La Gardien : Longue sera la Route

Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 4: Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix.

Le ciel était noir. Le mont Benicas avait totalement disparu, englouti par les ténèbres vaporeuses qui glissaient lentement le long de ses versants et s'étendaient invariablement sur la vallée entière. De rapides éclairs de lumière attisaient brièvement le cœur de la masse dense, mais trop loin encore pour être discernables. Les nuages congestionnés d'eau avaient peu à peu envahi toute la province et établirent leur siège, s'immobilisant par-dessus collines et plaines, sans jamais déverser une goutte ailleurs que sur les eaux trop calmes, rassemblant toute la tension qu'ils avaient accumulée, remplissant l'air d'électricité statique, prêts à frapper, comme dans l'attente d'un signal de départ.
Partout dans Calaghin, les lampadaires parcourant les petites rues avaient déjà été allumés, bien que la nuit n'aurait dû tomber que des heures plus tard à cette époque de l'année. Pas un courant d'air, pas un bruissement de feuille, pas un sifflement d'oiseau. Même le murmure continu de la cascade était étrangement assourdi, se pliant au silence anxieux des environs. Depuis une fenêtre de la plus haute maison de la colline, Wyhare scrutait la route qui venait du lac, plissant les yeux pour essayer d'apercevoir un quelconque mouvement, mais il n'y avait rien. Il sentit un soupir se former dans sa poitrine, mais avant qu'il ne pût le relâcher, il entendit enfin la plainte aiguë produite par les propulseurs des speeder bikes. Les traits de son visage se détendirent et il descendit au garage pour accueillir les trois jeunes gens qui étaient enfin de retour. Garen fut le premier à arriver, aux commandes d'un landspeeder, suivi de près par Obi-Wan et enfin Onice, qui se garèrent tranquillement contre le mur.
-Je ne suis pas mécontent de vous voir, commença le vieil homme.
-Te serais-tu fait du soucis ? sourit Onice en lui prenant la main.
-L'orage ne va pas tarder, se justifia-t-il.
La jeune femme s'éloigna de lui et aida Garen à sortir le terminal de données du landspeeder.
-On a dû déménager la console, l'éclaira-t-elle. Ca nous a pris pas mal de temps, et ensuite on s'est arrêtés chez les parents de Neema. Elle est rentrée avec nous.
Garen Muln souleva l'unité centrale puis attrapa les câbles que lui tendit Obi-Wan.
-Nous avions dans l'idée d'installer tout ça dans le débarras, dit le chevalier.
-Oui, bien sûr. Mais pourquoi ?
-Je t'expliquerai, promit Onice. Mais d'abord on va effectuer les branchements avant que l'orage n'éclate.
-Vous avez besoin d'un coup de main ? demanda Obi-Wan, cherchant désespérément à se rendre utile.
-Non, ça va aller, refusa Garen en avançant à l'aveuglette vers les escaliers qui donnaient à l'intérieur de la maison. On n'en aura pas pour longtemps.
Les bras chargés de cartons remplis de datacartes, Onice le suivit, laissant Obi-Wan et Wyhare seuls ensemble.
-Eh bien il semble que nous sommes condamnés à ne rien faire à part attendre le retour de maître Jinn et du jeune Anakin, rit l'ancien en entraînant Kenobi jusqu'à un petit salon coquet éclairé par un feu de cheminée. Ils devraient bientôt arriver, ils m'ont appelé depuis le wavespeeder.
Wyhare fit asseoir le chevalier sur une grande chaise en bois, dont le dossier était sculpté en de belles et fines enluminures, et raviva doucement le feu avec un tisonnier.
-Je te proposerais bien une tasse de thé, mais nous dînerons sûrement bientôt, sourit-il aimablement. Qu'as-tu pensé d'Hunserh ?
-Je ne m'attendais pas à une réserve aussi vaste, répondit Obi-Wan en contemplant une figurine représentant une petite danseuse qui trônait sur un bahut sombre à côté de lui.
Elle avait la jambe gauche levée, les bras gracieusement déployés de chaque côté, et la tête tournée vers le ciel. Son petit visage était taillé de façon si précise qu'il était possible de distinguer son expression à la fois sage et rêveuse. Wyhare s'assit à son tour en face du jeune Jedi et l'observa avec attention pour la première fois depuis son arrivée.
