La Gardien : Longue sera la Route

Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 3: Un pas en avant, deux en arrière.

La réserve animalière d'Hunserh s'étendait au pied du plateau, gardée à l'abri des vents par deux petites collines de chaque côté. Une construction aux airs de ferme avait été édifiée à l'orée d'une forêt qui devait en réalité appartenir à l'ensemble de la propriété, et était accessible par une route que les Jedi et leur compagne n'avaient probablement pas empruntée en raison de ses nombreux détours. La grande maison ne disposait que d'un étage dont les balcons de bois étaient parcourus de plantes sauvages, et la multitude d'oiseaux de toutes sortes perchés sur les poutres révélait déjà la nature du bâtiment. L'entrée n'était barrée par aucune clôture, et il était difficile de savoir si les petits mammifères qui gambadaient près de la route faisaient partie des résidents protégés ou s'il s'agissait de natifs de la lune qui tentaient d'amadouer les propriétaires, en quête d'un repas facilement obtenu.
Les trois visiteurs stoppèrent leurs speeder bikes à quelque distance d'un garage sur la gauche et mirent pied à terre, mais n'eurent pas le temps de se dégourdir les jambes bien longtemps, car un grognement guttural leur parvint depuis la porte d'une étable près d'eux, suivi du bruit très distinctif d'un frottement de griffes sur du béton. Le grognement s'intensifia jusqu'à devenir comme un roulement de tonnerre. Et tout d'un coup la bête sortit de l'ombre et se rua sur les Jedi, ses pattes martelant le sol. C'était un énorme Tusk-Cat adulte au pelage bleu-gris dont les yeux fixaient Garen Muln sans faillir. Obi-Wan réalisa avec étonnement qu'il ne faisait même pas attention aux longs crocs tranchants qui sortaient de la gueule de l'animal, ou même aux grosses pattes griffues, mais au contraire semblait fasciné par les muscles terrifiants de puissance qui ondulaient sur le dos en boule du félin, toujours lancé à toute vitesse vers eux.
Le chevalier posa sa main sur son sabre, attendant le moment propice pour se défendre, mais il savait qu'il n'était pas la proie que le prédateur avait choisie. Il fit un pas en direction de Garen. Pourquoi ne bougeait-il pas ? Obi-Wan connaissait la tendance un peu trop m'as-tu-vu de son ami, mais il ne comprenait pas sa témérité exagérée à ce moment-là. Le Tusk-Cat s'arrêta en un dérapage juste devant le plus jeune des deux Jedi, puis leva les deux pattes avant haut dans les airs, pour les abattre sur le torse du jeune homme, qui tomba au sol avec l'animal.
Obi-Wan écarquilla les yeux, horrifié, incrédule. Tout s'était passé trop vite, il n'arrivait pas à réaliser. Garen n'avait pas réagi, il n'avait même pas fait mine de prendre son arme. C'était impossible, un accident trop absurde… Et pourtant la bête était là, penchée sur le corps de son ami d'enfance qui gesticulait encore et… riait ?!
-Arrête, Punam ! Arrêtes, tu me chatouilles ! pouffait Garen, ne se débattant qu'à moitié.
En regardant de plus près, Kenobi se rendit compte qu'au lieu de le dévorer, le félin s'était mis à lécher affectueusement le visage hilare du Jedi, ronronnant de plaisir. Il pinça les lèvres, frustré par son ignorance des lieux, les surprises pas toutes agréables qu'il avait eues depuis son arrivée, et sincèrement irrité par les jeux d'acteur répétés de Garen. Il avait déjà eu trop de frayeurs en une seule matinée.
Derrière lui, il entendit Onice rire doucement, et il n'en fallut pas plus pour que sa colère ne s'envole en un clin d'œil. Après tout y avait-il vraiment de quoi s'énerver ? Tout le monde allait bien, et il n'avait qu'une envie, passer une journée agréable avec des amis. Obi-Wan eut un petit sourire en constatant que le Tusk-Cat s'était assis de tout son poids sur les jambes de Garen et avait entrepris de poursuivre méthodiquement la toilette de son ami humain.
