La Gardien : Longue sera la Route

Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 5: Menaces dans l'Ombre;

Au centre de Biha, la petite tempête avait efficacement vidé les rues que l'eau de pluie faisait luire de nouveau sous les timides rayons de lune qui perçaient entre les derniers nuages chassés par le vent. Bientôt le ciel serait parfaitement dégagé et laisserait présager une journée radieuse. En attendant, pas une âme n'errait dans les avenues, les cantinas étaient désertes, et presque tout le monde dormait déjà du sommeil du juste.
Cependant, au trente-huitième étage d'un grand hôtel, trois personnes veillaient toujours dans la semi-obscurité d'une suite de luxe faiblement éclairée par des lampes murales. Un homme en costume brodé se leva de son confortable fauteuil et éteignit l'holocom.
-Bien. Ca me semble assez clair, dit-il d'une voix grave et posée.
Il jeta un œil dédaigneux aux deux autres occupants de la pièce.
-J'ose espérer que je peux vous laisser seuls cette nuit. Tâchez de ne pas faire de bruit. J'ai besoin de mes sept heures de sommeil.
Il se retira alors vers l'autre bout de la suite où se trouvait sa chambre spacieuse. La porte se referma.
-Qu'est-ce qu'il peut me taper sur le système, maugréa l'homme qui était resté affalé sur le canapé. A faire son petit chef pendant que nous on fait tout le boulot.
-Arrête de râler, Swal. Tu deviens presque aussi lourd que lui. Et on n'est pas sensés être ses assistants pour rien, répondit l'autre en révélant ses dents pointues.
-"Sensés" étant le mot-clé ! fit Swal en jetant un gâteau apéritif en l'air pour le rattraper avec la bouche. Mabroumfchmmuumoumoulot…
-On t'a jamais dit de pas parler la bouche pleine ?
Le deuxième assistant se tourna vers l'holocom éteint en faisant gesticuler les tentacules qui ornaient son crâne gris.
-C'est pas ce qui m'inquiète, moi, continua-t-il pendant que Swal finissait le paquet de biscuits. C'est bien gentil tout ça, mais je me demande comment on va arriver à faire tout ce qu'il demande en plus de retrouver ce que tu sais et qui tu sais, en aussi peu de temps.
-Salut les filles !
Les deux hommes se levèrent d'un bond et se tournèrent vers l'autre bout de la pièce. Une ombre noire se démarqua de la fenêtre et s'approcha d'eux. Aussitôt, deux blasters furent sortis de leur étui et dirigés sur elle. Il y eut alors un éclair de lumière, un claquement, et les armes furent arrachées des mains des assistants. L'individu rengaina ce dont il s'était servi, mais trop vite pour qu'ils ne puissent voir de quoi il s'agissait.
-Allons, pas de ça entre nous. On peut bien avoir une conversation entre gens civilisés, non ?
Swal regarda son compagnon, indécis.
-Et vous êtes qui ? fit l'amphibien en essayant de rester digne malgré sa mine déconfite devant l'efficacité du nouvel arrivant.
L'homme s'avança dans la lumière, révélant son armure de chasseur de prime, compacte, puissante et impeccablement ajustée.
-Un confrère, si je ne m'abuse, répondit-il. Mais appelez-moi Boki, si vous voulez. Et d'après ce que j'ai pu comprendre, le jongleur d'apéritifs est Swal, et vous Tusyl.
Le chasseur de prime ramassa les deux blasters et les renvoya à leurs propriétaires, sachant qu'un tel geste jouerait en sa faveur. Les deux assistants semblèrent réfléchir et envisager de faire bon usage de leurs armes, pour finir par les ranger effectivement. Entre mercenaires, les relations passaient forcément mieux.
-Qu'est-ce que vous voulez ? demanda l'amphibien d'une voix dure. Et comment vous nous connaissez ?
-Si on s'asseyait pour ça ? suggéra Boki.
Une fois installés, le chasseur de prime reprit.
-Pour le comment, il se trouve que je suis arrivé ici il y a peu. Cette nuit-là, je suis tranquillement sorti de mon vaisseau, j'ai traversé quelques hangars, et je suis tombé sur ce qui a eu l'air d'un règlement de compte. L'un des trois types a fini avec un trou dans la tête. Mais ça vous le saviez…
Il croisa nonchalamment les jambes.