Le vieil homme avait déjà vu beaucoup de Jedi, il en avait rencontré plus d'une fois et pouvait se flatter de les connaître plutôt bien, mais en regardant Obi-Wan, il réalisa que jamais personne n'avait atteint le degré de perfection qu'il avait à présent devant les yeux. Physiquement, et en toute honnêteté, il était saisissant. Ni petit, ni très grand, il était mince et svelte, mais harmonieusement musclé. Son élégance et la précision innée de ses gestes laissaient deviner une efficacité foudroyante tempérée par l'incroyable douceur de son regard clair et les sourires parfois candides qu'il semblait offrir si facilement. Wyhare était sûr que même dans l'endroit le plus sombre, ses yeux pourraient trouver le moyen de refléter le peu de lumière disponible et de la renvoyer avec une force décuplée tout autour de lui. Le fait que le jeune homme fût parfaitement inconscient de son rayonnement intérieur ne le rendait que plus fabuleux.
Pourtant, dans le regard un peu perdu qui n'avait pas quitté la petite danseuse de bois et dans les traits légèrement tirés autour de ses lèvres, il y avait quelque chose de troublant, et Wyhare fit appel à la maigre connexion qu'il avait avec la Force pour comprendre ce qui le dérangeait dans ce tableau autrement irréprochable. Et c'est alors qu'il comprit que ce qu'il identifia comme étant la marque psychique du Jedi était altérée. Non pas corrompue ou discordante, mais abîmée. Sans trop savoir pourquoi, il tenta d'approfondir sa recherche et voulut éprouver les boucliers mentaux érigés par le chevalier, mais rien ne l'avait préparé à ce qui se produisit à peine une seconde plus tard.
Obi-Wan sursauta et fit volte-face, les yeux paniqués, renversant la figurine en bois qui alla se rompre en deux sur le sol. Il bondit hors de sa chaise, blanc comme un linge et cria.
-NON !
Il envoya une telle poussée de Force autour de lui que Wyhare fut jeté à terre, et tout ce qui était fait de verre dans la petite pièce se brisa en mille morceaux. Le jeune homme recula, haletant, jusqu'à ce que son dos aille heurter le mur, l'arrêtant dans sa fuite. Pendant un instant il se tint là, immobile, incrédule, son cœur battant furieusement. Puis Wyhare se releva et se tourna vers lui, l'air abasourdi mais affligé. Obi-Wan cligna des yeux, prit une petite inspiration et s'efforça de se ressaisir.
-Oh Force…, bredouilla-t-il. Je… je suis désolé.
Il se baissa et ramassa les deux morceaux de la danseuse d'une main tremblante, espérant que les dégâts étaient réparables. Wyhare s'approcha de lui et le força à s'asseoir.
-Pardonne-moi, mon garçon, dit-il à son tour en s'agenouillant à côté de lui. Je n'aurais pas dû.
-Non ! Non, c'est moi, je… je ne sais pas ce qui m'a pris…
Le vieil homme le prit délicatement par les épaules, comme si Obi-Wan n'était autre que son propre fils, et interrompit sans même dire un mot le flot de paroles confuses. Lorsqu'il fut certain que le jeune homme était de nouveau maître de lui-même et apte à l'écouter, il le relâcha et attira sa chaise jusqu'à lui afin de pouvoir s'asseoir tout près.
-Je n'aurais pas dû essayer de m'introduire ainsi dans ton esprit, et je te présente mes excuses. C'était un geste déplacé de ma part.
-Non, vous ne comprenez pas, répondit Obi-Wan en baissant la tête. Jamais je n'aurais réagi de la sorte si…
-Si ?
-Si les choses n'étaient pas ce qu'elles sont.
Wyhare récupéra doucement les restes de la danseuse que le jeune homme essayait vainement de rassembler à nouveau et les déposa sur le bahut sans y prêter davantage d'attention.
-Que s'est-il passé ? demanda-t-il.