-Non ! P-pas le ve-eentre ! gloussait celui-ci malgré lui.
-Punam ! retentit une voix féminine. Au pied !
Le félin, pas contrariant, envoya un dernier coup de langue à Garen, puis se releva, passa près d'Onice qui lui donna une petite tape sur la tête, et rejoignit la jeune Zabrak qui était sortie de la maison. Elle le caressa brièvement derrière les oreilles et alla à la rencontre des visiteurs.
-Je ne pensais pas que vous seriez venus par ce temps, dit-elle en embrassant Onice. Ca va se dégrader avant ce soir.
-Oui, mais Garen et moi avions besoin de consulter le terminal. On repartira en fin d'après-midi. Tu rentres avec nous ?
-Je pense, oui.
La Zabrak tourna la tête vers les Jedi, un peu surprise, et Onice se chargea des présentations.
-Bon, tu connais Garen… Et voici Obi-Wan Kenobi, chevalier Jedi. Obi-Wan, Neema Mirteki, gérante d'Hunserh.
-Enchanté, sourit le jeune homme en serrant la main de la Zabrak.
-Eh bien, fit celle-ci d'un ton aguicheur. Nous en avons de la chance, dernièrement !
-J'espère que tu parles de moi, s'interposa Garen tout en rajustant la chemise légère et moulante à souhait que le Tusk-Cat avait sortie de son pantalon.
-Oh toi tu n'as pas besoin d'éloges, ton fan-club ne va pas tarder, rétorqua Neema.
-Mon Jedi ! cria effectivement une voix aiguë.
Une petite fille arborant les mêmes minuscules cornes que Neema se rua hors de la maison et sauta sans crier gare au cou du chevalier, qui faillit en tomber à la renverse.
-Mais qui vois-je ? déclama-t-il en rajustant sa prise sur elle. Serait-ce Kina, la petite perle de ces contrées ? Joyau aux yeux de braise, ma douce et gentille princesse ?
L'enfant gloussa de plaisir en attrapant une longue mèche de cheveux qui s'était échappée de la queue de cheval de Garen.
-Oui ! rit-elle.
-Non, ce n'est pas possible ! Tu as tellement grandi ! Je suis sûr que tous les garçons à l'école sont fous de toi.
Obi-Wan sourit et s'émerveilla encore du don que possédait son ami avec les enfants.
-Mais si, mais si, continuait celui-ci. Bientôt tu auras tellement de soupirants que tu ne voudras plus voir un pauvre vieux Jedi comme moi.
-Si ! gloussait-elle.
Kina toujours dans ses bras, il mena la marche vers la ferme, suivi des trois autres adultes.
-Avec des cheveux blancs, des rides… Et 'ans plus au'une dent ! baragouina Garen, provoquant un fou-rire chez la fillette.
Il finit par la reposer par terre et sortit la datacarte que Treb lui avait confiée.
-Tiens, dit-il à Neema. Il l'a retrouvée.
La jeune Zabrak soupira de soulagement.
-Il était temps ! Je vais m'en occuper. Merci.
Onice, qui était restée en retrait avec Obi-Wan, s'approcha de Garen.
-On devrait s'y mettre maintenant, dit-elle. Sinon on ne finira jamais avant ce soir.
Il hocha la tête puis se tourna vers Kenobi, se demandant ce qu'il pourrait lui proposer de faire en attendant, mais Neema avait apparemment déjà sa petite idée.
-Que diriez-vous d'une petite visite guidée ? lui proposa-t-elle.
-Oh oui, avec plaisir, sourit le jeune homme.
-Bon alors c'est réglé, conclut Garen. On se retrouve plus tard.
Il s'éloigna ensuite en compagnie d'Onice, laissant Obi-Wan avec la jeune Zabrak qui le guida vers le bâtiment principal.
-Quand je serai grande…, commença Kina, en pleine réflexion. Je me marierai avec un Jedi.
-Vraiment ? sourit Obi-Wan. Et pourquoi un tel choix ?
-Ben parce que tous les Jedi sont beaux comme Garen et toi !
Le jeune chevalier haussa un sourcil et Neema éclata de rire.
