure de l'eau claire, le gazouillement discret des oiseaux sauvages, cette tranquillité, partie inhérente du temple qui renfermait tant de vie. Il se revoyait, jeune initié, nageant dans le flot lent et régulier en compagnie de Bant Eerin entre deux leçons, il se souvenait de leur hâte pour se sécher tout en courant pieds nus dans le jardin, craignant d'arriver en retard…
Obi-Wan garda les yeux fermement clos et serra son oreiller contre lui comme un enfant pris d'une vague inexplicable de mélancolie et cherchant le réconfort dans le contact tendre de l'objet impersonnel.
Il entendit en bas des bruits de pas et de casserole, et sachant qu'il avait suffisamment dormi, il poussa un long et profond soupir, se débarrassa encore une fois de ces sentiments que son entraînement Jedi lui avait appris à mépriser, signes de faiblesse, et il se leva. Puis il alla prendre une douche rapide et veilla à être assez présentable pour rencontrer le maître de maison qui devait être déjà debout. Il descendit les escaliers, repassa par le couloir, et entra enfin dans la salle à manger, accueilli par une bonne odeur de cuisine.
-Tiens ! Bonjour !
Onice entra par une autre porte, tenant dans les mains un plat qu'elle s'empressa de poser sur l'une des cinq grandes tables de la pièce.
-Bien dormi ? s'enquit-elle avec un sourire en cherchant assiettes et couverts dans un placard.
-Oui, incroyablement bien, merci, répondit Obi-Wan en l'aidant à mettre la table.
-Nous allons prendre un gros petit déjeuner, expliqua la jeune femme lorsqu'elle remarqua la façon dont le Jedi fixait l'énorme plat. Garen et moi aurons pas mal de choses à faire aujourd'hui et je ne sais pas si nous trouverons le temps de manger avant ce soir.
-En parlant de Garen, il dort encore ?
-Non, il est parti avec mon oncle tôt ce matin. Ils ne devraient plus tarder…
Elle alla jusqu'à la fenêtre et jeta un œil sur la rue étroite qui zigzaguait vers le bas du village.
-Qu'est-ce que je vous disais : les voilà.
Quelques instants plus tard la porte d'entrée coulissa et le jeune chevalier aux yeux sombres mais rieurs fit jovialement irruption, un sac à la main, précédant un homme d'une soixantaine d'années dont le visage ridé semblait n'exprimer que douceur et sagesse. Il portait une moustache et un bouc poivre et sel, avait un front lisse dégarni, et les cheveux qui lui restaient étaient attachés en une petite queue de cheval sur sa nuque. Ses yeux vifs et intelligents se posèrent immédiatement sur Obi-Wan, qui avança à sa rencontre.
-Mes respects, monsieur, dit-il en s'inclinant. Je vous remercie pour votre hospitalité.
L'homme fit signe à Muln de poser son sac sur un banc, puis sourit à Kenobi.
-C'est moi qui suis honoré de ta présence, mon jeune ami. Et c'est Wyhare. Oublie le "monsieur", rit-il.
Il souleva le couvercle du plat posé sur la table et huma la vapeur qui s'en échappa.
-Eh bien, chère petite nièce, tu as l'air de t'être donné de la peine ! Mais j'aurais pu m'en occuper à mon retour, tu sais.
Onice leva les yeux au ciel en débarrassant son oncle de son gros manteau.
-Installe-toi donc à table, lui lança-t-elle. Tu travailles déjà assez comme ça.
-Et tes bonnes manières ? Tous nos hôtes ne sont pas encore là…
Ceci attira l'attention d'Obi-Wan, qui adressa un regard interrogateur à Garen, mais lui-aussi semblait troublé. Une voix d'enfant résonna dans le couloir et Onice prit un air victorieux en forçant le vieil homme à prendre place sur un banc.
-Tu peux t'asseoir sans crainte, mon oncle, ils sont là.
Obi-Wan fronça les sourcils et retint sa respiration alors que la jeune voix retentit encore.
-Bonjour Oni…, avait commencé à crier un jeune garçon blond en entrant dans la salle à manger.
Il se figea, ses yeux s'agrandirent, puis il se jeta en avant vers l'endroit où se trouvaient les chevaliers.