Kenobi releva les yeux vers lui, et il vit dans le regard posé de son hôte que s'il était prêt à l'écouter, il ne le forçait en aucun cas à répondre. Il vit également qu'il ne parlait pas de ce qui venait de se produire, mais de l'origine même de son comportement, un événement qui le rongeait depuis des mois et qu'il gardait enfoui au fond de lui, avec l'espoir que s'il n'en parlait pas, il l'oublierait, et pourrait peut-être même se convaincre que ce n'était jamais arrivé. Mais il dut se rendre à l'évidence, cette méthode ne marchait pas, et ce qu'il venait de faire était intolérable. Il fallait qu'il crève l'abcès avant qu'il ne risque de devenir un danger pour autrui, ou pour lui-même.
-Il y a… un an…, commença-t-il d'une voix hésitante, mais à l'accent toujours aussi musical qu'à son habitude.
-Une mission a mal tourné ? essaya de deviner Wyhare.
Obi-Wan secoua la tête.
-J'ai dû affronter une créature dont les pouvoirs psychiques… dépassaient tout ce que j'avais jamais pu rencontrer. Le Omyn…
Il s'arrêta le temps d'organiser ses pensées, de trouver le moyen de dire en des mots simples l'horreur qu'il avait vécue et qu'il avait cru pouvoir surmonter pendant si longtemps.
-Il s'est insinué dans mon esprit et m'a… Il a eu accès à tous mes souvenirs, à toutes mes pensées. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite de l'ampleur de ce qu'il m'avait fait. Pendant des semaines j'y ai pensé, et tout d'un coup j'ai réalisé et j'ai compris que…
Wyhare fronça les sourcils en une expression peinée.
-Tu penses qu'il t'a volé ce que tu étais…, devina-t-il.
-Plus rien de ce que je suis n'est à moi.
La déclaration du chevalier était catégorique, radicale et définitive. Wyhare en frémit d'effroi. Quel individu avait pu être assez abjecte pour ternir brutalement une âme aussi brillante que celle de ce Jedi ? Obi-Wan avait subi ni plus ni moins qu'un terrible viol, et il ne pouvait obtenir aucune réparation.
Le jeune chevalier soupira discrètement, comme légèrement apaisé par sa confession inattendue, mais sentant la migraine - autre présent que sa confrontation avec le Omyn lui avait laissé - reprendre possession de lui. A chaque fois qu'il essayait d'utiliser une trop grande quantité de Force, le mal revenait, inlassablement. L'exploit qu'il avait accompli face au Omyn lui avait coûté beaucoup, et il en payait encore le prix.
-Je suppose que j'ai eu peur de reperdre le peu que j'avais réussi à reconstruire de moi-même tout à l'heure. Ca n'excuse pas la violence de ma réaction bien sûr, mais ça la justifie peut-être…
Il se leva et entreprit de ramasser les gros bouts de verre qui étaient tombés sur l'épais tapis.
-Je vous dédommagerai pour tout cela, assura-t-il.
Wyhare, malgré la sagesse qu'il avait accumulée tout au long de sa vie, se sentit dévasté par le triste spectacle de ce jeune homme qui avait déjà tant vécu en si peu d'années. Il ne le connaissait peut-être pas encore très bien, mais son instinct - qui ne l'avait encore jamais trompé - lui disait très clairement qu'il méritait toute sa confiance et plus encore.
-Ne me regardez pas comme ça, sourit doucement Obi-Wan en posant les débris sur un petit guéridon. Je me suis toujours relevé quoi qu'il arrive, je me relèverai encore.


~*~


L'orage s'était enfin décidé à éclater, et maintenant que les nuages s'autorisaient à laisser libre cours à toute leur fureur, la force des éléments était impressionnante. C'est sous une pluie torrentielle que Qui-Gon Jinn suivit son apprenti jusque dans la maison de Wyhare, et les quelques secondes qu'ils avaient passées à découvert avaient suffi pour les tremper de la tête aux pieds. Le vent soufflait en puissantes rafales, faisant déferler de gros grêlons et des paquets de feuilles mortes. De longs éclairs tordus déchiraient violemment le ciel de part en part, illuminant par intermittence le spectacle terrible qu'offrait la tempête, révélant les arbres pliés et secoués par la bourrasque comme des mannequins, les rivières bouillonnantes qui sortaient petit à petit de leur lit. Le tonnerre assourdissant roulait continuellement, lâchant de temps à autre une détonation un peu plus forte que les autres, couvrant le cri sifflant du vent.