-Sur le coup je n'ai pas vraiment eu le temps de m'attarder, j'avais des affaires plus pressantes. Mais nos routes se sont recroisées, et il faut dire ce qui est, vous avez beau prendre l'identité d'assistants d'inspecteur républicain, vous ressortez comme le nez au milieu du visage. Je me suis renseigné par-ci par-là, et j'ai plus ou moins deviné la raison de votre présence. Votre manque de discrétion a fait le reste.
Les deux autres mercenaires ne savaient quoi penser d'un homme qui avait appris tant de choses sur eux sans qu'ils ne se soient aperçus de sa présence une seule fois.
-Ne vous sentez pas rabaissés par mon talent, comprit Boki.
Un lourd casque dissimulait son visage, mais Swal et Tusyl arrivèrent à deviner son sourire.
-Il se trouve que ma cible est quelqu'un de très sensible et observateur, expliqua le chasseur de prime. J'ai appris à me perfectionner.
-D'accord, et pourquoi vous nous dites tout ça ?
Boki décroisa les jambes et se redressa, la lumière jouant sur la visière lisse de son casque.
-Parce que la personne que vous cherchez est similaire à celle que je pourchasse.
-On sait même pas qui on est sensés retrouver, fit l'amphibien. On n'a qu'une image floue. Comment vous le sauriez ?
-J'ai des atouts dont vous manquez.
-Et l'idée c'est quoi ? demanda Swal.
-Une alliance. Vous m'aidez à piéger le mien, et je vous aide à finir votre travail dans les temps.
Le chasseur de prime désigna l'holocom d'un geste du pouce.
-Votre patron a l'air au moins aussi exigent que le mien.
L'homme et l'amphibien se renfoncèrent dans leur siège, sceptiques.
-Faites voir votre visage, dit enfin Swal. Je fais pas d'arrangement avec quelqu'un que j'ai jamais vu.
Boki, décontracté, porta les mains à son casque, pressa sur les boutons d'ouverture qui chuintèrent, et le retira lentement. Les deux mercenaires poussèrent une petite exclamation.
-C'est une blague ?!


~*~


La maison de Wyhare était plongée dans un calme absolu. Les grillons avaient recommencé à chanter quand la pluie avait cessé quelques heures plus tôt, et un oiseau nocturne était allé se percher sur la branche d'un arbre dans le jardin, sifflant sans relâche une mélodie douce, légère, indolente et mélancolique, peut-être en quête d'une compagne qui n'arrivait pas. Les longues stridulations aiguës se perdaient dans le chuchotement de la cascade et le bruissement des feuilles doucement agitées par une petite brise. L'air était calme, léger, complètement libéré de la folie destructrice qui s'était emparée des environs en début de soirée et qu'une harmonie apaisante était venue remplacer.
Cet oiseau solitaire souffrait-il de son isolement, de ce manque d'attention ? Obi-Wan Kenobi se tourna sur son côté gauche et regarda en direction de la fenêtre, où le vent faisait danser sans bruit le rideau léger. Des bribes de ce chant nocturne lui parvenaient depuis le jardin plus bas et il écouta un peu tristement l'animal ignoré qui continuait à appeler malgré l'indifférence du monde autour de lui. Le jeune chevalier se demanda ce qui pouvait pousser un être vivant à persévérer de cette manière, à attendre quelque chose ou quelqu'un qui ne viendrait peut-être jamais, et lorsqu'il baissa les yeux, sa gorge se serra. Il avait sa réponse devant lui, baignée d'un rayon de lune blanc et pur, recouverte d'un drap fin immaculé.
Onice était allongée à ses côtés, son visage paisible entouré de mèches bouclées et soyeuses qui tombaient sur ses épaules nues. Il observa la courbe légère de ses sourcils fins, ses paupières bordées de cils noirs épais, ses joues pales, son cou. Elle s'étira, levant les bras par-dessus sa tête et soupira dans son sommeil en se tournant inconsciemment vers lui, glissant une jambe élancée et parfaite hors du drap. A cet instant, devant sa beauté et le souvenir tendre de chacun de ses gestes, il aurait pu déposer sa vie entière sur un autel à ses pieds. Elle était tout ce dont il avait besoin, ce dont il avait envie. Tout ce qu'il n'aurait jamais. Il savait que rien de ce qui venait de se passer ne pouvait prendre davantage d'importance, et il souffrait déjà de devoir faire mine de s'en moquer. Elle n'attendait rien de plus de leur relation, et bien que ce fût ce qu'il avait voulu au départ, il s'en sentait attristé.