-Obi-Wan ! Ca alors ! Maître !!
Le jeune homme attendit de retrouver sa voix avant de s'adresser au garçon.
-Bonjour, Anakin.
-Que se passe-t-il, Ani ? demanda le dernier des invités.
Qui-Gon Jinn entra dans la pièce, et Obi-Wan fut à nouveau stupéfait par la prestance de celui qui l'avait élevé pendant plus de douze ans. Le maître Jedi avait une stature imposante et un maintien altier qui lui donnaient un air de roi. Les épaules droites, la tête haute, sa démarche posée et mesurée, tout en lui ne respirait que noblesse et fierté. Son visage était calme et serein, ne laissant paraître aucune nervosité ou incertitude, et si Obi-Wan n'avait pas été au courant de la situation, jamais il n'aurait pu deviner qu'il avait en face de lui un fugitif, un homme qui avait préféré fuir que d'affronter ses supérieurs. Et pourtant, son comportement ne pouvait suggérer qu'une chose : cet homme n'avait aucune faille. Avait-il donc vu ou compris quelque vérité que le conseil n'avait pu déceler ? En observant son ancien mentor, Obi-Wan Kenobi fut certain d'au moins un point : jamais il n'arriverait à être son égal.
Jinn repéra Anakin à l'autre bout de la salle à manger et s'approcha de lui avec un sourire si affectueux qu'Obi-Wan eut un pincement au cœur. Puis son regard remonta vers le visage des étrangers qui venaient d'arriver, et il faillit hoqueter de stupeur en les reconnaissant.
-Maître Jinn, salua rapidement Garen avant de s'éloigner, sachant très bien qu'il n'était pas celui qu'il voulait voir.
Le maître Jedi hocha bêtement la tête dans sa direction sans jamais quitter des yeux ce visage magnifique qui lui avait tellement manqué que les premiers mois il avait eu l'impression de le voir à chaque fois qu'il s'était retourné.
-Bonjour Qui-Gon, manqua de bégayer Kenobi.
Le jeune homme fut pris au dépourvu lorsque son ancien maître l'attrapa vivement et l'enserra dans une accolade énergique.
-Obi-Wan ! s'écria-t-il. C'est bon de te revoir.
Il recula et le dévisagea d'un air réjoui.
-Mais que viens-tu faire ici ?
-Eh bien, hésita le chevalier. J'ai été envoyé par le conseil pour…
-Vraiment ? le coupa involontairement Qui-Gon, transporté de joie à la vue de son ancien apprenti. Ce n'est pas trop tôt, c'est une bonne chose qu'ils se soient rendus compte que le culte avait besoin d'un peu d'aide pour rétablir le dialogue avec les citadins. Mais je suis tout de même étonné que le Sénat ait accepté de se mêler des affaires d'une planète qui ne fait pas partie de la République. Tu es arrivé depuis longtemps ? Si tu as besoin d'aide, je suis là, évidemment…
Les mots sortaient à toute vitesse de la bouche du maître Jedi, trop emporté par son allégresse pour se rendre compte que le visage d'Obi-Wan semblait s'assombrir de seconde en seconde. Le jeune homme tenta de l'interrompre pour éclaircir le malentendu, mais il ne put totalement s'y résoudre, craignant la réaction de son aîné. Garen, qui avait pour sa part saisi l'embarras de son ami, décida de lui accorder un sursis en intervenant sans la moindre finesse et d'une voix assez forte pour attirer l'attention de Jinn.
-Je suis le seul à avoir faim, ici ? fit-il distinctement en s'asseyant à table.
Qui-Gon se tut instantanément, étonné par le franc parler inhabituel du garçon qu'il avait appris à bien connaître au fil des années par l'intermédiaire d'Obi-Wan. Un léger sentiment de malaise s'installa dans la pièce alors que le maître Jedi s'aperçut enfin que son ancien padawan n'avait pas dit un mot depuis un bon moment. Cette tension ne dura que quelques secondes, car Anakin, probablement le seul à ne s'être aperçu de rien, épousa avec plaisir la cause du chevalier Muln et poussa une exclamation avant de le rejoindre.
-Non, moi aussi ! Je suis affamé ! dit-il.
-Eh bien qu'est-ce qu'on attend alors ? continua Onice d'un ton à peine trop enjoué.