A cet instant, Qui-Gon fut réellement heureux d'avoir trouvé Wyhare et le culte de Calaghin, qui lui avaient ouvert leur porte sans chercher à savoir d'où il venait ou combien de temps il allait rester. La chaleur de cette maison et sa tranquillité étaient apaisantes pour le Jedi, comme un rempart non seulement contre les forces de la nature qui se déchaînaient à l'extérieur, mais aussi contre la turpitude du reste de la galaxie. Mais ce refuge était désormais en danger, et n'existerait peut-être plus longtemps…
-Va te changer, dit-il à Anakin en retirant son manteau mouillé. Enfile des vêtements chauds et ensuite va aider Wyhare à remonter le vaporisateur.
-D'accord…
Il regarda le jeune garçon s'éloigner avec un sourire affectueux, puis partit dans la direction opposée, vers sa chambre. Il passa devant la porte ouverte du petit salon puis s'arrêta, et revint en arrière pour observer la pièce. Obi-Wan était assis près de la fenêtre, ignorant totalement l'orage dehors, occupé à recoller ce qui ressemblait à une statuette en bois.
-Bonsoir, dit Qui-Gon avant d'entrer.
Obi-Wan tourna la tête et se leva.
-Bonsoir, Qui-Gon. Comment était votre promenade en mer ?
-Agréable.
-Je commençais à me demander pourquoi vous ne rentriez pas, sourit le jeune homme.
-Depuis quand avons-nous inversé les rôles ? fit Qui-Gon d'un ton léger en s'approchant de lui. C'est à moi de m'inquiéter pour toi.
-Déjà quand je n'étais que votre apprenti je me souciais de votre bien-être. Pourquoi les choses seraient-elles différentes maintenant ?
Qui-Gon eut un petit rire et fit signe à Obi-Wan de s'asseoir avant d'en faire autant. Il remarqua qu'il manquait quelques bibelots en verre sur les meubles mais n'y accorda pas d'intérêt. Il reporta son attention sur son ancien padawan, dont le regard franc cherchait le sien. Jinn fut pris d'un élan d'affection envers lui et fut tenté pendant une seconde de le prendre encore dans ses bras, mais il se retint. Ils avaient à discuter de choses plus sérieuses.
-Obi-Wan, j'ai à te parler au sujet de ta mission.
Le jeune homme se tendit sensiblement et avala sa salive avec nervosité. Sans prêter attention à sa réaction, Qui-Gon poursuivit :
-Je ne veux pas le dire devant Wyhare pour ne pas l'inquiéter, mais Anakin et moi sommes allés à Biha aujourd'hui et nous avons été témoins d'une manifestation à l'encontre de Calaghin. La situation s'aggrave en ville et je crains qu'ils ne commencent à envisager d'intervenir de façon moins pacifique…
Obi-Wan détourna le regard et soupira.
-Es-tu sûr que les négociations n'ont pas été annulées ? demanda Qui-Gon.
Le jeune Jedi leva de nouveau ses yeux bleu-vert et prit son courage à deux mains.
-Je n'ai jamais été envoyé pour prendre part à des négociations, avoua-t-il.
-Comment ça ? Tu travailles sous couverture ?
Obi-Wan tourna et retourna la figurine entre ses doigts, puis finit par la poser sur la table. Il prit une profonde inspiration, essayant de chasser le désarroi de son visage, sans y parvenir.
-Quand vous êtes parti, commença-t-il lentement. Le conseil a… chargé quelqu'un de vous retrouver pour vous ramener au temple…
-Oui, je sais, révéla Qui-Gon. J'ai eu beaucoup de mal à le semer, il est très doué, c'est le moins que je puisse dire. Mais tu n'es pas venu jusqu'ici pour me prévenir, si ? D'ailleurs comment as-tu su où j'étais ?
Obi-Wan ne tenait plus. Pourquoi ne comprenait-il pas ? Il attrapa la main de son ancien maître et la tint dans les siennes, puis le regarda intensément.
-Qui-Gon vous ne m'écoutez pas. Je ne suis pas venu pour vous prévenir.
Il bloqua sa respiration un instant puis serra la main de son aîné.
-Je suis le Jedi envoyé pour vous retrouver.
Qui-Gon Jinn écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, comme s'il venait de recevoir un coup, incapable d'émettre un son. De l'incompréhension vint se mêler à la surprise dans son regard, puis ces émotions firent place à une expression de dégoût intense, et Obi-Wan eut peur. Peur d'avoir perdu à cet instant la personne qui comptait le plus dans sa vie.