Le chant dehors s'arrêta. Il y eut un battement d'ailes, une branche bougea devant la fenêtre. Le sifflement reprit, plus fort, comme si comprenant le tourment du Jedi, l'oiseau était venu partager sa peine, et l'invitait à tirer parti de la nuit pour se laisser aller à sa mélancolie. Chaque note semblait creuser une entaille plus profonde dans le cœur du chevalier qui s'approcha de la jeune femme pour la prendre dans ses bras et la serrer avec toute l'affection qu'il éprouvait. Elle fondit instinctivement dans son étreinte sans se réveiller, et il profita de son sommeil pour prétendre que tout cela allait durer, qu'il pourrait rester auprès d'elle, sentir encore la douceur de son corps contre le sien, s'autoriser pour une fois dans sa vie à réellement aimer, et non pas se contenter d'un simple plaisir passager. Mais pour un Jedi viendrait nécessairement la peine en contrepartie, rapidement suivie par le doute, puis une souffrance plus grande encore, et enfin peut-être même de la colère face à ce qui pourrait être considéré comme une injustice. Obi-Wan frémit à cette pensée.
Il ne se laisserait pas aller à l'amour, sa vie en dépendait. Et même si ces sentiments si forts et si réconfortants commençaient déjà à naître en lui, il ferait de son mieux pour les nier et les combattre jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un souvenir lointain doux-amer. Il se resserra tout de même contre Onice pour s'imaginer encore un peu ce que pourrait être son existence avec elle, avant d'y renoncer totalement. Au petit matin il redeviendrait un chevalier Jedi, oubliant l'homme solitaire qu'il était, et se concentrerait sur sa mission.
Il baissa la tête pour la poser contre celle de la jeune femme, perdu dans la douceur de ses cheveux de soie et son parfum enivrant. Il ne pourrait jamais rester à Calaghin pour veiller sur elle, mais il trouverait au moins le moyen de lui assurer un avenir plus brillant que celui qui s'annonçait. Son unique certitude était qu'il utiliserait au mieux tout ce que le Code lui permettait pour défendre cette petite communauté qui comptait déjà tellement à ses yeux.
Obi-Wan la serra de nouveau brièvement avant de s'écarter, l'embrassa tendrement sur le front, puis descendit du lit. Il valait mieux éviter qu'ils se réveillent côte à côte, comme un véritable couple. Il enfila donc son pantalon et sa légère sous-tunique blanche, puis sortit de la chambre sans un regard de plus en direction de la jeune femme qui dormait paisiblement, de peur que la voir encore ne lui fasse changer d'avis. L'oiseau dehors s'arrêta de chanter et s'envola.
Une fois dans le couloir, le jeune Jedi soupira, se demandant ce qu'il pouvait faire. Il n'avait pas dormi jusque là, et il était persuadé que même s'il décidait d'aller rejoindre sa chambre il ne parviendrait pas à trouver le sommeil. Ne voyant pas où aller à part dans la véranda, il s'y rendit donc avec l'espoir d'y regagner suffisamment de quiétude pour tenter une petite méditation. Ses pas le guidèrent aisément vers la grande pièce qui offrait un passage vers le jardin. Les petites colonnes étaient parcourues de vigne dont les fleurs mauves étaient refermées pour la nuit, et Obi-Wan allait s'asseoir dans la pénombre sur le petit banc en osier entouré de plantes pour observer la nature, lorsqu'il vit dépasser une botte par l'arcade. Il s'en approcha, entrant dans le jardin, et trouva Garen Muln assis par terre contre le mur, le visage relevé vers le ciel.
-Je peux me joindre à toi ? demanda doucement Obi-Wan.
Garen inspira et interrompit sa contemplation des étoiles, clignant des yeux.
-Oui bien sûr, fit-il en se passant la main sur la joue d'un air absent.
Obi-Wan s'installa. Il crut remarquer une trace d'humidité sur le visage de son ami, mais finit par se dire que ça n'avait été qu'un effet de lumière.
-Tu ne dormais pas ? s'enquit-il.
-Si, mais j'ai fait un rêve bizarre. Je n'arrivais pas à m'en débarrasser alors je me suis levé.
-Tu as envie d'en parler ?
-Oh ce n'est rien de vraiment terrible, le rassura Garen avec un sourire. Mais pourquoi pas…
Il se redressa un peu de sa position avachie et revit les images défiler dans sa tête.