Elle prit Qui-Gon par les épaules et l'attira avec douceur vers la table où elle le fit asseoir, le gratifiant d'un grand sourire aimable. Elle retira le couvercle du plat et commença à servir le petit groupe pendant que Wyhare lançait une conversation qui captiva rapidement le maître Jedi et mit fin à l'atmosphère pesante. La jeune femme alla s'installer à côté d'Obi-Wan, et même si elle ne savait pas précisément ce qui venait de se passer, elle éprouva le besoin irrationnel de lui adresser un regard chaleureux et amical. Le jeune homme fut alors surpris de constater à quel point il l'avait trouvé réconfortant. Un simple regard sans réelle motivation, alors qu'elle ne connaissait rien de lui, et elle lui avait accordé sa compassion sans chercher plus loin.
Au plus grand soulagement du chevalier, Wyhare avait continué de parler de choses et d'autres tout au long du repas, lui permettant ainsi de garder le silence et d'éviter de s'expliquer avec son ancien maître. Il savait qu'il aurait à le faire, mais d'un autre côté, il voulait absurdement repousser l'échéance au maximum. Obi-Wan essaya de se concentrer sur sa nourriture, ou sur les récits pourtant passionnants du vieil homme, mais il ne pouvait s'empêcher de scruter le visage de Qui-Gon, se demandant s'il était le seul à éprouver une telle confusion. Pendant un an, il l'avait cherché, non, traqué, suivant un à un les indices qu'il avait laissés derrière lui, il les avait analysés, s'était employé à le localiser au mieux. Et petit à petit, son objectif, sa cible, avait perdu toute identité et était devenu un hors-la-loi comme un autre, et non plus l'homme qui lui avait servi de père et de professeur pendant plus de douze longues années.
Maintenant, il se trouvait à la même table que lui, comme cela avait été si souvent le cas au long de cette période inoubliable d'apprentissage, il l'avait en face de lui, calme et majestueux, comme si rien n'avait changé. Mais tout avait changé, justement. Obi-Wan avait l'impression de subir une punition qui consisterait à lui montrer à quoi pourrait ressembler sa vie, assis là avec son maître et partageant des moments complices dans la plus grande tranquillité autour d'un repas entre amis, tout en sachant qu'en vérité, ces instants-là étaient révolus. A cette minute précise, le jeune homme pouvait goûter à cette paix et cette convivialité qu'il recherchait tant, mais qui étaient à présent hors de portée. Il était très heureux de son indépendance de chevalier, mais rien ne l'avait préparé à cette solitude. Pendant un an, il avait été tellement préoccupé par sa mission qu'il ne s'était pas rendu compte de ce qu'il endurait inconsciemment, et maintenant qu'il avait devant les yeux ce qui lui manquait cruellement, il ne ressentait cet isolement que davantage. Ses yeux clairs disséquaient chacun des gestes et des regards de Qui-Gon, sans jamais détecter un centième de la confusion qu'il ressentait, et il ne sut s'il devait s'en réjouir pour son mentor ou non. Jinn riait aux plaisanteries de Wyhare, mangeait avec enthousiasme tout en prenant le temps d'offrir quelque commentaire instructif à son nouvel apprenti, et parfois même envoyait des coups d'œil aimables en direction d'Obi-Wan, qui s'efforçait de maintenir une façade neutre malgré les questions qu'il se posait.
Lorsque le repas toucha à sa fin, Garen Muln se tourna vers Obi-Wan et changea subitement de sujet de conversation.
-Onice et moi allons à Hunserh aujourd'hui. Tu veux te joindre à nous ?
-C'est une réserve animalière dont je m'occupe avec une amie, lui expliqua la jeune femme.
Kenobi hésita. Il venait de retrouver Qui-Gon, et son devoir était de le ramener au temple dans les plus brefs délais. Il était impératif qu'il lui parle rapidement, avant qu'il ne parte de nouveau avec Anakin pour une destination inconnue. Le cas échéant, il n'aurait plus qu'à reprendre ses recherches à zéro.
-Combien de temps comptez-vous rester ici ? se risqua-t-il à demander à son ancien mentor.