-Comment le conseil a-t-il pu faire une chose pareille ? siffla Qui-Gon. Te demander à toi de partir à notre recherche… C'était te proposer ouvertement de leur désobéir…
-Leur désobéir ? ne comprit pas le jeune homme.
Qui-Gon retira lentement sa main de celles d'Obi-Wan en fronçant les sourcils.
-Tu ne comptes tout de même pas me forcer à retourner sur Coruscant ?
-Je me doute que c'est dur à accepter, mais telle est ma mission, répondit le chevalier.
Le maître se leva, son visage une mer de déception. La mâchoire serrée, les lèvres pincées, les yeux anéantis.
-Me l'aurait-on dit que je ne l'aurais pas cru, dit-il en lui tournant le dos. Que tu puisses me trahir de la sorte… Pourtant ça ne devrait pas me surprendre. J'aurais dû comprendre sur Melida/Daan que cela devait se reproduire.
Le regard perdu dans les violents éclairs qui illuminaient toujours le ciel noir, il ne vit pas la brève grimace de chagrin d'Obi-Wan.
-Je suis désolé, dit celui-ci. Mais mon devoir est d'obéir à l'Ordre. J'ai fait serment d'allégeance.
-Jusqu'à ce que tu le trahisses aussi, railla Qui-Gon sous le coup de la colère. C'est tout ce que tu sembles savoir faire.
La gorge nouée, Obi-Wan regarda le dos toujours tourné de son ancien maître.
-Me suivrez-vous de votre plein gré ou serai-je obligé de recommencer à parcourir la galaxie derrière vous ?
Qui-Gon soupira. Il savait que si le jeune chevalier décidait de mener sa tâche à bien, rien ne pourrait l'en empêcher. Il ne renoncerait jamais. Et lui était piégé. Ce n'était que logique bien sûr, car le conseil ne pouvait laisser filer l'Elu entre ses doigts. Qui-Gon n'avait aucun réel intérêt à leur yeux, mais Anakin était une toute autre histoire. S'il parvenait à échapper à Obi-Wan, d'autres Jedi seraient infatigablement lancés à leurs trousses et rien ne servait de continuer à courir si tout ce qu'il arriverait à faire serait de prolonger l'échéance. Mais il y avait des questions plus urgentes à régler.
-Très bien. Je retournerai au temple, accepta-t-il. Mais à une condition : que tu trouves une solution aux problèmes de Calaghin. Tout le monde ici attend que tu les aides maintenant.
Obi-Wan se leva.
-Vous ne pouvez pas me demander ça, s'indigna-t-il.
Qui-Gon se retourna un instant, pointant un doigt accusateur sur lui.
-Tu m'as trompé moi, mais je n'admettrai pas que tu trompes ces gens !
Le jeune Jedi leva les mains pour l'apaiser et reprit plus calmement.
-Je ne peux rien vous promettre. La situation pourrait prendre des années pour évoluer, et je ne peux permettre un tel délai. Je ferai de mon mieux, mais nous partirons quand je le déciderai.
-C'est d'accord, répondit sèchement Jinn en se détournant encore de lui.
-Qui-Gon, hésita le chevalier. Il y a peut-être une dernière chose que vous devriez savoir. Il y a près d'un an, le nombre de Jedi Egarés est passé à vingt.
Jinn se raidit. Le conseil le considérait déjà comme un renégat ?
-Explique-toi, demanda-t-il.
-Maître Dooku en fait maintenant partie, déclara Obi-Wan d'un trait.
Il vit la grande silhouette majestueuse de son ancien maître vaciller pendant une seconde, et lorsque Qui-Gon reprit la parole, sa voix véhiculait nettement moins d'assurance qu'une minute plus tôt.
-Mais pourquoi aurait-il fait cela ?
-Apparemment à ses yeux votre départ a été une raison suffisante pour quitter l'Ordre à son tour.