-J'étais à l'entrée de ce qui avait l'air d'un zoo. Le couloir était étroit, carrelé. Il était en même temps comme… aseptisé et… sale. J'ai avancé. Sur ma droite il y avait une pancarte comme on en trouve dans les zoos, tu sais, où on t'explique quelles sont les espèces dans les cages. Il y avait là toutes sortes de poissons décrits, mais uniquement des espèces éteintes… Derrière la vitre, il n'y avait que des fossiles.
Obi-Wan fronça les sourcils.
-C'était un musée alors, déduisit-il.
-Apparemment, oui. En tout cas c'est ce que je me suis dit sur le coup. J'étais mal à l'aise, comme si je n'avais pas ma place, là. Mais j'ai continué à avancer. C'était comme un dédale sombre et glauque. Et puis j'ai fini par tomber sur quelqu'un. Un homme avec un uniforme se tenait au milieu du couloir, les mains croisées, souriant. J'ai tout de suite pensé que ce devait être un guide, ou quelque chose comme ça.
-Il t'a parlé ?
-Il m'a juste dit "Bienvenue". Alors j'ai regardé à ma gauche. Il y avait une grande vitre et je pouvais voir qu'il y avait une pièce. A l'intérieur il y avait plusieurs autres vitrines exposant divers objets. J'ai regardé.
-Qu'est-ce que tu as vu ? le poussa un peu Obi-Wan.
Garen haussa les épaules.
-Des outils, un peu n'importe quoi. Des comlinks, des holoblocs, des datacartes.
Il avala sa salive.
-Il y avait aussi des sondes d'entraînement, des tuniques bien pliées et des sabres lasers.
Obi-Wan pinça les lèvres, intrigué.
-Alors j'ai eu peur, continua Garen. J'ai reculé, horrifié, et j'ai regardé le guide. Il ne souriait plus, et il avait attrapé son comlink. Il a donné des ordres à quelqu'un, disant qu'il fallait m'arrêter et que je ne pouvais pas sortir de là. Je me suis retourné et je me suis mis à courir vers la sortie. De l'eau montait dans les couloirs carrelés, je pataugeais. Toutes les portes se fermaient une à une mais je les dépassais à temps. J'ai réussi à sortir, mais même à ce moment-là je n'étais pas à l'air libre mais au cœur d'une grande usine. Il y avait des gardes partout et je savais qu'ils m'avaient repéré. Je commençais à me dire que jamais je n'arriverais à m'enfuir quand je me suis réveillé.
Il y eut un silence, puis Obi-Wan murmura :
-Un musée sur les Jedi ?
-Insensé, je sais.
-Et ce n'était pas une vision…
-Non, heureusement, fit Garen. Mais rien que d'imaginer les Jedi comme une espèce éteinte m'a… troublé, c'est le moins que je puisse dire.
Obi-Wan remarqua que son ami passait inconsciemment les doigts sur l'épais bracelet en cuir qui ornait son poignet gauche. Il se souvint qu'il s'agissait du tout premier cadeau que lui avait offert son maître, Clee Rhara, avant de le prendre comme apprenti. Garen lui avait dit que Clee portait le même elle-aussi, et Obi-Wan revoyait la joie illuminer le visage de son compagnon quand il le lui avait montré pour la première fois.
-Tu crois que ça pourrait arriver un jour ?
La question posée par Garen le ramena à la réalité.
-Un musée en notre honneur ? sourit Obi-Wan. Pourquoi pas ! Mais plus sérieusement, l'extinction de l'Ordre…
Il soupira.
-J'espère que non. Tu étais aux cours de Yoda avec moi : "Toujours en mouvement est l'avenir".
-Oui… mais quand je vois ce qui arrive à Calaghin, ce manque de tolérance pour quelque chose d'inconnu… Je me dis qu'il y a du soucis à se faire.
-Tiens en parlant de ça, tu pourrais peut-être m'aider, reprit Obi-Wan, préférant oublier les problèmes de l'Ordre pour un temps. Tu connais bien Cynele. Tu dois savoir à quel moment cette animosité a commencé…
-Elle a toujours été plus ou moins là. Mais je crois que ça a vraiment dégénéré il y a environ cinq ans, avec le nouveau gouvernement. C'est un réformateur qui est à la tête en ce moment, et il a tout le cabinet derrière lui.
-Et qu'a-t-il contre Calaghin ?
