StarWars : la Nouvelle Ere Galactique

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    Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…

    La Nouvelle Grande Guerre est terminée. Les forces machiavélique du Dernier Ordre ont été définitivement vaincues lorsque l’Empereur-revenant Palpatine fut terrassé à nouveau. La Résistance victorieuse vient de restaurer la nouvelle REPUBLIQUE GALACTIQUE de ses cendres et se trouve dorénavant en position d'entretenir la paix et la liberté dans toute la galaxie.
    La jeune REY SKYWALKER œuvre à redresser l’Ordre Jedi et se lance en quête de nouvelles générations de chevaliers à former pour garantir les valeurs de la République renaissante, aidée par les enseignements ancestraux qu’elle a reçus et l'appui spirituel des jumeaux Skywalker. C’est une période longue reconstruction qui commence tandis que le régime galactique reconvertit toutes ses forces armées pour défendre les innombrables mondes.
    C’est cependant après une décennie pacifique que de récentes tensions s’éveillent. La pègre se rassemble en une alliance séparatiste, qui mène des insurrections contre le paradigme républicain. Le souvenir de la guerre ne s’est pas entièrement refermé tandis que la Force reste encore fragilisée par son réveil. Il arrive néanmoins que la légende apporte dans ces jours difficiles une lueur d’espoir entre les mains d’êtres exceptionnels voués à maintenir la paix…



    Nous sommes en 75 après la Bataille de Yavin. La très récente République Galactique, refaçonnée de ses vestiges par les forces Résistantes à partir d’une constitution unitaire et libertaire, mène une existence solide et renforcée par sa notoriété dans la Nouvelle Grande Guerre. Une reconversion des forces du mouvement par le régime apporte une paix durable pendant de longues années, assurant ainsi une position de garante omniprésente pour chaque système stellaire rallié.
    Bien que forte et compétente, la République doit maintenant faire face à une insurrection criminelle à grande échelle dont les membres sont des syndicats et cartels les plus infâmes et les plus puissants parmi tant d’autres. Un conflit frigide qui oblige les forces de défense à intervenir de partout pour empêcher cette pègre organisée de s’en prendre aux mondes membres pour leurs ressources et leur statut, déployant autant de vaisseaux que de soldats. Même l’Ordre Jedi récemment reconstitué doit soutenir l’effort de campagne pour remplir son rôle millénaire, bien que les membres tout juste confirmés doivent survivre à cette expérience précoce et pesante.
    L’insurrection se faisant toujours aussi tenace face à la défense du régime galactique, beaucoup parmi les étoiles cherchent à se prémunir contre les conséquences qui suivent et certains cherchent dans l’influence de la Force un espoir de survivre pour longtemps. Et d’autres, infimes soient-ils, vont par delà les risques pour mener une vie pleine d’idéal et d’aventure pour entretenir l’espoir…

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    SAISON I : L'Apprenti solitaire

    Prologue

               « Il y a fort longtemps de cela, bien avant que la galaxie ne réunisse chaque corps céleste sous une seule et même bannière de paix et d’équité, il fallut un commencement à tout ce qui existait et tout ce qui existera. Ce commencement émanait d’une fin inconnue et il apporta avec lui une lueur jusque là jamais connue auparavant. Une énergie pleine de possibilités et de choix, allant et venant sans que rien ni personne n’en perturbe le courant. Une énergie si présente et si puissante qu’elle apporta au commencement les graines de notre univers. On appela cette énergie universelle… la Force.
    Et il nous faut se remémorer ce qu’est la Force. Elle imprègne tout, de la plus infime particule de l’être à la plus grande des étoiles. Son essence est divisée à travers tout en parties équitables, amenant la disparité. Que ce soit l’espace et le temps, la matière et le fluide, la chaleur et le froid, la vie et la mort ainsi que l’obscurité et la lumière. Car c’est cette vérité qui apparut à ceux qui ressentirent pour la première fois le chant de la Force qui murmure dans les innombrables corps célestes qui habitent l’univers. Ils naquirent au cœur même de la galaxie, attirés par l’énergie vivante et unificatrice qu’est la Force, et ils découvrirent en eux une communion exceptionnelle avec elle et les symbiotes qui vivaient avec eux. C’est ainsi que tout commença avec la première forme vivante à communiquer avec l’essence de la Force et ses possibilités : les Whills. Les Whills étaient une espèce particulièrement affinée avec la Force, des êtres si anciens et si préservés que leur nom est devenu synonyme de mythe et de foi. Ils étaient capables de comprendre les différents aspects de l’énergie et d’en tirer des multitudes de choix et de manipulations pour entretenir les lois de l’univers. Bien des légendes courantes racontent qu’ils œuvraient en harmonie avec leurs pairs symbiotes dans un but commun et perpétuel de sauvegarder un équilibre cosmique. Malheureusement, personne ne savait à quoi ils ressemblaient ni même si leur espèce s’est transformée en d’autres au fil du temps. Cependant, leur héritage s’est répandu de manière pérenne sous la forme d’enseignements et de philosophie à d’autres êtres différents en qui ils apprirent à s’ouvrir en communion avec la Force. C’est alors que de nombreux individus d’espèces jeunes et de mondes différents devinrent leurs élèves et que leur ignorance se changea en connaissance, leurs émotions brutes trouvèrent une paix et leur esprit primitif s’accrut dans l’harmonie. L’enseignement devint alors un dogme fort et endurant, garanti par une lignée ininterrompue de fiers représentants de l’héritage laissé par les Whills pour des millénaires et des millénaires. Ensemble, ils devinrent une famille et fondèrent un ordre régit par la volonté d’équilibre dans la galaxie. Ils devinrent ceux que l’on nomme les Jedi. »

    « Waouh », fit le petit garçon en écoutant parler son grand-père, un vieil humain svelte et bien conservé malgré une calvitie qui ne laisse qu’une auréole de courts cheveux gris sur sa tête ovale et peu ridée. Ils sont tous les deux dans une grande pièce peu meublée, à l’intérieur d’un bâtiment peu entretenu aux murs de parmabéton légèrement dégradé et des fenêtres rectangulaires uniquement pourvues de stores métalliques pour laisser flirter l’air et un peu de lumière. La nuit vient de tomber depuis une heure sur la planète Ganthel, ce pourquoi les lampes en néon éclairent le salon de leur clarté blanchâtre mais contrastée par les teintes beige et brunes du lieu de vie. L’enfant, âgé d’environ six ans, est tranquillement assis sur le grand tapis de peau de bantha et fixe avec un grand sourire et une lueur d’admiration dans ses yeux marron le visage heureux de son aïeul. Tout aussi fasciné que curieux par l’histoire, il l’exclame de vive voix.
    - Alors les Jedi sont les représentants du savoir des Whills ?
    - Il fut un temps oui, répond le grand-père en brossant sa tunique. L’apprentissage prodigué par leurs vénérables mentors commença à perdre de sa netteté et les Jedi ont remplacé certains savoirs par d’autres afin de conserver une orthodoxie de vie et de devoir envers les valeurs que sont la paix et le respect d’autrui. C’est comme ça que peu à peu l’obscurité se détacha de la lumière et que d’autres êtres sensibles se tournèrent vers une vision plus sombre de l’usage de la Force. Avec la soudaine union parfaite des Whills avec la Force, qui a entraîné leur disparition complète, et les Jedi qui ne souhaitaient que consacrer leur enseignement vers une voie stricte et pondérée, rien ne pouvait empêcher l’avènement des Sith, incarnations physiques de ce que les ténèbres pouvaient réaliser.
    - Mais les Whills n’auraient pas laissé leur savoir disparaître avec eux, dit le garçon.
    - En effet. Les Whills étaient tout comme la Force relié à la vie et au Tout, ce qu’ils leur ont permis de transmettre leur vision à d’autres pour les aider et les sauver de leur ignorance. Les plus proches adeptes et dévoués croyants de leurs préceptes ont formé diverses regroupements religieux avec la Force comme une entité toute-puissante et indivisible. Et aujourd’hui encore, la foi en la Force continue de perdurer, que ce soit grâce à l’existence des Jedi ou encore par les préceptes éternels que l’Église et les autres cultes annexes ont conservé.
    L’enfant reste comme accroché aux paroles du vieil homme, attentif à ce qu’il raconte comme s’il s’agissait d’un cours ou d’un instant instructif que chaque ancien prenait plaisir à faire pour rappeler le bon vieux temps. Beaucoup d’enfants passent de leur temps libre en soirée à écouter les histoires de batailles et de duels mémorables qui ont marqués la chronologie de la galaxie, prenant pour héros des pilotes intrépides de chasseurs ou bien des soldats valeureux de rébellion. Ce jeune garçon est quant à lui porté par les légendes racontées des Jedi et de la Force, plus intéressé par ce folklore mystérieux que d’autres. Il tient même entre ses petites mains une figurine de bois sculpté dont la forme rappelle approximativement celle d’un chevalier Jedi.
    - Dis grand-père, demande-t-il, tu crois qu’il y aura encore des Jedi après toutes ces guerres ? Est-ce que l’enseignement transmis par les Whills perdura encore ?
    Le vieil homme reste calme dans son fauteuil de bois, regardant avec réflexion et nervosité son petit-fils, puis il affiche un sourire en coin et se baisse vers lui pour lui ébouriffer doucement sa tignasse brune et effilée autour des oreilles. Ce qui fait rire celui-ci.
    - Aie confiance en la Force mon petit, lui dit-il, et l’Ordre Jedi continuera d’exister dans ton cœur.
    - D’accord. Je vais y croire comme le dénommé Chirrut Iwee y croit.
    - Oh ! Je suis curieux de voir ça. Te rappelles-tu au moins sa maxime préférée ?
    - Bien sûr. La Force est avec moi et je fais corps avec la Force.
    - C’est ça gamin, sourit le vieil homme, tout-à-fait.
    Entretemps, une autre personne surgit du couloir derrière le fauteuil et pénètre dans le salon en se postant franchement et indirectement à droite du meuble. L’homme, humain comme eux, d’un âge adulte et revêtu d’un ensemble vestimentaire en textile qui l’associe probablement au statut de soldat, croise principalement son regard vers le garçon avec un air froncé.
    - Legan, qu’est-ce que tu fais là ?! Tu devrais être au lit depuis un moment.
    - Mais papa, dit Legan, je voulais que grand-père me raconte une histoire avant.
    - Je te signale jeune homme qu’il y a des règles à respecter dans cette maison. Ta mère et moi t’en avons déjà parlé, la présence de ton grand-père ne te permet pas de déroger au fait que tu dois dormir à cette heure-ci. Tu as école demain.
    - On n’a pas terminé l’histoire…
    - Legan, ne discute pas !
    En entendant hausser la voix, une jeune femme brune accourt prudemment vers le salon et, constatant ce qui se passe, elle s’approche de son fils et le prend dans ses bras avec tendresse.
    - Allez Legan, dit-elle, il est l’heure d’aller dormir. Ton père a raison sur le fait que tu dois être en forme pour apprendre à l’école.
    - Bon d’accord.
    Legan entoure ses bras autour du cou de sa mère tandis que celle-ci le porte dans le couloir pour ensuite l’amener dans une pièce plus petite et rectangulaire que la précédente : une chambre d’enfant où un lit simple et modeste est encastré dans le coin droit du fond et des meubles dans la partie opposée. La jeune femme dépose son fils sur son lit et celui-ci se met directement sous le drap pour s’allonger sur le dos et tête enfoncée dans le coussin moelleux. Un moment de caresse affectueuse plus tard, il finit par fermer les yeux et s’endormir enfin.

    La jeune femme se relève du lit et quitte la chambre en refermant la porte derrière elle, avant de regagner le salon où se trouvent encore les deux hommes.
    - C’est bon, il s’est endormi.
    - Merci Aurora, dit l’homme en enlaçant d’un bras sa femme, ça nous aura évités qu’il tarde pour cette nuit à veiller.
    - Hum, fait le grand-père en se relevant de son fauteuil, je ne vois pas quel mal il y a à ce que ton fils en apprenne plus en passant ces soirs à m’écouter. C’est aussi de l’apprentissage.
    - Papa, tes récits concernant ton passé d’ancien utilisateur-gardien ne lui seront peut-être d’aucune utilité comparé à ce qu’on lui enseigne. Ce ne sont que des légendes pour lui.
    - Persée calme-toi, demande Aurora, ton père ne fait que donner un peu de rêve à notre fils. Legan est en droit de connaître toute cette culture pour son propre bien.
    - Je m’en doute, lui répond Persée. Seulement, je m’inquiète sur ce qu’il pourrait lui arriver avec cette période fragilisée par cette pègre de plus en plus dangereuse. Survivre avec uniquement des rêves ne l’aidera pas à s’en sortir dans la vie.
    Le vieil homme croise les bras devant son torse recouvert par son manteau de laine et affiche un air aussi austère que son fils, avec moins de sévérité que lui.
    - Tu sembles comparer sa future situation à la tienne au sein de la République.
    - Être un soldat spécial de la République n’est pas de tout repos mais au moins on sait comment survivre face à ce genre de période conflictuelle. Legan devrait aussi être capable de survivre en devenant fort. C’est pour ça que j’hésite encore entre l’envoyer plus tard à l’Académie.
    Cette fois, c’est le vieil homme qui devient presque rouge en se rapprochant de son fils.
    - Et le priver d’un si bel avenir, s’écrie-t-il modérément. Persée, n’oublie jamais ce que ta mère a décelé dans ton fils le premier jour où elle a pu le prendre dans ses bras. Tu sais à quel point elle a souhaité qu’il puisse en faire bon usage. C’est à lui seul de décider ce qui est le mieux pour lui à travers ce qu’il apprend. Alors sache que, tu veuilles ou non, la Force est présente en lui.
    Et pendant que la famille conversait dans la grande pièce de vie, le silence régnait dans la chambre d’enfant plongée dans la semi-obscurité avec une petite bougie allumée sur la table de chevet. Le jeune Legan, confortablement allongé dans son lit, garde les yeux fermés pour mieux réfléchir tout en attendant que le sommeil le regagne. Il s’imagine une aventure épique à travers l’immensité galactique, aux côtés de compagnons incroyables et lui, en meneur altruiste, brandissant dans sa main l’arme des Jedi tandis que la bannière de la liberté claque aux vents.

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    Chapitre 1

        La clarté incandescente aux teintes bleues de l’étoile géante illumine depuis des temps immémoriaux le système stellaire situé dans les méandres du Noyau Profond. Un système principalement constitué de planètes naines et telluriques, aux apparences autant rocheuses et planes que légèrement arborisées, où la présence de lumière solaire favorise la vie pour certaines. Un système stellaire enveloppé d’un silence plurimillénaire ou presque, où infimes sont les éventuelles traces de civilisation sur quelques-unes. Un système d’une dizaine de planètes naines et telluriques, dont une seule plus grande attire un peu plus de l’attention.
    Une planète parfaitement sphérique, équitablement forestière, océanique et accidentée, que la taille fait penser qu’elle est plus grande que ses voisines. Elle se situe à une distance raisonnable à son étoile bleue pour être pourvue de vie primitive et reflète son aura de lumière avec respect et cohésion pour en récupérer un climat tempéré sur une longue période de sa rotation. Une planète qui, en dehors de ses caractéristiques adéquates à abriter de la vie, est elle-même entourée d’une autre aura qui la rend si mystérieuse.
    C’est aussitôt que quelque chose vient doucement perturber le silence de l’espace en le traversant. C’est un chasseur interstellaire lourd d'un modèle hybride et unique : un savant mélange entre un chasseur UT-60D Aile-U en ce qui concerne les deux longues ailes, soudées proprement contre la coque principale semblable à celle d'une navette T-2c de classe Theta, et un chasseur Aile-V de type Alpha Nimbus pour le cockpit et l’armement de tir. Sa carrosserie est teinte d’une grande couche de gris clair avec des bandes azurées, sans aucun signe d’appartenance à un groupe ou une organisation. Le chasseur lourd glisse normalement vers la planète tempérée et mystérieuse, sans accélérer ni ralentir l’allure, et se dirige vers sa surface en traçant une ligne droite continue en décrescendo.
    Le vaisseau traverse d’abord la couche stratosphérique de la planète en gardant une allure sûre puis il commence à ralentir peu à peu en s’approchant de la surface terrestre. Il se met à planer au-dessus d’une région septentrionale, entièrement recouverte de forêts tempérées sempiternelles où quelques canyons zèbrent leur orée et de grandes rivières coulent abondamment. Des montagnes rocheuses se dressent au milieu de quelques plaines boisées. Un bel aperçu de ce monde que présente cette surface. Le vaisseau continue de survoler à faible allure les forêts et de prendre la direction du nord. Il arrive vers une partie plus dégagée de la région, une gigantesque plaine herbeuse au cœur d’une titanesque forêt. Il finit par descendre vers cet endroit, survole des ruines d’une ancienne grande cité bâtie sur une immense colline. Puis il commence à se poser doucement sur une grande place, juste à une vingtaine de mètres d’un temple intact.

    Une des portes latérales du Sirknight Pegasus s’ouvre en coulissant deux minutes après l’arrêt des moteurs. Il y a aussitôt une personne qui descend, seule. On peut reconnaître qu’il s’agit d’un jeune humain âgé d’environ seize ans, voire plus, avec une carrure svelte mais robuste dont la peau beige claire est protégée sous un ensemble de vêtements pratiques. Il fait quelques pas en avant en claquant ses bottes brunes et rajuste le court col ouvert de sa veste en sergé de cuir et laissée ouverte. Une veste militaire bleu-gris azuré, confectionnée sur la même apparence que celles de cérémonie dans la Rébellion, avec le dessus des épaules couvert d’un rectangle synthétique jaune laiton par dessus. Elle accompagne et protège une chemise sportive en tissu de maille biosynthétique à manches semi-longues, ensemble noir avec un motif uni en V à l'encolure. Sa ceinture brun sombre et pourvue de divers appareils pratiques serre autour d’un pantalon bleu-noir taillant bien ses jambes. Quant à ses avant-bras, une paire de brassards en phrik peint en gris acier les recouvrent et se complètent avec les mitaines bleues-de-gris sur ses mains.
    Le jeune pilote humain arrive devant la proue de son vaisseau personnel et contemple le monument qui se dresse devant lui.
    Cet unique grand temple fut construit sur Tython par la civilisation native qui vivait ici il y a plus de sept mille ans, avec la roche montagneuse et des moyens aussi ingénieux de ceux d’il y a un siècle et demi. D’un point de vue architectural, c’est un grand bâtiment de forme de dôme sur une base ronde, avec un diamètre entier de trois hectares sur une hauteur de trente-cinq mètres et demi. Une grande tour cylindra-conique s’élève de son centre pour une hauteur de quarante-deux mètres et demi, surmontée de trois grandes flèches arrondies largement vers le haut. La première vers le sud et les deux autres vers l’est et l’ouest. L’architecture entière de ce monument pourrait avoir une forte ressemblance avec celle des maisons d’Alderaan, avec ses murs et toits de pierre blanche nacrée mais lentement décrépie.
    Le jeune humain cesse ensuite de contempler le temple puis sort d’une poche de ceinture un petit appareil de mesure. Il active de son pouce le boîtier dans sa main et celui-ci lance un signal sonore sur un large périmètre autour. Le pilote patiente, le signal va-et-vient par vagues sur l’holocadran puis un résultat vient s’afficher dessus. Aucune forme de vie dans les alentours ; ce qui est pratiquement normal puisque personne n’a remis les pieds sur cette planète depuis la purge d’il y a vingt longues années avant la bataille de Yavin. Et comme l’air est respirable…
    Le jeune humain range son appareil correctement puis il prend dans ses deux mains son casque à visière gris clair de la Rébellion pour l’enlever. Legan découvre ainsi sa tête ovale et joufflue sous d’épais cheveux bruns mi-courts et effilés dans la nuque et au-dessus des oreilles. Deux yeux marron pétillants et un petit nez en trompette ornent harmonieusement son visage. Il dépose ensuite le casque dans le vaisseau puis il se met en route.
    Il n’y a que quelques mètres à parcourir, à marcher passablement sur le sol dallé de la large place, avant de parvenir en bas des marches de la seule entrée, côté sud du monument. Une rangée de dix marches d’escalier en flèche vers le haut. Et au-dessus, une large porte rectangulaire et arrondie à deux panneaux que l’on a sculptés dans une roche moins lourde mais tout aussi robuste. Deux moitiés complémentaires de statue représentant des êtres anonymes en bure et mains tendues le long de l’encadrement avec une épée droite et longue levée vers le ciel. Legan grimpe les marches une à une puis s’arrête devant la porte entrouverte pour observer les motifs ethnoreligieux du peuple humanoïde qui vivait autrefois sur Tython. Il pousse ensuite de quelques centimètres vers l’intérieur un des panneaux de porte puis il entre en se faufilant à l’intérieur. Le voilà maintenant dans la semi-obscurité du temple.
    Le niveau principal est une immense salle circulaire et entourée de piliers en colonne lisse qui soutiennent la coupole du toit. Legan sort un stylet-lampe de poche et il l’allume pour mieux éclairer la grande pièce. Il s’avance tout droit sur le sol plat et lisse où il n’y a rien d’autre qu’un étrange emblème religieux qui orne vénérablement le centre : deux grandes ailes déployées en cercle qui entoure deux pointes symétriques et une étoile à huit branches. Il continue de marcher dans la salle, tantôt admiratif du lieu tantôt à l’affût de quelque chose. Il passe sa lampe de gauche à droite pour apercevoir entres les piliers les entrées menant aux deux ailes du temple. Puis il regarde droit devant et sa lumière lui montre un double escalier symétrique menant aux mezzanines du niveau supérieur. Une autre porte, au milieu du mur d’escalier, se présente à lui au fond. Le jeune Legan s’approche de cette porte, passe sa lampe et l’examine. C’est un unique panneau de pierre, avec cinq espaces le long du milieu : sur la gauche comme sur la droite des espaces, il y a des motifs symboliques encadrés. Chaque espace possède un rond qui ressort et qui peut bouger. Le jeune homme observe chaque symbole gravé sur le panneau de porte puis, dans un instant de réflexion, plonge doucement sa main gauche pour sortir d’une autre poche de ceinture une petite plaque rectangulaire avec les mêmes motifs mais suivis d’une description en basic galactique standard. Une lueur joyeuse dans ses yeux s’illumine après une relecture.
    « Oui, c’est bien ce qu’il me semblait », murmure-t-il avant de ranger la plaque. Il place aussitôt son stylet-lampe entre ses dents puis tends les bras pour saisir le premier loquet. Lentement et avec prudence, il le fait glisser vers la gauche où le signe de paix est gravé. Le second loquet vers la droite où se trouve le signe du savoir. Le troisième loquet vers la droite pour le signe de la quiétude. L’avant-dernier loquet vers la gauche pour le signe d’harmonie. Et enfin, le dernier étant deux moitiés de rond séparés, il les rapproche tous les deux pour les coller l’un à l’autre. Une fois ça de fait, un bruit métallique résonne puis le lourd panneau de pierre descend vers le bas en s’enfonçant dans un raclement sourd. Le jeune humain s’est reculé, sa lampe à nouveau en main, et attend que la porte se soit ouverte complètement. Le haut du panneau termine de s’enfoncer dans le sol et se bloque pour boucher la feinte. Legan peut maintenant entrer et s’engager dans un étroit couloir de roche naturelle qu’il parcourt avec vigilance. Il n’a pas fait plus de cinq mètres qu’il se retrouve face à un couloir plus grand et plus pentu où un escalier large et plat s’enfonce dans les sombres profondeurs de la terre. Legan continue son chemin, marche après marche, et arrive au bout de la cent-cinquantième marche pour déboucher sur une petite entrée triangulaire bien ouverte. Il se met à éteindre sa lampe car la nouvelle salle devant lui est éclairée. Il fait quelques pas lents, son regard fixé vers l’horizon, puis il s’arrête pour passer d’une expression de surprise à celle d’une joie intérieure.