Obi-Wan avait tenté de mettre le plus de douceur possible dans ses mots, mais comment apprendre à un Jedi de façon moins brutale que son propre maître avait tourné le dos à l'Ordre ? Ce genre de chose n'était pas facile à entendre, et le jeune chevalier était bien placé pour le savoir. Il avait passé toute une année à la recherche de Qui-Gon, qui l'avait quitté sans un mot, mais il savait que s'il était resté au temple pendant cette période, les regards charitables et peut-être même dédaigneux des autres Jedi n'auraient pas été rares. Les actes de son maître auraient toujours des répercussions sur lui, et même si cela lui était égal, c'était néanmoins un fait.
Une partie de lui-même s'était dit pendant un temps que le départ inattendu du grand maître Dooku ne serait que justice. Qui-Gon éprouverait ce qu'il avait, lui, ressenti pendant tout ce temps. Mais Obi-Wan ne parvint même pas à en tirer satisfaction. Derrière l'amertume que provoquait la nouvelle, il n'y avait que peine et compassion.
-Que se passera-t-il lorsque nous serons de retour ? s'enquit Qui-Gon en faisant face à Obi-Wan.
-Je ne sais pas.
-Anakin sera-t-il formé ? voulut-il savoir.
-J'ignore ce que le conseil a prévu, Qui-Gon, répondit tristement le chevalier. Mais vous devez savoir que techniquement, il n'est plus votre apprenti…
Le maître pinça les lèvres, enragé par le calme d'Obi-Wan. Comment pouvait-il rester de marbre dans une telle situation ? Qu'était-il arrivé au garçon enthousiaste et loyal qu'il avait entraîné pendant douze ans ? Il ne restait devant ses yeux qu'un étranger.
-Soit, lâcha-t-il. Je te rappelle donc que techniquement, ce sera "Maître Jinn" pour toi.
Il lui décocha un regard méprisant et eut la grâce de ne pas le bousculer en quittant la pièce à grandes enjambées. De nouveau seul, Obi-Wan combattit la désolation qui s'empara de lui et se laissa retomber sur sa chaise.
Dehors, l'orage grondait toujours.


~*~


-Oui, il y a de quoi s'inquiéter, c'est certain. Si tu avais vu ça…
Onice posa les mains sur l'holocom et s'y appuya, abattue.
-Combien étaient-ils ? se força-t-elle à demander.
L'image holographique de Treb Mirteki grésilla, brouillée par les dernières perturbations causées par un reste de tempête.
-Très nombreux. Au moins le tiers de Biha. Onice… Tu ne crois pas qu'il faudrait avertir Wyhare ?
-Non, refusa-t-elle immédiatement en baissant la tête. Il se fait assez de soucis comme ça. De plus, il n'est pas aveugle. Il fait mine de ne pas savoir, mais il est parfaitement conscient de ce qui se passe.
Treb hocha la tête tristement.
-J'aurais aimé t'annoncer de meilleures nouvelles.
-Je sais.
-Il faut que je te laisse, conclut-il. Prends soin de toi.
-Toi aussi.
La jeune femme coupa la communication de son côté avec un soupir. La situation s'aggravait, et elle ne savait pas quoi faire. Son impuissance, ce manque d'action l'irritaient plus que tout. Depuis la mort tragique de ses parents et de ses jeunes frères, elle avait toujours mis un point d'honneur à bien calculer chacun de ses gestes, ne jamais rien laisser au hasard et ne rien reporter au lendemain. Le contrôle. C'était ce qui la rassurait, et elle ne pouvait s'en passer. La situation de Calaghin et les rapports du culte avec la ville qui se dégradaient de jour en jour n'avaient rien de rassurant. Elle savait qu'il fallait faire quelque chose au plus vite afin d'éviter un conflit imminent, mais ne parvenait pas à trouver quoi. Onice voulait bien se charger d'aller dialoguer avec les citadins, après tout elle les avait côtoyés pendant des années et si elle n'était pas d'accord avec eux, elle comprenait néanmoins leur point de vue et était à même de se faire écouter. Mais que dire de plus que ce qui avait déjà été répété des centaines de fois ? Et puis elle ne pouvait se permettre de parler au nom de Calaghin quand ses habitants n'avaient pas encore réussi à se rassembler pour réfléchir et décider de la marche à suivre. Tout le monde était bien trop plongé dans la vie quotidienne et ses corvées, ou dans les travaux agricoles. Onice, elle, n'était pas plus avancée.