-A la base, rien. Mais depuis l'arrivée de FrameCorp et de quelques autres grosses compagnies, Calaghin a eu l'air de le déranger plus que d'habitude. Le culte est perçu comme une entrave au progrès.
-Dans quel sens ? Ils ont pourtant toutes les dernières technologies, tenta de comprendre Obi-Wan.
-Ce n'est pas une question de technologie, mais de philosophie. Le culte est une communauté tout de même très isolée, et si on ne compte pas les marchés qu'ils tiennent dans les villes voisines, on peut dire qu'ils vivent plus ou moins en autarcie. Et ça pose un problème au régent. A son avis, Cynele III n'a pas encore été acceptée par la République parce que la population n'est pas assez homogène. Calaghin par contre se moque pas mal d'entrer ou non dans les bonnes grâces du Sénat Républicain.
-Donc ils sont prêts à suivre le mouvement tant que ça n'implique pas un changement radical dans leur façon de vivre, raisonna Kenobi.
-En gros, oui. Mais il ne faut pas oublier le fait que malgré son apparence simple et très "nature", Calaghin a un certain poids. Le terrain que possède le culte s'étend sur le tiers de l'île.
-Je vois…
-En tout cas, si tu veux mon avis, c'est dans les bureaux de FrameCorp que tu devrais commencer.
Obi-Wan haussa un sourcil.
-Et comment tu me suggères de procéder pour obtenir un accès dans leurs fichiers ? En le demandant poliment au directeur ?
-Non, répondit Garen avec son sourire lumineux. C'est à Treb qu'il faut le demander poliment. Il est responsable d'unité chez FrameCorp, et il pourrait facilement emprunter un passe, surtout avec le niveau de surveillance actuel. Demain matin, on va à l'usine, et on a le passe.
Obi-Wan tourna la tête vers son ami, troublé.
-Demain matin ?
-Je suis au courant pour ton accord avec Qui-Gon. Treb a appelé un peu après le dîner et je lui ai demandé s'il pouvait nous procurer une carte d'accès.
Garen s'aperçut qu'Obi-Wan l'observait toujours aussi fixement et son expression se fit compatissante.
-Les murs ne sont pas épais dans cette maison. J'ai entendu la fin de votre conversation. Je me suis dit que je pourrais te donner un coup de main…
Kenobi détourna le regard, embarrassé. Il aurait préféré que Garen ne témoigne pas de cette scène dont lui-même ne s'était pas encore bien remis. Il ne voulait pas de sa pitié. Ils retournèrent tous les deux à la contemplation du ciel.
-Obi-Wan ? demanda Garen au bout de quelques minutes.
-Mmh ?
-Il y a quelque chose qui m'intrigue. Pour qui m'as-tu pris dans la ruelle quand tu as manqué de me décapiter ?
Obi-Wan grimaça en y repensant.
-Quelqu'un me suit depuis quelques mois, avoua-t-il. Je l'avais vu depuis l'intérieur du club et j'ai essayé de mettre la main sur lui. Je me suis trompé.
-Oh…
Le jeune Jedi soupira et regarda un paquet de nuages cotonneux passer rapidement dans le ciel, révélant la lune une nouvelle fois. L'astre était toujours voilé, et la brume lui donnait une couleur étrangement plus rougeoyante que précédemment.
-Il y a du sang sur la lune, dit Obi-Wan sans réfléchir.
Garen la regarda à son tour.
-Du sang sur la lune, perdu, sans marque aucune, continua-t-il.
Obi-Wan sourit. C'était un poème qu'ils avaient appris lorsqu'ils étaient tous les deux des initiés.
-Vent froid porte le glas, fin du combat, reprit-il, creusant dans ses souvenirs.
-Du sang sur la lune, révèle infortunes…
-De la lutte pas de succès, le pacte coûtera à jamais.
-Deuil et destruction, maigres consolations, pas d'absolution, récita Garen.
-Nuit peuplée de regrets, dans la victoire quel intérêt ?
-Ce sang sur la lune s'efface dans la brume…
-…Mais reste sur mes mains, reste dans mon cœur.
-Ce sang sur la lune me suivra où j'irai, c'est mon fardeau, c'est ma plaie…
Ils marquèrent une petite pause puis prononcèrent la dernière phrase ensemble.
-Et je sais qui je suis, la lune me l'a appris.