-Ca c'est bien ma petite sœur, je reconnais les gènes ! Chérie, je ne pense pas que la beauté soit l'un des critères de sélection pour devenir Jedi.
La petite fille parut incrédule, puis un brin déçue, mais se consola vite en prenant la main d'Obi-Wan dans la sienne, apparemment pas intimidée par le statut particulier du jeune homme, qui se laissa faire. Tous trois passèrent par une grande porte cochère en bois et entrèrent non pas dans une maison, mais dans une cour intérieure carrée au sol de terre, encerclée de quatre hauts murs. Des balcons très travaillés semblables à ceux qui donnaient sur l'extérieur les surplombaient.
-Nous sommes ici dans ce que nous appelons "la ferme", expliqua Neema. Dans chaque partie de ce bâtiment se trouvent des animaux d'élevage de toutes sortes, mais que nous n'exploitons pas. Ils sont nourris et abrités le temps d'être rapatriés.
Obi-Wan hocha la tête en observant les quelques bêtes qui se déplaçaient tranquillement au rez-de-chaussée derrière de petites portes à barreaux ou sur les balcons. Il s'élevait de la cour une forte odeur animale qui allait piquer les narines du chevalier, mélangée à celle du foin et de la paille, alors que résonnaient les grognements pacifiques et les cris aigus des occupants.
Neema traversa le grand espace clos et ouvrit la porte du fond. Obi-Wan sentit une présence derrière lui, puis un souffle chaud sur sa nuque, et il se retourna vivement, pour se retrouver nez à nez avec le grand Tusk-Cat gris-bleu.
-Ne vous en faites pas, lui dit Neema. Il est très doux. Allez Punam, en avant !
Le félin poussa un miaulement grave aux airs de rugissement et dépassa Obi-Wan, qui avait gardé un œil attentif sur ses crocs impressionnants.
-C'est ça, minou, fit-il à voix basse. Après toi, je préfère.
Il suivit Kina hors de la cour et retint une grimace d'inquiétude au moment où la fillette grimpa sur le dos du Tusk-Cat, s'agrippant si fort aux poils soyeux qu'il s'attendait à ce qu'il lui envoie un coup de patte pour se défendre. Il fut toutefois surpris de voir l'animal s'accroupir pour lui permettre de bien s'installer et se relever avec mille précautions, soucieux de la garder en équilibre.
-Sur beaucoup de planètes les Tusk-Cats sont utilisés comme montures. C'est un réflexe naturel chez eux, lui apprit Neema en tapotant le front plat de Punam. Ils ont aussi une affection instinctive pour les enfants.
-C'est rassurant, lança Obi-Wan d'un ton légèrement ironique.
Tout en surveillant le félin du coin de l'œil, prêt à secourir la petite fille au moindre geste ou grognement suspect, il regarda les alentours. Ils se trouvaient à présent à l'orée de la forêt, sur un chemin de gravier qui longeait une série de très grandes cages protégées par des lasers bleus.
-Et voici la volière. Si nous étions un zoo, je serais presque fière de la variété de nos espèces.
En effet, perchés sur des branches d'arbres, des centaines d'oiseaux de toutes les couleurs et de toute taille chantaient, sifflaient et criaient. La plupart étaient des espèces exotiques, et Obi-Wan en reconnut certaines qui étaient soit protégées, soit en voie de disparition, comme le toumati rouge qui se secouait frénétiquement dans une mare, ou l'aratèque doré qui alternait caquètements et puissants cris rauques. Au milieu de cette cacophonie, la migraine continue du Jedi se manifesta de nouveau et il grimaça brièvement avant de reprendre la parole.
-Mais… pardonnez ma question, commença-t-il. De quel type de réserve s'agit-il exactement ?
-Nous faisons partie d'une organisation bénévole qui a été créée pour contrer le commerce d'animaux rares. Chaque année, plus de deux mille convois de trafiquants sont interceptés partout dans la galaxie. C'est un marché juteux en plein essor, beaucoup de braconniers font fortune en capturant des espèces entières pour les ramener sur d'autres planètes sans tenir compte du fait que la majorité est incapable de s'adapter à un nouvel environnement.
