La Gardien : Longue sera la Route

Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 9: Des liens se resserrent.

Un jour s’était écoulé depuis l’incendie de la réserve animalière, et la tension qui régnait à Calaghin n’était adoucie que grâce à la fête qui aurait lieu le lendemain soir, et dont les préparatifs occupaient une bonne partie de la communauté. Qui-Gon Jinn, qui s’impliquait beaucoup dans les problèmes d’Hunserh depuis quelque temps, y était reparti tôt dans la matinée afin de regrouper une dizaine d’animaux qui devaient être rapatriés en fin de semaine sur leur planète natale.
Anakin, qui errait dans la maison de Wyhare en se demandant ce qu’il pourrait bien faire, devina que son absence était également due à la proximité d’Obi-Wan Kenobi, qu’il avait l’air d’éviter autant qu’il pouvait depuis deux jours. Il s’était passé quelque chose entre eux, mais il ne savait pas quoi. Il aurait aimé aider son maître, mais comment le pouvait-il quand il refusait de s’ouvrir à lui ? C’était d’ailleurs l’un des aspects de leur relation qu’il ne supportait pas. Qui-Gon lui répétait souvent qu’en tant qu’apprenti, il se devait de tout lui dire, alors que lui d’un autre côté ne révélait jamais le fond de sa pensée, ne parlait que par énigmes. Anakin en avait conclu que finalement il n’était pas obligé de lui rapporter ses moindres faits et gestes, et il avait pris l’habitude de garder un petit jardin secret qu’il remplissait régulièrement des pensées et émotions qu’il ne voulait pas révéler à son maître.
Il passa pour la deuxième fois devant le bureau où travaillaient Onice et le chevalier Muln, puis le petit salon. Il soupira et décida d’aller prendre l’air dans le jardin. Il irait ensuite demander à Wyhare s’il n’avait pas un quelconque appareil cassé qu’il pourrait réparer pour passer le temps.
Il faisait beau, mais l’air était redevenu plus humide, ce qui ne semblait pas déplaire à la végétation luxuriante de l’ensemble de la colline. Sur la gauche, la cascade s’écoulait toujours en un murmure clair, et les arbustes d’un vert lumineux fournissaient juste assez d’ombre pour protéger du soleil caché de temps en temps par quelques nuages pluvieux. Anakin avança encore, amusé par la texture spongieuse de la mousse sous ses pieds, lui qui n’avait longtemps connu que l’impitoyable dureté du sable de Tatooine. Il s’arrêta brusquement en s’apercevant qu’il n’était pas seul dans le jardin comme il l’avait cru. Abrité par un arbre, là où l’herbe et la mousse avaient laissé la place à de la terre battue, se tenait Obi-Wan Kenobi.
Anakin fit quelques pas en avant et observa. Le chevalier était en train de procéder à ses exercices matinaux, et finissait quelques figures d’échauffement. Ses pieds espacés étaient fermement ancrés dans le sol, son buste droit, le dos très légèrement cambré. Le bras gauche levé, il ramena lentement le droit en arrière, puis, aussi vif que l’éclair, il le projeta vers l’avant, poing fermé, lâchant une puissante expiration. Anakin sursauta et se surprit à imaginer ce que son adversaire potentiel aurait eu à encaisser.
Obi-Wan se redressa et eut l’air de réfléchir un moment, comme pour faire le bilan de ce qu’il venait d’effectuer, et finalement se prépara à la suite de ses exercices. Anakin en tout cas espérait que le spectacle n’était pas encore fini. Et en effet, toujours aussi concentré, le jeune homme se remit en position, attrapa son sabre et l’activa en un seul geste fluide, puis reprit sa petite routine quotidienne. Il tint son arme à deux mains, s’assura que la prise et la position étaient bonnes, que l’écart entre ses jambes était juste, testa un instant son équilibre, et une seconde plus tard il commença.
Anakin ouvrit des yeux ébahis en constatant qu’il n’avait même pas pris la peine de passer par les premiers katas, mais avait au contraire directement commencé avec les enchaînements les plus durs. Le sabre tournoyait de façon précise mais si rapide que la lame bleue en était floue, le jeu de jambes était incroyablement compliqué, impossible à suivre, et parfaitement coordonné avec les mouvements des bras. Il enchaînait les figures sans temps mort, gérant les changements de position entre elles avec des suites de frappes de son invention, personnalisant le style de combat avec une touche de fantaisie que sa maîtrise étonnante pouvait lui permettre.
Le jeune garçon qui tentait de comprendre les gestes n’en croyait pas ses yeux. Il avait déjà vu Qui-Gon s’entraîner, mais ça n’avait jamais ressemblé à ça. Jinn était grand et fort, sa carrure imposante lui suffisait pour imprégner ses mouvements d’une puissance surprenante. C’était un titan dont le calme lorsqu’il tenait un sabre arrivait déjà à impressionner le plus téméraire des adversaires. Par nature, il n’avait jamais eu besoin de modifier les figures auxquelles il parvenait à donner assez de force pour ne pas avoir à les adapter.
Obi-Wan Kenobi était différent. Ce n’était pas un roc comme son ancien mentor, il était plus petit, et même s’il n’était que muscles savamment formés et entretenus, il n’était de loin pas aussi robuste que Qui-Gon Jinn. Ce manque de force physique était donc compensé par une rapidité étourdissante et une agilité de félin qui lui avaient permis de remporter plus d’un tournoi au temple. Il était l’élégance mêlée à l’adresse acrobatique.
Il pivota sur un axe invisible, fendit l’air, entreprit une roulade et se releva en une seconde, et s’aperçut enfin qu’il n’était plus seul. Il garda sa concentration et prit soin de terminer la figure correctement, désactiva son sabre, puis se tourna vers le garçon qui était toujours bouche bée.
-Bonjour Anakin, dit-il, un peu essoufflé.
-Euh… bonjour, bredouilla l’apprenti. Je… je suis désolé, je ne voulais pas vous interrompre.
-Tu ne me déranges pas, le rassura Obi-Wan d’un ton léger. D’ailleurs tu as bien fait de venir, j’ai tendance à ne pas savoir m’arrêter.
Détendu, Anakin eut un petit rire et s’approcha.
-C’est épatant.
-Eh bien merci ! Avec de la pratique tu en feras sûrement autant, si pas mieux.
Obi-Wan remarqua le petit sabre d’entraînement qu’il avait accroché à sa ceinture et lui sourit.
-Tu veux te joindre à moi ?
-Oh non ! Je…, s’exclama Anakin.
Comment pouvait-il prétendre affronter Obi-Wan ? Il ne savait rien faire !
-Même pas juste pour l’échauffement ? demanda Kenobi.