-Rien n'est encore décidé, mais jusqu'à nouvel ordre et à moins de déranger Wyhare, nous sommes installés pour encore quelques semaines, répondit Jinn avec un petit sourire chaleureux. Nous pourrions même vous accompagner à Hunserh…
-Maître ! intervint Anakin sur un ton violemment contrarié. Vous m'aviez promis un tour en mer aujourd'hui pour voir les Deseawhas !
Qui-Gon se redressa et prit soin d'éliminer toute trace de sourire de son visage, comme s'il s'était senti coupable d'avoir osé montrer un semblant d'affection à quelqu'un d'autre que son apprenti actuel. Il se détourna du jeune chevalier et attrapa la courte natte d'Anakin pour tirer doucement dessus, geste tendre autrefois destiné à Obi-Wan, et qu'il semblait reproduire sans la moindre difficulté avec un autre.
-Pardonne-moi, padawan, j'avais oublié. Une promesse est une promesse.
Anakin eut un sourire victorieux, puis descendit du banc.
-Alors je vais me préparer, dit-il avant de sortir joyeusement de la pièce.
-Il vaudrait mieux que j'aille l'aider, bredouilla Qui-Gon. Il serait capable de tout emmener sauf ce dont nous avons besoin.
Il se leva, immédiatement imité par Obi-Wan. Ils se regardèrent un instant sans savoir quoi se dire, autant mal à l'aise l'un que l'autre dans cette situation trop étrange où deux hommes qui s'étaient parfaitement connus étaient tout à coup devenus de véritables étrangers. Qui-Gon Jinn perdit son assurance quasi-inébranlable pendant quelques secondes, puis se ressaisit et adressa un hochement de tête à son ancien apprenti. Il se retira à son tour, laissant un Obi-Wan figé et troublé qui finit par se rasseoir en silence, sentant sur lui le poids des regards gênés mais décents des trois personnes qui restaient encore.
Si Obi-Wan avait cru pendant un an que rattraper Qui-Gon allait être l'étape la plus dure, il venait de changer radicalement d'avis.


~*~


-Ca va aller ?
Obi-Wan Kenobi finit d'enfiler son lourd manteau sombre et se retourna, le regard interrogateur. Onice se tenait en face de lui, l'air compatissant mais un rien sévère.
-Ne vous méprenez pas, fit-elle, sûre d'elle. J'ai vu comme tout le monde ce qui s'est passé au repas, il n'y a aucune raison de prétendre le contraire, mais je ne vous demande pas d'en parler. Seulement si vous préférez rester ici avec mon oncle et attendre le retour de Qui-Gon Jinn, ça ne pose aucun problème.
Elle haussa un sourcil et observa sa réaction en toute simplicité. Le chevalier fut abasourdi par la franchise presque excessive de la jeune femme, qui pour sa part ne semblait pas se rendre compte de son léger manque de tact. Mais alors qu'il la dévisageait avec incrédulité, il perçut une pointe d'ironie dans ses grands yeux noirs qui lui fit comprendre qu'elle savait parfaitement ce qu'elle faisait. De toute évidence, elle ne craignait pas de dire les choses de but en blanc et ne se souciait guère de paraître un peu trop abrupte. Et étrangement, il en fut plus amusé qu'ennuyé.
-Je ne vais pas les accompagner, raisonna-t-il. Alors autant voir du pays…
Onice sourit, apparemment satisfaite de sa réponse.
-Très bien, dit-elle. Dans ce cas allons rejoindre notre ami Muln dans le garage. Il va falloir prendre les speeders.
Elle referma sa veste brune qui descendait jusqu'à sa taille, tira une dernière fois sur chacune de ses hautes bottes en cuir clair, puis guida Obi-Wan vers l'extérieur tout en finissant de nouer sa longue natte de cheveux châtains. Ils se retrouvèrent dans la rue pavée et étroite qu'Obi-Wan n'avait empruntée que de nuit jusque là. Elle partait de la base de la colline et sillonnait entre les quelques dizaines d'habitations couleur de terre, puis tournait au coin de la maison de Wyhare pour disparaître à côté de la cascade dont le Jedi ne devinait l'existence que par le chuchotement continu de l'eau et l'écume qui filtrait entre les arbres à sa droite. Le torrent continuait sa course paisible de l'autre côté de la route, légèrement en contrebas, les cailloux polis par son passage brillant au soleil sous la surface de l'eau vive.