-Il ne sont pas les seuls en cause, évidemment, raisonna Obi-Wan.
-Tant qu'il y aura de la demande, il y aura du trafic. Coruscant est d'ailleurs en tête de liste. Si vous saviez le nombre de sénateurs qui payent des sommes astronomiques pour obtenir un animal insolite pour faire fureur dans un de leurs banquets huppés…
La jeune Zabrak continuait d'avancer d'un pas qui semblait posé, mais ses poings serrés et son ton rageur révélaient sa colère.
-Et on vous amène les animaux provenant des convois saisis, poursuivit Obi-Wan.
-Oui. On les identifie un par un, on les bague et on essaie de les renvoyer sur leur planète d'origine. Mais on n'a pas assez de moyens, ni pour tous les nourrir convenablement, ni pour payer le transport. D'où l'importance de la datacarte de mon frère : une des ses connaissances a trouvé des investisseurs pour financer un peu notre réserve. Leurs coordonnées y sont répertoriées.
Neema tendit la main et caressa le Tusk-Cat qui s'était assis devant elle, ronronnant avec force tandis que Kina, allongée sur son dos, s'amusait à le gratter derrière les oreilles.
-Punam vient de l'un de ces convois, déduisit le Jedi.
-On n'a pas eu le cœur de le renvoyer. Il était bébé quand on l'a eu, et il s'est autant attaché à nous que nous à lui.
Le félin lui lécha la main et elle sourit.
-Vous saviez qu'il va être papa ?
Obi-Wan secoua la tête en lui rendant son sourire, et Neema le guida vers une cage plus loin, là où étaient regroupées les races de prédateurs. Le Tusk-Cat miaula à nouveau et se planta d'un air content devant les lasers. De l'autre côté de la protection dormait une femelle de son espèce au pelage argenté et au ventre bien rond.
-C'est Palla, sa compagne. On la garde enfermée pour l'instant parce qu'elle est devenue agressive au début de sa grossesse. Elle devrait mettre bas dans moins de deux semaines.
Kenobi sentit un petit sourire se former sur son visage alors qu'il remarquait le regard chaleureux et fier que Punam portait sur Palla. Les animaux aussi, il le savait, éprouvaient la joie de la paternité, et il se sentit étrangement humble devant la magie de l'union de ces deux Tusk-Cats.
-Vous avez dû vivre des moments incroyables, murmura-t-il.
-Oui. Quelques-uns, répondit Neema d'un air sobre. Mais en ce moment, que ce soit à Hunserh ou à Calaghin, ces moments se font rares.


~*~


-Tu as ce qu'il faut ?
-Oui, je l'ai cherchée chez Lou, répondit Garen en entrant dans une petite pièce de la maison située près de la ferme. J'espère que cette fois c'est la bonne.
-Eh bien on va voir ça, fit Onice en s'asseyant confortablement.
Garen prit place à côté d'elle alors qu'elle allumait un imposant terminal de données. Elle prit la datacarte qui lui était tendue, l'inséra dans l'appareil et lança la lecture. Des dizaines de lignes de code se mirent à défiler.
-Ca n'a pas l'air de changer grand chose, constata Garen en fixant l'écran dont la luminosité éclairait leur visage.
-Tu es sûr qu'elle avait réussi à les décrypter avant que…
Elle s'interrompit, préférant ne pas lui rappeler les événements à voix haute. Celui-ci, affichant une expression trop neutre pour être naturelle, hocha la tête.
-C'est ce que le rapport disait. Mais je n'ai pas eu l'occasion de le vérifier.
Comme en réponse à sa remarque, les lignes de code s'arrêtèrent et, après avoir ramené l'écran au début, commencèrent à se transformer. Les symboles devinrent des lettres, qui elles-mêmes formèrent des mots, et bientôt un texte complet apparut, agrémenté de plusieurs schémas.
-Je crois que c'est gagné ! s'exclama Garen avec un grand sourire.
Onice quant à elle préféra réserver son jugement et étudiait déjà les données.