             Une grande salle circulaire et haute lui apparait, où trônent quinze grands sièges de pierre et de forme identique répartis en un arc de cercle au fond. Des fresques murales décrivent la vie des habitants du temple et de la planète avant leur extinction, dont la plus large représente un grand humanoïde anonyme et couvert d’une bure blanche levant les bras vers une grande étoile à douze branches. Des pierres incandescentes à l’état brut éclairent la pièce sans déranger les fresques ou bien les effriter de leur lueur sereine. Et pour couronner le tout, il y a de nouveau le mystérieux emblème gravé au centre du sol, entouré par les motifs circulaires tribaux de la civilisation d'époque.
    Legan s’approche de plus en plus du centre de la pièce secrète, passant lentement son regard sur toute cette magnificence architecturale, puis il atteint enfin le milieu. Il patiente un moment puis il se baisse pour plier ses genoux et se mettre dans une posture assise et écartée, le dos droit tout comme la nuque. Sous la clarté des pierres incandescentes, il attend. Il attend encore et encore. Fermant les yeux pour profiter davantage de ce qu’il… ressent à travers cette pièce. Ce temple. Ce monde.
    C’est alors qu’un sifflement cristallin résonne harmonieusement au-dessus de lui et l’incite à ouvrir les yeux vers une lumière plus puissante et en mouvement : un cristal brut et translucide, long et isocèle, pourvu de douze faces et d’une couleur blanche avec des reflets multicolores. Le jeune Legan se redresse lentement avant de s’immobiliser. Le cristal flotte dans le vide à quelques centimètres de lui et descend de nulle part ; son incandescence reste la même mais elle se met à vibrer en sentant la présence du garçon. Legan ressent cette vibration au fond de lui. Avec un sourire en coin, silencieux et calme, il lève doucement son bras droit et le tend en ouvrant sa main en creux. Le cristal gagne en vitesse et se déplace activement vers cette main tendue. Une éternité semblait remplacer cet instant si exceptionnel, auquel le cristal vient rejoindre le jeune humain empli de gaieté et de sérénité. Le jeune venu patiente et continue de tendre le bras vers le minerai lumineux qui vient à lui. Le cristal est toujours droit, ses deux pôles parallèles à la ligne invisible de hauteur de la salle. Une éternité de deux minutes, avant que le cristal n’arrive à bon port avec douceur. Le jeune humain renferme délicatement sa main puis la retourne pour la rouvrir devant lui. Le cristal incandescent continue de luire d’une forte clarté ; sa taille fait presque la moitié de son index. Il sent plus intensément ses vibrations au contact de sa peau, semblables aux battements d’un cœur. Legan décroche ensuite de sa ceinture un étui de poche et l’ouvre pour y ranger le cristal dedans ; l’intérieur de l’étui est fait de manière à protéger le minerai de tout souci qui pourrait l’endommager. Il referme le petit boîtier puis le raccroche à sa ceinture. Il est fier de cet instant unique et mémorable.
    Il vérifie que tout est en ordre puis il se retourne vers l’entrée pour quitter la salle secrète. Mais au même moment…
    - Ne bouge pas !
    Des homme en combinaison militaire de synthécuir gris sombre braquent un fusil-blaster muni d’un cône de protection vers lui et s’avancent prudemment. Les deux premiers ont la tête recouverte d’un casque-armet du même alliage avec une visière en Y. Le troisième derrière eux n’en a pas, affichant une tête blanche aux cheveux noirs coiffés en brosse. C’est lui qui semble-t-il donne les ordres.
    - Les mains levées, crie-t-il, et en vitesse !
    - D’accord d’accord, répond Legan en levant les bras. Voilà.
    Les deux autres soldats commencent à le fouiller, tâtant ses habits et ses accessoires pour vérifier s’il n’a rien de nuisible. Il remarque entretemps sur le haut des bras de leur combinaison l’étrange soleil de teinte noire sur fond hexagonal rouge. Cet emblème signifie qu’il ne s’agit pas de soldats de la République Galactique ; il doit se méfier d’eux…
    - De toute manière, je n’ai rien à me reprocher.
    - Qui es-tu, lui demande l’officier à la tête en brosse.
    - Un simple récupérateur en périple, invente-t-il. Je visite les monuments anciens et perdus sur quelques planètes pour chercher des choses utiles à revendre.
    - Un récupérateur ordinaire n’arriverait pas à ouvrir aussi facilement l’entrée d’une salle comme celle-ci. Cesse de me faire perdre mon temps sale gamin.
    - Je vous assure officier que c’est vrai. Je suis juste plus doué et motivé que mes camarades de carrière. Vous pouvez même demander à…
    Les deux soldats casqués l’empoignent brusquement sur un signe de leur supérieur et l’approche de lui avec autant de brutalité.
    - Je pense que je vais devoir employer la manière forte si tu recommences, menace l’officier. Alors réponds à ma question sans mentir : qui es-tu ?
    Le jeune garçon inspire lentement et garde son calme. Il fixe droit dans les yeux l’humain à tête de brosse puis lui répond un sourire en coin.
    - Legan Kayliburn.
    L’officier est dans l’incompréhension.
    - Et donc ?
    - Ben c’est tout, réplique Legan. Legan Kayliburn. Un garçon lambda qui par hasard voulait explorer cet endroit pour faire de la récupération. C’est la pure vérité.
    L’humain aux cheveux en brosse lève les yeux de colère et soupire longtemps avant de se préparer à sévir davantage.
    - Enfin presque, ajoute le jeune homme… avant de faire un salto arrière sur lui-même et renverser les deux soldats casqués qui le retenait.
    Une fois qu’ils sont à terre, dans une courte incapacité, il se charge ensuite de l’officier en lui encochant un coup de poing dans la mâchoire pour le faire tomber. La voie est libre. Il s’élance en courant vers l’escalier large après l’entrée triangulaire et tente d’atteindre la salle principale. L’officier se redresse sur ses genoux avant de saisir son arme et tirer. Legan évite comme il peut les salves et garde son allure rapide. Il a déjà une bonne distance sur ses assaillants qui se sont relevés et mis à sa poursuite. Legan passe la salle du niveau principal, saute les escaliers de l’entrée et atterrit sans gêne sur le sol dallé de la grande place avant de foncer vers son vaisseau. Il remarque alors la navette de classe Sentinelle II qui est posée à gauche de la place ; c’est donc comme ça qu’ils sont venus ici. Il ne s’attarde pas sur ce détail et pique un sprint vers le Sirknight Pegasus. Au moment où les soldats franchissent la sortie et tirent à nouveau, il est déjà à la porte latérale du chasseur. Il entend même l’officier crier un « Ne le laissez pas nous échapper ! » avant de monter.
    Legan traverse la partie passagère-lieu de vie de son vaisseau et saute dans le siège de pilote. Un droïde astromechano au corps gris, tête bleue et cadrans gris se redresse sur lui en s’activant et interpelle le jeune humain sur la situation.
    - Oui R1, lui dit Legan en activant le tableau de bord, je suis déjà au courant pour les intrus. Ils en sont après moi.
    R1-P1, de son matricule de droïde, s’exclame aussitôt.
    - Au lieu de rouspéter, aide-moi à armer les canons.
    Legan se coiffe de son casque puis commence à faire décoller le chasseur unique en son genre du sol. Les soldats ennemis continuent de tirer sur le vaisseau mais la coque encaisse bien les tirs de blaster sur elle. R1-P1 fait tourner sa clé dans le port d’accès astromech pour activer l’armement des canons puis il signale, après une bonne minute, que les canons sont prêts.
    - Alors allons-y.
    Legan appuie simultanément sur les deux boutons de son guidon de manœuvre. Les deux canons de proue tirent aussitôt des salves plus lourdes, qui viennent faire des dégâts collatéraux à quelques centimètres des soldats. L’impact sur le sol fait crépiter l’air et perturbe les trois soldats en plein tir à vue. Depuis les vitres du cockpit, Legan voit que les soldats en combinaison sombre sont en déroute et ne tirent plus. Sans attendre, il fait monter et pivoter son vaisseau dans le ciel pour prendre la route. Le Sirknight Pegasus fuse en partant droit devant, de nouveau assailli par des tirs de blaster derrière lui. L’officier fait aussitôt cesser les tirs perdus et regarde le chasseur s’éloigner dans le ciel pour rejoindre l’espace. Il est énervé et espère pouvoir retrouver ce gamin insolent qui vient de gâcher sa mission. Ce jeune garçon, qui qu’il soit, vient de s’emparer du cristal.
        
                Le chasseur interstellaire unique quitte dès à présent la couche stratosphérique de la planète Tython et s’engage dans le vide sidéral devant lui. Son pilote demande à son coéquipier droïde d’entrer des coordonnées, ce que ce dernier fait, puis il abaisse lentement un levier de son tableau de bord. Les lignes d’un couloir hyperspatial se dessinent devant lui et voilà le vaisseau lancé dans une traversée à vitesse lumière pour un long moment.
    Legan profite de la traversée en hyperespace pour soupirer dans son siège puis retirer le casque de sa tête. Le voilà maintenant loin du système Tython et en chemin pour un repos bien mérité. Il se lève ensuite pour poser le casque sur le siège et se rend dans la partie passagère de son vaisseau. R1-P1 reste à son poste pour surveiller tout le vaisseau et laisse son ami se lancer dans sa nouvelle activité ; il entend même le bruit de la petite caisse à outils que le jeune humain vient de prendre d'un placard du fond. Le droïde tourne sa tête en dôme au moment où Legan revient s’asseoir sur l'un des deux sièges arrières du cockpit. Il lui demande alors s’il a pu trouver ce qu’il cherchait.
    - En effet R1, dit Legan. Il semblerait qu’il en avait encore un dans le Temple Vénérable d’Akar, bien qu’il n’en reste plus vraiment beaucoup dans la galaxie.
    Il prend l’étui et l’ouvre. Le cristal est encore intact et émet la même lueur incandescente malgré l’agitation passée. Il est bien enveloppé dans la mousse protectrice de l’intérieur de la boîte. Le jeune garçon pose l’étui sur sa droite en faisant attention à ne rien faire tombé brusquement.
    - Les propos de Grand-père ne peuvent qu’en être récompensés, ajoute-t-il. Il se doutait bien que le seul temple de la planète avait encore des secrets que les guerres n’ont pas détruit avec le temps. Et ce cristal en est la preuve matérielle.
    Il se penche ensuite sur la caisse à outils sur sa gauche et l’ouvre pour en sortir deux objets cylindriques creux en arcetron, un métal d'une blancheur argentée et d'une solidité exceptionnelle parmi tant d'autres de cette propriété. Ils sont tous deux d’un diamètre de deux centimètres de demi et d’une épaisseur de trois millimètres mais l’un est long de dix centimètres avec des traits noirs arrondies tout le long et l’autre est long de quatre centimètres avec une partie coupée en biais avec un arrondi obtus au milieu. Legan se sert davantage dans la caisse et récupère quelques éléments électroniques avec des outils de précision. Il se met à la tâche et réalise certaines composantes électroniques diverses durant une vingtaine de minutes puis il les répartit intelligemment dans chacun des deux cylindres métalliques : le plus long cylindre est rempli d’un ensemble de composantes énergétiques et isolantes tandis que le plus court est rempli avec des composantes électromagnétiques. Il continue en bricolant un compartiment circulaire en neuranium pour lui procurer une chambre d’énergie particulière avec des emplacements spécifiques. C’est peu après qu’il applique une bague de fixation métallique légèrement bombée à un embout du long cylindre et le compartiment spécial à l’autre embout qu’il soude. Il sort ensuite le cristal de son étui pour le nettoyer et le tailler un peu. Pour ensuite commencer…
    - Ce cristal Kyber aura une utilité finalement, dit-il.
    … à le loger au cœur de sa chambre d’énergie reliée à la cellule d’énergie dans la poignée et connectée à un anneau de charge par-dessus la couche isolante. Le cristal se loge aisément et commence à s’adapter à la chambre. Le jeune homme prend alors l’autre cylindre qui sert de crosse où un émetteur de lame accompagné de lentilles en diatum est incorporé dedans. Il approche la crosse près de la poignée, tout en tirant du pouce la plaque de verrouillage, et la tourne en un « clac » dans la partie d’assemblage avant de relâcher la plaque. Il vérifie que l’ensemble amovible est bien fixé puis il observe le tout d’un œil attentif. Il se rend compte du résultat avec un sourire ravi.
    - Enfin.
    Legan tient son manche en arcetron chromé entre ses deux mains et appuie sur le premier bouton. Une lame bleue azur, longue de trente-deux pouces, en jaillit en vibrant, sans trembler et illumine le visage du jeune homme. Le droïde astromech fait des bruits de réjouissance en la voyant vrombir. Legan est ravi de voir que son travail créatif vient de porter ses fruits.
    - Enfin !
    Il manipule l’objet en simulant des attaques pour tester la lame. Elle n’ondule pas et ne présente pas de faux contact en zébrant dans le frottement de l’air. Fier, Legan éteint sa nouvelle arme et la serre fort dans sa main droite en la regardant.
    - Ça y est grand-père, dit-il. J’ai mon propre sabre-laser.

    Ce message a été modifié par galen-starkyler le dimanche 14 octobre 2018 - 14:06
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    dimanche 14 octobre 2018 - 13:58 Modification Admin Réaction Permalien

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    Kinsa-Talik

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    C'est un début intéressant ! J'attends de voir ce que ça donne pour la suite

    lundi 15 octobre 2018 - 18:55 Modification Admin Réaction Permalien

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    galen-starkyler

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    Chapitre 2

            La planète Coruscant, redevenue capitale de la République Galactique après la dernière guerre civile, commence dans un quotidien incessant la journée qui s’annonce sous son astre géant blanc. La monde-écuménopôle fourmille inexorablement de toutes parts, autant dans les rues piétonnes et avenues des strates que les voies aéro-routières où des véhicules vont-et-viennent en ligne ininterrompue entres ces champs de gratte-ciel gigantesques. Un quotidien qui n’a pas changé depuis fort longtemps et qui montre que la planète-cité garde un constant mode de vie.
    Et alors que rien ne semble perturber la vie sociétale de la planète, il se passe généralement bien plus de tensions dans le cœur même de la Galactic City, où les sièges administratifs politiques entourent les deux lieux vitaux du gouvernement. Le Sénat, de son dôme étincelant et titanesque, paraît calme et silencieux de l’extérieur mais à l’intérieur il y règne une atmosphère de rivalité entre les sénateurs répartis dans deux côtés différents, bien qu’ils respectent comme terrain neutre le grand bâtiment. Des affaires intrigantes se déroulent dans le second bâtiment en dôme où se trouve, au sommet même, une pièce circulaire austère et décorée qui n’est d’autre que le bureau du chef suprême élu. Une dizaine de sénateurs, de genre et d’espèces différentes dans des habits uniformes riches, est assise de manière à débattre les uns face aux autres devant le meuble principal de la pièce. Une jeune et grande humaine à la longue chevelure blonde et aux yeux verts siège derrière, dos à la baie vitrée, en présidant ce groupe.
    - Je peux comprendre votre dérision à tous, dit-elle de sa voix suave. La situation actuelle nous mêle sans issue à un rassemblement très dangereux qui nous rend vulnérable et s’impose en meneur dans ces dernières attaques contre les systèmes membres. C’est inadmissible, je suis d’accord, mais nous risquons de freiner la reconstruction complète de la République en choisissant de lutter contre pendant encore longtemps.
    - Nous ne pouvons quand même pas les laisser continuer, intervient un conseiller Mon Calamari. Ne pas intervenir définitivement ne ferait que montrer que la nouvelle République est aussi fragile et limitée qu’avant la dernière guerre.
    - Leurs dernières interventions montrent bien leurs intentions, ajoute calmement un conseiller Kel Dor. Ils veulent démontrer que seul l’argent et la loi du plus rusé règnent dans la galaxie en incitant une majeure partie de la pègre à monter des raids et augmenter la contrebande. Des cartels et groupuscules du crime sont devenus de plus en plus actifs et organisés, au point de former cette alliance qui peut se constituer en armée redoutable peu à peu.
    - Les peuples des systèmes périphériques préfèrent ne pas requérir un état d’urgence à la République pour continuer de lutter avec les forces locales, explique une conseillère zeltronne. Seulement, ces raids contrebandiers risquent de prendre de l’ampleur et leurs ressources seront ramassées. Il nous faut prendre à revers ces insurgés, chancelière.
    Athéna Vallow, chancelière élue pour ses preuves de leader charismatique, est en pleine réflexion. La jeune femme comprend les craintes du Haut Conseil même si elle vient d’un monde aisé et paisible dans le centre galactique. Elle reste pourtant un membre appartenant au parti populiste, qui tient en estime chaque peuple et gouvernements locaux qui sont rattachés. Son rôle actuel lui implique de grandes responsabilités et elle se doit de réagir de manière à maintenir la sûreté des peuples ainsi que la reconstruction entière de la République.
    Elle inspire pour apaiser son esprit puis reprend la parole devant ses confrères.
    - Je ne peux que vous demandez aujourd’hui de m’accorder du temps pour y remédier. La situation présente n’est pas à prendre à la légère mais c’est encore peu pour résoudre cette guerre froide.
    Un vieux conseiller Tarsunt se leva aussitôt de son siège en s’appuyant sur sa canne et se tourna vers les autres membres.
    - Nous devons nous aussi convenir de ce qu’il y a de mieux à faire pour l’avenir de nos mondes, chers amis. Nos deux partis doivent cesser les rivalités qui datent, avant que notre orgueil ne nous consume à nouveau.
    Il se tourne ensuite vers la grande femme blonde.
    - Je sais que vous saurez faire le bon choix, Chancelière.
    - Merci pour votre confiance, conseiller Gahvan.
    Les autres conseillers se lèvent à leur tour puis saluent la Chancelière avant de quitter dignement son bureau. La jeune femme se leva de son siège et croisa les mains devant sa robe rouge satinée par-dessous un long manteau blanc de bure sans-manche, en regardant les membres du Conseil partir. Les gardes sénatoriaux en heaume et robe blanche ferment ensuite les portes.
    Un seul est resté dans le bureau. Poe Dameron est resté muet tout le long de cette réunion et immobile comme l’est la plupart des officiers du gouvernement ; sa présence ici n’est due qu’à sa position de général suprême dans le Haut-Commandement Stratégique, méritée depuis son héroïsme de guerre, et il se doit de modérer son comportement pour le tenir. Il se décide tout de même à s’adresser à la Chancelière.
    - Je ne peux pas croire qu’il y ait encore des cartels de contrebande qui osent s’en prendre à la liberté des autres. Comme si combattre le Premier et le Dernier Ordre ne suffisait pas, voilà que la pègre syndicale décide à son tour de prendre le pouvoir. On croirait à un cauchemar éveillé.
    Athéna Vallow fait le tour de son bureau par la gauche et se dirige vers le milieu de la pièce tandis que Poe s’avance en ligne droite pour la rejoindre.
    - C’est toutefois ce qui nous arrive, répond-t-elle. Les Néo-Séparatistes sont bel et bien présents et ils représentent un nouvel obstacle dans le maintien de la paix et de la justice par la nouvelle République. Cette organisation menaçante va même dire vouloir reprendre certains points de l’hégémonie élitiste et faciste de Palpatine pour démontrer son désir de mener la galaxie sous une seule et même autorité forte.
    Ils continuent de marcher côte-à-côte vers la porte, escortés par les gardes, pendant qu’ils parlent.
    - Une chance pour nous qu’ils n’ont pas les mêmes stratégies et moyens que le précédent mouvement, dit Poe. Toute leur structuration martiale est poussée vers le détournement de fond et la supervision de reventes au marché noir. Leur but est clair, ils ont l’intention de tirer profit dans la contrebande armée et prendre le pouvoir en mettant à bout les mondes affiliés au régime.
    - La République se reconstruit sur le fait que la Grande Guerre est la dernière de toutes, dit Athéna, mais les conflits moindres existent encore. Les Néo-Séparatistes l’ont compris et profitent de ces occasions pour pousser davantage leurs différents cartels à pratiquer leurs méfaits. Je compte sur notre nouvelle armée pour servir de force militaire garante de la sûreté et de la paix. Mais dites-moi Poe, en êtes-vous avec cette armée ?
    - C’est difficile à dire mais pas impossible. Les vétérans de la Résistance œuvrent jour pour jour à recruter et former des soldats prêts à défendre les valeurs de la République et les peuples de la galaxie. Les volontaires ne se bousculent pas pour intégrer cette Armée Galactique mais nos effectifs sont fortement considérables pour maintenir l’ordre et la justice. Nos cadets sont instruits avec les mêmes moyens que ceux de l’armée de l’ancienne République.
    Poe s’arrête un moment, son visage indiquant qu’il est soucieux et réfléchi, puis il reprend la parole avant de croiser les bras devant sa veste brune de général.
    - Le véritable souci est l’Ordre Jedi. Rey et les derniers apprentis vivants de feu Luke sont à la tête d’une bonne centaine de chevaliers fraîchement formés mais tous sont occupés à mener leur devoir ancestral. Ils sont en plein démêlé avec des chasseurs de Jedi appartenant au cercle intérieur du Soleil Noir et qui honoreraient les pratiques des pirates nihilistes
    Athéna comprend ce que veut dire Poe par là. Rey a repris les rênes de l’Ordre en l’honneur de feu Luke Skywalker et elle connaît certaines difficultés à mener ses jeunes initiés dans la cohésion et la confiance quand on fait face à un adversaire expérimenté à faire barrage aux prouesses martiales de ces gardiens de paix. Les chevaliers les mieux entraînés ont su réagir avec tact mais ils sont encore peu nombreux pour les égaliser en force, déconcertés par leurs armes et pratiques barbares. Les nouvelles recrues au Temple Jedi de Coruscant sont formées avec ce qu’ils avaient appris de cette expérience. Seulement, leur ordre se reconstruit de jour en jour et il est aussi vulnérable que le régime républicain face à la campagne insurrectionnelle des cartels.
    La Chancelière observe le digne commandant avec un calme pragmatique et déclare :
    - Espérons que la Force apporte des éléments prometteurs à l’Ordre.
        
                Les rues et avenues dallées de la grande cité sur Eufornis Mineur, créant un dédale de couloirs et d’escaliers, sont animées régulièrement de jour par les citadins et tous âges et toutes espèces. Bien que connue pour être une colonie pauvre dont le nom se confond avec sa consœur dans le centre, cette planète constituée de grandes plaines, lacs et faibles forêts caduques est connue pour son unique ville-station commerciale quelque peu florissante. Des réfugiés pauvres de la guerre vivent de travaux peu payés mais suffisant pour nourrir leur famille, des marchands viennent pour vendre des produits attractifs ou pas selon les moyens des passants mais il y a aussi quelques contrebandiers et criminels en quête de sales coups à faire pour une belle opportunité. Et souvent les forces de l’ordre ne parviennent qu’à peine les arrêter les plus malins et les plus coriaces.
    Mais aujourd’hui, un coup de chance arrive en ce jour légèrement nuageux. Un duo complémentaire traverse une avenue du district consulaire, laissés passer par la foule de citadins et de colporteurs, pour se rendre au bâtiment militaire qui orne ce secteur. Le complexe militaire planétaire de la République est aussi dans un va-et-vient quotidien entre les officiers et soldats qui assurent l’ordre. Vêtus de la même combinaison en plastacier de soldat, assistés par des droïdes, perdus dans des paperasses ou interrogeant des civils, leur monotonie se résume à cela quand ils ne sont pas à l’extérieur pour patrouiller et intervenir. C’est pourtant la porte d’entrée ouverte de manière brusque qui brise un instant cette monotonie ; le duo entre, difficile à identifier avec la lumière naturelle derrière eux. Celui de devant semble se débattre mais celui derrière l’en empêche. Un soldat vient vers eux, inquiet.
    - Je peux savoir ce qui vous amène ?
    - Je voudrais voir votre supérieur, dit une jeune voix féminine. J’apporte un colis qui l’intéresserait grandement.
    Le soldat ne semble pas comprendre mais en voyant le visage de l’autre il se dépêche de courir vers le fond. Il a fallu cinq minutes pour que le capitaine-divisionnaire reçoive le duo. Il s’agit d’un klatooinien en armure de cuir, menotté dans le dos et l’air patibulaire, amené de force par une jeune guerrière en cuirasse grise de duracier à bandes vertes. Elle oblige le klatooinien à s’asseoir sur la chaise devant le bureau de l’officier et s’approche sur le côté gauche.
    - Hawvar Bark quelle surprise, s’exclame le capitaine-divisionnaire. Ça faisait des semaines qu’on te poursuit sans succès et te voilà devant moi à présent.
    - Je l’ai trouvé par hasard sur mon chemin, indique la jeune guerrière blonde. Il allait s’en prendre à un couple marchand avec une vibrodague.
    - Vous avez réussi là où mes hommes et moi avons peinés, c’est admirable. Et à votre allure, je devine que vous êtes d’origine kiffar.
    Elle relâche son prisonnier pour ensuite s’avancer un peu plus près du bureau. Svelte mais robuste, une peau beige basanée et une semi-longue chevelure blonde lisse et tombante, elle porte à une distance raisonnable vers l’officier son visage rond où deux yeux verts pétillent. Une courte et étroite bande vert feuille est tracée par-dessus l’arrête de son nez. Un sourire aux lèvres, elle confirme les propos du capitaine-divisionnaire à son sujet.
    - Je n’aurais pas été en mesure de vous le livrer si je n’étais une femme kiffar.
    - Je vois, dit l’officier en rendant le sourire. Je demanderais quel quand soit à qui je dois cette prise.
    - Elle nous a dit s’appeler Keyla Wryght quand elle est arrivée, dit le subordonné présent.
    - C’est la première fois que j’attends ce nom dans le secteur. En tout cas, la capture de Hawvar vivant mérite récompense. 10000 crédits pour vous.
    Le subordonné se dirige vers un cassier dans le bureau et apporte une petite cassette métallique transportable et la tend à la jeune guerrière mais…
    - Je vous prends seulement 25% de la récompense, dit-elle. Donnez le reste aux familles des victimes de ma part, elles en auront le plus besoin que moi.
    Ledit soldat est stupéfait et honteux par cette déclaration mais le capitaine-divisionnaire ne fait de scènes devant la générosité de la jeune kiffar.
    - Entendu, dit-il pour conclure. 2500 pour vous.
    - Tu vas me le payer catin, dit le klatooinien.
    La kiffar blonde récupère sa part dans la cassette puis la range dans une poche de ceinture.
    - Je pense que tu n’auras pas cette occasion, lui dit-elle.
    Elle reprend sa sacoche laissée à terre pour la mettre sous son bras puis elle quitte le bureau en saluant l’officier avant de sortir du bâtiment militaire. Elle ressort de sa poche les crédits et les compte pour voir que le nombre y est.
    - Justice a été rendue une nouvelle fois par Keyla Wryght.
    Keyla Wryght, jeune métisse kiffar, s’est donnée elle-même le rôle de justicière indépendante. Elle rend service à de nombreuses personnes en pourchassant des bandits et hors-la-loi en échange d’une reconnaissance. Elle est toutefois confondue avec ses vulgaires chasseurs de primes pour qui l’argent est un motif. Le fait qu’elle porte une armure intermédiaire de guerrière kiffar, buste gris clair et épaules à bandes vertes, en est un peu la cause mais elle fait savoir à tous qu’elle est hors de cette catégorie. Elle n’a besoin d’argent que pour subvenir à des besoins primaires seulement, le reste de la somme étant renvoyée aux personnes victimes d’injustices. Une habitude qu’elle a eue depuis ses débuts dans la traque de criminels de guerre fuyant la Résistance victorieuse. Et en plus de son armure de guerrière, elle est armée de deux pistolets-blasters S-195 qu’elle utilise partout ainsi qu’une lame longue, droite et rétractable en vibroacier chromé. Avec tout ça, elle assure son rôle avec brio là où elle passe de temps à autre.
    Keyla continue de marcher parmi les rues de la ville, parmi les bâtiments de permabéton, et prend la direction du spatioport. C’est dans cet immense complexe circulaire que se trouve tous les vaisseaux stationnés légalement sur la planète et c’est là que se trouve justement le sien. Elle traverse le large corridor d’entrée et se dirige vers le hangar qui lui a été attribué. Elle marche tranquillement mais… elle se doute qu’elle est suivie. Sans pour autant se retourner, elle accélère lentement l’allure de ses pas et continue d’avancer. Au bout de trois minutes, elle arrive devant l’entrée du hangar 12 et entre le mot de passe reçu à son arrivée sur la planète. Elle l’entre discrètement et passe la porte qui vient de s’ouvrir pour s’engager dans un couloir plus petit et disparaître.
    Trois weequays s’approchent de l’entrée encore ouverte en courant et pénètrent dans le couloir pour la rattraper. Et à leur grande surprise, le couloir est vide et elle n’est plus devant eux. Ils la cherchent du regard de partout… avant d’entendre un bruit de chute.
    Keyla descend du plafond où elle s’était accrochée et commence à se déhancher pour donner des coups aux trois poursuivants qui ne l’ont pas vue venir. Une entremêlée s’en suit : les trois weequays tentent de l’attraper et de la frapper mais la jeune guerrière est trop souple pour eux et évite ou esquive gracieusement leurs coups avant de contre-attaquer. L’un d’eux arme son blaster vers elle mais elle l’en empêche en utilisant son lance-grappin à son avant-bras gauche. Elle dégaine ensuite ses deux pistoblasters et tirent sur les trois weequays pour les mettre hors d’état de nuire. Ceux-ci se prennent les tirs sans pouvoir les éviter et tombent comme des mouches, blessés par les coups.
    Keyla peut rengainer ses armes et s’approcher pour leur passer les poignets à la corde. Elle fouille ensuite l’un d’eux et découvre un prospectus d’offre pour des jeunes esclaves à vendre. Elle observe en biais les weequays attachés, un sourire moqueur.
    - Vous croyez quoi les gars ? Que j’étais incapable de me défendre contre vous trois ? Que j’étais « faible et jolie » comme le pense beaucoup de mâles aliens ? Vous avez malheureusement sous-estimé la jeune kiffar que je suis.
    Le weequay le plus proche l’insulte dans le huttesse mais la jeune proche-humaine blonde fait comme si elle n’avait rien entendue. Elle saisit chacun par leurs liens et les mets dans un coin du hangar pour le lendemain. Ils rejoindront les cellules dans le complexe planétaire de la République comme le klatooinien. Ce soir, elle compte profiter d’une bonne nuit de sommeil à bord de son vaisseau personnel.
    Une navette T-6 légèrement modifiée, autant pour le combat spatial que le transport, dont la carrosserie est gris acier en grande partie et bleu marine en bandes larges. Elle monte la passerelle d’embarquement et entre à l’intérieur. L’unique hall lui permet de se rendre autant dans les cabines collectives, la salle de vie que le cockpit ou le compartiment des machineries ; elle s’approche de la cabine la plus proche et déverrouille la porte coulissante pour y pénétrer. La chambre est décorée et remplie d’éléments appartenant à son passé, sur les murs et sa table dépliante ou encore sous la couchette en hauteur. Elle s’avance et commence à enlever son armure pour rester un chemise courte beige sombre et pantalon moulant puis s’allonger sur sa couchette. Les bras croisés derrière sa tête, faisant mine de regarder le plafond, elle attend que le sommeil vienne à sa porte. Elle pense à cette vie qu’elle mène, cette aventure à laquelle elle s’adonne pour rendre service et mener un combat qui vaille la peine. Elle en garde une fierté et une confiance d’elle-même. Elle finit par s’endormir avec le sourire… avant de commencer à rêver. Le même rêve depuis cinq ans. Des images et des sons qui la hantent sous la forme d’un cauchemar perpétuel.
    - Non… Non, arrêtez. Pas ça, non. Non !
    Elle se réveille en sursaut, paniqué et en sueur. Elle respire lentement et tente de se calmer. Elle espérait et pensait ne plus jamais refaire ce rêve lié à son passé.
    Elle se trompait.