Sur une place, une cinquantaine de mètres plus bas, se tenait un vieux puits en pierre orné de fleurs rouges et jaunes aux pétales courts mais nombreux. Du puits sortait une pompe à l'aspect encore plus antique, mais dont le métal avait été récemment repeint en noir. Le tout ne servait évidemment plus, mais était toujours entretenu et faisait office de jolie décoration. A la fenêtre de l'une des maisons qui entouraient la place, une mère appelait son enfant qui s'amusait à grimper sur l'énorme instrument avec un petit groupe d'amis, tandis qu'une vieille femme assise sur un banc au soleil souriait avec indulgence au bambin, se rappelant sans doute que bien des années plus tôt, elle-aussi s'était mise à califourchon sur la pompe que d'autres enfants avaient actionnée comme une balançoire.
Obi-Wan se surprit à sourire aussi, gagné par la quiétude et l'insouciance environnantes, et inspira avec plaisir l'air frais chargé d'humidité. Puis il se retourna vers Onice qui avait ouvert la porte électronique du garage et y avait disparu. A l'intérieur se trouvaient un grand speeder au toit transparent, et une dizaine de speeder bikes que Garen Muln était en train d'examiner un par un.
-Ce sont les mêmes que la dernière fois tu sais, lança Onice en le poussant plus ou moins délicatement de celui qu'elle comptait prendre.
-Oui mais Wyhare a fait des modifications sur le JK-P6 du fond, rétorqua le chevalier. D'ailleurs je suis bien tenté de prendre celui-là. D'un autre côté, je craque toujours autant pour la ligne de mon petit JF-2. Dur choix.
Onice leva les yeux au ciel en activant le petit moniteur de son speeder d'un léger revers du pouce.
-Vous savez vous servir d'un speeder bike ? demanda-t-elle à Obi-Wan.
-Bien sûr, dit-il.
-Alors prenez celui que vous voulez et allons-y. Le temps que Monsieur Pilote d'Elite ait choisi son bolide on sera déjà à Hunserh ! railla-t-elle.
Obi-Wan lâcha un petit rire et enfourcha le premier bike qu'il trouva pendant que Garen se décidait pour le JK-P6 avec une moue renfrognée. Ils lancèrent leurs propulseurs, et moins d'une minute plus tard, ils avait déjà quitté Calaghin.
Ils traversèrent la rivière qui partait du cœur de la colline pour se jeter dans le lac Ovetin et atteignirent la vaste plaine qui s'étendait au-delà, couverte d'herbe haute et bien verte. Au loin, sur la droite, il était possible de discerner un trait fin de lumière miroitante, annonçant la présence relativement proche de la mer. Le lac devait faire une vingtaine de kilomètres de long, son rivage quelque peu abrupte formé de gros cailloux rouge sombre et sa surface lisse rendue presque noire par le reflet des pins verts qui l'encerclaient, et que les trois speeder bikes dépassèrent rapidement. Au-delà de l'Ovetin, une route partait vers la mer, et une autre montait le long d'un haut plateau couvert de bois ainsi que de ruisseaux et de cascades. Les nuages de pluie menaçants n'avaient pas bougé depuis le matin et enserraient toujours le Benicas tels un poing sombre et compact, laissant le reste du ciel totalement dégagé et d'un bleu profond, le soleil éclatant. Entre deux collines au loin, des brumes discrètes s'élevaient encore des suites de l'averse nocturne, et enveloppaient la végétation dans un voile blanc vaporeux, immatériel.
L'air était calme mais lourd, le vent ne s'était pas levé, et si Obi-Wan n'était pas un natif de la lune, il n'eut cependant aucun mal à comprendre que cet apaisement n'était que temporaire et que les éléments ne tarderaient pas à reprendre possession de l'île. Il espérait juste qu'ils seraient rentrés à Calaghin avant que ça n'arrive. Mais Onice devait être habituée à ces caprices climatiques, et elle ne les aurait pas fait sortir s'il y avait eu un danger. Il tourna la tête vers sa droite et l'observa un instant. Elle filait à toute allure, esquivant les moindres obstacles avec efficacité, prouvant qu'elle avait son engin bien en main, tout en libérant son visage des mèches de cheveux qui s'obstinaient à lui boucher la vue.