-Regarde, dit-elle, les yeux rivés sur le terminal. C'est bien ce que je pensais. Il se trouve sur cette lune même.
-Je croyais qu'il était reparti sur Xiria, ou un de ses satellites…
-Impossible, fit-elle en secouant la tête. A l'époque, Xiria avait été victime d'une catastrophe naturelle qui aurait rendu le voyage trop périlleux. De plus, la zone était étroitement surveillée par la République. Et là, sur cette épée…
Elle effectua un zoom avant sur une image.
-Une feuille de pin greanus, qui a été l'emblème de Cynele pendant le règne de Bathara Premier. Les artisans du roi frappaient toujours ses armes de ce symbole. La tradition s'est perdue plus tard.
Onice se tourna vers Garen, qui l'observait attentivement.
-Tout coïncide. Le lieu, l'époque…
-Et tu penses trouver une description précise du lieu en question ? demanda le jeune homme.
-Il va falloir que je finisse de lire tout ça. Et une fois que ce sera fait, il y aura des recoupements à faire avec les documents antérieurs, les archives. Nous aurons besoin de revenir ici souvent.
Garen fronça les sourcils. C'était lors de moments comme celui-ci, où son visage se faisait si grave et préoccupé, qu'Onice réalisait pleinement que sous ses dehors insouciants et beau-parleur, Garen était un vrai chevalier Jedi capable du plus grand sérieux.
-Justement non, dit-il. Il ne vaut mieux pas.
-Pourquoi ?
-Tu te souviens de Qoo-Tyi ?
Onice commença à hocher la tête, mais lorsqu'elle comprit la signification du regard du jeune homme, elle dut plaquer sa main sur sa bouche pour retenir un petit cri.
-Non…
-Ca devient trop dangereux, continua Garen. Je préfère ne pas attirer l'attention sur Hunserh. Mais… J'ai besoin de tes talents d'historienne.
La jeune femme se leva et s'approcha calmement de la fenêtre en entortillant une mèche de cheveux entre ses doigts, puis reposa son regard déterminé sur le terminal.
-On va emprunter un speeder à Neema, et on va ramener tout le matériel à Calaghin. Là-bas on sera tranquilles.
-Je ne te force pas à continuer, voulut lui faire comprendre Garen Muln.
-Pas de soucis, je le fais autant pour toi que pour moi.
-Et Wyhare…, ajouta le Jedi.
-C'est très important pour lui. D'ailleurs tu as pu récupérer sa clé ?
-Non. Pas encore. Mais je sais qui l'a prise et je ne compte pas la leur laisser.
Onice alla s'asseoir sur le bord de la fenêtre et regarda dehors. La forêt n'avait pas changé depuis son enfance. Seuls les chants des oiseaux captifs avaient varié au fil des années.
-Tu as une drôle de définition des vacances, toi, dit-elle doucement avec un petit rire.
-Va dire ça au conseil…
Elle poussa un profond soupir, puis retourna s'asseoir auprès du Jedi.
-Bon. Autant s'y remettre. On n'a pas fini de chercher.
Les deux jeunes gens se replongèrent dans la lecture des données tandis que les cris des animaux sauvages, portés par le vent frais, leur parvenaient toujours, inlassablement.


~*~


Le port de Biha était situé à l'embouchure du delta du fleuve, et s'étendait sur plusieurs kilomètres, le long de la côte caillouteuse et bordée de quelques épineux. Les appareils amarrés étaient pour la plupart des speeder-ferries, des remorqueurs couverts de rouille, des paquebots ou des jets de la sécurité maritime ; mais quelques wavespeeders appartenant aux Vunatiens les plus fortunés s'alignaient également à côté des gros bateaux. Les vagues lentes et régulières allaient heurter les pontons en béton avec un clapotis sourd, amenant des algues collantes qui y restaient souvent bien accrochées, ainsi qu'une odeur de sel et de poisson.
