Star Wars en jeu vidéo innove-t-il encore, ou vit-il sur ses acquis ?
Sur le papier, Star Wars est probablement lune des licences les plus adaptées au jeu vidéo. Son univers mélange aventure, action, exploration, conflits moraux et science-fiction épique. Peu de sagas offrent autant de libertés potentielles. Pourtant, malgré plusieurs décennies dadaptations, la franchise peine toujours à proposer une production régulière et unanimement marquante. Un paradoxe frustrant, tant la galaxie imaginée par George Lucas semble taillée pour linteractivité.
Dans les années 90 et 2000, les jeux Star Wars exploraient une grande diversité de genres. Dark Forces et Jedi Knight proposaient des FPS ambitieux avec une vraie montée en puissance du joueur, Rogue Squadron faisait ressentir lintensité des combats spatiaux, tandis que Episode I Racer exploitait intelligemment un élément secondaire des films pour en faire un jeu culte. Mais cest surtout Knights of the Old Republic qui a marqué un tournant. En plaçant le joueur au cur dune époque inédite, loin des films, le jeu permettait de vivre pleinement les dilemmes fondamentaux de Star Wars : choix moraux, tentation du côté obscur, conséquences narratives. KOTOR nadaptait pas Star Wars, il linterprétait.
La force de LucasArts résidait dans sa liberté créative. Les développeurs nétaient pas contraints de coller au millimètre près au canon cinématographique. Résultat : des personnages originaux devenus cultes, comme Kyle Katarn ou Revan, et des histoires qui enrichissaient lunivers au lieu de simplement le recycler. À cette époque, le jeu vidéo était considéré comme un véritable prolongement de la saga, capable de raconter des récits plus sombres, plus complexes, parfois plus adultes que les films eux-mêmes. Une philosophie qui sest progressivement perdue.
Avec EA, Star Wars entre dans une nouvelle ère. La qualité de production augmente, mais la prise de risque diminue. Les Battlefront modernes impressionnent par leur fidélité visuelle et sonore, mais peinent à proposer une expérience durable. Le gameplay est efficace, mais limplication du joueur reste limitée. On incarne rarement un personnage, mais plutôt une silhouette au service du spectacle. Jedi: Fallen Order marque toutefois un sursaut. En sinspirant des Soulslike et des Metroidvania, le jeu parvient à créer une aventure plus personnelle, centrée sur un Jedi en fuite. Une proposition imparfaite, mais honnête, qui prouve que le public est prêt à suivre Star Wars sur des chemins moins balisés.
Aujourdhui, Star Wars souffre dun excès de prudence. Chaque histoire doit sinscrire dans un canon strict, chaque personnage doit rester exploitable ailleurs, chaque événement doit éviter de bouleverser léquilibre global de la saga. Cette logique industrielle limite forcément la narration. Peu de choix réellement impactants, peu de personnages ambigus, peu de fins audacieuses. Là où KOTOR assumait de laisser le joueur façonner sa légende, beaucoup de jeux récents se contentent de guider le joueur sur des rails bien sécurisés.
Avec Star Wars Outlaws, Ubisoft tente une approche différente. En mettant de côté Jedi et sabres laser, le jeu propose de vivre lunivers à hauteur dhumain : contrebande, criminalité, survie dans une galaxie instable. Un choix pertinent, qui rappelle que Star Wars ne se résume pas à la Force. Reste à savoir si cette liberté annoncée sera réellement exploitée, ou si elle se limitera à une structure de monde ouvert trop familière.
Star Wars en jeu vidéo na jamais manqué de potentiel, mais souvent de courage. Les joueurs nattendent pas une reconstitution parfaite des films, mais des expériences fortes, incarnées, capables de proposer des choix, des conséquences et des récits mémorables. La technologie est là. Lunivers est là. Il ne manque plus quune chose : oser raconter de nouvelles légendes.