Elle passa un léger châle autour de ses épaules en soupirant et se dirigea vers la véranda, en quête d'un peu d'air frais et de quiétude. Elle longea le couloir, puis passa par une arche à sa droite et y arriva. Elle faillit lâcher un grognement de contrariété en s'apercevant que quelqu'un s'y trouvait déjà, mais lorsqu'elle reconnut Obi-Wan Kenobi, elle se ravisa instantanément. Il se tenait debout, appuyé contre l'une des petites colonnes, les bras étroitement croisés et le regard absorbé dans la contemplation du jardin dont une pluie fine et calme finissait d'abreuver la végétation. De là où elle se trouvait, Onice se rendait bien compte qu'il ne devait même pas voir ce qui se trouvait devant lui, mais était totalement perdu dans ses pensées. Des pensées qui ne le réjouissaient pas, de tout évidence, et elle s'en sentit attristée. Elle se racla la gorge bruyamment pour signaler sa présence et entra dans la véranda.
-On ne vous a pas vu au dîner ce soir.
Obi-Wan se redressa immédiatement et la salua en s'inclinant, puis se décala pour lui laisser de la place devant l'arcade qui menait au jardin.
-Désolé, j'aurais dû vous prévenir que je ne viendrais pas, dit-il d'un ton tellement détaché qu'elle aurait presque pu croire que tout allait bien dans sa vie.
Mais les yeux bleu-vert limpides qui la regardaient révélaient sa tourmente malgré lui.
-Oh ce n'est pas grave. Votre part vous attend toujours dans la cuisine au cas où l'appétit vous reviendrait plus tard.
Elle s'appuya sur l'un des piliers qui formaient l'arcade, et Obi-Wan fit de même, reprenant sa posture de quelques instants plus tôt.
-On dirait que l'orage s'est enfin dissipé, commença-t-elle en le dévisageant. Mais apparemment pas partout…
Il fronça les sourcils mais ne se tourna pas vers elle, se demandant ce qu'elle voulait dire en réalité.
-Ou plutôt pas pour tout le monde, finit-elle.
Obi-Wan se surprit à sourire, amusé - et sans doute même soulagé - par son aisance à dire ce qu'elle pensait, sans aucune gêne. Soulagé parce qu'en abordant le sujet de manière si franche, elle le rendait subitement moins grave, moins important. Ce qu'il aimait dans son comportement était qu'elle en disait suffisamment pour lui faire comprendre qu'elle était à son écoute, mais pas assez pour avoir l'air de demander des explications à tout prix.
-Pourquoi est-ce qu'il pleut toujours quand on n'a pas le moral au beau fixe ? se résolut-il à dire.
-Pourquoi est-ce que c'est toujours quand on n'a pas le moral au beau fixe qu'on remarque qu'il pleut ? rétorqua-t-elle du tac au tac.
Il eut un petit rire et elle reprit d'un ton léger :
-Ici il pleut un jour sur deux. Heureusement que ça ne veut pas dire pour autant que tout le monde déprime si souvent ! Et puis c'est agréable, la pluie !
Cette fois-ci il tourna la tête vers elle, incrédule.
-Eh bien quoi ? se défendit-elle. Il ne pleut jamais sur Coruscant ?
-De temps à autre. Plutôt rarement, en fait. Le climat est plus ou moins contrôlé et…
-Contrôle du climat ! le coupa-t-elle d'une voix volontairement outrée. C'est sans doute une des choses les plus stupides que j'aie jamais entendues !
Elle l'attrapa par le bras.
-Ah ces gens des mondes du noyau, continua-t-elle en levant les yeux au ciel. Ils ne connaissent rien à la vie. Venez, que je vous montre ce qu'est de la pluie !
Elle le tira doucement derrière elle par l'arcade jusqu'au milieu du jardin où ils se tinrent debout, face à face. L'herbe regorgeait d'eau et formait un tapis sous leurs pieds, mais la mousse absorbait chaque goutte de pluie avec grande efficacité. Le réflexe d'Obi-Wan fut de se couvrir avec sa capuche, mais Onice l'arrêta dans son geste en lui prenant la main.
-Première leçon, dit-elle. Sur Cynele III, la pluie est rarement froide à cette époque de l'année.