                 L’espace sombre et légèrement constellé des Régions Inconnues est traversé par un escadron de chasseurs TIE de classe Strike, escortant un sombre croiseur interstellaire de classe Resurgent voguant dans une direction précise. Ce cuirassé accueille même une navette de classe Sentinelle II qui arrive en direction d’un de ses hangars, pour qu’elle se pose avec lenteur et sûreté. La navette est maintenant à l’intérieur, prise en charge par des techniciens à l’uniforme militaire arborant l’emblème hexagonal noir sur rouge des néo-Séparatistes
    Quelques minutes plus tard, le sergent Butch et ses soldats passent la lourde porte et arrivent dans le hall qui mène à la passerelle d’observation du grand vaisseau. Des hommes et des femmes, tous dans un uniforme commun moins militaire que technique, s’activent à faire manœuvrer le cuirassé tandis qu’un seul homme reste immobile et calme devant la baie vitrée. Un falleen, reconnaissable à sa corpulence anthropoïde reptilienne et sa queue-de-cheval noire au sommet du crâne, qui porte un de ses uniformes noirs et sobres confectionnés dans l’art de son espèce pour les membres haut placés de son puissant syndicat criminel. Les bras croisés dans son dos, il aperçoit à travers le reflet de la vitre le soldat et ses subordonnés. Le falleen se tourne lentement vers eux, les voyant se mettre au garde-à-vous lorsqu’il se met en mouvement.
    - Vous revoilà de votre mission, dit-il avec calme.
    - Mes hommes et moi sommes revenus au rapport monsieur, répond Butch.
    - Bien. Venez, « ils » nous attendant.
    Le falleen commence à marcher vers le fond de la passerelle pour aller vers les autres parties supérieures du vaisseau, passant devant le sergent.
    - Hum… Honorable Sphynz, dit le sergent. Au sujet de la mission, je…
    - Plus un mot sergent, ordonne le falleen. Suivez-moi et ne les faisons pas attendre.
    - Bien monsieur.
    Les trois soldats suivent donc le falleen qui les conduit directement aux dignitaires et maîtres de ce conclave syndical de maîtres-criminels qui ont fondé cette alliance séparatiste contre le nouveau régime républicain.

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    vendredi 19 octobre 2018 - 18:21 Modification Admin Réaction Permalien

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    Chapitre 3

               Il existe parmi les nombreuses planètes qui constituent la grande Bordure Extérieure une poignée d’entre elles qui dépasse de loin les autres grâce à différents facteurs évolutifs au cours de décennies voire même de millénaires, devenant pour la plupart des mondes se rapprochant de ceux des régions centrales de la galaxie. C’est judicieusement le cas pour la planète tellurique Taris qui sert depuis fort longtemps de carrefour entre différentes voies hyperspatiales dans cette région. Un monde respirable où sa surface est équitablement répartie entre des océans luxuriants et des continents recouverts de quelques mille-feuilles d’agglomérations gigantesques ; un parfait exemple pour ceux qui souhaitent vivre dans un environnement sain et durable où l’architecture planétaire artistique et les infrastructures territoriales permettent à la faune et la flore de se développer librement dans quelques régions encore vierges et préservées de civilisation. Cette planète est un modèle de développement constant et respectueux malgré une facette moins agréable.
    Car Taris est aussi une planète-cité où les différentes populations habitantes et voyageuses sont diversifiées en différentes classes sociales, chacune étant disposée dans un secteur d’agglomérat de la planète pour éviter un mélange trop homogène. Ces secteurs forment des districts de classes et chaque district regroupe des personnes et des familles et des commerces selon le statut évalué du citoyen allant de l’habitant aisé au plus pauvre. Néanmoins, aucun des districts ne souffre de différences d’infrastructures et de qualité d’architecture car ils se ressemblent presque tous.
    C’est pourquoi le quatrième district de Taris, surnommé le District Indépendant, connaît sans cesse une routine commune et stable pour sa population fortement composée de gens d’espèces diverses et de droïdes autonomes vivant d’un même secteur d’activité pour la plupart, le commerce et la contrebande. Si certains se contentent de marchander librement avec des échoppes installées dans les immeubles du secteur, d’autres sont de passage pour offrir leurs dernières trouvailles et acquisitions à des prix variables mais réguliers tandis que d’autres ne sont que de passage pour prendre du bon temps et planifier leurs prochaines excursions ou défis amicaux. Et quoi de mieux pour des contrebandiers et autres pilotes de cargo libre qu’une cantina. Et dans le quatrième district, la cantina la plus réputée et la mieux accueillante est un grand bâtiment de permabéton en forme singulière et aux lignes elliptiques. Une cantina très fréquentée en voyant plus d’une dizaine d’aliens passer par l’entrée principale ouverte pour y trouver une table libre ou le comptoir.
    Un videur sélonien costaud en combinaison de cuir est adossé au mur de l’entrée pour surveiller les arrivants ainsi que l’intérieur de la Cantina des Passeurs d’Étoile, fixant ceux qu’ils trouvent louches ou trop perturbants ; la clientèle est tout aussi diversifiée que dans d’autres cantinas, avec son lot de musiciens Bith, des serveuses autant humaines que twi’lek ou bien quelques gars à l’air patibulaire sur leur visage étrange pour certains. Le sélonien à la fourrure beige reporte son attention sur l’entrée, serrant les crocs au prochain patibulaire qu’il croise, mais affiche une mine calme et plus empathique en voyant quelqu’un de particulier sur le perron.
    - Eh patronne, crie-t-il vers le comptoir, devine qui vient nous rendre visite.
    Le comptoir du bar, en plein milieu de la pièce principale, ressemble à un carré de table de cuisine autour d’un épais bloc poli de permabéton où des étagères incrustées et éclairées sont remplies de diverses bouteilles d’alcools et cocktails connus des habitués ; un comptoir bien plus coloré et mieux aménagé que la vingtaine de tables à banquettes qui sont éparpillés géométriquement dans la grande salle.
    Une vieille alien petite et orangée apparaît depuis l’autre côté du comptoir, après avoir demandé impérativement à quelques buveurs de se pousser un peu, puis elle exclame un hoquet de surprise suivi par une démonstration gestuelle de joie amicale.
    - Legan, s’exclame Maz Kanata depuis son comptoir, ha ha ha.
    - Salut Maz, lui répond Legan en attendant sur le perron avec un sourire.
    - Allons entre gamin. Et trouve-toi une place, j’arrive.
    Le sélonien fait signe au jeune humain qu’il peut entrer, ce à quoi ce dernier s’exécute après avoir remercié le félidé. Legan s’approche de la table à banquette la plus proche, vide, et prend place sur la banquette à sa gauche sans se presser. La seconde table à banquette dans la ligne contre le mur de gauche et face à l’entrée. Il observe un peu les alentours pour voir toute cette clientèle diversifiée, simple distraction pour l’attente, tandis qu’une jeune serveuse en uniforme lui demande poliment s’il souhaite quelque chose à prendre ; le jeune humain lui répond, par simple formalité du à son âge et à sa condition, une pinte d’yppocrath doux pour commencer. Une fois la commande passée, la serveuse s’en retourne vers le bar pour s’atteler aux préparations, laissant Legan seul pendant un moment et accoudé sur la table. Ce n’est qu’une courte minute plus tard qu’il aperçoit enfin la maîtresse de maison arriver et qu’il se lève de son siège pour l’accueillir.
    - Legan, salue chaleureusement Maz Kanata.
    - Maz, lui réponds Legan avec un sourire.
    L’humain se baisse assez pour que la petite alien orangée et vénérable puisse le serrer dans ses bras, coutume qu’ils ont depuis un certain temps déjà, avant de s’asseoir à la table pour commencer à bavarder entre eux de toutes choses.
    - C’est bon de te revoir mon garçon, se lance Maz en parfaite hôte. Dire que la dernière fois que je t’ai vu, tu avais à peine l’âge de piloter ton propre vaisseau. Et je n’oublie jamais ton visage qui reste encore et toujours le même.
    - Toi non plus tu n’as pas changé Maz, lui renvoie amicalement l’humain. Toujours là à faire tourner les affaires pour le meilleur et pour le pire là où les crédits filent comme le vent.
    La remarque habituelle fait soupirer d’amusement Maz, et cela depuis qu’elle trempe dans le milieu des affaires « presque » légales et qu’elle a reçu une sacrée réputation parmi ceux qui mêlent le commerce à l’action. En ayant délaissé Takodana et son château en ruines pour reprendre les missions de contrebande et gagner du profit, elle venait en moins de dix ans de racheter cette cantina centrale dans le District Indépendant pour retrouver ses vieilles habitudes et sa notoriété d’antan. Mais bien évidemment, il lui avait fallu se faire assister par de vieilles connaissances pour pouvoir en arriver jusque là et pour longtemps.
    - Il y a tant de choses que nous pourrions dire, dit Maz, mais je pense que tu tomberais d’ennui à m’entendre radoter, hé hé hé. Alors dis-moi, que me vaut le plaisir de ta visite ?
    - Je pense que ça va te surprendre…
    Legan se pivote sur sa gauche pour prendre sur le côté de sa ceinture son sabre et le décroche pour ensuite l’ouvrir devant lui et sous la table. La contrebandière Kanata est intriguée et curieuse de voir ce que fait le jeune humain. Il finit par se redresser et lever à moitié en l’air son bras pour montrer à sa voisine d’en face son petit cristal entre ses doigts.
    - Devine ce que c’est, lui demande Legan avant de déposer le cristal sur la table.
    Maz observe la petite pierre translucide avec un grand étonnement accompagné d’une stupéfaction, tout en se penchant en faisant mine de régler les verres concaves de ses grandes lunettes.
    - Grands dieux ! Je ne pensais pas en revoir un depuis la période où l’Empire s’en était approprié une immense quantité pour son arme destructrice de planètes.
    Elle le saisit délicatement entre ces doigts et l’approche de plus près, découvrant de mieux en mieux la nature de ce cristal Kyber que le jeune Kayliburn lui a apporté. Plongeant son regard vif et médiateur dans la forme de la pierre, sa stupéfaction prend un peu plus d’ampleur.
    - C’est extraordinaire, s’exclame-t-elle sans hausser la voix. C’est un authentique fragment qui provient de l’Omnigemme, ce mystérieux et puissant cristal Kyber dont on raconte les qualités et propriétés incommensurables dans la Force mais qui n’a jamais été retrouvé. Je peux voir entre ses traits la quintessence qu’il renferme malgré sa taille. C’est un véritable trésor minéral.
    - C’est sûr, lui dit Legan, c’est quelque chose qu’on ne voit pas tous les jours.
    L’alien orangée cesse de décortiquer du regard la pierre et le rend à son heureux propriétaire.
    - Comment diable as-tu pu donc dénicher un pareil cristal Legan ? Ne me dis pas que…
    - Et si, lui répond le jeune homme en rangeant son cristal dans son sabre, j’ai suivi à la lettre les coordonnées et les indications qui se trouvaient sur la vieille carte stellaire de Grand-père après l’avoir décrypté. C’est comme ça que j’ai pu découvrir Tython pour la première fois et me frayer un chemin dans les méandres du vénérable temple-sanctuaire du Col Ancestral. Un peu d’patience et de concentration, le tour était joué.
    - Hahaha, sacré Legan.
    La serveuse de tout à l’heure revient avec un grand verre opaque en plastoïde couleur acier et le dépose délicatement devant Legan, qui la remercie à voix basse, puis retourne vaguer à d’autres commandes à servir en laissant la patronne converser avec lui.
    - Ton grand-père peut vraiment être fier de toi, lui dit Maz. Lui qui me racontait souvent que tôt ou tard tu prendrais ce chemin, tu viens de réaliser l’espoir qu’il avait misé en toi.
    - Mais j’aurais aimé qu’il soit encore là pour lui montrer mon exploit, répond Legan avec tristesse.
    Il saisit son verre et prend une gorgée d’yppocrath pour satisfaire son estomac et sa nostalgie, laissant la boisson rouge épicée et peu alcoolisée lui faire vibrer ses sens corporels et stimuler son esprit tantôt enjoué tantôt mélancolique. Un ange est enfin passé et il peut reprendre cette discussion avec la contrebandière philanthrope.
    - Seulement… je commence à croire que je n’étais pas le seul, à part Grand-père, à connaître l’existence de cette carte stellaire et de ce cristal légitimement acquis.
    - Que veux-tu dire par là, demande Maz après un petit blanc d’intrigue. Il y aurait eu d’autres personnes qui seraient venues sur la planète cachée du Noyau ?
    - En quelque sorte, lui répond-t-il.
    Il se penche un peu plus sur la table, zyeutant un peu sur le reste de la salle pour voir si personne n’écoute leur conversation et croisant les bras, pour parler du sujet avec plus de sérieux.
    - Ceux que je viens de croiser là-bas, je peux parier à coup sûr que ce n’étaient ni de simples visiteurs, ni de vulgaires chasseurs de trésors et encore moins des honnêtes gens.

               Le sergent Butch et ses deux hommes traversent un long et large couloir, suivant de près le falleen Sphynz qui les guide par-devant, et il n’y a personne d’autre qu’eux. Un couloir de forme heptagonale aux murs sombres, sobres et peu miroitants dont la seule lumière aux lignes du plafond est projeté par des néons fins de teinte indigo. L’ambiance durant la marche est tendue et très silencieuse ; les trois soldats marchent d’un pas ferme et rythmée comme pour une parade, avec leur blaster d’assaut braqué en diagonale contre leur buste, tandis que le falleen avance d’une démarche froide et assurée. Le sergent Butch est crispé intérieurement : dans peu de temps, ils arriveront devant « eux » et il devra rendre compte de sa mission. Il se doit de faire bonne impression mais il est anxieux. Il craint le pire. Et au bout d’un long moment, le falleen les arrête devant une grande porte noire heptagonale… qui s’ouvre des deux côtés en coulissant de manière mécanique et automatique pour les laisser entrer. Sur un signe du falleen, le sergent entre avec ses soldats.
    La grande salle où ils arrivent est une pièce circulaire de vingt-cinq mètres carré, aux murs recouverts de revêtement textile pourpre aux lignes argentées dessinant des motifs ancestraux de divers mondes et au plafond arrondi pour former comme une voûte. Des bannières onéreusement ouvragées représentent sur leur tissu les emblèmes des syndicaux réunis tel que le Soleil Noir, les Pyke, le Syndicat Zygerrien et l'Aube écarlate. Le sol métallique laisse place en son milieu et sur une large distance un riche tapis moutonneux du même pourpre, où des divans de plastoïde et couffins sombres trônent dessus en arc de cercle autour d’une large table basse et ronde. Une grande salle qui ressemble à s’y méprendre à une suite privée dans une cantina de luxe ou une barge de cartel ; les personnes présentes sont principalement des humains et humanoïdes vêtus d'habits aux teintes vives et soyeuses, allongés ou assis sur les divans, à boire ou grignoter leur apéritif hors-de-prix pendant que des esclaves femelles leur offrent une satisfaction charnelle. D’autres personnes humanoïdes ou aliens se tiennent debout et proche des divans, vêtus de tenues sobres de courtisans, avec un verre à la main et quelques servants et servantes qui rôdent pour alimenter continuellement la sobre orgie. Tout dans cette salle privée et seigneuriale fait respirer les âcres parfums de l’orgueil, de la luxure et du pouvoir.
    Le falleen Sphynz conduit le sergent et ses hommes plus près du demi-cercle de divans puis il s’arrête pour ensuite faire une révérence en inclinant uniquement son buste.
    - Messeigneurs, dit-il, votre envoyé est revenu de sa tâche.
    Les dix personnes en bure de riche étoffe portent leur attention sur les arrivants, un sourire malin sur leurs lèvres. Cinq d’entre eux sont humains, les autres sont autant dathomirien et zygerrien que kage. C’est l’un de ces humains, un homme quarantenaire aux cheveux noirs mi-courts et à la peau pâle sous sa robe noire de bure épaisse, qui se redresse de sa position presque allongée pour s’asseoir entre les coussins, tandis que les femelles restent étalées autour de lui. Bien enfoncée dans son trône improvisé, il lève son verre remplie d’un alcool cher en saluant le sergent.
    - Sergent Butch, vous voilà enfin.
    - Mes hommages, répond le sergent, seigneur Salazar.
    - Votre timing est irréprochable, continue le Seigneur Salazar, bien que la tâche que nous vous avions confiée fût peu modeste à vos qualités de soldat. Nous avons bien fait de vous envoyer le chercher.
    - Je dois admettre qu’il a fait preuve d’efficacité, dit un des syndicalistes kage, pour avoir suivi la vieille carte stellaire que nous détenions et revenir à nous pour nous le rapporter.
    - À vrai dire messeigneurs, je ne crains que…
    - Sa loyauté envers le Néo-Séparatisme, ajoute un des zygerriens, est un des nombreux léviers à sa motivation de nous le trouver et de nous l’apporter. Bien que son cerveau de milicien n’a peut-être pas suffit à passer les mécanismes d’accès vieux de plusieurs millénaires. Mais il est là donc chose est faite.
    - Une telle opportunité ne pourra plus s’offrir à quiconque avant un bon moment, dit un des dathomiriens avec un sourire narquois. Nous avons saisi l’occasion.
    - Et à présent, termine Salazar, nous voici détenteur d’un magnifique et puissant fragment de pouvoir qui nous permettra de mener à bien nos idéaux sur cette galaxie. Et cela grâce à vous sergent.
    Il tend délicatement le bras gauche et ouvre sa main.
    - Bien. Maintenant, donnez-moi le cristal.
    - Je regrette monseigneur. Je… Je ne l’ai pas.
    Le silence et la stupéfaction, voilà ce qu’il se déroule dès que les dix dignitaires et leurs membres de cercle entendent la réponse du soldat. Un silence auquel certains serrent tellement leur verre qu’il se déforme ou se brise. Tremblant à peine de colère et de frustration, Salazar s’exprime au soldat.
    - Vous… n’avez… pas… le cristal ?!
    - Je comptais vous en parler… Ergh !
    Il n’eut pas le temps de dire plus que l’homme noir et pâle tend son bras droit vers lui et fait un mouvement de main vide en forme de puits. Le sergent sent quelque chose d’invisible lui enserrer le la gorge, pressant petit à petit à lui faire perdre son souffle et sa respiration. Un tel geste intimide ses subordonnées et laissent de marbre les autres convives, en colère eux aussi.
    - Le Collectif vous a confié une mission sergent, fulmine Salazar. Se rendre sur cette planète au fin fond du cœur de la galaxie, pénétrer dans ce temple ancestral d’une civilisation puissante dont je tairais le nom et trouver ce fameux cristal pour nous le rapporter. Et vous… Vous revenez vers nous « sans » le cristal ?! Je suis… très déçu de votre incompétence.
    - Je… J’ai été devancé…
    - Devancé par qui ou quoi, demande le sombre dignitaire syndicaliste.
    Le sergent tente de parler malgré l’étreinte oppressante autour de son cou.
    - Il y avait… dans la chambre… un… jeune garçon… c’est lui qui… a reçu le cristal.
    Il sent soudain que plus rien ne serre son cou et respire à grande bouffée pour remplir ses poumons presque vidés. Salazar garde un moment l’esprit ailleurs, intrigué par cette nouvelle, puis il se lève de son divan pour s’avancer lentement vers le sergent. Celui, un genou à terre et une main sur sa gorge pour calmer la douleur, s’aperçoit que son interlocuteur est devant lui.
    - Un jeune garçon vous dites ?
    - Oui monseigneur, répond Butch. Un humain, de taille moyenne avec une tête ovale et joufflue de gamin sous des cheveux bruns. Il s’est présenté… sous le nom de Legan Kayliburn.
    - Intéressant, dit une kage femelle. Salazar, j’ai souvenir que ce nom ne nous est que peu familier.
    - Je le pense aussi. Mais c’est un mystère que nous devrons éclaircir plus tard.
    Le dignitaire au teint pâle et à la bure noire s’approche davantage du soldat et lui passe une main sur l’épaule.
    - Sergent, vous venez de prouver que vous nous avez été utile… d’une certaine manière.
    Et c’est claquant des doigts que des gardes-mercenaires en combinaison noire et casque à crête panachée arrivent pour saisir le sergent, lui tente de se débattre en vain et en gémissant de protestation. Ils le conduisent à l’extérieur de la salle sans ses soldats, restés immobiles et silencieux, que le falleen Sphynz renvoie pour d’autres missions plus basiques à confier. Salazar revient s’installer dans son divan, assis et presque affalé entre les coussins, et laisse les demoiselles autour de lui reprendre les caresses et massages sur son corps. Une mine nerveuse orne son visage aux yeux jaunes-rouges.
    - Mes amis, déclare-t-il, je crains que nous ayons un nouvel aspirant grand chevalier à redouter.

               - Les Néo-Séparatistes, s’exclame de stupeur Maz devant son interlocuteur après que celui-ci lui ait fait part de son étrange rencontre au temple. Tu en es sûr ?
    - Aussi sûr que je te vois, lui répond Legan. Leur armure arborait clairement le symbole distinctif de cette organisation syndicale. Et franchement, ils n’étaient pas loquaces ces miliciens.
    Le jeune humain porte à nouveau son gobelet à ses lèvres pour prendre une énième gorgée de boisson, l’esprit concentré par son action sans prêter attention au reste autour de lui ; il avale le breuvage puis soupire de satisfaction tout en passant sa langue sur ses lèvres pour ne pas gaspiller. Il repose son contenant en main sur la table, reportant son attention sur la vieille alien orangée.
    - Cela devient de moins en moins rassurant, déclare Maz nerveuse. Si l'alliance des plus puissants syndicats du crime en vient à partir à la chasse aux cristaux et aux reliques de la Force, je n’ose même pas imaginer ce qu’il pourrait en faire. Ni à qui d’autre ou quel noir dessein cela pourrait servir.
    Legan ne répond pas. Il ne peut pas répondre à tout ce que vient d’affirmer la vieille amie de son grand-père, parce qu’il n’a pas sa capacité à déduire ou deviner les voies impénétrables de la Force. Maz Kanata, dont la renommée et la sagesse en ont fait une sorte de maître Yoda pour les plus braves et les plus talentueux de tous les vauriens et aventuriers, reste elle-même un grand mystère sur ce dont elle est capable. Mais pour autant, Legan la respecte pour ce qu’elle est et ce qu’elle lui a apporté : elle était là quand son grand-père souhaitait lui enseigner le pilotage et l’astrogation, quand il devait s’entraîner pour gagner une course de podracers ou encore pour lui parler des contrebandiers les plus particuliers qu’elle avait côtoyée. Dont le grand Han Solo.
    Une simple minute de silence suffit au jeune humain pour laisser passer la lourdeur de cet instant.
    - Quoi qu’il en soit, je ne leur ai pas laissé la possibilité de mettre la main sur le cristal. Il est venu de lui-même à moi, je le revendique donc de droit. Il me sera très utile pour la suite.
    - Même si tu réalises ce parcours au fil de ton temps, lui dit Maz empathique, ça ne te donnera pas les mêmes avantages et opportunités que si tu suivais une vraie formation. Un apprenti sans maître sera toujours désavantagé à un disciple qui est tuteuré.
    - Je sais Maz, dit Legan en soupirant et en regardant le fond de son verre. Mais lequel d’entre eux accepterait de prendre sous son aile un jeune aspirant de seize…
    - Dis donc toi !
    Legan détourne son regard de la maîtresse de maison pour voir venir une bande de quatre balourds vers leur table : un trio de contrebandiers britarro en combinaison de pilote de cargo, regroupés derrière un gilliand dont l’armure de plastoïde brun souple est accompagnée d’une salopette de mécanicien. C’est ce gilliand, dont la tête est plus patibulaire que les autres de son espèce, qui vient d'interrompre la conversation de sa forte voix.
    - T’as pas d’autre chose à faire que d'traîner dans une cantina, dit-il au garçon. C’est un endroit pour les vrais gars, ceux qui ont plus de vingt piges et qui savent s'servir d’un guidon d'manœuvre. Va jouer ailleurs qu’ici, gamin.
    - Est-ce que j’ai l’air en tant de jouer là, lui répond Legan. Je ne fais que discuter tranquillement.
    - Laisse-le donc Jwoben, s’exclame Maz. Ce petit gars ne t’a pas causé de problèmes à ce que je sache et il ne perturbe en rien l’activité de cette cantina.
    - Oh qu'si, lui répond le gillliand Jwoben, il m'perturbe moi. Sa tête m'revient pas.
    Le genre de remarque auquel les plus stupides et les plus bourrins des clients de cantina s’adonnent pour envoyer balader ceux qu’ils n’aiment pas, pour un oui ou pour un non. Et comme forcément Legan est encore un adolescent selon les règlements galactiques standards, ce gilliand en profite.
    - Parle-lui correctement, le menace Maz, ou tu auras affaire à moi.
    - Okay, fait-il avant de se pencher vers le jeune garçon. Retourne dans les jupes d'ta mère, bouffon.
    - Pfff, fait Legan de désespoir, on ne peut même plus bavarder librement dans cette cantina.
    Il laisse sur la table son grand gobelet vide puis se lève de son banc pour commencer à se diriger vers la sortie, après avoir adressé une dernière politesse à l’alien orangée.
    - Bon ben, merci pour la discussion Maz et navré pour le dérangement.
    Ses pas le guident d’une démarche normale et tranquille vers la sortie, où le sélonien continue d’observer les arrivants et les partants ; il constate que le jeune humain quitte la cantina après s’être fait presque insulté, chose que le gilliand ne cesse de faire.
    - C’est ça ! Trouve-toi un bac-à-sable avec des gamins d'ton âge !
    Des rires moqueurs s’en suivent, ce qui incite le sélonien à intervenir pour envoyer ce gros lard hors du bâtiment. Seulement, il observe aussi les réactions du jeune Kayliburn qui s’arrête dans l’encadrement de l’entrée puis tourne légèrement la tête vers sa gauche. Sa main gauche mouline dans le vide, comme pour imaginer une action. Sur la table, le grand verre de plastoïde acier se met aussitôt à remuer et s’avancer lentement… avant de bondir et de se cogner avec force contre l’arrête nasale du gilliand. Le coup porté est si fort que l’alien lourd tombe en arrière, trébuchant contre une table adjacente au centre de la pièce qu’il renverse. Un tel boucan fait réagir la plupart des autres clients qui observent ce qui se passe tandis que les britarro viennent relever leur ami. Le sélonien, qui n’a pas perdu une miette de la scène, scrute sa patronne ; celle-ci lui fait signe qu’il peut y aller. Après avoir fait un clin d’œil amical au jeune humain, il vient vers le gilliand et le saisit par le col.
    - Jwoben, lui dit-il avec colère, en plus d’embêter les clients tu saccages la cantina ?!
    - Mais…, se défend Jwoben, j’ai rien fait. Quelqu’un m’a frappé !
    - Ça suffit ! Ta présence est devenue insupportable. Ne remets plus jamais les pieds ici ou je te fais envoyer au trou par la milice locale.
    Le sélonien traîne de force le gilliand jusqu’à l’entrée puis l’envoie valser de son puissant bras en-dehors. Tous assistent à la chute monumentale du gros Jwoben qui s’écrase face contre terre, glissant sur le sol poussiéreux. Legan regarde un moment son agresseur déraper dans sa chute puis il part tranquillement vers le reste du quartier. Il est temps pour lui de faire quelques courses pour la route et de réfléchir à la suite de son voyage. Ce qu’il ne sait pas, c’est que le gilliand en se relevant s’est mis en tête de faire payer celui qui l’a fait sortir par la manière forte.
    À savoir, Legan.