Il ne faisait jamais très chaud sur Cynele, ni très froid d'ailleurs, il n'y avait pas plus d'hiver que d'été, et pourtant les commerces allaient au rythme de ces saisons, avec des périodes extrêmement fructueuses et d'autres plus creuses. Les cantinas fermaient alors de temps à autre, les propriétaires profitant de la baisse du chiffre d'affaire pour prendre congé, la plupart des bateaux restait au port, et l'humeur générale devenait sensiblement plus maussade. Rien ne semblait justifier une telle rechute, le tourisme inexistant encore moins que le reste. Mais ce moment de l'année fade et morose était bel et bien arrivé, entraînant avec lui son lot de grisaille et de mines renfrognées.
Qui-Gon Jinn s'approcha du port à vive allure avant de décélérer avec finesse, puis amarra son wavespeeder à côté d'une frégate militaire qu'il contempla d'un air intrigué. Elle devait faire bien trois cents mètres de long pour huit mille tonnes et était surmontée d'une tour de contrôle haute et menaçante. D'imposants canons étincelants ornaient ses flancs, prêts à défendre cette véritable forteresse maritime.
Jinn fronça les sourcils, puis mit pied à terre d'un bond et fit signe à son élève de le suivre. Anakin, impressionné par les ombres géantes qui les surplombaient de chaque côté, le suivit silencieusement. Les deux Jedi avaient eu l'intention de faire escale à Biha avant de rentrer à Calaghin afin d'acheter un vaporisateur cyclique pour remplacer celui qu'Anakin avait cassé trois jours plus tôt, par accident selon ses dires. Qui-Gon n'aurait bien sûr jamais mis sa parole en doute, mais s'il avait pris le temps de se montrer plus vigilant aux besoins de son apprenti, il aurait peut-être remarqué que son manque d'attention à son égard avait provoqué plus d'une fois de courtes crises de violente colère.
Cependant il avait du mal à trouver le temps de discuter des frustrations de son élève, car bien souvent il était trop occupé à dénicher de quoi les faire vivre ou à échapper aux divers dangers que représentait une galaxie si vaste. Evidemment, pensa-t-il en s'assurant qu'Anakin le suivait bien le long du quai, si le conseil n'avait pas été si obtus et impitoyable, rien de tout cela ne serait arrivé. Mais il fallait se rendre à l'évidence : l'Ordre avait bien changé. La quête d'illumination avait été évincée par les nombreuses missions diplomatiques que l'on attribuait à padawans, chevaliers et maîtres, missions qui tournaient de plus en plus en affrontements pour défendre à tort ou à raison les principes de la République qu'ils servaient. Le conseil ne se laissait plus guider par la Force, il en était convaincu, mais par la pression constante du Sénat et de ses délégués cupides. Les Jedi n'étaient plus des gardiens de la justice, mais une arme puissante que les sénateurs brandissaient à tout bout de champ pour contrer la moindre querelle, faisant ainsi perdre à l'Ordre toute sa valeur symbolique.
Qui-Gon soupira et continua d'avancer à grands pas en silence, sans se douter qu'il ne faisait que rajouter à la solitude croissante d'Anakin. Jinn avait remarqué la dégradation de l'Ordre au cours de sa carrière bien remplie, mais il avait espéré ne pas avoir à témoigner de sa chute totale de son vivant. Il aurait voulu pouvoir garder la fierté qu'il éprouvait en appartenant aux Jedi de l'Age d'Or, il aurait aimé rejoindre ses prédécesseurs dans le glorieux mémorial du temple. Aujourd'hui pourtant, il se demandait s'il voulait réellement retourner sur Coruscant un jour, tout en sachant pertinemment que même si l'occasion se présentait, il refuserait de rejoindre de nouveau les rangs de ceux qui lui avaient accordé si peu de confiance. La cité monde ne lui avait de toute façon jamais paru particulièrement accueillante. Il préférait de loin les petites planètes forestières isolées telles que celle-ci. Il s'y sentait plus en phase avec la Force vitale qu'il ne pourrait jamais l'être dans la capitale fourmillant d'activité tapageuse. Quel réconfort pourrait-il trouver au temple à présent ? Rien ou presque ne le retenait là-bas. Certainement pas ses membres les plus éminents en tout cas.