Les deux amis écoutèrent le silence, imprégnés par le sens du petit poème. Ce texte avait été écrit il y avait plus de trois mille cinq cents ans par un Jedi nommé Kia-Sumte Piletak à l'issue d'une bataille qui avait opposé un groupe de chevaliers à un grand ennemi qui avait été terrassé au prix de nombreuses pertes civiles. Obi-Wan, Garen et Reeft avaient dû écrire une petite analyse de plusieurs pages comme projet pour leur cours de "Philosophie des Origines".
-C'était un sacré dossier qu'on avait monté à l'époque, fit Garen. Tu te souviens ? Pour notre âge on s'était bien débrouillés.
-Oui… Mais… Tu te rends compte qu'ils font apprendre ça à des gamins de huit ans ? Et après on s'étonne du nombre de Jedi qui cèdent au côté obscur. Ca a de quoi traumatiser…
Les deux hommes échangèrent un regard faussement affligé, puis éclatèrent de rire.
-On en a fait de belles quand même, sourit Garen.
-On était terribles, oui. Tu te rappelles de la fois où on a essayé de faire léviter maître Rancisis jusqu'au onzième niveau de la salle d'entraînement ?
-Ou celle où on a réussi à couper toutes les canalisations de l'aile sud du temple ? lança Garen, riant aux larmes.
-On avait quel âge, déjà ?
-Quatre et cinq ans ! s'esclaffa-t-il.
Les rires francs des deux jeunes Jedi résonnèrent légèrement dans le grand jardin. En ces temps qui devenaient bien sombres, leur amitié était un élément indispensable où ils espéraient pouvoir continuer à puiser l'énergie suffisante pour affronter ce que le destin avait en réserve. Chacun était en tout cas heureux de la présence de l'autre, qui suffisait à alléger ses soucis, et sur qui il était sûr de pouvoir compter.


~*~


Sur Coruscant, la journée ne s'était écoulée qu'à moitié, et l'activité perpétuelle avait atteint une heure plus tôt son point culminant. Aux réunions imprégnées d'intrigue, d'hypocrisie et de querelles sournoises commençaient à succéder les déjeuners d'affaire sensés marquer une petite pause dans la vie tellement stressante des malheureux - mais au nombre néanmoins grandissant - politiciens. Une petite pause que l'un d'entre eux, une figure désormais emblématique, ne s'autorisait que rarement. De sa diligence dépendait sa réussite, qu'il souhaitait totale, et la quantité astronomique de travail qui l'attendait chaque jour ne l'effrayait pas. A dire vrai, rien ne semblait l'effrayer, même ses opposants les plus virulents étaient forcés de l'admettre.
Il longea un petit couloir silencieux d'un pas rapide et sûr.
-Monsieur, l'interpella respectueusement une assistante. J'ai pris la liberté de commander votre repas habituel. Il sera livré dans quinze minutes au plus.
Il s'arrêta, tourna la tête vers elle. La jeune femme se redressa vite, son databloc serré entre ses mains. Il lui sourit, mais plutôt que de se sentir apaisée, elle frissonna, mal à l'aise. Elle n'aimait pas ce sourire. A chaque fois on aurait dit que derrière ce mouvement simple il n'y avait rien. Pas de franchise, pas de joie, pas de bonté. Ce n'était qu'un geste mécanique concentré sur sa bouche mais dont l'apparente jovialité ne s'étendait jamais sur le reste de son visage, et certainement pas jusqu'à ses yeux froids, vifs et perçants. Il était d'ailleurs ironique qu'un sourire pût impressionner la jeune secrétaire davantage qu'un reproche sec et violent.
-Merci beaucoup, répondit-il d'une voix suave. Prévenez-moi quand il arrivera. Je serai dans mon bureau privé. En attendant, je ne veux être dérangé sous aucun prétexte.
-Bien monsieur.
Elle s'éloigna et il entra dans ses luxueux appartements, vastes et meublés avec goût. Le mobilier stylisé sortait des ateliers les plus renommés où tout était encore fait main, les statues sobres mais minutieusement sculptées dans le bois, la pierre ou le métal, et qui ornaient les différentes pièces sur des socles recouverts de velours étaient toutes signées des plus grands artistes antiques et contemporains. La douce moquette rouge sang valait à elle seule un mois de loyer dans un logement standard.