    Ce message a été modifié par galen-starkyler le samedi 24 novembre 2018 - 19:30
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    samedi 24 novembre 2018 - 16:33 Modification Admin Réaction Permalien

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    Kinsa-Talik

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    Ce sont deux chapitres qui commencent bien à poser le décor du récit, qui s'annonce très intéressant ! Les personnages principaux se dessinent déjà, et on a de la sympathie pour Legan et Kyra. Par contre, si tu permets deux petits conseils :
    - essaie de faire des chapitres un peu plus courts, quitte à les couper en deux et à poster plus souvent. Cela permet de maintenir l'intérêt du lecteur.
    - je trouve que tes personnages parlent un peu "trop" bien. Tu vois ce que je veux dire ? Ils parlent comme s'ils écrivaient, et ça n'est pas très crédible. Ils ne sont pas en train de prendre le thé avec la reine Introduire des marques d'oralité, comme ne pas dire le "ne". Par exemple, dans la phrase "Sa tête ne me revient pas", qui est dite par un voyou, ça fait plus authentique s'il dit "Sa tête me revient pas."
    Voilà, après un petit chipotage que j'espère constructif, je suis curieuse de voir comment les chemins de Legan et Kyra vont se croiser^^

    samedi 24 novembre 2018 - 18:30 Modification Admin Réaction Permalien

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    galen-starkyler

    12462 Crédits

    Pour répondre à tes deux petits conseils, Kinsa, sache qu'il n'est pas évident pour moi de faire des chapitres plus courts que ça parce que la ligne de narration m'oblige à finir de placer l'action et la réaction, mais je vais tâcher de voir comment raccourcir mes prochains chapitres. Pour moi, cette fiction est comme si j'écrivais un roman donc dsl pour la longueur. Pour ce qui est du langage des personnages, là aussi je fais des efforts mais parfois c'est le correcteur automatique qui est fautif, pas moi^^. Sur ce, bonne lecture.

    Chapitre 4

               Les rues et avenues du District Indépendant commencent à se réguler petit à petit en termes de foule et de concentration de groupe d’échange, notamment devant les échoppes et étals ambulants où de nombreux marchands vendent ou revendent toutes formes de commerce reconnu et légalisé par le régime galactique républicain. Des résidents autant humains qu’aliens, des couples ou des familles entières, de simples personnes liées par la camaraderie, chacun trouve son bonheur et son mot-à-dire dans l’échange qu’est le commerce. Et toute cette nourriture diversifiée, cet artisanat et cette agriculture venue de mondes originaux, il y a bien de quoi mettre en appétit le jeune garçon qui passe par la grande avenue marchande.
    Legan profite de cette promenade pour voir ce qu’il peut acheter en guise de provisions pour faire le plein à son vaisseau ; son passage sur Taris avait un double but, dont le premier s’est effectué avec brio malgré un désagrément qui l’a obligé à quitter la cantina. Il se change donc les idées en passant le reste de sa matinée à voir ce qu’il pourrait prendre en guise de matériel supplémentaire et de fournitures alimentaires pour tenir au moins un mois standard. Et il y a tellement de bonnes choses qu’il ne sait pas comment se décider. C’est toutefois en jugeant le contenu de sa pochette à crédits, attachée à sa ceinture comme pour tous ses accessoires utiles, qu’il fait mentalement une liste de produits peu cher et très nutritifs. Un instant de réflexion qui lui prend pas plus d’une minute, avant de se rendre directement vers le premier commerçant qu’il compte aborder : un cosien vendeur de nouilles chandriliannes instantanées, qui propose divers parfums d’assaisonnement.
    - Bonjour jeune homme, salue le vendeur cosien, que puis-je pour vous ?
    - Je souhaiterais vous prendre deux ou trois paquets de nouilles, demande Legan. Un aux légumes, un autre aux épices et un dernier au lapin-de-cendre. C’est possible ?
    - Ah, je vois que j’ai affaire à un connaisseur. Vous faites bien de me demander car je propose en effet des lots complets de trente sachets de nouilles, vendus dans des paquets de soixante grammes.
    Le cosien se rend un moment dans son arrière-boutique pour récupérer, avec l’aide d’enfants qui doivent être les siens, trois grands paquets carrés en plastoïde dur gris avec des codes teintés divers allant du vert au brun en passant par l’orange.
    - Voilà, dit le vendeur cosien, vos trois paquets. Avec ça, vous pourrez vous substituer pendant un bon mois standard. À condition bien sûr que vous ayez de l’eau chaude pour les préparer.
    - Évidemment, fait Legan en comptant ses crédits pour payer son achat, ce serait bête de manger des nouilles instantanées sans les avoir passé à l’eau. J’ai prévu d’en reprendre aussi de toute façon.
    Le marchand affiche un sourire à la prévoyance du jeune garçon et passe à autre chose en attendant que celui-ci termine de compter ses crédits. Legan s’apprête à donner la somme correspondante au vendeur quand il sent une présence troublante qui s’approche derrière lui. Il se retourne à temps pour voir débarquer le gilliand et sa bande de britarro.
    - Tiens je te trouve enfin gamin, lui dit Jwoben. Tu t’rappelles qui j’suis ?
    - Oui, lui répond Legan. L’ordure qui m’a demandé de partir sans raison.
    - Tu fais ton malin hein. Sache que par ta faute, on m’a accusé d’avoir foutu le bordel dans la cantina et je m’suis fait virer par le sélonien. D’une manière ou d’une autre, t’es responsable de ce qui m’est arrivé et j’vais t’le faire regretter.
    Une telle conversation attire bien évidemment les autres passants et marchands qui se demandent ce qui se passe ; le cosien reste silencieux et observateur, scrutant de quelle manière le jeune humain brun va s’en sortir contre quatre aliens loubards. Legan est calme extérieurement mais anxieux intérieurement, il aurait dû se douter que ce gros lard voudrait reporter la faute sur lui pour l’incident ; non pas parce qu’il se doute que c’est lui qui a agi volontairement mais parce qu’il est de ceux qui s’en prennent aux plus jeunes et aux plus petits qu’eux. Legan finit par sortir de son court état de réflexion puis il se tourne légèrement vers le marchand cosien.
    - Dites, est-ce que ça vous dérange de me garder en réserve les paquets ?
    - Non, lui répond le cosien, pas du tout. Vous pensez revenir dans combien de temps ?
    - Assez vite j’espère.
    Il range tranquillement ses crédits en main puis, sans quitter le gilliand des yeux, il marche lentement sur la droite… pour ensuite prendre son élan rapidement et partir au pas de course tout le long de la grande avenue. Le gilliand se rend compte en trois secondes d’intervalle qu’il lui échappe.
    - Rattrapez-le, s’écrie Jwoben en s’élançant à son tour.
    Contrairement à ses sbires britarro, sa démarche de course est beaucoup plus lente à cause de sa masse corporelle et de son volume. Un avantage pour Legan qui conserve une allure peu fatigante de course et assez distante de ses poursuivants. Le voilà parti dans une course-poursuite à travers les rues résidentes du district, préférant ça pour l’instant avant d’envisager de se battre avec ses armes. À ce moment-là, il lui faudra décider entre le pistoblaster… ou son sabre-laser.

               Keyla patiente depuis un bon moment. Elle est assise sur ce banc, sur une place ronde et aménagée par-dessus le fleuve profond qui sépare en quelques parties le District Indépendant, et elle attend qu’une offre de capture ou un avis de recherche circule sur l’HoloNet par le biais du complexe militaire planétaire ou bien du gouvernement local. Mais elle ne trouve rien. C’est à penser que la sécurité et le maintien de l’ordre sur Taris est si impeccable que personne n’oserait demander les services volontaires d’une jeune fille comme elle. Elle continue de passer en revue les pages quotidiennes d’information sur son holo-datapad, scrutant d’un œil vif la moindre évocation d’un criminel en cavale ou bien d’un délit commis, mais il n’y a que des articles concernant des annonces commerciales ou des nouvelles concernant les raids organisés par la pègre. Elle a entendu parler de ces attaques sur différents mondes de la Bordure Extérieure et quelques-unes de la Bordure Médiane, malheureusement elle n’est assez expérimentée et préparée à risquer sa peau pour faire du démantèlement de raid. Keyla soupire de regret, ferme et range son datapad puis elle s’accole dont le dossier du banc en se demandant ce qu’elle pourrait bien faire.
    Entretemps, un agent technicien municipal accompagné de droïdes d’entretien s’approche et il vient l’interpeller dans un basic fluide malgré un léger accent corulagien.
    - Pardon mademoiselle, dit l’agent, mais je vous demanderais de vous enlever de ce banc. Je dois le passer au nettoyage pour éviter une mauvaise hygiène publique.
    - Mais il a l’air propre ce banc, dit Keyla.
    - Je dois l’entretenir quand même au cas où, lui répond l’agent. Maintenant circulez.
    Keyla rouspète d’agacement puis elle se lève pour partir, quittant la place pour emprunter une allée menant dans la partie résidentielle du District ; elle pourrait peut-être trouver des tuyaux intéressants en se mêlant à la clientèle de cantina, histoire d’entendre et regrouper les ragots qui lui mettraient la puce à l’oreille sur de prochains casses. Elle marche donc dans les rues entourées d’immeubles identiques en taille et en forme, regardant de temps à autre les passants sur sa route et ceux sur les ponts suspendus entre carrés d’immeubles qui servent de chemins-raccourcis ou d’accès aux niveaux supérieurs. Tôt ou tard, elle finira par trouver quelque chose d’intéressant.

                 Legan court à travers les rues et avenues du quartier résidentiel depuis un moment, conservant une allure modeste qui lui permet de garder la forme tout du long, et il constate que les trois vauriens britarro continuent de le poursuivre. Il fait pourtant de son mieux pour les semer en empruntant des ruelles étroites perpendiculaires et en zigzaguant entre les passants, véhicules et regroupements matériels qui font obstacle. Et comme ses poursuivants n’ont toujours pas cessé, il décide de prendre un peu plus d’accélération pour les distancer encore plus. Ses jambes, échauffées par la précédente allure, pistonnent davantage les muscles et lui donnent le moyen de passer à une allure plus rapide de course. Legan continue de regarder droit devant lui, esquivant de justesse les passants grâce à sa concentration, et file en ligne droite le long de la nouvelle avenue où il est.
    Keyla mène sa promenade à travers une rue adjacente, s’arrêtant de temps à autre pour demander où trouver la cantina la plus proche, et elle suit les indications qu’un marchand itinérant rodien lui a humblement indiquées. Elle traverse cette rue dont le milieu est surélevé par un dos d’âne avec des marches d’escaliers puis elle arrive dans la grande avenue suivante où elle s’apprête à prendre à gauche, après avoir passé un amas de caissons imbriqués.
    Le jeune garçon ne cesse de courir droit devant lui, ralentissant un peu l’allure, puis il regarde un moment derrière lui pour voir où il en est : il ne voit plus les trois britarro parmi les passants, ce qui lui donne une certaine satisfaction pour avoir pris un peu d’avance.
    - Hé hé ! J’ai réussi à les semer. Je vais pouvoir me mettre à couvert un moment.
    C’est à ce moment où il retourne sa tête devant lui pour reprendre son attention sur divers obstacles qu’il découvre au dernier moment qu’une jeune fille sort de derrière un amas de caisses ; c’est avec stupeur et inattention que…
    - Ah !
    - Ah !!
    … Il tente de s’arrêter net mais son élan de course l’emporte quand même et il se cogne accidentellement contre la personne devant lui. Les deux jeunes gens trébuchent chacun en arrière, projeté par le vilain coup, et ils se retrouvent en quelques secondes le postérieur au sol avec en supplément un mal de chien à la tête. Legan se redresse un peu et masse le sommet de son front et de son crâne pour chasser la douleur, qui s’estompe en quelques secondes longues. Keyla, un peu sonnée par l’entrechoc, en fait de même et se redresse en se demandant ce qui vient de se passer. Elle se remémore alors qu’elle s’apprêtait à prendre à gauche après avoir passé derrière un tas de caisses, que c’est là que quelque chose l’a cognée. Ou quelqu’un plutôt. Car Legan se rend rapidement compte qu’il a bousculé la jeune fille dans sa précipitation et son manque de vigilance.
    - Oh mince, s’exclame-t-il. Excusez-moi ! Je ne vous avais pas vu. Rien de cassé ?
    Il se relève en vitesse, oubliant un moment la douleur, puis il vient aider la jeune kiffar à se relever.
    - Non ça va, dit Keyla en râlant de douleur, merci. Mais vous auriez pu faire attention…
    La jeune blonde s’arrête immédiatement dans sa phrase au moment où elle découvre le visage de son interlocuteur ; un moment de blanc auquel elle ne sait plus quoi dire, perturbée par le fait qu’elle s’est faite accidentellement bousculé par un jeune homme d’environ sa tranche d’âge. Et plutôt bien modelé.
    - Oh…
    Legan finit par remettre debout la jeune fille, celle-ci se stabilisant sur ses deux pieds malgré son mal de tête, puis des pas de course précipitée retentissent derrière lui. Il reporte aussitôt son attention sur les trois britarro qui le poursuivaient, ces derniers viennent de le rattraper malgré lui.
    - Le voilà, s’écrie un des trois britarro.
    Ils continuent de courir encore quelques mètres puis ils ralentissent net et s’arrêtent en remarquant que le jeune humain n’est pas seul. Si l’on devait décrire en détail leur état, ils sont tous les trois stupéfaits et étonnés par la présence de la jeune kiffar blonde. Celle-ci est de son côté en pleine reprise de ses moyens tout en évaluant la situation présente.
    - D’où…, fait un des britarro, d’où elle sort celle-là ?
    - Eh minute, fait un second. Je la reconnais ! C’est la kiffar qui a envoyé au trou mon frangin il y a deux mois sur Bespin. Cette sale chasseresse de primes !
    - Je ne suis pas chasseresse de primes, se défend Keyla.
    C’est à ce moment que le gilliand arrive après avoir tenté de rattraper les autres. Essoufflé par autant d’efforts, il reprend son souffle un moment puis il analyse la situation.
    - Tiens donc, fait Jwoben. Qu’est-ce qu’on n’a là ?! Le gamin avec une gamine kiffar.
    - Jwoben, fait le second britarro, cette fille a envoyé mon frangin en prison.
    - Quoi ?! Alors c’est elle ?! Dans ce cas c’est la chance qui nous sourit. Les gars, faisons de la bouillie de gamins aujourd’hui !
    Ils sortent aussitôt leurs pistoblasters et blasters d’assaut pour les braquer vers les deux jeunes adultes, qui se rendent compte qu’ils sont mutuellement en mauvaise posture.
    - Vu le boucan que vous venez de faire, leur dit Keyla, les forces locales ne tarderont pas à venir.
    - On les sèmera, lui répond Jwoben, après vous avoir fait payer vos gamineries.
    Legan est calme et concentré, fixant son attention sur le pistolet-blaster Glie-44 du gilliand, et prête attention au bruit du mouvement de doigt sur la gâchette. Une seconde, deux secondes… La jeune fille à côté de lui se prépare en douce à dégainer un de ses deux pistolets-blasters pour contre-attaquer. En vu de la situation, de l’espace où il est. De l’instant où le gros lard de Jwoben s’apprête à tirer le premier… il se décide. D’une simple pensée, son arme de mêlée vient rejoindre sa main droite. Et une seule seconde, il l’allume et passe la rapide lame bleue vrombissante sur l’avant-bras armé du gilliand. Le membre coupé à blanc tombe tandis que Jwoben hurle de douleur à s’en briser la voix. Il a fallu un court moment à Keyla pour comprendre ce qui vient de se passer sous ses yeux, tandis qu’elle avait dégainé. Surpris et paniqués, les britarro commencent à tirer à volonté sous le jeune garçon. Legan esquive les premiers lasers et se précipite dans la ruelle adjacente en saisissant au passage la manche droite de la jeune fille.
    - Courez !
    Keyla se ressaisit aussitôt et suit indéniablement le jeune brun dans la rue d’où elle venait. Les deux jeunes gens courent aussi vite que possible pour échapper à leurs poursuivants, à savoir les trois britarro armés tandis le gilliand Jwoben est assis à terre en hurlant de douleur. Legan a rengainé au cas où son sabre éteint et se concentre sur son élan. Ils se retrouvent à présent dans une seconde grande avenue et prennent la direction de droite où la densité de passants est la plus faible. Ils courent tous les deux sans s’arrêter mais ça ne les empêche pas de communiquer.
    - Vous leur avez fait quoi, demande Keyla, pour qu’ils aient une dent contre vous ?
    - Ce gros lard de gilliand, lui répond Legan, s’est montré vulgaire et provocateur avec moi. Disons que pour lui rendre la monnaie de sa pièce, je l’ai mis dans une situation qui l’a fait virer de la cantina.
    - D’accord. Un poids lourd grossier et rancunier, je vois le tableau.
    - Désolé de vous embarquer dans mes soucis, lui dit-il. Je ne voulais pas en arriver à ça.
    - N’vous inquiétez pas, lui répond-t-elle. Je ne pensais non plus tomber sur des personnes qui auraient un jour l’occasion de me faire la peau.
    La voie est grande ouverte devant eux, entre les passants et les véhicules terrestres citadins, et derrière eux les trois britarro accourent autant qu’ils peuvent tout en essayant de leur tirer dessus et de bousculer les gens qui leur barrent involontairement la route. Les deux adolescents espèrent pouvoir se sortir de cette situation dans un moment donné.

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    Chapitre 5

                 Le calme plein de cette grande avenue résidentielle, dans le centre du District Indépendant, vient de se faire moyennement brusquer par la panique peu loquace que la course-poursuite réalise parmi la foule présente. Legan et Keyla continuent de garder une allure rapide tout en évitant promptement les passants et gens stationnaires, faisant ainsi des slaloms qui leur permet de tenir la distance avec leurs poursuivants, trois vauriens britarro qui n’hésitent pas à bousculer tous ceux sur leur chemin. Ces poursuivants aliens profitent même d’un moment de vue prenante sur leurs cibles pour leur tirer dessus, ce qui n’arrange pas la situation ambiante et faire grandir de plus en plus la panique locale. Les deux adolescents évitent les tirs à leur encontre avec habilité, se mouvant avec souplesse comme s’ils se doutaient d’où arrivaient les tirs, avant de se remettre droit et de foncer.
    - À ce rythme-là, dit Keyla, ils vont ameuter les forces de l’ordre dans le coin avec toute cette panique.
    - Ils vont surtout, lui répond Legan, perdre patience et chercher un moyen rapide de nous arrêter.
    - Vous pensez vraiment qu’ils ont ça en tête ?
    - Je dirais plutôt que je le sens, comme par instinct.
    Sans plus un mot à ajouter, ils regardent devant eux et tentent de passer aisément entre les civils et les véhicules, tandis que les britarro redoublent d’effort pour les rattraper. Une moitié de kilomètre les séparent mais pourtant, après avoir rapidement observé les alentours au loin, l’un des vauriens au pas de course incline son canon de pistolet-blaster plus en hauteur et il tire. La décharge laser vient se loger avec précision dans un crochet suspendu de grue à charge… qui soulève une plaque de duracier industriel où quatre caisses sont empilées sur sa surface. La chaîne accrochée saute sous la déflagration et, en se brisant, laisse chuter la plaque suspendue avec sa charge, au grand dam de résidents et agents de ville qui réalisaient des emménagements. Le tout se met à tomber indéniablement vers le sol, à une vitesse proportionnelle à la charge lourde, et juste… au moment où les deux jeunes gens passent en dessous dans leur course. En voyant la terreur sur les visages et en entendant les cris, le jeune humain remarque l’ombre qui s’intensifie autour de lui et lève les yeux au ciel en constatant ce qui leur tombe dessus.
    - Attention !
    Keyla découvre à son tour sa plaque tombante et hurle de terreur en se précipitant dans un bond en avant, espérant qu’elle soit hors d’atteinte du choc. Mains jointes au sol, elle termine une petite roulade avant pour se réceptionner sans mal puis elle reste recroquevillée avec un genou à terre et ses mains sur la tête. Un moment de panique où elle s’attend à sentir la poussière se soulever et entendre le métal gronder d’un tremblement roque en se déformant. Un moment court avant de comprendre que seul le silence l’entoure, avec seulement des hoquets d’étonnement et de surprise que des passants et civils autour prononcent. La jeune kiffar se retourne en arrière dans sa posture et affiche une mine ahurie en assistant à un spectacle peu commun : la plaque lourde et chargée de caisses est suspendue en lévitation, avec en-dessous d’elle le jeune humain brun aux bras tendus vers le haut, paumes ouvertes. Son visage porte les traits de quelqu’un qui se concentre et s’épuise. Legan s’efforce de maintenir sa concentration et le vide dans sa tête mais il ne s’attendait pas à devoir ralentir la chute d’un objet aussi lourd. L’instant et la précipitation l’ont conduit à se servir de ses pouvoirs mais avec la complication de la masse et de la vitesse de chute, si bien qu’il ne tardera pas à devoir relâcher prise. Justement, il voit arriver au pas de course les trois britarro, arme au poing, et sans cesser de maintenir la plaque en suspension il l’envoie chuter devant lui avec les caisses dessus. Le mouvement de ses bras et la lévitation obligent la plaque à planer dans cette direction et celle-ci vient atterrir brutalement au sol… au moment où les poursuivants débarquent. Les britarro se font frapper de plein fouet par les caisses renversées dans l’élan ; ils se retrouvent en quelques dizaines de secondes à terre, nageant dans des débris de caisse vide et écrasés par le poids peu massif de la plaque. Ils mettront un moment à se relever mais au moins Legan vient de gagner un temps précieux pour s’éclipser de ses trois poursuivants. Sans plus attendre davantage après un temps de souffle, il se retourne vers la jeune guerrière blonde et l’aide à nouveau à se relever.
    - Profitons-en pour nous éclipser, dit-il.
    - Vous…, bégaye Keyla, vous avez…
    - Allez, dépêchons-nous !
    Le jeune garçon soulève de force la jeune fille puis ils reprennent tous les deux leur élan, quittant la scène d’incident en laissant les trois contrebandiers sonnés aux mains des forces de l’ordre. La foule est encore sous le choc d’une telle agitation et de ce qui vient de se passer, mais le souvenir du visage de cet étrange humain qui a arrêté en pleine chute la plaque de charge finit par s’estomper.

               La même avenue qu’avant et le même besoin qu’au départ, Legan vient de finir de traverser les quelques petites ruelles entre les immeubles résidentiels pour revenir là où cette sale situation a commencée. Il fait la moitié du chemin du retour en marchant pour respirer et reprendre son souffle, suivi de près par la jeune kiffar blonde qui est tout aussi secouée. Toujours présent derrière le comptoir de son échoppe, le cosien voit revenir son client après avoir attendu un bon moment.
    - Eh bien, dit le vendeur, quelle journée. On dirait que vous vous en êtes sorti ?
    - Avec de la chance, lui répond Legan. Semer ce mollusque épais et sa clique m’a demandé de faire un marathon, auquel j’ai rencontré certains obstacles avant de repartir.
    - Mais vous êtes revenu et vous avez tenu parole.
    Le cosien se tourne vers la droite de son étal, se baissant légèrement du bassin, puis il soulève un sac de lin tissé synthétique rempli de trois paquets solides qu’il lui tend.
    - Voilà pour vous jeune homme, dit le cosien. Vos provisions.
    Legan fait le compte de sa monnaie puis donne la somme convenue au vendeur qui le remercie d’un hochement de tête. Il saisit son paquetage de nouilles instantanées puis s’éloigne de l’échoppe avec lui sous le bras pour passer à autre chose. Il remarque que la kiffar est encore là, immobile et rivée comme si elle l’attendait, et s’approche pour lui faire ses salutations.
    - Bon, dit-il. Je suppose que c’est ici que nos chemins se séparent. Encore désolé pour le choc.
    - J’vous en prie, dit Keyla. J’aurais peut-être fait la même chose si j’échappais à des brutes épaisses qui voudraient se débarrasser de moi. Au moins, on est tous les deux entiers.
    - C’est sûr, on peut se réjouir d’être encore en vie. Je vais pouvoir continuer de faire mes commissions avant de repartir dans les étoiles, histoire d’avoir assez pour survivre…
    - Vous n’êtes pas de Taris ? J’aurais crue.
    La remarque fait rire Legan qui peut comprendre qu’elle l’avait prise pour un habitant du district.
    - Non en effet, lui répond-t-il poliment. Je suis venu sur Taris pour quelques affaires privées avec une vieille amie et prendre de quoi subvenir à quelques mois de voyage spatial. Rien de plus. Et vous ?
    - J’ai beaucoup entendu dire, lui annonce calmement la jeune kiffar, que les différents districts de Taris étaient perturbés par des bandes de contrebande qui s’en prenaient au marché en tout genre. Je suis venue en espérant apporter ma contribution noble mais il semblerait que les forces armées de la planète sont plus réactives que je ne le pensais. Me voilà donc en statut quo.
    - Je vois à peu près à quoi vous occupez votre temps. C’est généreux de votre part.
    - C’est surtout une préoccupation autant rentable que charitable, à vrai dire.
    Elle s’approche davantage et s’apprête à tendre la main à son interlocuteur.
    - Je crois bien que nous en sommes à faire plus ample connaissance, dit-elle. Je suis Keyla Wryght, jeune native de Kiffu et justicière dans l’âme.
    - Legan Kayliburn, lui répond Legan en lui serrant la main droite, natif de Ganthel.
    Une poignée de main plutôt amicale en raison de cette rencontre fortuite où ils ont eu tous deux un souci commun. C’est aussitôt qu’une série de bruits électroniques langagiers retentit derrière le jeune humain, qui se retourne pour faire face au droïde astroméchano bleu et gris un peu grognon.
    - Tiens R1, dit Legan, tu es là. Qu’est-ce qui t’amène ?
    - Twiip wiip wooup, fait le droïde, bwiioup wooup wiiip.
    - Oh, arrête de rouspéter mon vieux. Je viens de survivre à une agression qui s’est poursuivie en fuite, donc j’ai des raisons d’avoir perdu un peu de temps. Je viens tout juste de reprendre les achats.
    - Tip-bip-tip-bip wiiouh woouih.
    - Comment ça tu as déjà fait des commissions ? Et sans prévenir en plus ? C’est malin de ta part, hein.
    - Tip-tiioup-woup, bwioup-wioup-wioup.
    - Non, j’ai dit qu’il faut toujours se concerter entre nous pour savoir qui doit faire quoi. C’n’est pas parce que je suis parti faire un tour à la cantina que je te laisse le soin de faire les commissions.
    - Hum hum, fait la jeune kiffar, je vous dérange ?
    L’interpellation faite attire aussitôt l’attention de R1-P1 et celui-ci demande à qui il a l’honneur.
    - On venait tout juste de commencer à se présenter, lui répond Legan. Bon… Keyla, je vous présente mon compagnon à boulons et indémodable astromech R1-P1. R1, je te présente Keyla Wryght que j’ai involontairement embarqué dans la fuite.
    - Twioup-bwioup.
    - Navré cher R1, lui répond Keyla, je n’ai pas acquise la compréhension du dialecte astromech. Mais enchantée de te connaître.
    Le droïde astromech se tourne à nouveau vers son camarade de vaisseau et continue de lui faire part d’une longue série de bruits langagiers astromech pour lui faire part de ce qu’il a acheté au marché et stocké à bord de leur vaisseau. Après une telle liste, Legan affiche une mine satisfaite.
    - Bien joué camarade. On a de quoi tenir pour longtemps, avec ce que je viens d’acheter aussi. (Il se tourne vers la jeune fille.) Bien, nous allons devoir vous laisser Keyla. La route nous attend.
    - Je vois ça, lui répond Keyla. Je pense que je vais quand même vous accompagner, puisqu’il semblerait que je ne trouverais peut-être pas de quoi mettre ma contribution noble à l’épreuve.
    - Vous n’aviez pas l’intention de faire un tour rapide à la cantina ?
    - Avec ce qui vient de se passer… je vais éviter. Je pense que certains clients font partie des nombreuses personnes à vouloir ma peau pour telle raison orgueilleuse.
    - Dans ce cas, allons-y.
    Les deux jeunes adultes se mettent en marche et suivent l’astroméchano bleu et gris vers le reste de l’avenue devant eux, se dirigeant vers la partie la plus à l’ouest du District Indépendant où se trouve le spatioport standard aux nombreux hangars.