Il fronça les sourcils quand le garçon baissa la tête, apparemment honteux. Celui-ci se décida à s’expliquer en un murmure.
-C’est à peine si je sais tenir un sabre.
-Vraiment ? Allons, montre-moi ça. Mets-toi en garde.
Le ton du chevalier était incrédule, et semblait à la fois le mettre au défi. Anakin décrocha son arme avec hésitation, l’activa, et se prépara. Obi-Wan le considéra d’un œil critique.
-Premier kata, déclara-t-il. Mouvement trois. Je te laisse la première offensive.
Le garçon réfléchit un instant pour retrouver le bon enchaînement et se lança. Il avança le pied gauche, abattit maladroitement sa lame sur Obi-Wan en un arc de cercle. Le chevalier para le mouvement comme prévu dans la figure, et riposta. N’utilisant qu’un bras, et sans même y mettre de force, il déstabilisa l’apprenti qui trébucha et serait tombé s’il n’avait prévu les conséquences de sa frappe et ne l’avait rattrapé.
-Je vous avais dit que je n’y arrivais pas ! s’énerva Anakin en se dégageant violemment. Vous l’avez fait exprès !
-Oui, admit calmement Obi-Wan en désactivant son sabre pour le raccrocher à sa ceinture.
Le garçon leva des yeux ahuris vers lui.
-La position entière était mauvaise, l’équilibre faussé et le geste imprécis, énuméra le chevalier d’un ton détaché, parfaitement conscient de l’effet qu’il produisait. Tu as voulu donner du style à ta frappe alors que les bases n’étaient pas bonnes.
Son visage se radoucit et il sourit.
-Il n’y a aucun mal à ne pas savoir, finit-il. Mais avant de t’en vouloir de ne pas réussir, essaie de commencer par le commencement.
Il lui laissa le temps d’absorber ses paroles avant de reprendre.
-Quelques petits conseils ? offrit-il.
Anakin le dévisagea un instant. Qui-Gon ne l’avait pas entraîné souvent, mais quand il l’avait fait, il avait toujours été très exigeant – sans pour autant se montrer dur bien sûr – comme s’il était naturel qu’il comprenne tout dans la seconde. Il lui répétait qu’il était important qu’il soit bien formé. Et à ce moment, il était heureux qu’Obi-Wan ne le considère que comme un simple apprenti, rien de plus. Pas comme l’Elu d’il-ne-savait-quoi. Ca lui faisait du bien de ne pas sentir cette pression constante.
-Oui, accepta-t-il enfin.
-Dans ce cas, il te faut avant tout réapprendre à te tenir debout.
Anakin le regarda d’un air vexé.
-Non, je ne plaisante pas, fit Obi-Wan. L’appui et l’équilibre sont les premières choses à maîtriser. Tiens-toi droit.
Le chevalier l’examina de haut en bas.
-Resserre un peu les pieds pour les mettre dans l’axe de tes épaules. Parfait. Tu sais où est ton centre d’équilibre ?
Anakin posa une main aux environs de son nombril.
-Presque, le corrigea Obi-Wan en la déplaçant légèrement. Ici. Imagine-toi un fil qui part de ta tête, passe par là, et là, puis par tes jambes, et ensuite s’enfonce dans le sol. Tes pieds doivent être bien plantés, sois sûr de ta position. Je dois pouvoir te pousser de chaque côté sans que tu sois déstabilisé.
Il le laissa se mettre en place comme il le sentait, puis tourna autour de lui, jugeant de son équilibre.
-Très bien, apprécia-t-il. Tu vois, tu y arrives déjà parfaitement. Prends l’habitude de te tenir comme ça. Pas rigide, aucune tension inutile dans les membres, mais sois ferme et sûr de toi.
Il recula et lui sourit.
-Il faudra t’exercer bien sûr, ça ne deviendra pas automatique tout de suite, mais c’est déjà un énorme premier pas. On oublie trop souvent l’importance de petites choses comme ça. Il faut de la rigueur, répéter ces gestes jusqu’à les connaître par cœur avant de passer à la suite.
-Il faut alors aussi beaucoup de patience, comprit Anakin.
-Oui, c’est vrai. Mais n’essaie pas d’avancer plus vite que tu ne le peux. Tu es humain. En plus de ces techniques il y a aussi la respiration, mais ça tu as dû l’apprendre en méditant.
-Euh…, commença Anakin, gêné.
Obi-Wan leva un sourcil.
-Tu ne médites pas régulièrement ?
-Maître Qui-Gon… n’a pas eu beaucoup de temps, il a été très occupé. On n’a pu que commencer.
Il haussa les épaules.
-De toute façon je ne vois pas l’utilité.
L’autre sourcil d’Obi-Wan rejoignit le premier.
-Ah bon…, fit-il.
Il regarda autour de lui, à la recherche d’une idée, puis finit par s’accroupir et attrapa une brindille.
-Viens, assieds-toi.
Anakin, intrigué, obéit. Le jeune chevalier s’était appliqué à tracer un cercle dans la terre, parcouru de trois sillons.
-Voilà, dit-il au bout d’un moment. En admettant que ce côté soit l’entrée, et celui-ci la sortie, quel chemin emprunterais-tu ?
-Le deuxième, choisit immédiatement Anakin.
-Pourquoi ?
-Parce que c’est le plus rapide.
-Pourquoi n’as-tu pas pris le premier ? Il avait l’air de faire moins de détours…
-Parce que c’est une impasse.
-Comment le sais-tu ? demanda Obi-Wan d’un air naïf.
-Parce que je le vois !
-Pourquoi ? se borna-t-il.
Voyant que le garçon – au tempérament décidément peu patient – commençait déjà à s’énerver, il lui répondit en souriant, une étincelle malicieuse pétillant sous le bleu-vert de ses iris.
-Parce que tu le vois de plus haut, expliqua-t-il. Tu as une vue d’ensemble, voilà pourquoi. Tout simplement.
Anakin baissa les yeux vers le cercle, commençant à comprendre.
-La Force, dans la méditation, t’aide à t’ouvrir l’esprit et à avoir cette vue d’ensemble, poursuivit le chevalier. Dans la méditation tu peux quelques fois trouver des solutions à tes problèmes – émotionnels ou pratiques – des solutions plus avantageuses que celles qui auraient pu te sembler évidentes au premier coup d’œil.
L’apprenti le regarda de nouveau, un grand sourire étalé sur son visage d’enfant.
-Merci, dit-il. Je crois avoir compris.
Obi-Wan lui rendit son sourire avec un peu plus d’hésitation, se demandant s’il devait être flatté par la lueur d’admiration dans les yeux d’Anakin, ou s’il devait s’en inquiéter.