Elle rabattit de nouveau la capuche d'Obi-Wan, puis lui retira lentement son manteau, permettant aux gouttes d'eau de tomber directement sur sa tunique, qui commença petit à petit à lui coller à la peau. Il s'aperçut que l'humidité qui arrivait à lui ne provenait pas uniquement de la pluie et il tourna la tête vers la gauche, clignant des yeux pour chasser l'eau qui y coulait régulièrement. La cascade était là. Cette cascade mystérieuse qu'il n'avait pas trouvée jusque là mais dont la présence s'était manifestée en permanence. Elle n'était pas très haute, sept mètres au plus, mais réellement magnifique. L'eau pure et claire, grossie par l'averse du soir, tombait le long de pierres grises brillantes entre des pousses vertes et des fleurs sauvages émergeant de la roche, à flanc de colline.
Les embruns vinrent caresser son visage et il ferma les yeux, envoûté par la tiédeur surprenante de l'eau qui avait fini par traverser toutes ses couches de vêtements. Il réalisa alors que les mains d'Onice n'avaient pas bougé de son dos depuis qu'elle lui avait enlevé sa bure. Il rouvrit les yeux pour la regarder. Elle aussi observait la cascade, mais il fut choqué de voir des larmes se mêler aux gouttes de pluie sur son charmant visage.
Il leva une main et effaça doucement les traces humides sur sa joue, attirant son attention.
-C'est quelque chose que j'ai fait ? demanda-t-il en un murmure.
-Non… C'est cette sensation écrasante de bien-être que je ne pensais pas trouver.
Il se figea, ne sachant comment interpréter ces paroles, et Onice, poussée par quelque chose d'irrésistible qu'elle ne comprit pas, planta un baiser court mais intense sur ses lèvres. Elle s'écarta lentement, jugeant sa réaction. Obi-Wan aurait peut-être dû se dégager, ramasser son manteau et se retirer en s'excusant, il savait que ça aurait été la meilleure chose à faire en tant que Jedi et qu'il ne devait pas se laisser aller, céder à ses pulsions ; cela allait à l'encontre de ce qu'il avait toujours appris. "Un Jedi ne doit agir que lorsqu'il est en paix avec la Force". Les leçons qu'on lui avait répétées au temple tournaient sans arrêt dans sa tête, et d'habitude, même quand il avait fini par s'autoriser une brève aventure sans lendemain, il avait toujours réussi à garder les idées claires.
Mais la douce pression des mains d'Onice, fines et pleines d'assurance, et la sensation brûlante de ses lèvres sur les siennes étaient encore trop présentes, trop réelles pour qu'il parvienne à les relativiser. A ce moment-là, tout ce qu'il voulait était y goûter encore et encore.
La jeune femme attendait, lui laissant le choix, et Obi-Wan, les yeux rivés sur son visage ruisselant de pluie, sa bouche parfaite, son nez fin, et enfin ses yeux magnifiques si noirs, se força à reprendre suffisamment le contrôle de lui-même pour lui murmurer :
-Je ne peux pas…
Il combattit une plainte gutturale en sentant ses mains délicates se déplacer légèrement dans son dos.
-Ce n'est pas que… que je ne veux pas, oh Force, c'est…
Il avala fébrilement sa salive, sentant son sang-froid lui échapper et sa respiration s'accélérer.
-Je suis un Jedi, ma vie appartient à l'Ordre et je ne pourrai jamais l'offrir à qui que ce soit d'autre, essaya-t-il de lui faire comprendre. Il m'est impossible de m'engager dans une véritable relation amoureuse.
Elle s'approcha encore un peu de lui et sourit tendrement, émue par sa prévenance, son soucis de ne rien lui cacher, ne pas la bercer d'illusions. Elle n'en avait pourtant pas besoin.
-Je ne crois pas en ce genre de chose, le rassura-t-elle en le sentant se tendre sous ses doigts.
-Et en quoi croyez-vous ? souffla-t-il, prêt à succomber.
-Seulement en des occasions à saisir.
A ces mots, leurs lèvres se trouvèrent une nouvelle fois et ils s'abandonnèrent totalement dans ce baiser qui fut d'abord très doux, expérimental, mais qui s'intensifia progressivement et les entraîna dans une étreinte passionnée où ils oublièrent tous deux l'univers qui les entourait, son agitation, sa violence, son manque de compassion. Pour eux, ne serait-ce que pendant un moment, il n'y aurait que tendresse et sensualité.


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