                 La tension froide stagne depuis un long moment dans ce grand bureau, sobre et propre, au dernier étage du bastion d’architecture paramilitaire aux lignes corusanti où toute la mégalopole capitale d’Anaxes est concentrée autour comme un cercle parfait. Ce bureau, une large pièce carrée aux murs et plafond de permabéton grisé avec deux à trois fenêtres sur le mur du fond pour permettre d’avoir une vue prenante sur la gigantesque ville, tandis que le mobilier présent convient à la plupart des personnes influentes dans l’administration militaire. Ce bureau est calme, même avec la présence d’une bonne dizaine de personnes qui patientent assises ou debout que Poe se décide à prendre la parole, assis dans son grand fauteuil derrière sa large table de bureau.
    L’ex-pilote vétéran de la Résistance vient de convier ses plus proches lieutenants dans l’armée, ici même dans le Complexe Général du Haut-Commandement où il a établi ses quartiers, pour débattre de la situation actuelle à l’échelle galactique ; une réunion qu’il juge nécessaire pour revoir les stratégies de lutte et employer de nouvelles face à la menace grandissante qui arrive. Un court instant qu’il attend en silence que tout le monde soit là, avant d’engager la conversation.
    - Chers camarades, je vous remercie d’avance d’avoir répondu à l’appel que cette urgence m’a obligé de recourir. Comme vous vous en doutez, ces dernières décennies de paix et de reconstruction lente sont bouleversées par la lancée insurrectionnelle de beaucoup de regroupements contrebandiers envers les mondes périphériques de la République. Les faits parlent d’eux-mêmes : nous en sommes à plus d’une vingtaine de planètes et systèmes membres qui ont subi un à deux raids consécutifs menés par des criminels armés et organisés. Rien à voir avec de simples pirates ou vauriens de base. Les sénateurs eux-mêmes le confirment, tout ceci est orchestré de manière machiavélique par les Néo-Séparatistes qui revendique ces raids et attentats pour s’en attirer la richesse et la notoriété. Ce qui nous amène dans une période où toute notre organisation martiale pour le maintien de la paix se doit de réagir dans la mesure la plus directe possible, à devoir anticiper les actions et prochains coup bas fomentés par le Soleil Noir et ses alliés criminels. À l’instant où je vous parle, ils doivent déjà être à leur nouvelle attaque envers d’autres mondes périphériques sans que nos forces puissent se mobiliser à temps pour contrer l’offensive vicieuse.
    Il se penche un peu plus en avant vers son bureau, s’accoudant des deux bras en pressant ses doigts écartés les uns sur les autres, tout en fixant du regard ses dix visiteurs et membres du HCS.
    - Il nous faut de nouvelles stratégies, déclare-t-il impérieusement. Et vite.
    - Si je peux me permettre général, intervient aussitôt la grande commandante Théa Versio, nos soldats de forces planétaires disposent de certains éléments qui rapportent que seuls des gangs syndicalisés comme le Soleil Noir ont effectué ces attaques. Le reste des autres mouvements de pègre se contentent des affaires illégales habituelles, préférant en rester aux bénéfices que leur procure le parrainage de la Guilde galactique.
    - Quant aux autres cartels, enchaîne le grand amiral Jon Dodonna, les rumeurs sont fondées. Les Hutts ont décidé de conserver leur neutralité et leur gouvernance dans leur espace, considérant que les syndicats séparatistes forment un concurrent déloyal à leurs affaires. Ils sont par ailleurs en guerre ouverte avec l'alliance.
    - Vous n’envisagez tout de même pas de traiter avec ces gangsters, s’indigne le général-secrétaire Huffred. Ils sont aussi malhonnêtes et capricieux que le plus méprisant des comtes de Serenno, sans aucune forme de respect pour nos amendements commerciaux.
    - Peut-être mais ils représentent tout de même une puissance économique soutenable à ne pas négliger pour la République. Tout comme la Guilde qui constitue un rempart de poids…
    - Un rempart de poids, s’exclame un subordonné au général-secrétaire. Depuis quand il a été décidé que cette Guilde comptait comme un rempart pour la République ? Ce sont des contrebandiers dont nous parlons, des criminels comme l’est constitué la milice de l'alliance néo-séparatiste !
    - Il y a une différence notable, lui répond la grande commandante, entre les deux organisations. La Guilde exerce une position de contrôle sur la contrebande avec des règles spécifiques et acceptables à l’activité, même si elles paraissent hors-les-lois pour notre régime, alors que les syndicats néo-séparatistes encouragent la pègre à la coopération désintéressée et l’emploi des moyens immoraux pour le profit.
    - C’est du pareil au même, répond le général-secrétaire.
    - Ça suffit !
    Le silence revient après que Poe vient de le réclamer, dérangé par cette divergence d’opinion concernant les statuts des différents organes de pègre vis-à-vis du régime républicain.
    - Notre adversaire est, annonce-t-il sévèrement, et seulement à ce jour l'alliance des Néo-Séparatistes. Nous ne pouvons pas juger à la va-vite les autres entités criminelles influentes dans ce contexte, par ailleurs en ce qui concerne la Guilde galactique. Même si elle rassemble une part de la pègre sous sa bannière, son existence relève d’un choix de pondération et de régularité. C’est donc un allié à ne pas négliger, bien plus que pour les Hutts.
    Les autres membres du HCS restent muets, sachant tous que le général suprême Dameron en parle beaucoup mieux qu’eux puisqu’il est en étroite collaboration avec le Haut Conseil gouvernemental, qui a débattu peu récemment sur ce sujet. Poe profite de ce silence pour se tourner vers la seule personne qui est restée muette et neutre dans la divergence passée.
    - Persée, j’espère que vous pourriez m’informer des dernières nouvelles.
    L’humain quarantenaire de Ganthel, à l’aise dans sa combinaison militaire de haut-général, décroise les bras en se redressant du mur où il était épaulé pendant tout ce temps et il s’avance d’un pas.
    - Cela devient plus grave que nous le pensions général, lui répond Persée. Quelques-uns de mes agents en patrouille ont relevé du mouvement ennemi vers le fond du centre galactique il y a à peine un long moment. Nous ne pensions pas qu’il y ait un quelconque monde d’intérêt pour l'archi-syndicat, jusqu’à ce que le Conseil Jedi avec qui nous travaillons nous informe que cette partie de l’espace abrite une planète millénaire au passé relatif à la Force. Les forces armées du syndicat ont dû y chercher quelque chose de valeur, en lien avec les savoirs Jedi ancestraux. Et quoiqu’il s’agisse, cela inquiète l’Ordre qui en vient à penser que l'on veut s'approprier la puissance de la Force par pur ego.

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    vendredi 30 novembre 2018 - 19:07 Modification Admin Réaction Permalien

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    Chapitre 6

            Les environs du spatioport du district sont peu envahis par la forte concentration de résidents divers et de voyageurs allants-et-venants, laissant quelques espaces d’air libre et des ouvertures plus qu’accessibles entre l’extérieur du quartier et les passages du grand bâtiment à vaisseaux et véhicules semi-terrestres. Cela ne veut pas dire que personne ne stagne dans quelques poches de conversations épars ou files de traversée, car l’activité des docks et des couloirs d’allure amphithéâtrale est assez constante aujourd’hui.
    C’est pourquoi Legan, son droïde astromécano R1-P1 et leur nouvelle amie Keyla s’avancent normalement et prudemment vers l’entrée du spatioport en se mêlant à la foule en mouvement. Ils se faufilent entre les lignes vides de personnes pour se diriger habilement avec leurs paquetages pour certains, gardant leur allure sans ralentir ni accélérer, et ils parviennent à atteindre là où ils pensent retrouver leur appareil astrospatial. Le hangar central, large cour sobre et à ciel ouvert sur une superficie de quatre hectares, rassemblent la plupart des vaisseaux légers ou moyens qui n’ont pas l’opportunité de se payer une place unique et privée ; un grand nombre de cargos réguliers et chasseurs-navettes remplit donc le terrain ovale sans ordre précis ni distinction particulière, si ce n’est des places délimitées et numérotées au large des côtés oblongs. Le petit trio longe le chemin central pour retrouver leur vaisseau chacun, tout en terminant agréablement leur conversation.
    - Ha ha ha, fait Keyla amusée. À vous entendre Legan, une rencontre avec Maz Kanata ressemble à une conversation entre un vétéran de raids dans le bon vieux temps des filous et un amateur dévoué.
    - Maz a beau être une proche amie de mon grand-père, lui répond Legan, elle reste la contrebandière la plus sage et la plus expérimentée que l’on connaisse, rejoignant toutes les figures emblématiques qui ont laissée une grande trace dans cette galaxie.
    - Un jour peut-être, j’irai dans sa cantina pour la voir de mes propres yeux. Si je ne me fais pas déloger à coup de mauvaise langue par des patibulaires comme ce gilliand.
    Ils finissent par ralentir leur démarche tous les deux, le droïde derrière eux avec ses quelques caisses peu lourdes, et ils s’arrêtent à quelques pas de la navette T-6 de la jeune guerrière kiffar.
    - Le faire maintenant est toujours envisageable, lui dit droit dans les yeux. La taverne des Passeurs d’Étoiles est toujours ouverte à ceux qui cherchent de quoi boire, manger et tracer sa route. Il vous suffit de dire à Faylikz que vous venez de ma part et il vous laissera…
    - C’est gentil de proposer, l’arrête la jeune blonde, mais ça ira. Avec ce qui s’est passé, j’aimerais éviter de m’y rendre aujourd’hui. Vous n’êtes pas le seul qui peut avoir des ennuis avec d’autres balourds et mécréants de cantina. Avec cette réputation faussée qui me colle à la peau malgré moi.
    - Ah oui, je comprends.
    C’est décidément une bien étrange circonstance que leurs poursuivants aient aussi une dent contre elle, lui vouant une colère farouche pour sa vocation de justicière bénévolente. Néanmoins, elle peut s’estimer heureuse d’être en vie et de continuer ainsi, tout comme elle n’est pas menacée par les membres extrémistes de l'alliance Néo-Séparatiste. Pour sa part, elle aurait pu éviter de les rencontrer s’ils ne s’étaient pas involontairement cognés l’un à l’autre. D’instinct toutefois, Legan pense que la Force y ait peut-être pour quelque chose.
    - Bon… eh bien, lance-t-il à nouveau. Je suppose que nous allons nous quitter ici pour de bon.
    - Oui en effet, déclare Keyla avec gêne. Ce bout de chemin aurait été instructif et m’aura permis de faire votre connaissance Legan. Et à toi aussi R1.
    L’astromécano gigote et apostrophe la jeune kiffar de son langage codé avant de se diriger derrière son ami et de continuer sa route tranquillement, tout en levant un bras à pince pour saluer.
    - Au plaisir de vous revoir donc, Keyla Wryght.
    - De même Legan Kayliburn. Et merci pour votre aide.
    - Ce n’est rien voyons. C’est un peu mon devoir de…
    Une subite déflagration puissante retentit tandis que des débris lourds et fumants de carrosserie dévalent dans le ciel et sur le sol. Le temps que les deux jeunes gens laissent leurs oreilles couvertes par leurs mains estomper le bruit sourd et tonnant, l’explosion s’est changée en une carcasse de feu et de métal cendreux et en fusion. La jeune kiffar tourne sa tête blonde vers la direction de la déflagration et son visage mat clair au trait nasal vert affiche une expression de désespoir.
    - Mon vaisseau !!!
    Legan découvre à son tour que la navette de modèle T-6 vient de prendre un coup incendiaire qui l’a changé pour toujours en ferraille brûlante et fumante. Au loin, quelques cris de panique résonnent dans les couloirs et à l’extérieur du spatioport tandis que de lointaines sirènes de secours signalent leur lente arrivée vers l’endroit de l’incendie. Le jeune humain se doute que ce n’est pas un incident technique anodin qui a provoqué ça ; à en juger par ce qu’il ressent intérieurement, c’était vraisemblablement un coup bien préparé par un comité d’accueil ombrageux.
    Des formes humanoïdes se révèlent peu à peu de derrière les flammes, agitant des pistolets-blasters vers eux pour les viser. Il fallut un court instant à Legan pour les apercevoir de loin…
    - Francs-tireurs en approche, crie-t-il en dégainant son arme de distance.
    … Et une longue minute après pour que Kyra comprenne qui sont leurs agresseurs dévoilés.
    - Des raclures kalleran, s’exclame-t-elle en sortant aussi ses pistolets-blasters.
    - Voilà notre proie, annonce un des kalleran. Ne la laissez pas nous filer entre les griffes !
    Aussitôt, quatre semblables surgissent et tirent de leur arme sur le duo. La jeune guerrière riposte de son mieux contre ces chasseurs de primes voraces tandis que le jeune humain brun la soutient de son mieux avec son propre pistolet-blaster. Un duel auquel Legan reste un moment à couvert derrière le pare-choc d’un chasseur lourd de bataille pour observer et défendre la zone de la kiffar, tout en cherchant à abattre sommairement les raclures parmi les flammes. La chaleur et la fumée commencent à s’amplifier sous l’air chaud du hangar et les kalleran s’avancent pour reprendre leur visibilité sur leur cible. Fanny en profite pour en toucher un avec habilité, qui s’écroule blessé sur le sol, mais elle perd rapidement cet avantage quand ces camarades s’approchent et la mitraillent de traits laser ; elle se baisse à temps et respire longuement derrière sa barricade de fortune pour reprendre du poil de la bête. Ses deux armes chargées, elle se redresse pour attaquer à nouveau… avant de constater que trois blasters sont simultanément braqués sur elle. Les raclures kalleran la tiennent de court, un sourire malsain sur leur visage reptilien vert strié de fines rayures noires.
    - T’es cuite la kiffar, dit le kalleran du milieu. Lâche tes armes et lève les mains bien hautes.
    - Une Wryght ne rend pas aussi facilement les armes, lui répond Keyla.
    - Tu préfères qu’on te crible de trous avec nos blasters ? interroge celui de gauche. Parce que tu peux toujours nous rapporter gros morte ou vive.
    - Allez ma jolie, l’avertit celui de droite, faites ce qu’on t’ordonne. En vitesse !
    Keyla soupire de détresse puis elle fait lentement tourner ses deux blasters à ses pouces avant de les laisser tomber au sol, levant ses deux mains bien ouvertes pour montrer qu’elle se rend. Elle fait croire extérieurement qu’elle se rend mais cherche intérieurement un moyen de les prendre au dépourvu. À leurs mimiques cinglantes, ils doivent être assurés mais sur leurs gardes quand même.
    - Brave fille, déclare le kalleran du milieu avant de se tourner en arrière. Hé gringo, lève-toi et va t’occuper de l’autre trouillard derrière…
    Sa phrase en suspens, il se rend compte que le compagnon touché ne s’est pas seulement relevé de sa blessure. Il vient aussi de se faire désarmer et assommer habilement… par le jeune garçon qui fait virevolter son arme de mêlée dans sa main principale. Legan termine tout juste de mettre l’alien hors d’état de nuire et bondit sur les trois autres, stupéfaits.
    - Un sabre-laser ?!
    Legan décrit en l’air un arc de lumière bleutée qui vient trancher net le canon du blaster que tient le kalleran du milieu. Il profite de la confusion créée pour désarmer les deux autres, avec plus de lenteur et de souplesse pour compenser mon manque de pleine maîtrise, puis il braque en quelques rapides tour de passe-passe sa lame vers son adversaire de devant.
    - Dégagez ! Maintenant !
    Les trois kalleran, apeurés, s’enfuient illico presto de là et en ramassant leur partenaire à terre. Ils s’en vont à toute allure vers là d’où ils venaient. Il les suit du regard pour s’assurer qu’ils déguerpissent pour de bon, jusqu’à n’apercevoir que leurs ombres, puis il s’autorise à rengainer son sabre après l’avoir éteint. Il fait quelques pas vers sa camarade pour lui tendre la main.
    - De rien pour le petit coup de main, lui dit-il.
    - C’est… C’était incroyable, bégaye Keyla. Vous les… avez désarmés et vaincus en un rien de temps.
    - Pas vraiment. J’ai pris certaines précautions qui m’ont demandé de…
    - Eh vous ! Là-bas !
    Le cri lancé à leur encontre les obligent à se tourner dans la direction venue et ils se rendent compte que des miliciens de police du district, ouvrant la voie aux services-secours, s’avancent vers eux en braquant leur blaster entre leurs deux mains, parés à faire feu à tout moment.
    - Les mains en l’air, crie le milicien de police le plus proche, ne bougez plus.
    - Messieurs, tente de s’expliquer Legan en avançant de trois pas en avant, nous sommes victimes de l’incident et nos agresseurs sont partis…
    - Ce garçon, déclare soudain le milicien de droite, il fait partie des fauteurs de trouble de ce matin !
    - Feu à volonté ! Ne le laissez pas s’échapper !
    Des salves d’énergie fusent le long du chemin, obligeant Legan à esquiver par des roulades réfléchies voire calculées et riposter avec son pistolet-blaster, conscient que les forces locales ne sont enclines à le laisser exprimer ses raisons et opinions. En même temps, les miliciens du District Indépendant sont plus des maraudeurs crapuleux que de véritables volontaires aux forces de l’ordre. Entre trois salves de tir pour se défendre, il avertit la jeune kiffar qui s’est réfugiée près de lui.
    - On va devoir lever le camp ! Et en vitesse.
    - Mon vaisseau n’est plus qu’une carcasse en feu, réplique Keyla. Je n’ai plus de moyen de partir et continuer d’arpenter les voies intersidérales !
    - Suivez-moi, lui répond-t-il. Je vous embarque dans le mien !
    Legan se relève à toute vitesse et ouvre la voie à la jeune fille pour se rendre vers son chasseur lourd personnel ; l’appareil réaménagé est déjà en marche depuis un petit moment, démarré par le droïde astromech gris et bleu, et ce dernier tourne sa clé dans son emplacement pour activer les boucliers déflecteurs de la carrosserie. D’un autre tour de clé, il manœuvre le canon avant et envoie deux salves de tir lourd faire des déflagrations sur le sol terreux du hangar. Les miliciens sont perturbés par les soulèvements de terre devant eux, cessant de tirer pour se reculer et couvrir leur visage non protégé. L’occasion permet aux deux jeunes rescapés de franchir indemne la porte coulissante tribord du Sirknight Pegasus. Legan passe le premier, suivi de près par Keyla, puis referme solidement derrière elle en lui demandant de prendre place et s’attacher. Et tandis qu’elle s’assoit sur le siège arrière bâbord en passant le harnais de sécurité, il fonce dans son siège de pilote tout en se coiffant de son casque de pilotage pour le décollage.
    - Allons-y R1, déclare-t-il en pianotant les commandes, déguerpissons avant qu’ils ne nous mettent le grappin dessus. Rien qu’à leur tête, j’aurais du deviner qu’ils n’étaient pas tolérants.
    - Twwioup beep-beep-beeeoup weeeoup, fait R1 en pivotant son dôme entier.
    - Oui, si ça avait été les vraies forces de l’ordre planétaire, on n’en serait pas là.
    Et sans un mot de plus, Legan manipule son guidon pour soulever son vaisseau. Le Sirknight Pegasus décolle du sol en toute légèreté et souplesse tandis que les tirs de blasters continuent de pleuvoir sur la carrosserie recouverte du champ déflecteur invisible. La montée hors du hangar ne prend que quelques courtes minutes, avec quelques mouvements brusques dus aux chocs de tirs lourds, puis le chasseur Aile-U peut enfin foncer droit devant dans l’atmosphère de la planète-ville, quittant sa surface avec rapidité et sans poursuite continuelle derrière lui. En constatant que le vaisseau est trop loin pour le canarder, les miliciens se décident à cesser le feu et à abandonner illico car toute poursuite serait inutile et la police planétaire de la République va prendre l’enquête en main. Et tandis que les flammes de l’explosion incendiaire s’éteignent sous les jets d’eau du service pompier, l’incident prend une tournure classique avec la conclusion d’une petite guérilla entre criminels qui s’est résolu par la fuite en vaisseau. Un seul détail pertinent mit l’enquête à son terme : l’évocation d’une lame bleue de sabre entre des mains d’habile bretteur.