Elle finit par remarquer les coups d'œil répétés du Jedi et lui adressa un sourire. Obi-Wan n'eut pas le temps de lui répondre, car à ce même instant un choc violent sur sa gauche le força à se redresser afin de rétablir l'équilibre de son engin, les mains crispées sur le guidon. Il balança tout son poids de l'autre côté, puis se cambra afin de redresser son bike qui avait commencé à piquer du nez. Lorsqu'il fut certain qu'il ne risquait plus de partir en vrille il se retourna, prêt à répondre à toute menace. Et alors il la vit. Cette petite fossette, à peine visible à cette distance, mais suffisamment pour trahir son propriétaire qui tenta une fraction de seconde trop tard de dissimuler la malice dans son regard. Obi-Wan plissa les yeux, sur ses gardes, et sachant bien qu'il allait regretter les prochaines minutes. Garen se décida enfin à s'approcher de lui, ralentissant un peu son allure, et lui cria :
-Tu vois cet arbre tordu ?
Kenobi finit par distinguer un point vague légèrement sinueux à l'horizon, au sommet du plateau, par-dessus une épaisse forêt de conifères. Il hocha la tête, préférant ne pas répondre à haute voix.
-Le dernier arrivé paye un verre à l'autre ! lança Garen Muln en faisant rugir ses propulseurs qui envoyèrent un petit nuage de fumée d'échappement à son compagnon.
Obi-Wan pinça les lèvres, mais ne put retenir un sourire amusé.
-S'il le prend comme ça…, murmura-t-il. Il va voir de quel bois je me chauffe !
Une seconde plus tard, il donnait un puissant coup de pied à la pédale droite et abattait le guidon à fond, poussant son speeder bike à une vitesse foudroyante. Onice, restée sagement en arrière, regarda les deux chevaliers Jedi, nobles individus sensés et raisonnables, faire des embardées à tour de rôle le long d'une route indéterminée, et soupira.
-Les hommes…
Pendant ce temps, insouciants et hilares, Obi-Wan Kenobi et Garen Muln filaient comme deux tornades impétueuses, tournant, zigzagant, libres comme l'air. Ils pénétrèrent ensemble dans la forêt, et les rochers ne furent rapidement plus leur unique préoccupation. Ils se faufilaient adroitement entre les hauts troncs, accélérant de seconde en seconde, chacun cherchant à gagner du terrain sur son adversaire. Les grandes feuilles vertes de fougères faisaient pour la plupart plus de deux mètres de haut et allaient battre régulièrement le visage des deux hommes, leur dissimulant par la même occasion toutes sortes d'obstacles qu'ils ne pouvaient découvrir que quelques secondes à l'avance.
Obi-Wan se pencha vers la gauche, évitant de justesse un arbre que la foudre avait séparé en deux et dont une moitié s'était inclinée très bas. Il rétablit facilement l'équilibre de son speeder et chercha son compagnon du regard. Il le trouva devant lui, à bien cent mètres, et décida de rattraper son retard. Il poussa un peu plus ses propulseurs, et en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, il était de nouveau côte à côte avec Garen. Il y était même parvenu étrangement vite. Il se risqua à jeter un œil vers lui, et réalisa que comme il l'avait deviné, cette course n'était qu'un jeu. Garen, de loin le meilleur pilote de l'Ordre, n'essayait même pas de le semer. Il était parfaitement à l'aise sur son speeder, et avait l'air de passer un moment agréable. L'enjeu n'était qu'un prétexte pour se lâcher, rejeter les règles et s'amuser. "Typiquement Garenien", aurait dit Reeft, se fût-il trouvé là. Son éternel sourire illuminait toujours le visage du jeune chevalier qui rayonnait littéralement. La vitesse, le danger, l'ivresse de l'imprévu, voilà ce qui le rendait vivant, même si Yoda n'avait jamais cessé de lui répéter qu'un Jedi ne devait pas rechercher de telles choses.
En observant son ami d'enfance, Obi-Wan oublia un instant l'avenir qui lui avait paru si sombre et savoura le présent, retrouvant la tendre naïveté qu'il avait connue pendant ses années dorées au temple. Perdu dans cette vitesse aveuglante, il laissa le reste du monde derrière lui, abandonna ses responsabilités, et se sentit léger, affranchi de toute barrière, sa migraine ne le dérangeait presque plus. A bien y réfléchir, il était même sans doute heureux.