Il formerait Anakin, seul, loin des nouveaux principes peu louables de l'Ordre, et lorsque son précieux Elu serait en âge de prouver sa valeur, il serait à ses côtés pour le voir rétablir un véritable équilibre par-dessus les tristes restes du Code des Jedi. A ce moment-là, tous ceux qui avaient douté de lui et de ses capacités à former un élève ne pourraient que lui présenter leurs excuses. Son échec avec Xanatos serait loin derrière lui. Il n'y aurait alors qu'une seule ombre au tableau, se dit-il tristement. Obi-Wan. Son ancien apprenti ne méritait pas d'être séparé de lui aussi durement. Il était jeune et un peu naïf, il croyait encore que le conseil était d'une sagesse incontestable, mais même s'il lui avait souvent fait part de son désaccord, il lui était toujours resté loyal et l'avait soutenu quand il en avait eu besoin.
Oui, Qui-Gon aurait du mal à rester loin de lui, son noble et brave apprenti padawan. Le revoir à Calaghin lui avait rappelé à quel point il lui avait manqué. Ne pas pouvoir être avec lui pendant ses premières années en tant que chevalier, lui qui avait tant attendu ces instants, serait très dur. Mais ses propres convictions et l'éducation d'Anakin importaient plus que tout.
-Je me demande si nous trouverons une boutique ouverte…
La remarque chuchotée par Anakin sortit Qui-Gon de ses pensées et le força à observer plus attentivement les alentours. Le maître Jedi avait tellement eu envie de calme que le manque d'activité dans les rues du port ne l'avait pas choqué. Mais morte saison ou non, tout était trop désert pour paraître normal. L'avenue qu'ils longeaient était vide de passants et de véhicules, et l'absence inhabituelle de brouillard ne faisait ressortir que trop les façades grises, austères et monotones. Au loin derrière eux, là où l'on pouvait encore voir la mer et les agglomérats de nuages noirs, il était possible discerner un grondement sourd provenant du souffle du vent qui faisait rage à des kilomètres de distance, mais qui gagnait du terrain, inéluctablement. La tempête était proche. Jinn resserra son manteau et croisa les bras.
-Allons vers le centre-ville, dit-il. Nous aurons plus de chances de trouver ce que nous cherchons.
Ils continuèrent de marcher, mais le silence omniprésent devint vite trop pesant pour le jeune garçon qui ne put se contenir davantage.
-Où sont-ils tous ? demanda-t-il.
Et juste à ce moment-là, il ressentit une terrible appréhension, comme il en avait eu sur Tatooine avant qu'un client ne s'énerve dans la boutique de Watto et n'essaie de s'en prendre à lui ou à sa mère. Pour Anakin, c'était comme si l'air se réchauffait et se mettait à tourbillonner autour de sa tête pendant quelques secondes. Puis sa bouche se tétanisait, et ce picotement désagréable finissait par descendre le long de ses bras jusque dans ses doigts. Lorsque ces brèves sensations disparaissaient, il arrivait à percevoir une vague excitation dans l'atmosphère, et son réflexe avait souvent été de s'éloigner prudemment de la source.
Qui-Gon grimaça presque imperceptiblement et lui fit comprendre qu'il souhaitait précisément découvrir l'origine de cette soudaine perturbation dans la Force. Une clameur se fit entendre, puis des voix résonnèrent dans de puissants haut-parleurs à quelque distance de là. Ils contournèrent un pâté de maisons et arrivèrent au bout d'une très grande place dont chaque centimètre carré était occupé par une foule bruyante et agitée. La moitié de la ville devait être rassemblée. Une estrade avait été installée devant une imposante sculpture sensée représenter un vieux pin greanus, et sur l'estrade se trouvait un homme grand et mince qui criait dans un micro fixé sur un pupitre. Ses cheveux étaient blancs, coupés courts, son visage ridé et son expression sévère, mais ses gestes amples et furieux étaient plus impressionnants que tout le reste de son physique. De hauts écrans holographiques retransmettaient son image tout autour de la place.
-Sommes-nous aveugles ? lança-t-il.
La foule lui répondit d'une seule voix, hypnotisée par le charisme effrayant du politicien.