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    Chapitre 7

              La couche stratosphérique de Taris est laissée derrière le Sirknight Pegasus, ce dernier pénétrant dans l’espace lointain constellé pour se préparer à naviguer à travers les voies connues et commerciales dans la Bordure Extérieure. Ses deux grandes ailes isocèles toujours en configuration standard, pour faciliter sa traversée dans le vide intersidéral, il s’éloigne de plus en plus pour enfin profiter du silence et de l’absence de croiseurs en alerte. Et même s’il y a bien évidemment quelques croiseurs légers Arquitens de l'armée républicaine pour veiller sur l’orbite planétaire et la liaison avec le reste du système, ceux-ci n’ont pas réagi quand le chasseur lourd unique est passé entre eux pour se rendre dans les confins spatiaux. Le Sirknight Pegasus s’enfonce donc dans les méandres de la galaxie et son équipage peut respirer un bon coup.
    Legan fait passer sans gêne ni tracas son vaisseau en pilotage semi-automatique, laissant à R1 le soin de manœuvrer pour atteindre les courants hyperspatiaux des voies commerciales règlementées, puis il ôte son casque de pilote pour le déposer dans l’endroit proche prévu.
    - Pffiouh, fait-il en se passant l’avant-bras au front avant de retourner son siège. On peut dire qu’on a eu chaud pour cette journée. Entre des contrebandiers rancuniers, des raclures terroristes et la milice qui confond agresseurs et agressés, je pense avoir eu mon lot.
    - Fuir n’était peut-être pas ce qui était le plus judicieux à faire face aux agents de l’ordre, répond Keyla en se détachant pour se lever. En agissant ainsi, nous ne valons pas mieux que d’ordinaires vauriens.
    - Je dirais plutôt que c’était une nécessité. À en juger par la vitesse où ils ont décidé de faire feu, ils étaient déterminés à nous mettre hors d’état de nuire sans tenir compte de notre avis. Et je ne serais pas étonné que ce gros balourd de gilliand y soit pour quelque chose. Après tout, les miliciens du quatrième district ont aussi leur lot d’ordures, pas comme dans la police planétaire républicaine.
    - Je reconnais que, même administrée sous l’autorité légitime de la nouvelle République, Taris reste une planète-ville avec ses défauts sociaux flagrants. (Elle laisse un court blanc avant de reprendre.) Dans le fond, je ne suis pas mécontente d’être hors de sa surface et en vie.
    - C’est le moins qu’on puisse dire.
    Il se redresse de son siège pour parcourir l’espace passager/de vie et s’occuper des nombreuses caisses de nutritions et de matériel d'usage pour les ranger proprement dans la soute. L’entrée ouverte dans le mur du fond, bien avant l’espace des machineries motrices, il répartit l’ensemble de manière à avoir les aliments et soins d’un côté et le matériel mécanique de l’autre puis il referme une fois cela fait. Entretemps, la jeune métisse l’avait fixée dans un profond silence et sans le quitter une seule fois du regard ; il entraperçoit même un fin sourire en coin sur son doux visage basané clair, remarquant qu’elle baisse instinctivement des yeux lorsqu’il l’observe lui. Il revient finalement à sa place sans pour autant se rasseoir et il interpelle sa passagère.
    - Si vous voulez me parler, lui lance-t-il amicalement, faites-le sans vous gêner.
    - J’hésite…
    On peut se douter au léger rose sur ces pommettes qu’elle est indécise. Elle respire ensuite pour prendre une sérénité normale et faire sa déclaration au jeune humain brun.
    - Je voulais… Je veux vous remercier.
    - Pour quoi ? s’étonne Legan avec intrigue.
    - Je me suis rendue compte durant cette étape sur Taris que je n’avais pas été aussi assurée que je le pensais. En vous rencontrant, je n’ai pas seulement compris que j’aurais des ennuis avec la pègre. Le fait de m’en remettre involontairement à quelqu’un comme vous dans ce genre de situation m’a apporté un certain réconfort. Que j’espère continuer d’avoir.
    Legan reste silencieux et attentif, sentant que la jeune guerrière blonde a encore beaucoup à lui dire durant cet instant, et il s’attendait malgré lui à ce que la remarque la plus pertinente lui tombe dessus après tous ces incidents gênants passés.
    - Mais je me suis aussi rendue compte… que vous avez utilisé une arme peu commune dans cette bonne vieille galaxie. Un sabre-laser. Alors je tiens à vous faire part de ma reconnaissance sincère et mon admiration sur les rumeurs qui circulent…
    - J’n’en suis pas un.
    La déclaration spontanée et neutre de Legan, prononcée à la tombée tandis qu’il se remet passablement dans son siège et reporte son attention sur le trajet, laisse un blanc qui a coupé l’élan dans lequel la kiffar s’était emportée. Surprise un court instant, elle reprend de plus belle sur ça.
    - Je ne suis pas sûre de vous comprendre, dit-elle. Il est pourtant évident que vous avez démontré une habilité remarquable devant ces brutes et ces gredins, que ce soit pour les dissuader ou les ralentir dans leur envie de vengeance. Qui d’autre serait en mesure de faire pareille prouesse à travers les innombrables mondes connus si ce n’est…
    - JE N'SUIS PAS UN JEDI !
    Legan, agacé et nerveux au point d’insister avec précision, s’était retourné franchement et se rend compte qu’il vient de faire peur autant à Keyla qu’à son coéquipier R1 en criant. L’expression stupéfaite et angoissée de la jeune fille l’oblige à reprendre son calme pour s’expliquer.
    - Je ne suis ni un chevalier de l’Ordre Jedi ni même un padawan. Si ça avait été le cas, je n’aurais ni ce vaisseau, ni cette liberté de tenue et je serais accompagné d’un membre plus compétent et médiateur.
    Keyla est encore abasourdie par le choc émotionnel de ces mots mais l’explication apportée lui redonne petit à petit la possibilité de s’exprimer à son tour.
    - Mais… Si vous n’êtes pas un Jedi, demande-t-elle perdue, alors qu’est-ce que vous êtes ?
    Le droïde astromech continue de son côté à manœuvrer le vaisseau au travers de l’immensité spatiale tout en prêtant d’une oreille mécanique discrète la conversation entre les deux organiques.
    - Disons qu’il faut me voir comme un genre… d’aspirant chevalier solitaire, lui répond Legan avec franchise et simplicité. Les peuples de la galaxie ont si souvent entendu parler et connu les Jedi et les Sith qu’ils n’ont pas envisagé qu’il existe un autre genre moins visible mais présent. En bref, les utilisateurs de la Force qui ne se sont engagé ni chez les Jedi ni chez les Sith sont désignés sous l’appellation ancestrale de Jenfreeblas, ou « Chevalier Errant » dans le basic galactique standard.
    - Donc si je résume bien, reprend Keyla choquée, vous êtes un utilisateur de la Force errant, sans maître ni ordre, qui parcourt librement la galaxie à sa guise ?
    Le jeune humain de Ganthel reste serein et immobile dans sa posture assise neutre, fixant son interlocutrice sans s’offusquer ni mal réagir, avant de lui répondre avec toute sa franchise.
    - Oui.
    - Mais c’est tout bonnement impossible, lui rétorque Keyla sans hausser le ton. Personne ne peut manier un sabre-laser ni manipuler la Force sans être un Jedi. Et puis, il vous aurait fallu passer par une formation pour vous en servir sans difficulté ni accident. Seuls les Jedi portent des sabre-lasers et peuvent s’en servir librement au sein de la République et de la galaxie…
    - N’importe quel utilisateur de la Force autonome peut réussir à concevoir et manier un sabre, lui répond Legan. Ce n’est pas seulement un symbole de fonction, c’est avant tout une arme. Une extension de l’utilisateur qui s’en sert pour se défendre et défendre autrui. Rien de plus.
    - Je ne peux pas croire que vous ayez réussi à apprendre toutes ces capacités sans avoir été tuteuré par un mentor. Moi-même j’ai du recourir à un vétéran de mon peuple pour acquérir les bases du combat, de la survie et de la vie sociale galactique pour m’en sortir toute seule après.
    - J’apprends par mes propres moyens. Avec ce que je trouve d’utile et de précieux au cours de mes étapes sur certaines planètes. Surtout que j'ai d’étroits liens avec quelques connaissances amicales au sein de l’Église de la Force qui m’assistent dans mes recherches.
    - Vous apprenez sur le tas ? s’exclame Keyla offusquée.
    - Je m’entraîne avec des data-cartes de programme que j’ai déniché dans des ruines sur Al’doleem. Ça ne vaut peut-être pas l’étendue pédagogique des holocrons mais au moins certaines sont suffisamment fournies pour instruire un novice motivé.
    La jeune métisse est tellement chamboulée par cette discussion qu’elle commence à faire les cent pas tout en calmant sa tête ; pour elle, le jeune humain brun n’a aucune idée des risques qu’il prend à exercer le maniement du sabre ou l’usage de pouvoirs sans être répertorié comme Jedi au sein de la République, surtout en cette période de crise froide. Ou bien il le sait mais il est tout simplement fou, ce qui serait le plus probable. Et dire qu’elle pensait rencontrer pour de vrai un authentique Jedi.
    - Je ne suis pas ignorant des risques que je prends, continue Legan en lisant ses pensées. Je n’utilise généralement mon sabre-laser et mes pouvoirs qu’en dernier recours ou quand le besoin est.
    - Et vous pensez que ça vous laisse le droit de continuer à faire comme si de rien n’était ? lui crie Keyla en se retournant vers lui. La République récemment consacrée est en plein démêlé avec une insurrection criminelle d’ampleur. Les Jedi reviennent à nouveau en nombre pour défendre la paix et la justice et vous vous passez votre temps à parcourir l’espace pour faire le samaritain de passage. L’Ordre déchu est encore à sa pleine reconstruction depuis les dernières guerres, qu’est-ce qui vous a empêché de rejoindre leurs rangs pour devenir un des leurs ? De devenir un vrai chevalier ?
    Legan reste silencieux et stoïque devant l’argumentaire de la kiffar, n’affichant aucune expression émotive sur son visage un peu joufflu autre que de la dérision. Et c'est après une minute de blanc que sa dernière réponse met un terme définitif à cette conversation pour lui.
    - Mes raisons n’appartiennent qu’à moi, lui répond-t-il. Elles ne vous concernent même pas.
    Il fait pivoter son siège vers le poste de pilotage du cockpit et se remet à manœuvrer manuellement le chasseur pour se changer les idées, bien qu’il annonce pour compléter :
    - De toute façon, nous avons chacun notre vie et notre voie. Étant donné que nous ne pouvons pas retourner sur Taris avant un bon moment, je vous propose de vous conduire directement là où vous voulez que je vous dépose. Annoncez la couleur et on file à travers les voies hyperspatiales.
    La jeune blonde basanée soupire de détresse et s’assoit lentement dans le siège passager bâbord, les avant-bras ballants sur ses genoux, puis elle se perd dans ses propres pensées. En elle, elle a conscience qu’elle n’aurait pas du poser cette question mais elle voyait mal en quoi un garçon de son âge peut se permettre de jouer les chevaliers errants alors que l’Ordre Jedi est le rempart symbolique officiel de la paix galactique. Les anciens de son clan lui avaient si souvent raconté, lors de veillées traditionnelles, que les Jedi étaient la lumière qui éclairaient les ténèbres depuis le monde est monde, qu’ils avaient la reconnaissance de l’Église et le soutien des peuples libres. Elle n’a jamais entendu parler de « Jenfreeblas », si l’authenticité de ce terme étrange existe. Néanmoins, elle se rend compte que Legan est convaincu et affirmé sur ce qu’il dit, comme s’il avait appris un savoir ancestral que personne d’autre n’avait. Et puis, il a raison de dire que cela ne concerne que lui. C’est sa vie et elle n’en est pas concernée. Toutefois, elle ne peut pas cacher au jeune pilote le bémol qui l’ennuie aussi bien que si ça l’ennuie lui.
    - Inutile de me déposer à ma guise, se résout-elle à dire de détresse, le premier monde en vue me convient parfaitement pour atterrir et m'en aller.
    - Y a un problème ? interroge Legan avec inquiétude, en se tournant un peu vers elle.
    - Eh bien… cette navette T-6 était bien plus qu’un simple vaisseau pour arpenter les étoiles. C’était ma maison, mon repaire. Bref, mon chez-moi. Et maintenant elle n’est plus à cause de ces sales vandales qui me l’ont pulvérisé. Moi qui avait réussie à me débrouiller seule et à m’habituer à cet engin, pour la première fois que ça m’arrive… je ne sais pas où aller. Je n’ai plus de point d’ancrage.
    Cette révélation semble inquiéter davantage le jeune apprenti errant, stupéfait et compatissant.
    - Mais… vous avez au moins votre famille.
    - Ma mère m’a laissée à ma naissance au reste de mon clan pour d’obscures raisons, dit-elle après un long soupir. Seuls mes grands-parents m’ont aidé à vivre normalement jusqu’à leur dernier souffle. Quant à mon père… je ne sais même s’il est toujours en vie. Je ne l’ai pas revu depuis longtemps.
    Les derniers souvenirs qu’elle a de lui sont encore flous et la hantent sous la forme de cauchemars. Ne souhaitant pas y penser, elle détourne légèrement la tête en refoulant sa mémoire. Legan est muet depuis maintenant une minute standard et voit que la jeune kiffar vient de tout perdre hormis son honneur de guerrière et son passe-temps de justicière. Et cela l’amène à une résolution.
    - « On peut toujours prendre un départ nouveau avec ce qu’on a et ce qu’il nous reste », dit-il, c’est mon grand-père qui me disait ça quand j’étais gamin. (Il laisse un petit blanc de suspension.) À combien estimez-vous le nombre de gars que vous avez affronté et envoyé au trou ?
    - Une dizaine environ je crois.
    - Excellent. Je pense que ça ne serait pas de refus de compter un membre supplémentaire à notre voyage. Si le cœur vous en dit.
    Keyla relève aussitôt sa tête et fixe le jeune Kayliburn avec un regard stupéfait et illuminé.
    - Vous… vous voulez bien que je reste ? Vous pensez que je ne vous dérangerais pas ?
    - Je ne suis peut-être qu’un apprenti chevalier autonome en cavale mais je ne dis pas non à un peu de compagnie organique dans ce vaisseau. Sans vouloir te vexer R1.
    L’astromécano feint d’être vexé mais réplique gaiement que plus on est de fous et plus on s’amuse, façon de parler. La métisse blonde affiche un léger sourire de joie sur son visage ravi.
    - Je serais enchantée de vous accompagner dans cette aventure, dit-elle enfin. Même si je suis encore douteuse sur la légalité de votre parcours. (Elle s’arrête un moment pour expirer.) Merci.
    - Non c’est tout naturel Keyla, lui répond Legan en souriant. C’est tout naturel.
    Cette fois il se remet bel et bien devant son poste de navigation et commence à pianoter les commandes pour entamer la suite de la traversée spatiale. Il laisse le temps à Keyla de s’asseoir dans le siège copilote reculé d’un demi-mètre et s’attacher avec le harnais de sécurité puis il lance la mise en route de l’hyperdrive de l’Aile-U sophistiqué.
    - Je peux demander où nous allons.
    - On rentre chez nous R1 et moi pour un peu de temps calme.
    - Nous allons donc sur Ganthel ?
    - Non, lui répond Legan enjoué. Dans notre repaire secret.
    Il abaisse immédiatement le levier à sa droite et voilà le Sirknight Pegasus reparti dans une nouvelle traversée hyperspatiale dans les confins galactiques.

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    Chapitre 8

                   L’espace ténébreux et nébuleux de la planète Malachor, dont la lueur médiocre de l’astre solaire ne permet que peu de rayonnement sur sa surface infertile, est envahi par une petite armada de frégates interstellaires de classe Interceptor modernisée et quelques chasseurs Strike en patrouille. Une petite dizaine qui entoure stratégiquement le cuirassé Resurgent qu’est le Sinistros et dont une longue aura de négativité englobe dans ses flux invisibles. Et pendant que les équipages et résidents de l’armada veillent à leur devoir militaire au sein du Soleil Noir, il y en a d’autres qui sont occupés à des séances différentes. Des séances qui demandent de la concentration et du contrôle interne pour des initiés d’excellence.
    L’une des particularités de ce grand vaisseau est de s’être vu convertir certaines pièces et niveaux pour convenir à une classe supérieure de résidents que sont les dignitaires du syndicat et leur cercle interne. Dans une large salle circulaire d’entraînement, au beau milieu du parquet et plongé dans le silence de la solitude, un jeune homme en entraînement reste immobile et concentré dans sa position en conservant ses paupières closes. Le buste légèrement dénudé, sa tête ovale aux traits durs et au crâne rasé, il reste dans sa posture pendant longtemps et canalise en lui les flux psychiques en lui. Si de l’extérieur tout semble calme, son fort intérieur est un début de tempête car une colère forte et une rage stagnante bouillonnent en lui durant sa méditation. Et bien qu’il semble souffrir, il ne le montre pas et laisse ses émotions le brûler de l’intérieur. Tel un feu qui s’auto-alimente.
    Un frottement d’air dans les environs ne le perturbe pas tant que ça. Ce n’est qu’au moment où la présence est assez proche qu’il ouvre aussitôt, dévoilant son regard empli de colère froide, et tracte à lui son arme en lévitation pour le récupérer en main. Le jeune homme se redresse et pivote en quelques secondes, dégainant la lame rétractable principale de son vibrosabre à garde-croisée pour parer celle d’un autre sabre similaire. La jeune fille qui lui sert d’adversaire enchaîne d’autres frappes, cherchant à viser les points sensibles des membres, mais il manie son arme avec autant de souplesse qu’elle et parvient même à anticiper ses motivations. Les deux duellistes continuent leur échange sauvage pendant un long moment, attaquant et défendant l’un contre l’autre sans avoir le dessus, puis les croisements en bras-de-fer viennent plus souvent. Un saut en guise d’esquive par-ci. Un salto gauche par-là. Le jeune homme tend subitement son bras libre et use de son brassards de combat pour déployer une onde de choc télékinétique, balayant la jeune escrimeuse vers un coin de mur où elle se cogne. Il en profite pour la désarmer de son sabre puis il s’approche lentement vers elle en pointant sa lame de phrik menaçante.
    - Je t’ai encore une fois vaincu, lui dit-il dans un ton vainqueur.
    - Je me tiendrais un peu plus sur mes gardes la prochaine fois, lui rétorque la jeune fille. Je parviendrais à te surprendre, que tu t’y attendes ou non Karn.
    - Tu auras beau essayer, je parviens toujours à percer tes défenses. Tu devrais mieux canaliser ta colère Slannya. Et la déverser sur ton adversaire de manière imprévisible.
    - Tu as beau être un des meilleurs parmi nous, tu restes quand même un disciple. Je n’ai rien à apprendre de ta part, mon frère.
    Karn change de position et ouvre sa paume gauche en tendant son bras. La jeune adepte se fait saisir vers lui brusquement et se retrouve presque collé contre lui ; il lui enserre puissamment la taille, passant une main derrière ses longs cheveux d’ébène et croise intensément son regard dans le sien.
    - Tu sais pertinemment ce qui arrive, siffle d’arrogance Karn, quand on me défit. Il y a des leçons auxquelles la souffrance causée par la rage peut t’arracher des supplices jusqu’au tréfonds de l’âme. Cesse donc de me provoquer si tu tiens à ta vie… ma sœur.
    - Tu es écumant de colère, marmonne-t-elle narquoise. Comme toujours.
    Les lèvres se rapprochent et se collent les unes contre les autres, mélangeant leur passion dans un corps-à-corps brutal et provocateur. Bien que se considérant comme frère et sœur sur le plan socio-psychique, le jeune chasseur de Jedi s’est entiché de cette fille au tempérament malicieux et ne rate pas une occasion pour chercher à la soumettre tout en résistant à ses tentatives passionnelles. Ils viennent à peine de commencer que d’autres présences signalent leur apparition dans la salle. Karn relâche sa camarade en délaissant son bras gauche et il se tourne pour faire face à ses autres frères et sœurs de combat, dont la combinaison sombre de chasseur standardisée est revêtue par tous. Cinq seulement sont venus le voir, humains comme aliens, et seul le lunatique falleen fait quelques pas de plus vers lui en croisant des bras dans son dos.
    - J’imagine que j’arrive au mauvais moment.
    - Épargnez-moi vos remarques Sphynz, gronde Karn, et venez-en aux faits.
    - Tu devrais d’abord mesurer l’ampleur de ta colère, lui répond Sphynz avec froideur. Le Collectif te convoquent dans leur salle d’observation privée.
    - Je m’y rends de suite.
    - Bien. Slannya, tu devrais continuer de t’entraîner en attendant. Pour compenser cette interruption.
    La jeune humaine à la chevelure noire serre les dents de mécontentement puis elle se détourne pour tracter télékinétiquement de son brassard-émetteur son vibrosabre puis lancer un programme de bataille pour débuter. Karn, quant à lui, vient de ramasser ses affaires et suit les autres dans le corridor sombre pour quitter la salle.

    Il lui fallut un moment pour revêtir sa combinaison noire de combat, inspirée des armures de fonction des troopers de la Purge avec quelques touches artistiques pour en faire une tenue plus légère que l'originale. Une tenue en plastoïde d’un noir profond et gravée de motifs tribaux, qui pourrait aussi bien symboliser la force de son porteur et sa distinction au sein du syndicat. Cette armure standardisée par les chasseurs du Soleil Noir, dont l’emblème orne chaque épaule, est une seconde peau pour Karn. S’avançant dans le grand corridor menant à la chambre d’observation, où une vingtaine de gardes forment une haie d’honneur ou de protection, il finit par arriver à la salle en question et franchit l’entrée aux quatre battants formant une large ouverture losange en croissance. Il continue de s’avancer de quelques pas, foulant le sol lisse et sobre de cette chambre d’observatoire où des sièges luxueux dans des teintes dégradées de noir sont occupés par les membres dirigeants du syndicat et d’autres. Karn ralentit l’allure puis il se met un genou à terre.
    - Quels sont vos ordres, dit-il tête penchée, messeigneurs ?
    - Nous t’avons convoqués Karn pour une tâche, lui répond Salazar, qui demandent de la puissance et de l’endurance à tous obstacles. Nous aurions pu nous contenter d’envoyer d’autres soldats ou agents faire cette besogne… mais le risque d’échec est aussi probable que celui de la réussite.
    - Cette mission demande d’être exécutée avec précision, ajoute un dignitaire kage, ce qui nous oblige à envoyer un de nos propres chasseurs pour n’obtenir qu’un meilleur résultat.
    Karn sent que la tension de ses maîtres est palpable et que la teneur du discours démontre que le sujet de cette tâche est impératif ; la colère et la passion du combattant ne fait que grandir.
    - Qui dois-je massacrer, demande-t-il ravi, ou détruire pour prouver votre grandeur ?
    - Il ne s’agit pas d’une bataille habituelle, dit un autre dignitaire.
    - Comment, s’étonne Karn perdu en redressant la tête. Dans ce cas, de quoi s’agit-il au juste ?
    - Nous avons tout particulièrement un électron gênant dans l’accomplissement de nos projets, lui indique Salazar. Pour ne pas dire… un potentiel chevalier en puissance.
    Le guerrier comprend aussitôt que son rôle attendu n’est pas aussi satisfaisant qu'il ne le voulait. Il a pendant longtemps été envoyé en première ligne pour les Néo-Séparatistes, avec ses confrères et consœurs, pour batailler contre cette République faible et pitoyable et leurs défenseurs Jedi ; il se sent plus fort et plus rassasié dans le massacre de ces chevaliers soi-disant légendaires et le fracas des armes sur les adversaires qui tombent sur ses pieds. Mais là… on lui demande d’aller faire une commission indigne de sa philosophie de vie et de son rôle au sein de l'archi-syndicat.
    - D’autres que moi sont plus qualifiés pour ça…
    - Ne nous réponds pas aussi rudement Karn, l’avertit Salazar. Tu fais partie de nos meilleures lames et nous te demandons d’accomplir une mission qui demande bien plus qu’un meurtre. Un jeune garçon nous a devancés en mettant la main sur un cristal particulièrement important pour notre Collectif. À l’heure qu’il est, il doit s’en servir pour lui-même et d’autres dans cette galaxie. Une telle relique entre ses mains est un affront à notre but. Il ne doit pas utiliser ce cristal pour davantage soutenir les efforts de la République contre notre cause.
    - Donnez-moi un nom, dit modérément Karn, et je traquerais son emplacement.
    Le dignitaire humain qui lui sert de principal interlocuteur se redresse de son siège et vient se placer à quelques pas de lui, bras croisés dans le dos et le regardant avec hauteur et expression hautaine.
    - Un jeune humain, reprend Salazar, qui se prénomme Legan Kayliburn. Il fait certainement partie de ses rares individus qui détiennent la voie de la chevalerie par le vagabondage.
    Karn sait à présent ce que cela veut dire et sourit méchamment dans son esprit. Il veut toutefois entendre son seigneur le lui ordonner de manière plus formelle.
    - Tu vas le traquer dans toute la galaxie, chercher tous ceux qui lui sont proches pour les interroger, le trouver où qu’il soit. Tu lui prendras le cristal… et tu le tueras.
    - Je ne vous décevrais pas, fait-t-il en baissant de nouveau la tête, messeigneurs.
    Salazar s’avance d’un peu près et se place d’une posture plus dominante sur le jeune chasseur.
    - Tâche de ne laisser aucun témoin. Je ne veux pas que les Jedi se doutent de quelque chose.
    Karn fait savoir qu’il a comprit puis il se recule afin de mieux se présenter aux dignitaires, qui lui indiquent qu’il peut se retirer, et il tourne enfin les talons pour se diriger vers son prochain objectif.
    Qui que soit ce Legan Kayliburn, il est déjà mort avant même d’avoir pu manier un sabre-laser.


              On dit bien souvent que les rues et avenues de la planète-capitale Coruscant sont devenues plus resplendissantes et vivables depuis que l’aménagement d’espaces verts et naturels s’est réalisé dans les districts généraux et moyens de la grande Galactic City, rendant l’atmosphère bien plus propre et les humeurs des habitants bien moins négatives malgré que la forte population continue d’aller-et-venir dans cette monotonie sociétale telle une ruche inaltérée. On dit même que les anciennes usines et industries des secteurs périphériques se sont vues remplacées par quelques-uns de ces grands parcs naturels où d’autres gratte-ciels bâtis pour la surpopulation donnent un goût de vivre aussi agréable que sur la si charmante Bellassa. Mais surtout, le grand quartier du Temple s’est vu réaménager des aires naturelles et protégées pour démontrer l’harmonie qui règne.
    Le Temple Jedi de Coruscant, magnifique édifice unique dont la forme et l’architecture n’ont pas changées depuis des millénaires passés, peut offrir un spectacle artistique et philosophique aux quelques résidents des gigantesques tours qui bordent le grand carré spacieux et parqué de l’aire. Rien que de contempler de plus près les cinq flèches encore debout n’apporte qu’un sentiment de sureté et de plénitude pour la plupart des habitants du Noyau. Pour d’autres qui viennent de mondes lointains de régions périphériques, c’est une toile auréolé de mystères et de mythes.
    Aurora reste encore quelques heures devant la baie vitrée de son salon, assise dans son coin habituel sur le grand sofa, et alterne entre consulter les différentes informations sur l’HoloNet de l’écran large télévisé, observer à travers la vitre le monument de l’Ordre bien dressé ou encore son communicateur holographique avec attente. Elle garde près d’elle son appareil dans l’attente d’un coup de fil ou d’un message. Elle espère encore et toujours qu’il va l’appeler.
    Alors que les commentateurs de l’HoloNet continuent de parler de l’actualité sur les tensions provoquées par les cartels dans les périphéries de la galaxie, la porte coulissante à double battant de l’entrée s’ouvre et laisse franchir l’homme de la maison dans son uniforme de haut-général qui dépose sur le seuil son paquetage habituel puis parcourt le sol de manière plus détendue.
    - Tu rentres bien tôt aujourd’hui, lui fait remarquer Aurora sans quitter des yeux les infos.
    - Le Haut-Commandement n’a fait que s’entretenir sur l’évolution de la situation, lui répond Persée. Poe Dameron nous a ensuite laisser quitter le service plus tôt pour que demain soit un autre jour.
    - Quand tu annonces ça, cela veut dire que tu vas partir pour longtemps.
    Persée termine de déposer sa veste militaire qu’il s’est dévêtue sur le porte-manteau puis il rejoint calmement sa femme vers le sofa, où elle est encore assise de manière allongée de biais sur le siège et les jambes repliées. Il s’approche d’elle pour venir lui déposer un baiser.
    - Je ne serais absent que pour quelques jours, ma chérie. Tu sais que tu n’as pas à t’en faire.
    - J’en ai l’habitude je sais. C’est pourtant ça qui me chagrine, de devoir faire comme si c’était naturel alors qu’une nouvelle guerre résonne à nos portes.
    - Il ne s’agit pas d’une guerre Aurora. Nous faisons face à une sécession criminelle.
    - Pour moi c’est comme si nous étions en guerre. Tu as quelque chose à me dire ?
    Persée vient se placer sur le siège de sofa et s’installe tout en incitant Aurora à venir près de lui ; elle se déloge peu de sa place et de poste contre son mari, profitant de son bras gauche protecteur.
    - Je me disais qu’on pourrait profiter de ce soir, continu-t-il, pour aller dîner dans un endroit chic. Histoire d’être en tête à tête tous les deux. Sinon, j’ai quelques amis de mon service qui m’ont invité à prendre un repas collectif pour nous réunir ensemble avant le départ. Qu’est-ce tu préfères ?
    - Je n’ai pas vraiment la tête à sortir de chez moi, lui répond-t-elle.
    - Un peu d’air et de convivialité te ferait pourtant le plus grand bien. Tu auras l’occasion de passer du bon temps et de discuter de tout et de rien avec tes amies…
    - Legan me manque énormément.
    Un grand silence tombe dans la pièce, répondant à la remarque émise par la jeune femme. Le haut-général reste muet dans son paragraphe interrompu et soupire de lassitude.
    - Je ne sais pas quoi te dire.
    - Je m’en doute Persée, dit-elle en se redressant pour le fixer. À chaque fois que j’en parle, tu évites le sujet. Tu tiens plus d’importance à ce qui se passe dans l’intérieur de la République et dans la galaxie qu’à ce qui arrive à ta famille. Jamais tu ne fais un geste ou dit un mot à son sujet.
    - Aurora, on n’en a déjà parlé.
    - L’avenir de la République te préoccupe plus que l’état actuel de ton propre fils. Toute la journée j’ai patienté à recevoir ne serait-ce qu’un appel de sa part, j’ai consultée l’HoloNet en priant la Force que son nom ne figurerait pas dans les listes de victimes. Tu n’as pas conscience de ce que je ressens depuis le jour où il a quitté la maison. Depuis ce jour où son grand-père est mort.
    - J’ai des devoirs et des obligations, lui rétorque Persée. Mon poste de commandeur du Corps de Sécurité ne me permet pas de relâcher aussi facilement pour me consacrer à retrouver Legan.
    - Mais il s’agit de ton fils ! Ton unique enfant !
    Des larmes commencent à humidifier à grosses gouttes les paupières d’Aurora, l’entraînant dans des pleurs mélancoliques. Persée se précipite pour l’enlacer contre lui et la consoler, conscient qu’il aurait mieux fait de réfléchir à ses obligations et l’avenir de sa propre famille. Tout en se laissant bercer par la tendresse coupable de son mari, Aurora se confesse entre quelques pleurs.
    - Je veux revoir mon bébé. Je veux revoir mon petit garçon.
    - Je sais, calme-toi. Chut, là.
    Le couple s’accorde un moment calme pour apaiser l’ambiance, l’une encore désolée par cette triste réalité et l’autre enfermé dans ses pensées. Un regard vers l’extérieur, où la silhouette du Temple se dessine encore malgré la tombée du crépuscule, ne peut que lui rappeler le pourquoi de la fugue de son fils. Mais à l’heure qu’il est, il est certainement éparpillé aux quatre coins de la galaxie pour se mettre en quête de son propre héritage. Dire qu’il pensait en faire un soldat comme lui…
    - J’espère qu’il ne s’est pas embarqué, pense-t-il à voix basse, dans une mauvaise situation.