-S’il en avait eu le temps, Qui-Gon te l’aurait aussi expliqué, lui dit-il. Sans doute même mieux que moi.
Mais Anakin était maintenant certain du contraire. Rien ne pourrait lui faire changer d’avis. Si Qui-Gon Jinn s’appliquait à montrer son assurance et donnait l’impression de ne jamais douter, Anakin avait réalisé qu’en creusant plus profondément, il restait un petit quelque chose de méfiant et blessé par le passé qui l’empêchait de se révéler en toute honnêteté.
Obi-Wan était l’opposé. Sous une surface incertaine, un peu hésitante, se cachait une incroyable douceur et une force impressionnante. Et ce qu’Anakin voulait maintenant, était en apprendre plus.


~*~


-“Dornen sar sil dese toighe Tuele kument”.
Garen poussa un profond soupir.
-Ca fait au moins cinquante fois que tu dis ça, fit-il, une certaine lassitude dans la voix.
-C’est la frustration qui parle, répondit Onice, la tête entre les mains. J’ai beau comprendre un ou deux mots, la grammaire et la conjugaison me sont complètement étrangères.
Elle sauta une dizaine de scans et se remit à lire.
-“Ele sheyna nen saoish, tah ele ceigen tuetent”. Je ne comprends rien ! s’exaspéra-t-elle. A se demander à quoi m’ont servi ces années d’études.
-Tu étais historienne, pas linguiste, lui dit Garen en un essai raté de lui remonter le moral. Le texte mentionne-t-il la Tuelen-Tah quelque part ?
Elle secoua la tête.
-Pas que je sache. Ca parle de destin, d’équilibre et de prophétie, fit-elle en haussant les épaules. Un peu n’importe quoi…
Garen se leva, fatigué d’être resté assis pendant si longtemps, et se dégourdit les jambes en faisant le tour de la pièce.
-J’ai besoin d’air, gémit-il.
-La fenêtre et la porte sont déjà ouvertes, répliqua Onice en continuant de déchiffrer les symboles. Tu n’as qu’à aller dehors.
Il eut l’air de considérer la proposition un instant, mais finit par retourner s’asseoir.
-Non, je ne vais pas te laisser seule avec ça…
Elle eut envie de lui dire que de toute façon il ne l’aidait pas particulièrement, mais elle se ravisa et garda le silence.
-Ce que je redoute avec tout ça, reprit Garen. C’est qu’il n’y ait aucune indication pour retrouver le temple. Parce que je ne vois de plan nulle part…
-Je sais bien mais c’est tout ce que l’on a. “Sil moune nilwe tur eaghe en dese sichrei finae”.
Ils s’adossèrent, comme dans l’espoir que les mots se décideraient à se traduire tout seuls et leur offriraient une signification claire et précise. Il n’eurent même pas le temps de pousser un nouveau soupir, car une voix bien familière arriva jusqu’à eux depuis le couloir.
-Arehines, dohe diveni sulothe nonen men ebetu gaoichte…
Ils écarquillèrent les yeux, se regardèrent pour être sûrs qu’ils n’avaient pas rêvé, puis Garen bondit hors de sa chaise et se rua vers la porte.
-Obi-Wan ?!
Le jeune homme, qui était sur le point de prendre les escaliers pour monter à la salle de bain, s’arrêta.
-Oui ?
Il revint sur ses pas en remarquant les regards complètement sidérés de son ami et d’Onice, qui l’avait rejoint sur le seuil de la porte.
-Quelque chose ne va p…
-Qu’est-ce que tu as dit ? le coupa Muln, fébrile.
-Quand ça ? demanda Obi-Wan en se laissant entraîner dans la pièce.
-Juste là, à l’instant, quand tu es passé par ici, continua Onice.
Il haussa un sourcil.
-Tu m’as envoyé promener dans les montagnes alors j’ai…
Il s’interrompit face à leurs mines déconfites.
-Ce n’est pas à moi que tu parlais ? essaya-t-il de deviner.
-Qu’est-ce que j’ai dit exactement ? le pressa-t-elle en le tenant par les bras.
-Quelque chose comme “retourne dans les montagnes et trouve ce que tu cherches”. Je pensais que..
-Obi-Wan, lui dit-elle en posant ses mains sur les joues du chevalier. Je ne parlais pas en basic.
-Et je suppose que je ne t’ai pas répondu en basic non plus, grimaça-t-il en se rendant compte que pour une fois dans sa vie, il avait parlé sans réfléchir.
La jeune femme le regarda dans les yeux et fut prise d’un énorme élan d’affection en y voyant, sous une légère incompréhension, la clé de leurs recherches.
-Oh toi tu es un trésor, fit-elle en ronronnant presque de plaisir.
Tenant toujours son visage entre ses mains, elle le rapprocha d’elle et l’embrassa sauvagement sous les yeux amusés de Garen. Obi-Wan eut à peine le temps de réaliser ce qui lui était arrivé qu’on l’avait installé sur une chaise et recouvert de données en tout genre.
-Tu pourras nous aider à traduire tout ça, sourit Onice.
Il jeta un œil aux écritures que la jeune femme avait retranscrites en alphabet basic, et fut surpris d’en comprendre la signification lorsqu’il essaya de ne se fier qu’à la sonorité des mots.
-Alors ? Ca te dit quelque chose ? s’enquit Garen.
-Oui… Mais c’est vraiment troublant.
-Que tu arrives à comprendre et parler une langue morte depuis des centaines d’années ? fit Onice. Oui, en effet !
-Non, corrigea Obi-Wan. Troublant que cette langue soit encore parlée ailleurs dans cette galaxie.
-Comment ça ?
-Panescan, ma planète natale, expliqua-t-il. Jusqu’à présent je pensais qu’elle n’était parlée que là-bas… J’ai commencé à l’apprendre il y a un peu plus d’un an. J’ai encore quelques lacunes, mais j’en suis tout de même à un stade où la parler couramment ne me pose pas de problème.
-Panescan, réfléchit Onice. Oui, ce serait logique… Le troisième fils de Jubar Sensel est né et a grandi sur Panescan, d’après des textes anciens.
-Quoi qu’il en soit, il semblerait que cette impasse n’en est pas une finalement, déclara joyeusement Garen.
-Eh bien heureux d’être utile, lança Obi-Wan d’un ton subtilement ironique en regardant la pile de documents.
-Une chose m’intrigue, fit quand même Onice.
L’aîné des Jedi releva la tête vers elle.
-Qu’est-ce que tu as répondu tout à l’heure ?
-Euh… Comme quoi devenir ermite dans les montagnes n’était pas vraiment mon but profond dans la vie.
Les deux autres jeunes gens lâchèrent un petit rire et se remirent au travail avec lui.