Ils contournèrent ensemble un énorme rocher sur lequel un arbre gigantesque avait trouvé le moyen de prendre racine, et le nouvel obstacle qui se présenta alors à eux ramena instantanément Obi-Wan à la dure réalité où force lui était d'admettre qu'ils n'étaient pas tout puissants, et que s'ils tenaient à la vie ils auraient intérêt à stopper le plus tôt possible. Il fut atterré de constater que Muln ne l'entendait pas de cette oreille et comptait continuer à tout allure en direction de l'imposante cascade aux eaux tumultueuses qui se dressait à moins de six cents mètres.
-Garen ! appela-t-il.
Mais le chevalier était totalement conscient du danger, et d'un simple signe de main il invita Obi-Wan à le suivre.
"Il est fou. Complètement fou", se répéta Kenobi. "Et le pire c'est que je l'écoute. Je suis fou. Complètement fou…"
Leurs propulseurs rugissant, leurs manteaux battant l'air et le vent giflant leur visage, ils se lancèrent à une vitesse effarante vers la cascade qui s'approchait, s'approchait. Très vite, les embruns vinrent les tremper, et la distance qui restait entre le mur bouillonnant et eux ne leur permit plus de s'arrêter. Puis, en même temps, au moment même où le nez de leurs bikes touchait l'eau, ils prirent une grande inspiration… pour la relâcher en un hurlement de soulagement et de jubilation en s'apercevant qu'ils l'avaient traversée et se trouvaient de l'autre côté. La caverne avait une deuxième large ouverture à l'autre bout par laquelle ils sortirent, et ils arrêtèrent leurs engins sur l'herbe haute qui avait de nouveau succédé aux arbres. Les deux hommes se laissèrent tomber à terre, riant aux éclats au point de se faire monter les larmes aux yeux et restèrent là un moment avant de se relever, les mains sur les genoux, reprenant leur souffle.
-C'était dingue ! s'exclama Obi-Wan.
La petite étincelle dorée dans les yeux de son ami était toujours là.
-Tu le savais, c'est ça ? comprit Kenobi. Tu savais qu'on pouvait passer !
-Oui mais si tu avais vu ta tête ! s'esclaffa Muln.
-Espèce de…, rit Obi-Wan en lui sautant dessus.
Ils s'engagèrent dans un combat entre amis comme ils en avaient eu souvent, et ne s'arrêtèrent que lorsqu'une voix arriva jusqu'à eux.
-Quand vous aurez fini vos rituels masculins on pourrait peut-être envisager d'aller jusqu'à Hunserh ?
Ils relevèrent la tête et virent Onice qui les attendait posément un peu plus loin avec un grand sourire. Ils se remirent sur pieds et firent mine d'arranger leurs vêtements en regagnant leurs bikes.
-Au fait, je crois que vous me devez tous les deux un verre maintenant, fit-elle en tapotant affectueusement le grand arbre tortueux sur lequel elle s'était appuyée.
Obi-Wan et Garen échangèrent un regard amusé et démarrèrent à nouveau, détendus, prêts à affronter le reste de la journée.


~*~


Le temps allait se gâter, c'était l'une des quelques certitudes que l'on pouvait avoir ce jour-là. La mer était grise, sombre, tout comme le ciel nuageux à l'horizon, où la limite entre l'air et l'eau avait disparu, brouillée dans le mélange inquiétant de ces couleurs noires. Il y avait de l'électricité dans l'atmosphère pesante, et les oiseaux marins au cri strident ne volaient déjà plus. L'eau était trop foncée pour être belle, et son calme apparent la rendait menaçante, sournoise. Une grosse ombre noire passa un instant sous sa surface, puis disparut dans les profondeurs.
-Là ! J'en ai vu une !
-Alors nous avons de la chance. D'autres la rejoindront, répondit doucement Qui-Gon Jinn à son élève qui se penchait un peu trop à son goût par-dessus le pont de leur wavespeeder. Sois prudent, Anakin.