    Ce message a été modifié par galen-starkyler le mercredi 27 mai 2020 - 14:42

    samedi 04 mai 2019 - 15:04 Modification Admin Réaction Permalien

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    Kinsa-Talik

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    Hé bien, on dirait bien que Legan a des ennuis ! Le fait qu'il finisse par faire équipe à long terme avec Kyra était plutôt prévisible, mais pour le coup on se dit que l'histoire a vraiment commencé : les pions sont mis en place, et on se demande bien comment les deux vont faire pour s'en sortir^^

    samedi 04 mai 2019 - 21:29 Modification Admin Réaction Permalien

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    Chapitre 9

                 Le chasseur lourd Aile-U quitte en toute sûreté son arrivée en traversée hyperspatiale puis il navigue tendrement dans l’immensité sombre et constellée d’astres moyens allant d’un blanc magmatique à un bleu brûlant, qui composent cette région profonde et mystérieuse que l’on surnomme par pure fantaisie le « centre brillant de la galaxie ». La réalité dépeinte est tout autre car le Noyau Galactique est un espace aussi dangereux et peu exploré que les confins extérieurs, il est devenu difficile de le franchir prudemment à cause de la présence de trous noirs mineurs et d’orages magnétiques turbulents ; les quelques recherches et explorations faites dans un tel conglomérat d’étoiles lointaines et de pièges spatiaux ont néanmoins permis de relever avec le temps l’existence de planètes diverses et habitables où des espèces proche-humaines sont apparues et développées dans une poussée de civilisation ni plus ni moins « équilibrée » entre niveau technologique moyen et rudesse primitive. Une poignée de mondes sont connus grâce à ses explorations du passé, le reste encore bien imposant est inconnu de la population galactique. Certains de ses secrets sont toutefois connus par des personnages mythiques de l’histoire pour leur connaissance à bon escient.

    Ainsi, le Sirknight Pegasus traverse à allure normale les flots spatiaux pour atteindre une planète tellurique tempérée, d’une forme parfaitement sphérique et constituée d’une hydrométrie peu inférieure à la moyenne pour laisser la moitié terrestre recouvrir sa superficie. Une planète isolée, entourée d’un gigantesque anneau de roches flottantes en apesanteurs et serrées presque les unes contre les autres. Son emplacement pourtant flagrant à quelques parsecs de l’espace civilisé de ses mondes archi-connus est contrebalancé par un phénomène qui lui est propre et idéal à son calme.
    Legan continue de se concentrer dans sa manœuvre d’astrogation, aidé son ami astromécano pour les réglages les plus ardus pour le passage en orbite, tandis que Kyra s’approche un peu plus dans le cockpit pour fixer à travers la vitre de transpacier leur destination toute proche.
    - Je n’ai jamais vu cette planète, dit-elle intriguée. Elle ne figure sur aucune des cartes et ordinateurs de bord que j’ai utilisé au cours de mes recherches et traversées. Elle n’apparaît même pas sur votre écran d’ordinateur de bord, c’est étrange.
    - C’est pourtant ce qui fait un de ses charmes et de ses atouts, lui répond Legan un sourire en coin. Ça évite que des personnes malintentionnées viennent s’y rendre pour troubler sa quiétude et ses mystères naturels. Et puis, il faut être sensible à la Force et bien calibré avec elle pour trouver ce lieu.
    - Vous pouvez donc me dire ce qu’est ce monde nouveau ?
    - C’est Auragæto, une planète harmonieuse et mystérieuse qui fut préservée et ignorée du reste de la galaxie, à l'exception de très rares utilisateurs de la Force qui avaient senti son existence et s'y étaient établis dans le plus grand secret. Cette planète présente une surface très diversifiée, alternant collines rocheuses, océans peu profonds et forêts tempérées mixtes. Un monde d'une grand beauté et à l'environnement préservé, où des centaines d’espèces sauvages continuent de vivre sans crainte ni ignorance. Si cette planète a pu rester en retrait de tout radar et senseur depuis de longues décennies, c’est grâce aux champs magnétiques de sa roche terrestre et de son anneau.
    - Comment vous êtes parvenu à vous y rendre alors, interroge Kyra.
    - Je vous expliquerais ça plus tard, lui répond Legan. Il faut d’abord qu’on arrive à pénétrer le champ magnétique naturel en toute douceur, si on ne veut pas avoir de soucis à l’atterrissage.
    Une autre particularité de ce champ magnétique est d’être si pesante dans l’orbite de la planète, notamment avec les astéroïdes de l’anneau, que le franchir est rude sans se faire écraser ou immobiliser entre deux roches à force égale. Legan serre fortement son guidon de manœuvre en faisant passer de biais ou en pirouette son vaisseau entre les quelques astéroïdes qui passent sur son chemin ; le droïde astromécano s’assure de l’état du vaisseau tout en surveillant l’arrivée de rochers flottants plus denses en champ magnétique. C’est après quelques galipettes peu acrobatiques que le chasseur Aile-U a passé l’anneau et fonce en ligne droite vers la surface de la planète.
    Le chasseur et son équipage se rendent directement vers la région méridienne de l’hémisphère nord, survolant une grande mer de caduques et confères bien verts, de plaines herbeuses et de collines émergentes. Des troupeaux de tendres herbivores galopent entre les bois et les pâturages tandis que les quelques carnivores se déplacent pour changer de territoire à la saison. Une heure de traversée dans le ciel suffit pour rejoindre une immense plaine entourée de collines et bas-plateaux, où un lac pur et miroitant vient compléter ce tableau naturel malgré les quelques traces de civilisation.
    - Nous arrivons, fait Legan à sa nouvelle camarade, regardez.
    Un gigantesque édifice d’architecture ancienne se dresse en bordure du lac, au cœur de cette plaine et entouré par quelques bâtiments de même forme mais en bien plus petit. Son apparence extérieure fait immédiatement écho à la jeune kiffar qui reconnaît sans mal malgré les différences.
    - C’est merveilleux et incroyable, fait Kyra en découvrant l’édifice. On dirait un des temples massassi de la quatrième lune de Yavin, avec des matériaux différents et une allure plus noble et linéaire. Comme on souhaitait en faire un autre temple Jedi que celui sur Coruscant.
    - R1, demande Legan, est-ce que tu perçois des communications étrangères dans les environs ?
    R1-P1 lui répond qu’aucune forme de communication humaine ou alien ne lui parvient à ses capteurs, couplés avec le sonar intégré du chasseur pour amplifier ses recherches. Tout ce qu’il entend, ce sont les cris et bramements des animaux résidents de la planète. Pour Legan, c’est assez bon signe car il ajoute à cette constatation…
    - De mon côté je ne perçois aucune forme de vie autre que animale. On peut donc en conclure que personne n’a approché la base pendant notre absence et c’est tant mieux.
    - Je suis impatiente de voir l’intérieur d’un tel monument, fait Kyra.
    Il a fallu environ un quart d’heure pour que le Sirknight Pegasus se pose sur l’aire vide et plane qui se trouve devant l’entrée large du bâtiment qui donne sur un seul hangar disponible. Les trépieds sortis et posés sur le sol recouvert de ciment artisanal durable, le vaisseau est à l’abri dans son espace confiné à ses semblables et son équipage peut enfin descendre. Il y a premièrement un temps pour décharger les quelques provisions de trop, pour ensuite les ranger dans une réserve aménagée dans une partie du hangar puis il y a secondement le temps pour se rendre dans les quartiers de confort aux premier et second étage du grand édifice. La jeune fille suit les deux résidents des lieux pour qu’ils la guident dans ce dédale de pièces autrefois habitées.
    - Vous devez vous sentir seul, fait-elle savoir au jeune brun, à vivre dans un bâtiment de cette taille.
    - J’ai pris l’habitude de passer mes journées ici, lui répond Legan avec neutralité. Même si je suis à ce jour le seul humain qui réside ici et que ses occupants initiaux ont pratiquement tous disparus, vivre dans le Temple Empyréen est une petite aventure dans une plus grande.
    - Alors ce lieu… s’appelle le Temple Empyréen ?
    - Les anciens habitants l’appelaient aussi la Maison-Sanctuaire de l’Ordre, pour désigner le séjour où vivaient et se rassemblaient en communauté ces utilisateurs de la Force venus s’établir. Et ça bien avant que les Jedi ne commencent à émerger.
    Le trio entre enfin par une porte à double battant coulissant, déverrouillée par une carte-clé aussi ancienne que le dispositif, et ils pénètrent dans une immense salle circulaire et au plafond en dôme, d’une circonférence de six mètres sur une hauteur de cinq et demi depuis le pôle dudit dôme. Legan laisse le soin à Kyra de regarder avec émerveillement la salle entièrement conservée : ses murs blancs nacre devenu un peu praliné, son sol au carrelage décagonal fait en un marbre bleu cobalt rudimentaire mais bien lisse et tout la voute peinte de manière à représenter le ciel avec les étoiles mais aussi des silhouettes qu’elle ne reconnait pas malgré qu’elle soit allée à l’école. La pièce est meublée de grandes tables rondes avec de longues banquettes murales, des placards incrustés au mur, une double bibliothèque à la façade rongée par le temps et l’humidité ambiante, quelques plantes communes et bien vertes dans des recoins et puis un petit espace de restauration-cuisine.
    - Vous voici dans l’une des principales pièces du temple, lui dit Legan. La salle commune, où l’on peut passer un bon moment tranquille tout comme on peut prendre un bon repas.
    - Quelles sont les autres pièces, lui demande-t-elle.
    - Si ça vous tente je vous fais une visite intégrale.
    - Je veux bien merci.
    Laissant le droïde R1-P1 s’atteler à différentes tâches de mécano, les deux jeunes humains vont de couloir en couloir, de pièce en pièce et d’étage en étage pour une visite des particularités du temple. Legan mène la kiffar blonde vers les autres pièces du premier étage, où leur usage était auparavant à l’étude et à l’entraînement des aptitudes de la Force ou du maniement d’armes. D’autres cellules servaient pour les activités libres, le bricolage ou la méditation. L’éclairage de ces cellules était aussi bien artificiel, avec l’emploi de pierres phosphorescentes que l’on trouvait sur la planète, que naturel avec une large lucarne rectiligne au centre du mur du fond où la lumière du jour passe. Ils montent ensuite à l’étage suivant par un escalier taillé entre deux murs et la visite reprend, avec les mêmes pièces mais pour des utilités différentes. Les cellules du second étage était réservées pour les membres les plus accomplis, où ces derniers s’attelaient à des tâches complexes comme la contemplation du continuum, les échanges philosophiques, le développement de la médecine et aussi le peaufinage des arts guerriers propres à l’ordre. Pour Kyra, c’était comme si on lui montrait là où les précurseurs de l’Ordre Jedi avaient commencé mais Legan lui indiqua que les habitants du Temple Empyréen avait un point de vue bien plus concret et profond que les Jedi.
    - La planète Auragæto est un monde unique en son genre parce qu’il possède une puissante connexion avec la Force intégrale. Toute sa masse et sa superficie, son environnement et sa faune ont le privilège d’être dans l’équilibre entre la lumière et l'obscurité, sans faire pencher la balance vers un côté ou vers l'autre.
    - En quoi cette particularité de la planète influence-t-elle sur les prémices des Jedi ?
    - Mon grand-père me disait que c’est ici, il y a des éons de cela, qu’une grande poignée de nos ancêtres diverses ont fait pour la première fois la rencontre des Whills. Ce peuple légendaire dont Auragæto est un des berceaux qui les a vus naître, à l’instar de la planète des midi-chloriens.
    - C’est totalement incroyable…
    Le jeune humain brun continue sa visite vers la grande salle de l’étage, prévoyant de marquer une pause de son activité bénévole au vu de l’heure et de ses propres projets. La pièce circulaire, placée au centre de l’étage en prenant une moitié proportionnelle, est aussi construite avec un plafond de voûte avec, cette fois, une représentation artistique et richement décorée d’un millier d’êtres anthropomorphiques très grands, très blancs et sans expression sous leurs manteaux de bure ; il compose une assemblée uniforme, en trois cercles superposés les uns aux autres, tandis que leurs mains à six doigts préhensibles forment une croix devant leur poitrine. Au centre de la voûte, il y apparaît le même emblème mystique avec ses deux grandes ailes déployées en cercle, entourant deux pointes symétriques et une étoile à huit branches ; le symbole est toutefois accompagné d’une palette de teintes distinctives, avec un jaune platine pour l’étoile et les ailes d’une teinte opposée de gris argent chacune. Cette pièce accueille en son sein une dizaine de piédestaux sobres et de meubles lourds où des œuvres d’art et autres trouvailles archéologiques reposent.
    - Je n’avais pas en tête qu’il y aura un musée ici, se moque la jeune fille.
    - Disons que c’est plus une chambre pour entreposer les souvenirs, lui répond le jeune homme. Tout ce qui est ici appartient à un passé très lointain et contiennent des secrets trop lourds à laisser errer.
    - J’y repense maintenant… Je voudrais vous demander comment vous avez pu trouver cette planète mystérieuse, savoir autant de choses à son sujet et ramener autant d’artéfacts.
    Legan reste silencieux un long moment, croisant son regard passif et méditatif sur le sien, puis il s’avance directement vers le fond tout en faisant un geste compréhensif.
    - Venez, je vais vous montrer quelque chose.
    Il dépasse les quelques socles haut où des reliques diverses et variées se trouvent, témoignages de cultures et visions de la Force, puis il s’arrête en fixant des yeux levés le pan du mur de fond. La jeune kiffar le rejoint et elle voit comme lui deux choses : premièrement deux bannières azure, rouge et or où un curieux emblème ressort, moitié rebelle moitié impérial, et secondement elles encadrent des deux côtés un grand tableau accroché solidement au mur. Un portait collectif, fait à partir d’une photo holographique tout-en-couleurs, où un petit groupe de jeunes personnes sont en rang.
    - Regardez donc ce tableau, annonce Legan en levant de la main.
    - J’aurais dit sur le coup que c’est vous, lui dit Kyra en regardant le jeune homme du milieu, mais il a l’air plus vieux et plus grand que vous. Avec des joues et pommettes plus creuses.
    - Qu’est-ce que vous en déduisez alors ?
    - C’est quelqu’un qui vous ressemble. Qui est-ce ?
    Legan rigole en silence en se doutant que la question tomberait.
    - Autant faire les présentations, au point où en est. C’est mon grand-père paternel, mon guide et mon héros d’enfance. Le Chevalier Pol Kayliburn.
    - C’est votre grand-père ?! Il vous ressemble presque comme deux gouttes d’eau.
    - Oui, c’est un trait de famille qu’il m’a laissé.
    La représentation sur le tableau montre en avant les traits identiques entre le grand-père dans sa jeunesse et le petit-fils : seuls la teinte plus claire des cheveux et la forme légèrement plus creuse le différencie de son junior. Kyra s’attarde sur certains détails visibles comme un manche de sabre.
    - Je vois un sabre sur son flanc gauche.
    - C’est le sabre-laser qu’il s’est fabriqué durant son aventure de jeunesse. Une étape qu’il a effectuée malgré que rien ni personne ne le rattachait à la doctrine Jedi.
    Ils restent un moment silencieux en regardant le portrait holographique puis…
    - Je suppose que c’est votre grand-père qui vous a transmis tout ça.
    - C’est l’héritage de toute une vie qu’il a laissé ici, lui répond Legan avec une pointe de mélancolie. L’homme que vous voyez là fait partie de ces personnes anonymes qui ressentaient la Force durant la montée en puissance de l’Empire Galactique.
    " Pol Kayliburn était l’enfant unique d’un couple de partisans pro-républicains, le père œuvrant comme capitaine-navigateur et la mère comme officière de santé. Vivre au gré des courants spatiaux pour aider l’Ancienne République, soutenir l’effort de guerre bénévolement, mettre à profit leur expérience personnelle de la galaxie, voilà ce qu’était leur vie et leur raison d’être. Et quand l’Ordre Nouveau fut proclamé et les Jedi accusés de trahison, ils ont été obligés de se faire oublier quelques temps pour leur éviter de traiter avec ce régime odieux. La paix et la routine aurait pu continuer pour eux… s’il n’avait découvert que leur fils était le seul enfant de sa famille à être choisi comme utilisateur de la Force. Ils ont tout fait pour continuer leur vie en dissimulant la vérité précoce de leur enfant mais ils furent bientôt rattrapés de court par l’Empire et ses terribles agents. C’est au cours d’un abordage spatial que Pol s’est séparé obligatoirement de ses parents, ceux-ci l’envoyant en capsule de sauvetage pour l’éloigner de ses assassins. La dernière chose qu’il vit… c’est sa mère en pleurs, empalée par une lame rouge de sabre. Pol s’est ensuite retrouvé seul, livré à lui-même à ses dix ans, et il a passé toute son adolescence dans l’environnement modeste de Commenor à se débrouiller et à se découvrir. En prenant compte qu’il était un utilisateur de la Force, sans savoir vraiment ce qu’elle était, il prit la décision de se servir de ce pouvoir pour améliorer sa vie et résoudre les conflits autour de lui, découvrant la vile nature de l’Empire Galactique. Pour lui, ce grand pouvoir offert impliquait de grandes responsabilités. "
    - Il est donc devenu un utilisateur indépendant de la Force, n’est-ce pas ?
    - Il était devenu un jeune utilisateur qui ne souhaitait que trois choses : survivre, apprendre et aider. Il a passé quelques années sur la planète où il s’est échoué pour s’en sortir dans la société, tout en explorant les possibilités que la Force lui donnait. Une fois qu’il s’est emparé d’un prototype de vaisseau en essai, il s’est lancé dans une croisade d’apprentissage pour mieux connaître et maîtriser sa nature. De planète en planète, de culture en culture, d’épreuves en conflits, Pol Kayliburn avait pris un chemin similaire à ceux des chevaliers de l’Ordre déchu mais sans s’attacher à leur dogme.
    Le jeune brun s’approche un peu plus du tableau et en effleure presque l’image holographique projeté entre le cadre spécifique. Il observe le visage de son aïeul puis ceux des autres.
    - C’est au cours de son aventure, à chercher différents moyens de renforcer son apprentissage et son combat contre l’Empire qu’il a fait la rencontre d’autres utilisateurs. D’autres individus avec des passés, des modes de vie et des fonctionnements différents mais leurs motivations se rapprochaient. C’est ensemble qu’ils ont parcouru la galaxie pour sauver des vies, secourir les plus démunis, chercher les fragments disséminés d’un mythe déchiré et combattre un régime machiavélique tyrannique. C’est au commencement de la guerre civile qu’ils ont donné naissance à une bande de jeunes héritiers indépendants de la Force, menant leur guerre contre le Côté obscur dominant.
    Il reste les yeux rivés sur le tableau, conservant un regard immobile sur ces sept jeunes amis réunis : son grand-père autrefois gardien solitaire et altruiste, entouré de sa grand-mère à sa droite qui était une sentinelle victime d’une société décadente et de son meilleur ami, un errant féru d’exploration. Les autres avaient aussi des carrières et des origines atypiques mais ils s’entendaient tous bien.
    - Sans vouloir être indiscrète ou mal élevée, lui dit Kyra, mais à quel groupe appartenaient-ils ?
    - Ils étaient autrefois, lui dit Legan en la regardant avec fierté, ceux que l’on appelait…
    Il marque une pause de quelques secondes, chassant le peu de chagrin restant, et termine.
    - Les Akatedi, ou Chevaliers de l’Équilibre.

    P.S. : Ce chapitre sert de raccord avec une prochaine fanfic que je compte écrire, basée sur le système de jeu de rôle Force et Destinée dont j'ai le livre de règles. Si vous êtes intéressés, dites-le moi.

    Ce message a été modifié par galen-starkyler le mardi 11 juin 2019 - 12:55
    Ce message a été modifié par galen-starkyler le dimanche 26 janvier 2020 - 11:17

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    Chapitre 10    
                   C’est dans un léger silence que la chambre aux souvenirs du Temple Empyréen se replonge après que le jeune Legan ait marqué une pause dans son récit sur son grand-père. La blonde kiffar observe attentivement les personnes représentées sur la grande image holographique qui est encadrée dans le tableau puis elle fixe à nouveau son interlocuteur et guide.
    - Ne le prenez pas mal Legan mais…, lui dit-elle, je n’ai pas entendu parler d’eux.
    - C’est un peu normal, lui répond le jeune humain, ils ont décidé de se faire un peu oublier après que la Guerre Civile Galactique s’est terminée. Et puis, chacun commençait à vouloir reprendre une vie normale loin de tous conflits, lassés par tout ce qu’ils ont du enduré durant le règne impérial.
    Kyra voit de quoi il est question ; ces Chevaliers auraient effacés toutes traces de leur existence pour se faire un peu oublier, souhaitant laisser derrière eux une vie de guerre qui les a marquées.
    - Certains d’entre eux ont-ils acceptés de rejoindre l’Ordre ressuscité par Luke Skywalker ?
    - Non, pas vraiment. Même s’ils étaient aussi des chevaliers au service de la Force et de la liberté, leur philosophie avait de légers désaccords avec celle des Jedi. Luke Skywalker n’était pas contre leur présence et leur aide pour reconstruire l’Ordre mais… disons que la plupart des camarades de Grand-père avaient fini par « fonder une famille ». Lui aussi par la même occasion.
    - Ah oui. Un dilemme sur l’attachement… j’en ai entendu parler.
    Legan se détache de l’aire autour du tableau et se met involontairement à déambuler entre les socles et piédestaux des nombreux souvenirs ramenés par son aïeul et ses compagnons liés par la Force.
    - Mon grand-père m’a emmené ici sur Auragæto la première fois quand j’avais six ans, poursuit-il. Il me disait que connaître cet endroit pourrait d’une manière ou d’une autre me servir à prendre un départ nouveau et commencer mon apprentissage. Tout comme lui il l’avait fait en découvrant ce monde dans ses premières années de croisade. À cette époque, j’étais émerveillé devant un tel édifice et face à tant de ressources appartenant à un passé lointain dont il me racontait les récits. Depuis ce jour, j’ai compris alors que Grand-père souhaitait m’introniser véritablement dans son héritage, me dévoilant tout ce qu’il a construit en espérant que je poursuivrais son œuvre. Ou encore continuer le même chemin qu’il a été obligé d’arrêter en raison de ses obligations de mari et de père.
    - Je suppose qu’il n’a pas participé activement à la dernière Grande Guerre, remarque Kyra.
    - Non, il savait que sa présence ne ferrait que perturber l’effort de résistance contre le Premier Ordre. Au lien de reprendre les armes, il a préféré s’en tenir à rester en retrait et à interroger la Force. Il a alors vu qu’elle se réveillait à nouveau et que la prophétie de l’Élu était inchangée. Il aurait pu agir comme il l’a fait par le passé mais il préférait laisser sa place à d’autres, plus compétents, plus méritants. Plus jeunes. Il a fait un choix et il l’a tenu jusqu’au bout.
    Un fin rayon de lumière, plus intense que d’autres, vient dépasser d’une lucarne de la coupole de la pièce et éclairer le milieu de la grande pièce, comme pour y montrer quelque chose par un infime caprice de la volonté cosmique. Legan s’avance vers le bout du trait de lumière et s’arrête à un demi-mètre de la longue trainée blanche qui pointe le centre, éclairant un socle différent des autres par son apparence en forme de bassin circulaire et peu creux en demi-sphère. L’intérieur du bassin est sec et ne contient que sept manches de sabre à l’apparence et au cristal différent, silencieux depuis un long moment et aligné en cercle, autour d’un autre objet unique.
    - Grand-père aimait me raconter la période de sa jeunesse, reprend Legan en scrutant la lucarne. Cette époque où il était un Akatedi, il avait un rêve qu’il pensait réaliser. Il aurait souhaité… faire de sa confrérie un véritable ordre de chevalerie. Il pensait que tout son parcours lui aurait permis, avec ses amis et ma grand-mère, de mettre en place une organisation similaire aux Jedi mais sur une autre manière de comprendre la Force. De ne plus jamais laisser la galaxie sombrer comme elle était il y a soixante-quinze ans. En m’amenant ici, il m’a demandé si je voulais protéger cet endroit comme je protégerais ceux qui ont besoin d’aide. Grand-père sentait que j’avais le potentiel pour devenir un jour un Jedi, il voulait tout simplement me montrer que la Force est autant multiple qu’universelle. Alors si je suis un apprenti solitaire, ma première raison est d’honorer la mémoire de Grand-père en devenant moi aussi un Akatedi. Un chevalier de la Force qui défend la paix et l’équilibre par l’errance.
    Tandis que le jeune homme soupire en silence pour avoir tant ravivé de souvenirs sur mon grand-parent, Kyra en profite pour le rejoindre et se poster à sa gauche sans le brusquer. Elle constate qu’il ne digère pas encore la perte du membre de sa famille, sentant à quel point sa peine et sa souffrance semble se mélanger à une sorte de frustration refoulée au fond de lui.
    - Je comprends vos raisons et respecte votre choix Legan, lui dit-elle avec douceur. Moi-même j’ai décidée de devenir une justicière pour ressembler à mon père et l’honorer par cette façon. Seulement… vous devez vous sentir seul à être, navrée par l’expression, le dernier des Akatedi.
    - C’est réciproque Kyra, lui répond-t-il. Grand-père a commencé seul son périple, c’est la même chose pour moi. Qui sait, peut-être qu’un jour d’autres enfants comme moi me rencontreront et voudront m’aider à faire renaître cette étrange confrérie de ses cendres endormies.
    - Peut-être oui. Mais peut-être que vous serez amenés à rejoindre les rangs des Jedi aussi. « On ne sait jamais de quoi est fait l’avenir », c’est ce que je disais souvent ma grand-mère. Alors vous devriez aussi prendre cette possibilité en compte dans votre futur.
    Legan la fixe avec un léger scepticisme puis il hausse les épaules en marchant vers la sortie de la grande salle, Kyra n’attendait visiblement à une réponse mais elle constate que son hôte ne semble pas vouloir émettre de commentaire. Elle décide donc de le suivre, s’interrogeant pour elle-même sur la suite du programme. Les deux jeunes gens redescendent directement vers le rez-de-chaussée et ils entrent à nouveau dans la salle commune.
    Legan se rend directement devant les établis rustiques de cuisine, incorporés dans le mur ouest de la pièce meublée, puis il commence à préparer de quoi se rassasier l’estomac. Après quelques minutes d’attente, la jeune blonde métissée le voit venir à la table ronde où elle a pris place dans un coin du divan arqué. L’assiette creuse qu’il lui présente contient une belle tranche de steak de cochon-globe grillée avec quelques légumes variés en accompagnement. Il prend place à son tour et s’assoit bien en face de sa propre gamelle, se préparant mentalement à savourer sa nourriture.
    - Je vous souhaite bon appétit, annonce-t-il en guise de signal à sa voisine.
    - Eh bien merci, lui renvoie Kyra avec une légère gêne.
    Ils commencent tous deux leur repas, dégustant avec parcimonie et mutisme, et il ne se passe rien d’autre pendant les dix premières bouchées. La kiffar est habituée à se nourrir d’une alimentation saine malgré qu’elle doive piocher chaque jour dans des produits industriels et rapides à avaler. C’est pourtant avec une certaine joie cachée qu’elle redécouvre la sensation d’un plat composé soi-même. Si le jeune résident de ces lieux se nourrit chaque jour de cette manière, elle se demande si ce n’était pas une mauvaise idée de rejoindre son voyage.
    - Je ne m’attendais pas à ce que vous me serviez à déjeuner, lui fait-elle savoir enjouée. On dirait que ça ne vous dérange pas de faire à manger pour quelqu’un d’autre à votre table.
    - Vous avez accepté de rejoindre mon duo avec R1 malgré les différences de parcours. Alors il faut bien que je puisse vous nourrir et vous loger à mes frais.
    - Maintenant que j’y pense, comment vous faites pour vous substituer depuis tout ce temps ?
    - Je récupère certains des aliments directement à la source, en chassant les herbivores de la planète et en cultivant les végétaux les plus comestibles et nutritifs. Pour le reste, je dois me rendre auprès de commerces locaux pour prendre ce dont j’ai besoin.
    - Je vois. Mais, financièrement, comment vous vous en sortez ?
    À cette question, Legan se contente de lever des yeux et de faire la moue, comme s’il avait un peu quelque chose dont il ne souhaite s’exprimer. Pour lui, c’est un sujet qui l’embarrasse vraiment.
    - C’est compliqué. Mes économies et mon budget viennent de différentes ressources.
    - Laissez-moi deviner, de la contrebande participative.
    - Oui et non, je fais un peu comme vous. J’arrête des criminels et fauteurs-de-troubles en échange d’une petite contribution financière, même si parfois je pioche une petite avance dans les propres fonds des contrebandiers arrêtés. Juste un petit pourcentage, rien de plus. Sinon, il m’arrive de recevoir un paiement de la part de diverses personnes pour faire justice quand la loi ne le peut.
    - Donc vous ne faites pas de détournement de fonds à proprement parler.
    - Voler quelques crédits ou marchandises ne serait qu’un cas d’urgence pour moi.
    Legan se remet à avaler le contenu de son assiette, prenant le temps de saisir chaque part de son morceau de steak cuit. Quant à sa voisine, cette conversation la fait rebondir sur un précédent sujet.
    - Pour quelqu’un qui veut servir la Force, on peut dire que vous n’avez pas tant l’étoffe d’un Jedi. Mais bon, je suis mal placée pour en parler puisque je ne suis pas sensible à la Force. En y repensant, vous m’avez parlé d’une des raisons de votre choix d’être un apprenant chevalier solitaire, je me demandais justement quelle était l’autre raison.
    Silence. Le garçon brun est aussi silencieux et immobile que de la pierre, le regard dressé droit devant lui et il ne présente aucune réaction à ce qui l’entoure. Sa main droite tenant sa fourchette est encore en suspension entre ses doigts tandis que son bras gauche est accolé à son buste.
    - Legan ? Legan !
    Elle ne le sait pas mais Legan s’est involontairement figé, transporté à son insu dans une transe où son esprit est coupé de la réalité et vogue dans les méandres de la Force. Bloqué dans cet état, les yeux légèrement écarquillés, les lèvres se détendant peu à peu, il entend.
    Il entend des cris, des pleurs, des hurlements, des déflagrations de blaster, des pas de course. Devant lui, il les voit. Des hommes, des femmes, des enfants, de tous âges et de toutes espèces. Ils fuient comme si leur vie en dépendait, comme si une menace les poursuivait. Certains tombent de fatigue, d’autres sont touchés ou blessés et le reste continue de courir dans le désespoir. Et il voit ensuite ces miliciens en noir, ces faux mercenaires qui attaquent et pillent pour l’appât du gain. Il sent leur orgueil, leur fierté, leur mépris pour ceux qui vivent en société. Le tout enveloppé dans un voile de mort et de terreur.
    - Non, pas encore…
    Tout juste sorti de sa transe, il relâche inconsciemment son couvert qui tombe dans son assiette. La blonde kiffar prend alors conscience que le jeune homme vient de sortir d’un état méditatif.
    - Legan, s’inquiète Kyra, qu’est-ce qui se passe ?
    Legan reprend ses esprits et se rappelle sa vision dans les moindres détails et sensations.
    - Une nouvelle attaque, déclare-t-il encore sous le choc. Un petit contingent de miliciens s’apprête à faire un raid sur une autre planète sensible de la périphérie républicaine.
    La nouvelle met un peu de temps à faire le tour dans la tête de la jeune fille mais le jeune garçon est plus réactif qu’elle, malgré qu’il a été témoin d’une scène prémonitoire.
    - Je dois y aller !
    Il se dépêche de finir son repas, avalant modérément sa garniture, puis il dépose télékinétiquement ses couverts dans le grand lavabo tandis qu’il prend immédiatement son comlink pour passer un appel.
    - R1 ? Rejoins-moi immédiatement au hangar et prépare le vaisseau. On a une intervention à faire.
    - Tweebelebele woutidou wou.
    - Une alerte prioritaire type raid, ça te parle mieux ? Voilà, maintenant dépêche-toi. J’arrive bientôt.
    Il raccroche son appareil puis il quitte la table au pas de course. Il est cependant arrêté de court par Kyra qui le retient pour l’interpeller sur son empressement soudain.
    - Où allez-vous comme ça ?
    - Je dois me rendre sur Ansion. Ces habitants sont en danger, je ne peux pas les laisser sans défense ni à attendre les secours de la République.
    - Vous ne pouvez pas y aller seul, c’est dangereux.
    - Si vous souhaitez m’accompagner, je ne vous retiens pas.
    - Qu’est-ce qui vous fait penser que c’est Ansion la prochaine cible ?
    Le jeune humain brun de Ganthel médite en profondeur sur la question puis…
    - Si on y réfléchit bien, Ansion est une planète stratégiquement bien positionnée pour déstabiliser les ressources économiques et commerciales de la République. Ajouté à cela ma vision.
    Legan observe longuement la réaction passive de Kyra, qui lui impossible de sonder en profondeur, mais elle commence à démontrer par ses traits faciaux que ses propos l’ont un peu convaincue. Et puis, comme elle-même a vouée sa vie à combattre l’injustice dans la galaxie…
    - Je viens avec vous, déclame-t-elle en se levant. En tant que coéquipiers de voyage, on est sensé s’entraider. Et puis, pour une fois que ça arrive, j’ai hâte de combattre des miliciens du crime.
    - C’est parfait. Allons-y alors.
    Ils quittent tous deux la salle commune et pénètre dans le grand hangar pour se rendre à bord de l’Aile-U. Une fois que le décollage et la traversée de la planète seront faits, il ne leur restera plus à entrer les coordonnées et passer un voyage hyperspatial. Et même si le repas n’était pas terminé, le droïde astromécano a tout de même emporté en guise de provision un bac réfrigérant rempli de quelques glaces à l’eau et bouteilles d’eau-de-cristal.