~*~


Le soleil était en train de se coucher sur la planète-capitale, et les gigantesques bâtiments se retrouvaient baignés dans le rouge orangé crépusculaire, leurs centaines de vitres brillant d’un éclat que nulle lumière artificielle ne pouvait reproduire. Les nuances de couleurs chaudes projetées par le soleil adoucissaient les courbes des immeubles, rendaient la vitesse des nombreux transports moins agressive, estompaient d’un voile neutre les imperfections ça et là, et donnaient vie à des poches d’ombre grandissantes dont plus d’un individu allaient bientôt tirer profit. Les mouvements sensibles de l’astre de lumière créaient des silhouettes mouvantes, et il était à cet instant très difficile de différencier véritables êtres vivants et parfaite illusion.
D’ailleurs quelqu’un venait-il d’entrer par l’une des petites issues de ce gratte-ciel ou était-ce simplement l’ombre d’un speeder passant par là ? Nul n’aurait pu le dire. Mais ce que tous ou presque savaient partout sur la planète, était que malgré une apparence claire et ordonnée, Coruscant restait secrète, mystérieuse, et en partie inquiétante, surtout à la nuit tombée, où parfois le passage de la lumière à l’obscurité pouvait entraîner de surprenantes métamorphoses.
Au cœur de ce moment de transition, l’une d’entre elles s’était produite dans des appartements calmes, déserts, que les employés avaient quitté depuis un moment déjà à la demande du propriétaire qui avait prétexté du travail en retard. Et à l’intérieur des pièces dont les vitres avaient été teintées pour protéger du soleil, il aurait été impossible de mettre la présence de la silhouette noire sur le compte d’un jeu de lumière. Elle était bel et bien réelle, et attendait, patiente, devant la baie vitrée qui donnait sur un long balcon.
Il y eut un discret chuintement signalant l’ouverture de la porte, et des pas feutrés derrière lui.
-Mes respects, seigneur, salua le visiteur d’une voix grave et distinguée.
Dark Sidious se retourna lentement et – sans pour autant aller jusqu’à sourire – gratifia son invité d’une expression satisfaite.
-M’apportez-vous des nouvelles ?
-De dernière minute. J’ai rappelé Exe Colmun en arrivant, et il semblerait que nous ayons l’identité du Jedi à la recherche de l’holocron. Il s’agirait d’un chevalier du nom de Muln. Garen Muln.
-Ce nom m’est familier.
-Il a participé au programme de Centax II.
-Oui, souffla Sidious par-dessous son ample capuche.
Il refit face à la baie vitrée, concentré.
-Un excellent pilote. Très prometteur… De la famille ?
-Sur Osarian, oui, lui apprit la riche voix de baryton. Ses parents, deux frères et deux sœurs. Il est l’aîné.
-Sensibles à la Force ?
-Non, ils n’ont aucune prédisposition.
Sidious grimaça devant la vitre, qui lui renvoya son reflet hideux. Ils n’étaient donc d’aucun intérêt.
-Dites à vos hommes de se débarrasser de lui. Définitivement.
-Très bien, maître, obéit docilement le comte d’un ton pourtant toujours aussi noble.
Il rejoignit le Sith devant la baie et contempla l’horizon qui s’obscurcissait de seconde en seconde, à l’image de la galaxie qui les entourait. Il était triste et dommage de devoir faire exécuter ce Jedi, il avait quelques scrupules, mais ça ne l’empêcherait pas de dormir. Il avait compris que des sacrifices devaient être faits pour mener à bien de grandes tâches. Il se consola en se disant que le conseil en faisait autant, et pour des buts moins essentiels. Le moment était venu de faire des choix. Il avait fait le sien.
La voix râpeuse de Sidious brisa le silence d’un ton doucereux.
-Je vois que vous avez décidé de changer votre arme.
Le comte baissa les yeux à sa ceinture, observant le manche neuf incurvé.
-Oui, dit-il en relevant fièrement la tête. J’ai pensé qu’il était temps de tirer un trait définitif sur mon ancienne vie.
-Bien, approuva Sidious. Vous serez également heureux d’apprendre que votre première solde sera versée sur votre compte sous peu. A titre honorifique cela va sans dire.
-Il en sera fait bon usage, soyez-en sûr.
-Où en sont vos commandes ?
-Les Kaminiens ont été durs à convaincre, mais d’ici une quinzaine, une fois le prototype choisi, ils se mettront en œuvre.
-J’ai ma petite idée, fit Sidious. Les guildes commerciales j’en fais mon affaire. Mais il s’agira de la dernière étape. Les manufactures ?
-Implantées et productives.
-Toutes ?
-Sans exception.
Les derniers rayons de soleil disparurent au loin, et Dark Sidious ouvrit la vitre devant lui, pour entrer sur le balcon d’un pas mesuré, suivi par le comte.
-Il en faut plus, reprit le Sith. Qu’en est-il de Cynele III ?
Le comte inspira dans l’air chaud du soir et répondit :
-Nous sommes confrontés à un contre-temps mineur, mais qui sera sans nul doute balayé. La présence de notre inspecteur fera office de stimulant pour rendre les installations irréprochables. Tout compte rendu ne parviendra qu’à vous.
-Faites-lui comprendre qu’il ne doit pas négliger la recherche de l’holocron.
-Il sera fait selon vos désirs.
La ville continuait de vivre sous leurs yeux, inconsciente de ce qui se déroulait dans l’ombre, et les deux hommes sentirent l’un comme l’autre le pouvoir qu’ils tiraient de cette ignorance.
-J’ai hâte de voir votre plan à exécution, continua le comte. Quand tous les rouages seront en place, d’assister à la désintégration de cet abjecte système corrompu.
-Patience, mon ami. La République ne s’est pas fondée en un jour. Et il faudra encore plusieurs années pour en venir à bout.
Sidious marqua une pause, comme pour prendre le temps de déguster ses prochaines paroles.
-Mais lorsque le moment viendra, elle tombera. Totalement, et irrémédiablement. Alors pourra s’installer un ordre nouveau.
“Mon ordre.”


~*~


La nuit du Caeloighe était arrivée bien plus vite que les autres années, et certains membres de la petite communauté de Calaghin avaient encore passé toute la journée à finir de préparer les décorations et les repas. Tous avaient été conviés, les Jedi y compris, et chacun avait apporté sa petite contribution à la fête qui allait débuter sous peu.