Palpatine survola la pièce du regard, s'enorgueillissant du prix inestimable de chacun des éléments qu'il avait personnellement choisis, se complaisant dans ce luxe et ce confort comme peu de monde pouvait en jouir. Et pourtant, il n'était pas satisfait. C'était un bon départ, mais il en voulait plus. Trop d'hommes et de femmes autour de lui se croyaient importants, voulaient partager son pouvoir, alors qu'ils étaient insignifiants et ne méritaient pas un tel privilège. Il était plus fort qu'eux, meilleur en tous points, et supportait de plus en plus difficilement de les côtoyer jour après jour, de devoir faire mine de les écouter, de les prendre en considération quand tout ce qu'il voulait était les voir agoniser à ses pieds.
Il avança jusqu'à son bureau privé, referma la porte derrière lui et alla regarder par la fenêtre. Ce monde et ce qui s'étendait au delà seraient un jour à lui seul. Il prolongeait déjà son influence sur un nombre conséquent de petites mondes ça et là. Les traits de son visage qu'il avait forcés à paraître bienveillants purent enfin se détendre et révéler une moue haineuse, méprisante, reflet de la noirceur qui brûlait violemment en lui. Encore quelques années de patience et il n'aurait plus à se dissimuler derrière cette façade de magnanimité abjecte. Il ne se ferait plus passer pour ce qu'il n'était pas. Sa bouche se pinça, ses yeux se plissèrent. Il n'aurait plus à contempler au loin les cinq tours du temple Jedi renvoyer gracieusement les rayons du soleil, se dresser hautes et fières, symboles de ce qu'il détestait le plus. Il se réconforta à l'idée désormais familière que tous leurs occupants n'étaient aujourd'hui que des âmes en sursis, des cadavres ambulants. Ils périraient dans la fournaise que deviendrait un jour ce glorieux édifice, il n'y aurait pas d'exception.
Sauf deux peut-être, se dit-il en fermant les stores, plongeant son bureau dans l'obscurité presque totale. L'un d'eux avait peut-être le tempérament requis pour le rejoindre, et sa puissance brute deviendrait un certain atout avec le temps. L'autre…
Il s'assit à son bureau, activa l'écran fin de son poste informatique qui illumina son visage ridé et inséra une datacarte. L'autre était… un joyau. Un joyau pur et parfait dont la lumière resplendissante ne pouvait être ignorée. La perspective seule d'avoir un tel exemple d'innocence entre ses mains, pouvoir l'utiliser, le façonner selon son désir, le faisait bouillonner d'envie.
L'enregistrement de sécurité qu'il venait d'introduire dans son holotransmetteur se mit en route et il regarda les événements se dérouler pour ce qui devait être la millième fois. De là où s'était trouvée la caméra, il était impossible de voir les lasers, mais il entendit nettement le cliquètement grésillant de leur désactivation et les pas précipités qui suivirent. Presque aussitôt, il y eu la petite explosion provoquée par le violent entrechoquement de sabres lasers réglés sur la puissance maximale. Alors les combattants apparurent dans le champ de vision de la caméra fixée en haut du mur de métal. Les coups latéraux se suivirent frénétiquement, sans temps mort, bourdonnant, claquant, vrillant. Le jeune Jedi repoussa son adversaire cornu vers le côté droit de l'écran jusqu'à ce que celui-ci reprenne le dessus.
Palpatine grimaça. Maul avait eu au moins trois occasions de frapper l'apprenti, mais il n'avait pas su les saisir. Il fallait admettre que les attaques étaient si rapides et virulentes qu'il n'avait pas dû être aisé de les contrer. La rage du Jedi faisait plaisir à voir. La puissance qu'il révélait sous l'emprise de la colère était d'une agressivité difficilement contrôlée et bien prometteuse.
Kenobi évita un balayage au niveau du sol avec un petit saut sur place et relança son offensive de plus belle. Le jeu de jambes laissait encore un peu à désirer, mais la précision de son arme était indiscutable. Il frappa avec force, portant ses coups dans toutes les directions pour déstabiliser son ennemi, le vrombissement de son épée dissimulé par les rapides claquements secs engendrés par les chocs. Le guerrier noir se laissa trop aisément déstabiliser et vit son arme sectionnée en deux juste avant d'être envoyé au sol par un vif coup de pied à l'abdomen. Une faible contre-attaque qu'il fut forcé d'éviter d'un majestueux bond en avant, et l'apprenti Jedi repartit à la suite de Maul qui essayait d'instaurer une distance entre eux le temps de retrouver son assurance. Le combat reprit, mais tous deux commençaient à fatiguer. Les épées se rencontrèrent encore et restèrent croisées pendant une seconde durant laquelle Kenobi crut de toute évidence avoir le dessus, mais Maul le repoussa sauvagement et en profita pour lui envoyer une poussée de Force dont la puissance étonnait encore Palpatine.