    Ce message a été modifié par galen-starkyler le dimanche 26 janvier 2020 - 12:38

    dimanche 15 septembre 2019 - 14:38 Modification Admin Réaction Permalien

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    Chapitre 11

                Une gigantesque flotte interstellaire est amarrée ou en ronde autour de la station-forteresse spatiale de manufacture républicaine, orbitant au-dessus de l’étoile Coruscant Prime. Une formidable armada de défense navale qui se compose d’une dizaine de croiseurs de classe MC80 et de croiseurs léger de classe Arquitens, tous équipés et remplis de personnel et légions parés pour des interventions militaires à travers l’espace républicain qui se reconstruit sans cesse. Cette flotte de défense est à l’image même de ce que la nouvelle République Galactique offre à la galaxie, à savoir la justice et la liberté par la sécurité. Et bien que la plupart des vaisseaux présents de la flotte proviennent de chantiers autrefois liés aux deux dernières rébellions, il y a tout de même son fleuron qui se démarque par son allure isocèle en forme de dague pour avoir été construit dans les chantiers navals de manufacture kuat. Le Grand Protecteur, un super croiseur interstellaire de classe Bellator qui a été conçu non pas pour inspirer la peur mais pour la chasser ; tout son armement est tourné vers le rôle que lui dicte son nom, faisant de lui une plateforme générale de commandement naval au sein même de la flotte défensive. Le super-croiseur plane en mode stationnaire au-dessus des autres grands vaisseaux, les dominant naturellement par sa longueur supérieure, mais il reste tout aussi silencieux. Toute la flotte est au repos, dans l’attente des derniers préparatifs.
    La grande station Corusca est en plein effervescence, avec chaque officier, soldat, ingénieurs et pilotes qui vont-et-viennent pour que tout soit paré dans les quelques heures à venir. L’ambiance est légèrement palpable en sachant que la moindre directive ou information venant de l’état-major présent va donner lieu à une précipitation pour rejoindre le reste des équipages de la flotte. Pour le moment, chacun se contente de se préparer à cette éventualité et les allers-et-venues en attestent avec ceux des droïdes qui s’en tiennent à des rôles plus monotones et réguliers au sein de la station.
    C’est en plein cœur du dernier niveau supérieur de la station, dans une grande salle de réunion circulaire munie de meubles de travail, de panneaux d’ordinateurs très sophistiqués et d’une table de stratégie à projecteur holographique, que ledit état-major se trouve pour peaufiner leur attente.
    Secondés par des adjudants de liaison respectifs, la grande commandante Versio et le grand amiral Dodonna entourent la table ronde en observant la projection grandeur nature de la galaxie tandis que leur supérieur médite sur les quelques innombrables mondes qui ont ralliés le régime durable de la République. Poe se demande comment ce conflit va évoluer avec si peu de moyens pour stopper la progression nette de l’insurrection criminelle ; il se demande même comment le service des Renseignements rattaché au ministère de l’Intérieur peut manquer d’autant de professionnalisme depuis le début de tous ces raids récemment effectués. C’est à croire que le mauvais sort s’acharne.
    Le bruit d’ouverture des battements de porte coulissante le tire de sa rêverie et il voit venir un des officiers de bas degré en charge de la station, avec au moins le grade de caporal.
    - Général Dameron, fait l’officier, nous avons reçu un rapport pour vous. Un de nos croiseurs en patrouille dans le secteur Ojoster vient de signaler la présence étrange d’un vaisseau moyen autour de l’orbite de Taris. L’allure n’est pas très bien détaillée mais son signalement porte à croire qu’il pourrait s’agir d’un vaisseau de reconnaissance ennemi.
    - C’est bizarre, fait Poe sceptique. Les planètes qui ont été visées dernièrement disposaient elles aussi de flottilles de patrouille dans leur secteur mais aucun croiseur n’a fait signaler ce genre d’information. À moins que ça ne soit une nouvelle manœuvre du syndicat d’envoyer un vaisseau en éclaireur. Transmettez de faire envoyer discrètement une sonde, de manière à approcher ce vaisseau pour déterminer à qui nous avons affaire. Qu’on vérifie sa présence et sa trajectoire.
    - Bien général.
    L’officier se retourne pour sortir de la pièce tandis que d’autres entrent à leur tour, le haut-général à leur tête, pour se joindre à la réunion en comité réduit. Poe remarque leur présence, tout comme les deux autres membres du HC, et il s’avance vers Persée qui fait quelques mètres vers lui.
    - Vous êtes enfin là Persée, lui dit Dameron. J’espère que vous venez avec des nouvelles rassurantes pour notre campagne de grande envergure en marche.
    - On peut dire ça comme ça Dameron, lui répond Persée. Mes agents ont pris l’initiative de mener des investigations poussées sur les éventualités de raids. Les enquêtes ont été un peu longues mais le résultat final en vaut la peine. Nous tenons une piste solide. Lieutenant ?
    Une jeune femme basanée et cheveux bruns au carré s’avance vers le duo et salue le général suprême avant de présenter un data-pad de notes et croquis qu’elle avait sous le bras.
    - Les derniers raids effectués par le Soleil Noir sur les planètes Contruum, Dantooine et Christophsis nous ont amenés à concentrer nos recherches dans ces zones-là, déclare-t-elle en tendant la plaque de data-notes. Avec quelques observations et hypothèses épluchées par tant d’autres, nous nous sommes rendu compte que les raids touchent des mondes vigoureux sur le plan économique dans cette région et qui ont une position assez influente dans la stabilité du régime. Si on ajoute à cela les quelques mondes ralliés qui figurent dans la Bordure Extérieure, chaque raid ne vise que des endroits stratégiquement bien placés économiquement dans la Bordure Médiane.
    Poe écoute la lieutenante tout en regardant le contenu du rapport annotant les possibles futures cibles aux raids criminels, constatant un travail complet et prometteur dans l’avancée du projet.
    - La stratégie vise donc à prendre la Bordure Médiane sous leur férule, conclut-il, en assaillant les mondes-ressources qui collaborent avec nous. Ce qui fait une dizaine de planètes à surveiller…
    - Pas si on devine leur prochaine cible, reprend Persée. Mes hommes sont en train d’établir un programme de nouvel algorithme qui permettra de prévoir leur prochaine attaque, en se basant sur des observations par satellites et sondes spatiales. Ainsi, la flotte pourra intervenir à temps.
    - Vous placez de grands espoirs dans votre service Persée, fait Jon Dodonna, mais vous oubliez que l’anticipation n’est pas toujours la meilleure stratégie. Parfois il nous faut réagir au dernier moment.
    - Je ne le nie Jon. Je fais seulement mon nécessaire pour que nos mondes soient sauvés.
    Poe scrute à nouveau la carte de la galaxie holoprojectée par la table ronde et observe chaque planète avec une certaine réflexion. Il balaie du regard celles de la région médiane puis pose son regard sur l’une des planètes les plus à l’ouest. En se remémorant la venue du messager un peu plus tôt, il se questionne sur les chances que Taris soit la nouvelle cible.
    - Je me demande une chose, fait-il, y a-t-il une chance que Taris soit attaquée ?
    - Sauf votre respect monsieur, lui répond le lieutenant du CSR, Taris n’est pas un monde à part entière de la République. C’est un carrefour ouvert à tous qui accepte de faire commerce avec les mondes-ressources du gouvernement.
    - Et puis, ajoute Persée, un quart de sa population est constitué de contrebandiers, de mercenaires et d’équipages divers de cargos. Ce qui fait que ce monde ne représente qu’un point intermédiaire libre pour tous les syndicats criminels existants, y compris le Soleil Noir.
    - Le mieux serait d’appliquer votre algorithme aux satellites de Taris aussi, lui répond Poe. Un monde-carrefour peut aussi avoir un intérêt pour y faire du commerce illégal en contrepartie.
    Il espère surtout que ce que l’on lui a raconté ne soit pas ce qu’il redoute. Un vaisseau étrange qui vogue à longue distance d’une planète, cela peut tout ou ne rien dire dans cette fichue opération. En y réfléchissant, il devrait contacter un vieil ami pour lui demander d’aller voir ce qui se trame. Avec l’expérience qu’ils ont eu tous les deux lors de la dernière guerre, il ne devrait y avoir aucun souci. Et si les choses empirent, il lui faudra alors en toucher quelques mots à son autre « amie ».
        
                La traversée en couloir hyperspatial peut sembler durer plus long que l’on le pense ou plus court, le facteur principal étant la distance entre deux points. Pour le cas du Sirknight Pegasus en route, il faudra patienter une heure standard de traversée avant de sortir et d’atteindre l’arrivée. L’astromécano bleu et gris s’occupe de manœuvrer l’astrogation du vaisseau tandis que les deux humains sont occupés sur le double banc à se préparer chacun de leur côté avec leur propre matériel. Legan vient de terminer de harnacher sa ceinture multi-usage avec divers appareils et son sabre et rajuste sa veste bleue-de-gris qui se froissait légèrement. De l’autre côté du banc, Kyra se tourne vers lui en déposant son bras gauche sur le haut du dossier pour s’appuyer.
    - Dites-moi Legan, lui demande-t-elle, vous pensez vraiment que la milice criminelle du Soleil Noir va s’en prendre à Ansion ? Je ne veux pas remettre en question vos sens dans la Force mais j’avoue ne pas comprendre en quoi ce monde pourrait servir au syndicat ?
    - Vous vous rappelez les derniers mondes qui ont été attaqués en raid par le Soleil Noir, lui répond-t-il en venant vers elle. L’aspect stratégique et économique de ces mondes offre au syndicat la possibilité de créer des points de rupture dans la reconstruction de la République. En sapant la libre-économie dans la Bordure Médiane, l’insurrection criminelle récupère des bénéfices et redistribue les ressources pillées de manière à faire fleurir le commerce illégal. Ansion est connu en tant que l’un des nombreux greniers alimentaires ralliés à la République, avec une forte politique d’agriculture et agro-alimentaire qui favorise une nourriture suffisante pour toute une population galactique.
    - Donc il suffirait au Soleil Noir de détourner le contrôle de la production générale agricole d’Ansion pour se ravitailler eux et mettre la République dans un état de pénurie.
    - C’est pourquoi il faut les empêcher de mener à bien leur raid et de s’emparer des centres principaux agricoles d’Ansion. Pour avoir un peu visité sa capitale Cuipernam enfant, je peux vous affirmer que ces centres sont une partie intégrante de la ville et de son building planétaire.
    Ils se redressent enfin de la banquette, terminant les derniers petits ajustements, tandis que le jeune bretteur brun retourne progressivement à son poste de pilote.
    - Une fois sur place, fait Kyra en passant le harnais de sécurité de son siège, il serait peut-être judicieux de prévenir les autorités locales. Le mettre au courant pour qu’ils puissent avertir l’armée.
    - Je ne certifierais pas qu’ils nous croiront si on le leur dit, lui répond calmement Legan. Les forces armées de la République ont beau se démener actuellement pour prendre de court les attaques criminelles, la parole de deux jeunes gens, basée sur une prémonition, pourrait être perçu négativement et nous serions alors non-crédibles voire accusés de désordre public.
    - Alors que faire ?
    - Je n’en ai pas la moindre idée, avoue-t-il. Il faudra s’y concerter dès notre arrivée.
    Un signal sonore met fin à la conversation, indiquant que la fin du voyage hyperspatial arrive bientôt. Aidé de son astromécano co-pilote, le jeune Kayliburn commence à mettre en arrêt le système de saut pour revenir en manœuvre manuelle. Le couloir hyperspatial s’estompe petit à petit et laisse place à l’immensité sidérale, où se dresse devant eux à une distance soutenable leur destination.
    La surface verdoyante et tempérée de la planète Ansion leur apparaît enfin, son hémisphère oriental éclairée par la lueur éclatante de l’astre dominant du système stellaire, et leur observation des alentours orbitaux leur révèle de premiers soupçons : il n’y a aucune flotte ou flottille dans les parages et uniquement une station orbitale de relais, assez maigre en défense.
    - C’est évidemment quand il n’y a pas de flotte locale de défense, critique blasé Legan, que les planètes de la région sont victimes de raids insurgés criminels.
    - La reconstruction de la flotte de défense semble prendre du temps depuis les dernières nouvelles sur l’HoloNet, fait remarquer Kyra. Ce qui explique aussi que certains mondes membres tel que Ansion ne bénéficient pas encore de flottille. Les chantiers navals de Kuat et de Ganthel doivent être débordés et paniqués avec l’insurrection criminelle en cours.
    - Ce qui fait que seuls la station-relais et le complexe planétaire assurent la protection d’Ansion. Espérons que l’armée régulière aura au moins posté suffisamment de soldats pour contrer les raiders insurgés, ou encore pour protéger la population.
    - Ce serait l’essentiel, ajoute la jeune kiffar pour confirmer.
    Le chasseur Aile-U plonge de manière modéré et calculé par la région méridienne de l’hémisphère nord de la planète, passant sans souci ni contrôle nécessaire la frontière orbitale tenue par la station. De toute façon, le jeune pilote a fait bénéficier son vaisseau d’un module de signature multi-passage, dont le code d’identification le désigne comme un vaisseau autorisé par la législation républicaine. Ce qui ne manque d’interpeller en silence la kiffar mais elle ne dit rien, ayant plusieurs petites idées de la manière dont il s’est procuré un tel module. La traversée stratosphérique se déroule sans encombre, en sortant des quelques nuages blancs et peu cotonneux qui font barrage, puis un mouvement de guidon et la sensation d’ajustement du vaisseau permet de comprendre que le vol prend à présent une allure plus aérienne et équilibrée à la gravité terrestre. La terre ferme est encore très basse sous eux, laissant un immense flou de grandes plaines et d’îlots épars de boisseaux sauvages tandis que quelques agglomérations sont à peine distinctes. Au bout d’un moment, le vaisseau commence lentement à descendre vers la surface, en direction d’une région plane au nord-est de la croisée méridien-tropique nord.
    - Euh… Legan, s’exclame Kyra surprise, la ville de Cuipernam est située dans le croisement méridien-tropique. Nous n’allons pas dans la bonne direction.
    - Je sais, lui répond nonchalamment celui-ci.
    - Vous pouvez m’expliquer ce que vous faites ?
    - C’est une petite ville que j’ai vue se faire attaquer. Une ville bâtie en bordure d’un immense entrepôt, dont les habitants sont de simples agriculteurs et cultivateurs. Cet entrepôt ne peut être que celui de Gaïevar, où les réserves et stocks les plus importants de la production se trouvent. La prise de cette ville et de l’entrepôt aura un impact considérable contre le régime républicain.
    - Je vois ce que vous voulez dire. Si les miliciens du Soleil Noir capturent la ville et l’entrepôt, il leur suffira de prendre en otage les habitants et de vider les réserves pour s’en accaparer. Et sans les réserves de l’année, l’accès aux ressources alimentaires diminuera et cela n’avantagera pas l’armée.
    - On commence à se comprendre.
    Une demi-heure plus tard, le chasseur et son équipage viennent atterrir dans un des hangars ouverts du spatioport local de Gaïevar. Le temps de faire les formalités de séjour passager, seuls les deux jeunes adultes se rendent dans les rues et vagabondent vers leur but. La ville campagnarde de Gaïevar présente, comme pour toutes villes moyennes à moyen revenu brut, un ensemble d’infrastructures résidentielles et professionnelles comparables aux bâtiments les plus communs dans les planètes les moins riches de la galaxie. Ici, chaque immeuble et maison ont été bâtis à l’aide de matériaux locaux et peu coûtant, respectant néanmoins les normes architecturales standards, tandis que la population est essentiellement composée de familles à statut moyen ouvrier. Voyant l’allure de la ville et l’état presque pauvre des habitants, Kyra ne peut s’empêcher de faire la moue.
    - Ils ont tous l’air de vivre agréablement malgré leur situation, déclare-t-elle à moindre voix mais audible pour son voisin. Il suffirait d’une étincelle de désordre pour que leur bonheur et leur vie monotone les plonge dans une pauvreté et une misère insupportable.
    - Les Ansioniens et leur gouvernement placent beaucoup d’espoir sur la production et le commerce agro-alimentaire, lui déclare Legan. La planète a servi de point intermédiaire commercial entre les deux régions bordures pour les deux précédentes Républiques avant de subir le régime impérial. Tant que l’agriculture continuera d’exister et d’être pratiquée, Ansion conservera son statut et son économie commerciale à l’instar de la République.
    - Ces gens méritent de continuer de vivre normalement, oui.
    Leur long chemin les amène lentement à aller de rues en rues et de place en place. Le jeune humain de Ganthel prend la peine de demander où se trouve le consulat sectoriel de la ville, obtenant des indications précises avec amabilité par les quelques citoyens questionnés. Ils arrivent enfin devant le consulat, dont l’édifice administratif et militaire témoigne d’une architecture standardisée à l’allure des anciennes bases impériales reconverties, puis se décident à grimper les marches pour monter jusqu’à l’entrée principale. Comme ils s’en doutaient, ladite entrée est gardée et surveillée par deux à quatre soldats républicains en uniforme militaire et armure de combat en duraplaste blanc.
    - Halte jeunes gens, les arrête un premier soldat de garde. N’avancez pas plus loin, l’accès au consulat est actuellement fermé aux civils hors des horaires de doléances sauf en cas de motif urgent.
    - Messieurs, commence Legan, je désire m’entretenir avec vos responsables. J’ai une information cruciale à leur transmettre et le temps ne joue pas en notre faveur. C’est d’une urgence capitale.
    - Nos officiers n’accordent d’entretien à quiconque sans avoir fait prescription. Et le bureau d’accueil n’ouvre plus au-delà de onze heures. Vous allez devoir attendre qu’il soit treize heures si vous voulez en faire une. Maintenant circulez, vous gênez notre boulot.
    - Je répète à nouveau que c’est crucial. Il s’agit de la survie de cette ville et de ses habitants.
    - Nous devons impérativement prévenir vos supérieurs si l’on veut éviter les conséquences.
    Les autres soldats en poste se rapprochent à leur tour, leur blaster d’assaut armé en mode paralysant et braqué à demi vers nous contre leur armure, tandis que le premier garde réitère son ordre.
    - Dernier avertissement, nous vous arrêterons pour trouble de l’ordre si vous persistez. Circulez !
    - On peut savoir ce qui se passe ici ?
    Les quatre soldats de garde se retournent simultanément puis se mettent aussitôt au garde-à-vous en voyant sortir de l’entrée un officier en uniforme militaire républicain avec grade ; la plaque indique que l’homme est un sergent d’armée sectorielle, ce qui le place comme l’intermédiaire entre les quatre soldats réguliers sans grade et les autres officiers du consulat.
    - Mon sergent, déclare le premier garde en gardant son salut militaire, ces deux personnes persistent à pénétrer le consulat en-dehors des horaires réglementés. Ils veulent s’entretenir avec l’office en disant vouloir transmettre une information cruciale. J’étais en train de leur ordonner de…
    - Une information cruciale, coupe le sergent en répétant la phrase tout en l’accentuant. Quand un civil ou un professionnel non-militaire vient demander à voir une division sectorielle pour rapporter des informations, la porte de l’office est toujours ouverte pour traiter le sujet directement, soldat. (Il se tourne vers les deux concernés.) Si ces deux étrangers souhaitent informer vos supérieurs dans l’urgence, c’est à eux et moi-même également de traiter le niveau d’urgence. Compris, soldat ?
    - Oui… oui, mon sergent.
    L’officier se dirige vers Legan et Kyra, descendant uniquement deux marches en avant puis s’arrête pour bien se poster face à eux. La posture de son corps et l’expression de son visage informe les deux jeunes humains que leur interlocuteur est prompt à l’écoute et au discernement.
    - Bien, leur fait le sergent, je vous propose de commencer à dire le sujet de votre venue. À votre allure, je peux déterminer que vous êtes de passage et que vous faites partie du quota libre de la citoyenneté républicaine. Toutefois, j’aimerais vous avertir que vous serez mis en garde-à-vue si vous faites perdre le temps à l’office selon la teneur de votre information.
    - Je comprends sergent, lui répond Legan, mais je m’attends déjà à ce que vous ne me croyez pas. Le renseignement dont je veux faire part peut vous paraître douteuse.
    - Je vous écoute.
    - Je viens vous avertir qu’il y a fort à penser qu’Ansion sera la prochaine cible d’un raid criminel.
    Les soldats sont muets et figés de stupeur tandis que leur officier présent est aussi silencieux que de la pierre. Le temps qu’il imprime dans sa mémoire et analyse ce qu’il vient d’entendre…
    - Vous deux, je vous prie de me suivre immédiatement. Vous allez devoir vous entretenir directement avec notre capitaine-divisionnaire en personne.

    dimanche 26 janvier 2020 - 16:28 Modification Admin Réaction Permalien



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