Obi-Wan Kenobi et Garen Muln arrivèrent un peu après le coucher du soleil, en bons derniers, puis descendirent de leur speeder pour mettre pied dans la vaste clairière où tous s’étaient rassemblés et commençaient déjà à s’amuser. Elle était bien plus grande que celle où se trouvaient les monolithes, aménagée autour de deux estrades dont l’une était occupée par un orchestre composé d’artisans et ouvriers amateurs de musique qui maniaient le violon, les flûtes ou le tambour avec beaucoup de talent, à un rythme joyeux et entraînant. De nombreuses tables recouvertes de plats typiques succulents étaient réparties autour d’un large cercle en terre faisant office de piste de danse. Des rubans et des lampes avaient été accrochés aux arbres tout autour, qu’une légère brise fraîche faisait très doucement remuer, leur donnant l’air de participer à la gaieté générale.
Les deux chevaliers avancèrent dans la foule réunie et saluèrent les personnes venant à leur rencontre, puis retrouvèrent Neema qui, malgré une certaine froideur, semblait s’être remise de l’incendie d’Hunserh.
-Voilà Onice, dit-elle soudain, alors que la musique s’arrêtait. La fête va commencer.
Obi-Wan se retourna vers la première estrade où se tenaient désormais trois femmes et trois hommes de chaque côté, un bâton coloré entre les mains. Wyhare monta les marches et se plaça au centre tout en guidant Onice, dont les yeux étaient bandés. Elle portait une longue robe blanche élégante qui était accrochée à ses épaules par deux rubans noirs, ses cheveux relevés à l’arrière de sa tête descendaient en cascade sur sa nuque. Elle restait debout, immobile, la tête baissée. Les douze personnes se déplacèrent et formèrent un demi-cercle autour d’elle, puis brandirent leurs bâtons haut dans les airs.
Obi-Wan fronça les sourcils.
-Que vont-ils…
-Regardez, le coupa Neema.
Le Jedi fut étonné de sentir les douze participants faire appel à la Force. Ils n’y parvinrent pas beaucoup, mais une lumière artificielle au cœur des bâtons qu’ils tenaient symbolisa la présence de l’énergie. Ils les rabaissèrent lentement pour les diriger vers Onice. Wyhare, qui se tenait derrière elle, lui retira alors son bandeau d’un geste rapide. La jeune femme ouvrit les yeux en relevant la tête, puis prit les deux rubans noirs de ses vêtements entre ses doigts et tira. Ils se défirent, et le tissu blanc glissa à ses pieds, révélant une deuxième robe qu’elle avait portée en-dessous. Elle était magnifique, fine et légère, mais surtout parée de toutes les couleurs du prisme, parfois pastel, parfois franches, en fonction de l’orientation de la lumière.
-Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Obi-Wan en un murmure, envoûté par la sublime vision.
-Onice n’est pas sensible à la Force, lui expliqua Garen pendant que la jeune femme redescendait de l’estrade en faisant signe à l’orchestre de se remettre à jouer. Mais elle a un don.
-Lequel ?
-Un peu après avoir perdu sa famille à l’âge de six ans, elle a commencé à voir la Force.
Obi-Wan le regarda d’un air intrigué mais ne posa pas d’autre question. Onice les rejoignit en se frayant un chemin à travers la foule et sourit.
-Ce rituel devient un peu barbant, mais apparemment ils y tiennent, dit-elle. C’est maintenant que ça va devenir amusant.
-Ca me fait penser que je dois rappeler à deux sœurs qu’elles m’avaient promis de chanter, se souvint Garen. Je m’en vais les retrouver de ce pas.
-Oui, je suis sûr que ça va être une corvée pour toi, lui envoya Obi-Wan tandis qu’il s’éloignait.
-Je te fais faire le tour ? suggéra Onice en lui prenant le bras.
-Oui, tout ça m’intrigue, sourit Obi-Wan.
Elle l’entraîna donc derrière elle et commença.
-Alors de ce côté tu as l’élection du meilleur chanteur, dit-elle en désignant la deuxième estrade. Ce n’est pas très passionnant, tout le monde sait déjà que ce sera Kranan Lueth. Ca fait dix ans qu’il gagne.
Obi-Wan avait déjà vu Kranan plusieurs fois. Employé à la manufacture d’armes, c’était un homme à la carrure impressionnante et dont une joue était balafrée, mais il ne faisait aucun doute qu’il était extrêmement sympathique. Le Jedi sourit en voyant le président du jury secouer la tête d’un air las et lui décerner le ruban de vainqueur avant même qu’il n’eût ouvert la bouche.
-Ah, fit Onice en le tirant vers la gauche. Si tu cherches le jeu le plus ridicule de la galaxie, ne va pas plus loin. Ici les concurrents sont sensés trouver une aiguille dans cette botte de foin. Sans rire ! ajouta-t-elle en remarquant l’expression incrédule de son compagnon.
-Et qu’est-ce qu’il obtiennent à la fin ?
-En plus des multiples piqûres aux doigts tu veux dire ? Le droit de choisir leur tenue pour leur mariage, sachant que la coutume veut que ce soit leur future belle-mère qui s’en charge.
-Je vois, rit le chevalier.
Ils firent le tour des autres attractions, entre petites cérémonies ancestrales, préparations d’onguents ou concours de force et d’adresse. Ils finirent par s’asseoir à une table et se servirent à boire en observant l’animation autour d’eux. La fête battait son plein, la boisson coulait à flots, les rires se mêlaient à la musique. Sur l’estrade des musiciens, deux jumelles avaient remplacé Kranan Lueth et chantaient en canon sous le regard attentif de Garen qui les gratifiait tour à tour d’un sourire charmeur, pendant qu’une bonne partie de l’assistance frappait des mains en cadence. Un peu plus loin, Wyhare s’amusait à faire quelques tours de passe-passe devant un groupe d’adolescents, et au niveau du tas de foin, un jeune homme se relevait enfin victorieux, montrant d’un air incroyablement heureux l’aiguille toujours plantée dans son doigt à sa fiancée surveillée par l’œil acariâtre de sa mère.
Obi-Wan échangea une plaisanterie avec Onice qui s’était assise tout contre lui, et il se dit qu’en fait, ce devait être ça, le bonheur. Il aperçut alors une grande silhouette sur la piste de danse. Ou presque le bonheur, se corrigea-t-il mentalement.
Qui-Gon Jinn, qui avait toujours été de ceux à participer de bon cœur aux réjouissances, avait accepté de danser avec une femme d’un certain âge l’espace de quelques instants. Il se déplaçait avec une gracieuse facilité, son regard si doux, si chaleureux, tourné vers sa partenaire pour un soir. Obi-Wan connaissait bien ces petites rides aux coins de ses yeux aimables et malicieux, qui avaient autrefois contenu tant d’affection paternelle. Il ne se rappelait que trop les fois où cette lueur de tendresse qui le prenait par surprise – car si rare – lui avait réchauffé le cœur. Son mentor avait-il pu tirer un trait sur lui aussi vite ? Ne ressentait-il pas ce vide que lui-même éprouvait à chaque instant, là où pendant des années il y avait eu leur lien maître-padawan ? Etait-il déjà trop tard pour pardonner ?