Le jeune homme tomba la tête la première dans le trou béant derrière lui, pour se rattraper de justesse à un élément mural. Alors pendant une minute, deux peut-être, ce fut presque le silence. Les capteurs de la caméra de surveillance n'enregistrèrent pas un bruit à part le souffle rauque et pénible de Qui-Gon Jinn qui n'avait pas bougé depuis le début, et la respiration haletante de Kenobi qui se répercutait dans le puit. Puis Maul s'avança vers le bord et se mit à y passer rapidement la lame rouge de son sabre, provoquant des pluies d'étincelles.
-Pauvre imbécile, murmura encore Palpatine en le voyant faire.
Il avait toujours su que son apprenti était trop arrogant, même pour un Sith. Au lieu d'achever les Jedi il avait préféré s'amuser avec sa proie, lui laissant par la même occasion le temps d'apaiser ses émotions. Le chancelier se redressa dans son siège, fronçant les sourcils, grimaçant de contrariété, les yeux toujours fixés sur l'écran. Il vit nettement le jeune apprenti Jedi faire le vide en lui, bannir la haine et la peine de son esprit, accueillir la Force claire et pacifique, s'y abandonner. A ce moment crucial, à l'orée de ce qui allait devenir son entrée dans la chevalerie, où il dut choisir une fois pour toutes quel serait le chemin qu'il suivrait pour le reste de sa vie, il avait renoncé à tout jamais au côté obscur.
Palpatine enrageait toujours en regardant ce passage. Il réalisait à chaque fois ce qu'il avait perdu ce jour-là. Les Jedi avaient gagné celui qui serait sans aucun doute leur meilleur élément, et lui avait perdu un remplaçant de taille pour l'apprenti qu'il voyait maintenant tomber à son tour dans le puit, coupé en deux. Kenobi, il le savait, ne pourrait jamais être corrompu.
Il observa les derniers instants de la vidéo avec une haine renouvelée. Il regarda l'apprenti tomber à genoux à côté de son maître, consterné, et le prendre dans ses bras. Jinn avait essayé de parler, et avait mentionné le jeune Skywalker, mais Kenobi ne l'écoutait déjà plus. Plaçant une main sur la blessure qui aurait dû être fatale, il s'était plongé dans une profonde transe réparatrice, faisant affluer sa propre Force vitale dans le corps mourant de son aîné. Palpatine le vit s'écrouler d'épuisement au bout de quelques minutes, Jinn toujours dans ses bras.
Ce qu'il avait fait, ramener son maître des portes de la mort, aurait dû lui coûter la vie. Personne n'avait jamais entrepris une telle chose sans succomber à son tour. Kenobi avait sûrement été conscient de cela et aurait donné sa vie en échange de celle de Jinn, mais la Force avait dû décider qu'il en serait autrement. Les soldats de Naboo avaient retrouvé les deux hommes au bout de plus de trois heures, tout juste vivants. Kenobi était tombé dans une sorte de coma dont il avait fini par sortir environ deux semaines plus tard.
Palpatine se redressa en s'apercevant que la vidéo s'était arrêtée et qu'il ne contemplait à présent qu'un écran bleuté. Il l'éteignit, pensif, revoyant le jeune Jedi et la puissance qu'il dissimulait. Revoyant son honnêteté et sa fidélité à son Ordre.
Il devait mourir. Il n'y avait pas d'autre alternative. D'une part il l'avait offensé en terrassant son apprenti de la sorte, ce qui était inadmissible, et d'autre part… Il était une menace trop importante, même si ses pairs - particulièrement son aveugle de maître - ne s'en étaient pas encore rendu compte. Palpatine n'avait pas besoin d'une entrave supplémentaire. L'intérêt naissant pour ce qui entourait la prophétie de l'Elu était suffisamment inquiétant pour tolérer un Jedi aussi doué. Il aurait la tête de Kenobi.
Où qu'il fût, le jeune homme ne serait plus à l'abri, et même si la Force ne l'avait pas permis voilà presque deux ans sur Naboo, Palpatine s'assurerait qu'il ne survivrait pas.


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