-Non ! approuva-t-il. Sommes-nous stupides ? Non !
Anakin plissa les yeux et déchiffra ce qui était écrit sur l'affiche à son effigie. "Une Cynele Unie ; A bas la Secte Ennemie". Il serra les dents, étouffant un cri de protestation.
-Sommes-nous trop magnanimes ? OUI ! cria l'homme en frappant le pupitre avec la paume de sa main. Ces gens ABUSENT de notre tolérance ! Ils bénéficient de nos droits ! De nos assurances ! Mais ils refusent de se plier à nos lois ! Est-ce normal ?
-NON ! répondit encore la foule, poings levés.
-Combien de temps allons-nous le tolérer ?!
-Mais c'est faux ! s'écria Anakin, sa voix couverte par les exclamations. Ils respectent les lois !
Qui-Gon posa une main sur son épaule afin de l'apaiser.
-Personne ne t'entendra ici, padawan. Nous par contre, nous avons beaucoup à apprendre en écoutant ce qui se dit.
-Mais on ne peut pas le laisser leur bourrer le crâne avec de fausses accusations !
-Il est un temps pour l'action, et un autre pour l'observation, insista Jinn calmement.
-Hier encore…, recommença le politicien. Hier encore c'est l'usine de FrameCorp qui a été victime d'un attentat !
Certaines personnes, déjà au courant, se contentèrent de crier leur indignation, mais d'autres se turent soudain, choquées. Un murmure se répandit parmi les Vunatiens rassemblés, puis se transforma en grondement de colère.
-Oui, mes amis ! Ces marginaux refusent l'expansion industrielle, soit ! Mais qu'ils ne viennent pas DETRUIRE notre travail ! Risquer la vie de nos FAMILLES !
Qui-Gon haussa un sourcil. Cet homme était un bon orateur, qui accentuait ses phrases avec beaucoup d'habileté et économisait ses gestes pour les rendre plus passionnés. Mais soit il était mal informé et manipulé par le reste de son parti, soit il savait parfaitement ce qu'il faisait et mettait en cause le culte de Calaghin sans se soucier de la vérité, exploitant les problèmes de Biha pour les rejeter sur eux. C'était une technique élémentaire : le meilleur moyen de souder une population rongée par les difficultés était de trouver un bouc-émissaire. Le temps que la supposée menace soit éliminée, l'union serait inébranlable. Cette solution ne durerait qu'un temps, évidemment, rien ne serait résolu, mais les élections auraient peut-être eu lieu entre-temps, et c'était bien tout ce qui leur importait.
-Est-on sûr que c'est le culte qui a organisé le coup ? osa demander une femme quand les cris se furent calmés.
-De quelles preuves supplémentaires avons-nous besoin, ma chère concitoyenne ? contre-carra l'homme sur le podium. De quelle autre preuve ? Alors que l'incident s'est produit deux jours seulement après l'arrivée de l'inspecteur républicain venu ici pour déterminer notre aptitude à entrer dans la République Galactique ! Il est clair qu'ils veulent nous DISCREDITER !
Les hurlements de rage reprirent.
-Non seulement ils refusent l'implantation d'entreprises, mais EN PLUS ils veulent nous EMPECHER de nous joindre à la grande République !
Qui-Gon Jinn soupira. Les tracas de ce monde, les mensonges et les manipulations commençaient à devenir de trop pour lui. Lorsqu'il regardait autour de lui, où qu'il aille dans la galaxie, il ne voyait que fourberie, haine et cupidité. Il espérait que la situation n'était pas encore trop grave sur Cynele pour trouver un terrain d'entente entre les deux communautés. La foule qui continuait à s'agiter et à huer ce qu'ils commençaient à appeler la "secte" ne laissait cependant que peu d'espoir.
Le maître Jedi finit par attirer son apprenti contrarié hors de la place, ayant décidé qu'il en avait assez vu, et ils se mirent en quête d'un magasin ouvert. Une fois l'article acheté, ils ne s'attardèrent pas à Biha plus longtemps et rejoignirent le port, tandis que les premières grosses gouttes de pluie commençaient à tomber sur la mer.


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