Obi-Wan ne s’était pas rendu compte qu’il avait gardé le silence pendant plusieurs minutes. Onice, elle, avait senti sa tristesse subite, et l’attrapa par la main, le forçant à se lever.
-Viens danser, fit-elle, décidée.
-Quoi ? Hé ! Non attends ! voulut-il protester.
Mais elle ne l’écoutait pas. Elle le traîna derrière elle, attrapa un ruban, et noua sa main droite à la gauche du jeune homme.
-Ce n’est pas compliqué, sourit-elle.
-Je n’en doute pas, mais vraiment, je ne…
Elle l’interrompit en le tirant encore, et il se placèrent au milieu des danseurs. Obi-Wan renonça à se sortir de ce pétrin et se concentra. Après tout, c’était un Jedi, et un Jedi ne se ridiculisait pas, encore moins en dansant. Ils démarrèrent tous en même temps et Onice le guida pendant quelques instants, le temps qu’il comprenne les pas de base. Elle fut d’ailleurs étonnée par l’aisance avec laquelle il s’était immédiatement adapté, avant de prendre l’initiative de guider à son tour. Elle se laissa donc entraîner à sa suite pendant qu’il enchaînait les pas les plus difficiles et la conduisait au cœur de la danse, la serrant contre lui. Très vite il ne réfléchit plus à ses pieds, ayant parfaitement assimilé le rythme. Ce n’était tout compte fait pas très différent de la synchronisation d’un combat. Ce qui avait semblé incroyablement complexe depuis l’extérieur devenait instinctif en très peu de temps.
Le morceau toucha trop rapidement à sa fin, et il s’écarta de sa compagne pour la saluer en s’inclinant respectueusement. Satisfaite, elle accepta de se retirer de la piste de danse en sa compagnie et ils retournèrent s’asseoir à l’écart, près des bois.
-Tu as encore beaucoup de talents cachés ? lui demanda-t-elle, sincèrement surprise.
-J’avoue que je l’ignore, sourit-il, un peu embarrassé.
Ils baissèrent les yeux en même temps vers le ruban jaune d’or qui nouait leurs mains entrelacées, comme tous les autres danseurs, mais à la fois d’une manière si différente. Onice avait commencé à saisir un bout du ruban pour défaire le nœud fragile, mais il posa sa main par-dessus la sienne et l’en empêcha. Il la tint au contraire, et la serra. Il attendit qu’elle lève son visage vers lui, chercha son regard. Il allait parler quand tout à coup une énorme ombre noire se découpa dans les feuillages à côté d’eux, suivie d’un grognement.
Il porta immédiatement la main à son sabre laser, pour le relâcher en reconnaissant le Tusk-Cat.
-Punam ?
Le félin, qui semblait avoir couru depuis la réserve, passa le buste entre les branches d’un buisson près d’eux et miaula gravement.
-Que veut-il à ton avis ? demanda Obi-Wan à Onice.
-Je ne sais pas…
Punam rugit doucement cette fois-ci et attrapa la manche du Jedi.
-Eh bien je crois qu’il veut que tu le suives, conclut-elle.
-Il faut prévenir Neema ?
-Non, laissons-la s’amuser un peu. Je viens avec toi.
Sans même y réfléchir, ils tirèrent tous les deux à un autre bout du ruban, et leurs mains se séparèrent.


~*~


-Il est en train de nous conduire à Hunserh, remarqua Onice à bord du speeder qui suivait le Tusk-Cat à travers le plateau.
Le félin, épuisé, continuait pourtant de courir à toute allure, ses pattes puissantes martelant le sol sans faillir. Alors qu’ils arrivaient effectivement en vue de la réserve animalière, il bifurqua vivement vers la gauche.
-Où va-t-il ? s’interrogea Obi-Wan tout haut.
Onice secoua la tête.
-Je ne sais pas… En tout cas on arrive aux limites d’Hunserh.
Le Jedi continuait de suivre le Tusk-Cat à la trace, bien décidé à découvrir ce qui semblait tant l’inquiéter. Celui-ci ralentit enfin, pour s’arrêter devant une vieille cabane en bois en piteux état.
-L’ancienne maison du garde forestier, reconnut la jeune femme. Pourquoi nous a-t-il emmené ici ?
Les deux jeunes gens descendirent prudemment du véhicule et entrèrent dans la modeste bâtisse derrière Punam.
-Palla !
Obi-Wan suivit le regard d’Onice et trouva la femelle Tusk-Cat allongée par terre, sur le flanc, grattant le sol poussiéreux avec sa patte avant. Punam alla lui lécher le museau pendant qu’Onice s’approchait et essayait d’examiner l’animal.
-Oh non…, devina le Jedi. Elle va… elle va… ?
-Eh oui, répondit sombrement Onice en reculant. Elle aurait pu rester à la clinique pour ça. Regarde-moi cet endroit… On va faire avec les moyens du bord.
Elle jeta un rapide coup d’œil autour d’elle pour essayer de voir ce qui pourrait lui être utile et s’aperçut avec soulagement que le garde forestier avait laissé un certain nombre de choses derrière lui.
-Il va falloir faire sortir Punam. Je ne sais pas comment il va réagir.
Obi-Wan hocha la tête et entraîna le félin à l’extérieur.
-Reste ici, lui dit-il avant de fermer la porte. On va bien s’occuper d’elle, ne t’inquiète pas.
Il espéra que l’animal avait au moins compris le sens de la phrase, ce qui parut être le cas, puisqu’il put le voir s’allonger par la fenêtre, et se préparer à attendre. Le chevalier retourna donc auprès d’Onice, qui s’était agenouillée à côté de Palla.
-Tu as déjà fait ça ?
-Non, lui apprit-elle, à son plus grand désarroi. Mais j’ai assisté plusieurs fois à des événements similaires. On dirait qu’il est temps de voir ce que je sais faire.
-Contente ? s’enquit Obi-Wan, qui commençait à sérieusement s’inquiéter.
-Terrifiée, corrigea-t-elle avec beaucoup de sang-froid en se positionnant derrière la Tusk-Cat. Mais avec un peu de chance, elle se débrouillera toute seule.
Le Jedi s’accroupit à côté d’elle et grimaça en regardant ce qu’elle examinait.
-Qu’est-ce que…, commença-t-il.
-La poche des eaux, répondit-elle. Normalement la tête devrait bientôt la perc…
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase, car la poche des eaux fut effectivement percée, arrosant abondamment sa robe. Ignorant sa répulsion, elle se pencha en avant et inspecta l’arrivée du bébé Tusk-Cat.