Le jeune garçon se redressa et lui envoya un sourire hésitant avant de retourner à la contemplation de la vaste étendue. Il n'avait jamais vu de Deseawhas, et il se demandait s'il allait pouvoir discerner plus que la simple silhouette des mammifères marins. Ces derniers mois il n'avait pas eu l'occasion de découvrir grand chose, et il espérait de tout son cœur que cela changerait bientôt. Ils avaient voyagé clandestinement de planète en planète, sans même qu'il en connaisse la raison, et les fonds de cale, entrepôts et quelques gîtes où ils étaient restés plus d'une fois avaient été de bien tristes expériences pour l'esclave affranchi qui ne rêvait que d'aventure, de pays exotiques et de jardins luxuriants. Il ne voulait pas se montrer exigeant, ou faire preuve d'ingratitude envers Qui-Gon, à qui il devait tant, mais ce n'était pas la vie qu'il pensait avoir en tant que Jedi. Il faisait des efforts, mais il se sentait seul. Trop seul. Il essayait de rester brave, de se montrer digne des sacrifices de Qui-Gon, tout en sachant qu'à la nuit tombée, dans son lit, à l'abri des regards, il n'était pas rare qu'il pleure en suppliant la Force de le rendre à sa vie d'avant, auprès de sa mère. Au petit matin les larmes étaient toujours oubliées, et il continuait d'espérer, comme seul un enfant en a la faculté, que la nouvelle journée serait totalement différente des précédentes.
Qui-Gon n'avait pas voulu lui dire pourquoi ils passaient tellement de temps loin de Coruscant, et Anakin se demandait si tous les Jedi étaient un jour passés par une période aussi floue que celle qu'il traversait, sans but apparent, et sans explication. Quelque part il savait pertinemment la réponse à cette question. Rien qu'en observant les yeux las du vieux maître. Sur Tatooine, ils avaient été chaleureux, malins et confiants. Sur Coruscant et après la bataille de Naboo une nuance de fatigue s'y était ajoutée. Depuis le voyage d'Obi-Wan sur Panescan, le regard du grand Jedi s'était fait distant, incertain, et un peu triste.
Pendant longtemps il s'était dit que le jeune chevalier, dernier apprenti de son maître, avait été la cause de la distance qui le séparait de Qui-Gon. Il pensait que cette réserve, cette gêne étrange qu'il n'avait pas ressenties sur Tatooine étaient les conséquences de ce lien que les deux hommes avaient dû partager. Un lien si fort, aujourd'hui brisé, qui empêchait Qui-Gon de le renouveler avec un autre élève. Mais Anakin savait maintenant qu'il n'en était rien. Ce n'était pas la faute d'Obi-Wan, ni même la sienne, ou du moins pas directement.
Deux autres grandes ombres passèrent sous leur speeder, provoquant quelques remous, et Anakin s'appuya sur la barre de fer de l'appareil en les regardant s'effacer sous les quelques vagues discrètes.
-Tu les as vues ? lui demanda Qui-Gon.
-Oui ! fit-il, essayant d'introduire un peu d'enthousiasme dans le ton de sa voix.
Jinn ne dit rien de plus, et Anakin crut comprendre que lui-aussi s'était forcé à prendre cet air faussement jovial et détaché quand il avait très clairement l'esprit ailleurs. Maître Qui-Gon avait-il toujours été comme ça ? Quelle avait été sa relation avec Obi-Wan ?
Anakin ne cessait de s'étonner à chaque fois qu'il pensait au chevalier. Comment quelqu'un qu'il avait si peu connu pouvait exercer tant d'influence sur lui ? Et pourtant Obi-Wan avait toujours été avec lui, comme un voile au-dessus de sa tête. Il le suivait, le rattrapait où qu'il aille. Son essence, sa présence étaient palpables, même à ce moment-là, comme si quelque chose les liait indépendamment de leur volonté. Sa propre réaction quand Obi-Wan était arrivé à Calaghin l'avait surpris. Mais il avait été réellement content de le voir. Comme si en étant dans la même pièce que lui, cette petite masse froide et angoissée qui lui pesait parfois sur l'estomac avait un peu fondu et s'était adoucie. Cela ne lui semblait pas effrayant, ni même vraiment agréable. C'était tout bonnement étrange.


~*~

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