-Oh non, c’est bien ce que je craignais, soupira-t-elle.
-Quoi ?
-Il est mal placé, Neema m’avait dit qu’il y aurait sûrement des complications. Les pattes avant doivent sortir en même temps que la tête. Or l’une des siennes est repliée.
Obi-Wan grimaça, alarmé.
-Et que faut-il faire ?
Onice avala sa salive avec peine.
-Trouve-moi de l’huile de cuisine propre, une corde, de l’alcool et ensuite prépare une bassine d’eau fraîche.
Le Jedi approuva du chef et partit à l’exploration de la petite maison. Voilà une mission comme il n’en avait jamais effectué, mais depuis quelque temps, l’inhabituel devenait son lot quotidien. Onice quant à elle s’était penchée sur l’évier et nettoyait ses mains avec acharnement, utilisant tout le savon qu’elle avait trouvé.
Obi-Wan reparut très vite avec les éléments qu’il n’avait heureusement eu aucun mal à trouver.
-Assure-toi que la corde est propre, intima Onice en palpant autour de la tête du petit.
-Je crois que c’est bon.
-Dans ce cas…
Elle prit une profonde inspiration.
-Verse l’huile sur mes mains.
Il obéit sans poser de questions et la regarda se badigeonner le liquide sur les avants-bras.
-Et…, eut-il quand même le courage de demander. Qu’est-ce que tu vas faire ?
-Je vais chercher la patte qui manque.
-Oh Force…, murmura-t-il. Et moi ?
-Va rassurer Palla, lui dit-elle, concentrée sur ce qu’elle allait faire.
Obi-Wan préféra ne pas regarder quand Onice se décida à agir et plongea une main à la recherche du membre qui refusait de sortir. La grande Tusk-Cat se crispa, mais il lui envoya des ondes calmantes de Force pour l’obliger à se détendre et lui caressa doucement la tête.
-Donne-moi la corde, appela Onice.
Il se leva et la lui tendit, puis l’observa pendant qu’elle l’enroulait de toute évidence autour de la patte repliée.
-Il va falloir tirer. Aide-moi.
Il attrapa un bout de la corde et tira en faisant très attention de ne pas se montrer trop brusque. Au bout de quelques secondes intenses, la petite patte griffue du bébé apparut, pour se redresser enfin.
-Ca y est ! s’écria Onice en l’attrapant avant d’aider Palla à le faire sortir complètement. Tiens, dit-elle à Obi-Wan en lui tendant une dague d’une main tremblante. Désinfecte-la.
Encore une fois, le Jedi s’exécuta rapidement, et revint en un éclair à ses côtés.
-Tu peux couper le cordon, soupira-t-elle.
Un peu incertain, il attrapa le morceau de chair et le trancha rapidement avec la lame affûtée, puis désinfecta le tout.
-Et maintenant ?
Onice se releva sur des jambes chancelantes et s’avança vers la tête de la maman Tusk-Cat.
-Regarde, Palla, dit-elle d’une voix émue en déposant le petit devant elle.
Elle se tourna ensuite vers Obi-Wan.
-Tu peux faire entrer Punam je pense…
En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, le mâle entra timidement à pas de velours, et se pencha vers sa petite famille. Les deux humains, quant à eux, reculèrent pour leur laisser de la place après avoir déposé la bassine d’eau près de Palla.
Obi-Wan se tourna vers Onice, dont la belle robe était souillée de substances qu’il n’avait même pas envie d’identifier, dont les bras étaient recouverts de liquide visqueux qui dégoulinait encore par terre. Mais à ses yeux, elle n’avait jamais été si fabuleuse. La joie dans son regard – qui devait ressembler à celle qui illuminait le sien – faisait plaisir à voir. Il lui prit les mains malgré tout et la dévisagea avec une admiration non dissimulée.
-Tu as été magnifique.
-Tu n’étais pas mal non plus, lui sourit-elle.
-Tu sais…, commença-t-il, hésitant sur la manière dont il voulait procéder. A chaque fois qu’on s’est embrassés, c’était par ton initiative.
Elle plissa les yeux, cherchant à comprendre où il voulait en venir.
-Ca ne peut plus durer, finit-il.
Elle commençait à s’interroger quand il se pencha vers elle et captura ses lèvres dans les siennes, en un baiser plus passionné que jamais. Cette fois il en avait assez des barrières qui l’empêchaient de vivre. Il ne pouvait plus ignorer les sentiments qui lui serraient le cœur de par leur intensité, et même si ça ne changeait finalement rien par rapport à sa vie de Jedi, il avait décidé d’arrêter de mentir, et de se révéler entièrement, sans plus rien dissimuler. Et il crut mourir de bonheur en sentant la femme qu’il aimait faire de même, et s’abandonner sans plus aucune arrière-pensée.


~*~


Lorsque Obi-Wan se réveilla, le ciel commençait à peine à s’éclaircir. Il s’était rapidement fait au décalage horaire, un automatisme qu’il avait acquis au début de la période où il avait suivi Qui-Gon, afin d’être au meilleur de sa forme dans les plus brefs délais. Il commençait donc à reprendre inconsciemment les habitudes qu’il avait adoptées au temple, entre autre se réveiller avant le lever du soleil pour mettre à profit la nouvelle journée au plus tôt.
Les insectes nocturnes s’étaient tus, et les premiers oiseaux commençaient lentement à piailler dans le jardin en contrebas, rompant difficilement un silence presque total à l’exception du murmure continu de la cascade. Un peu surpris de trouver la chambre vide, le Jedi se frotta brièvement les yeux avec la paume des mains afin d’y chasser la désagréable impression de sable avant regarder de nouveau autour de lui. Les draps de l’autre côté du lit avaient été négligemment repoussés il y avait déjà un petit moment, et le double rideau vert sombre avait été tiré en travers de la fenêtre, sans doute pour empêcher les premiers rayons du soleil de le réveiller. Il sourit face à cette attention et se décida à se lever. Il enfila nonchalamment son pantalon crème et une légère chemise grise qu’il avait emmenée avec lui, puis sortit pieds nus de la chambre pour se rendre au rez-de-chaussée.
Il fut relativement étonné de trouver Wyhare déjà debout et occupé à préparer des affaires de voyage dans la grande salle d’entrée. Le vieil homme releva la tête en l’entendant arriver et lui sourit.
-Bonjour. Il est dommage que tu aies manqué la fin de la fête hier soir. Enfin je suppose que l’alternative ne t’a pas trop ennuyé.
Quelque chose dans le regard amusé et beaucoup trop perspicace de Wyhare embarrassa Obi-Wan, qui dut se retenir de se dandiner.
-Eh bien je… Vous partez ?
Il fut particulièrement fier de son changement de conversation stratégique.
-Oui, répondit Wyhare. Pour trois jours. Je vais rapatrier quelques bêtes d’Hunserh sur Krroden.
Il ferma son sac et observa le jeune homme avec affection.
-Si tu cherches Onice, va voir au sommet de la colline. Il y a un chemin qui y mène depuis le jardin. Elle aime regarder le lever du soleil.
Obi-Wan le remercia et lui souhaita un bon voyage avant de s’aventurer dehors. L’air n’était pas vraiment froid, mais revigorant. Comme il n’avait pas pris la peine de se chausser, il put sentir la caresse de la mousse douce et souple sous ses pieds, ainsi que la rosée rafraîchissante qui s’y était déposée. Encore obscurci par les derniers voiles de la nuit fugitive, le jardin gardait un côté agréablement mystérieux, les silhouettes imprécises des arbres se mêlant les unes aux autres dans des nuances de gris et de bleu, si bien qu’on ne pouvait en voir la limite avec certitude. Certaines fleurs nocturnes commençaient à se refermer, libérant encore un peu de leur senteur discrète avant de protéger jalousement leurs pétales sombres des rayons brutaux du soleil.
Se laissant guider doucement par la Force, sans se précipiter, Obi-Wan avança lentement vers la cascade dont le flot permanent dissimulé par une vapeur matinale restait toujours aussi clair, et trouva effectivement, entre deux rochers rendus brillants par les embruns, un début de sentier étroit qui montait à flanc de colline. Il l’emprunta sans hésiter, et avança en écartant les fines branches qui lui barraient parfois la route tandis qu’une douce odeur de terre humide parvenait à lui avec un mélange de parfum fleuri.
Lorsqu’il arriva en haut, il ne vit pas immédiatement le paysage étendu devant lui, mais la nuque d’Onice qui était assise un peu plus bas de l’autre côté, les genoux ramenés vers elle. Ses cheveux ondulés étaient enroulés et reposaient délicatement sur son épaule gauche, et il vit qu’elle portait toujours sa légère chemise de nuit. Il s’approcha d’elle sans dire un mot, puis s’assit et contempla la vue à son tour.
Aussi loin qu’il pouvait voir, il n’y avait que des collines, suivies de montagnes dont les sommets commençaient à se profiler sous les rayons naissants du soleil timide. Et partout, comme autant de sentinelles antiques, poussaient des pins aux rameaux denses entre lesquels passaient des bandes blanches de brume, telles une mer vaporeuse recouvrant la terre et qui ne semblait pas vouloir se dissiper, s’accrochant, insoumise mais silencieuse, à la végétation sauvage. Pas un bruit ne venait troubler la quiétude qui à cet instant paraissait englober la totalité de la lune.
-J’aime venir ici, murmura-t-elle enfin. C’est comme si en voyant cette nature si simple, mais pourtant si complexe, je revenais à l’essentiel. Depuis toujours, c’était là, et uniquement là, que j’avais l’impression d’être quelqu’un, d’appartenir à quelque chose de grand, d’intemporel. Le seul endroit où je pouvais me révéler entièrement, et être moi-même.
Obi-Wan ne dit rien, préférant l’écouter.
-Mais… ce matin…, reprit-elle. Je n’ai pas éprouvé le besoin de venir ici. Ca m’a beaucoup intriguée. Mais je suis quand même montée pour en avoir le cœur net.
-Et qu’est-ce que tu y as trouvé ? demanda-t-il.
-Rien de plus que ce que j’avais déjà à tes côtés, avoua-t-elle en continuant de regarder le paysage.
Elle baissa la tête un instant, puis se tourna vers lui.
-Je te dois des excuses.
-Des excuses ? s’étonna-t-il.
-Cette première nuit. Je t’ai menti, mais seulement parce que je me mentais à moi-même. Je t’ai dit que je ne croyais pas en des relations amoureuses. La vérité est que je ne voulais pas y croire.
-Pourquoi ?
La douceur dans sa voix la toucha et l’encouragea à s’expliquer.
-J’avais peur, révéla-t-elle. Depuis que je suis petite c’est le seul moyen que j’avais trouvé pour me protéger. J’ai toujours tout contrôlé, j’avais toujours réussi à me maîtriser, en toute circonstance.
Elle plongea son regard dans le bleu-vert de ses yeux.
-Je pensais pouvoir y arriver avec toi. Et puis finalement… J’ai découvert une chose que je ne pensais pas possible.
-Laquelle ? se risqua-t-il à demander, le cœur battant.
-Que toute la souffrance du monde ne serait rien comparée au bien que je ressens avec toi, en ce moment. Que ces instants, aussi courts soient-ils, sont assez forts pour tenir toute une vie. Et que passer à côté de ce que je ressens maintenant, même si je dois te perdre, serait pire que la mort.
Il l’observa, incapable d’émettre un son, jusqu’au moment où une larme de cristal s’échappa de ses yeux noirs. Il l’essuya du pouce, comme il l’avait déjà fait une fois, et rassembla son courage.
-Dans ce cas, nous sommes plus semblables que je ne le croyais, formula-t-il. Moi aussi j’avais peur. De moi-même plus que de quiconque. J’ai eu peur que mes sentiments pour toi soient trop forts et qu’ils prennent le pas sur tout raisonnement. Mais ce qui m’effrayait plus que tout, et qui m’effraie encore, c’est de nous engager sur un chemin sans issue. Mon serment Jedi ne peut pas être brisé, et je ne pourrai jamais rester. Je ne veux pas te faire souffrir.
Elle se pencha vers lui et il l’enlaça, alors que tous deux retournaient à la contemplation du soleil qui commençait à poindre.
-Je n’ai plus peur, Obi-Wan. Je veux aller au bout de ce que je ressens, et je comprends que ton devoir passe avant tout. Je serai assez forte. Ne crains rien.
Il la serra contre lui. Il ne pouvait rien répondre. Il savait qu’elle était sincère, et qu’elle le laisserait partir le moment venu. Mais il savait aussi qu’ils souffriraient tous les deux, leur chemin était tracé d’avance. L’avenir, sensé être toujours en mouvement, ne l’était pas assez pour offrir une alternative. Cependant elle avait vu juste. Ils ne pouvaient plus rien y faire. S’ils étaient condamnés à souffrir l’un des plus grands déchirements de leur vie, ils veilleraient à ce que cela en vaille la peine. Le temps qui leur était imparti serait court, beaucoup trop court comparé à toute une vie, mais ils trouveraient le moyen de s’en contenter.


~*~





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