La Gardien : Longue sera la Route

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Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

  • Auteur : Nat
  • Nombre de chapitres prévus : 17

Chapitre 1 - Bienvenue sur Cynele III

"Car il est dit qu'en ces temps viendra le Gardien,
guidé par son seul dévouement, choisi pour sa loyauté.
Pèlerin de la vérité, l'honneur sera son manteau, la foi sa pitance, l'espoir son unique bagage, la ténacité sa meilleure arme.
Les jours sombres seront inévitables, déversant leur accablante désolation par-delà les cieux et les étoiles, embrasés par la peur, attisés par la cupidité de créatures sordides tapies dans l'ombre qui un jour ressurgiront, entraînant avec elles les fléaux oubliés d'un temps révolu.
Au cœur de ces affres il se dressera, noble et pur, une promesse de soutien, méconnu de tous.
Dissimulé par un voile de secrets, victime clandestine d'un sacrifice essentiel à la pérennité de la vie,
il sera un rempart inflexible face aux appels de la lassitude, aux attraits de la désertion.
Il sera un guide et le protecteur de la lumière, une flamme, lueur rassurante transperçant la nuit, écrasée par le poids de l'adversité, mais qui ne s'éteindra jamais.
Il sera avant tout un lien
entre le passé et l'avenir
entre la fin et le commencement
entre la nuit et l'aube."
-Jedi Holocron,
Annus Exordium, VI-CX


~*~
Tout portait à croire qu'il s'agissait d'une nuit comme les autres sur Cynele III. Le lointain soleil venait de disparaître derrière les sommets du Benicas, que la brume avait commencé à envelopper plusieurs heures plus tôt. Les premières étoiles avaient rapidement été recouvertes par une épaisse nappe de nuages sombres gorgés d'eau, et une pluie fine et tiède s'était mise à tomber d'abord sur les flancs de l'immense montagne puis, poussée par un vent froid, sur la large vallée et enfin Biha, une ville provinciale de cette troisième lune de Cynele, la seule habitable. Les commerces ne fermaient pas, mais les clients se faisaient plus rares à la tombée de la nuit, préférant la chaleur réconfortante de leur foyer ou les bras d'une femme aux rayons froids et peu accueillants des magasins. Tout n'était que paix et calme - mis à part les délires bruyants de quelque ivrogne prématuré - du moins en surface. Mais en grattant la couche de bienséance adoptée par la planète, comme toutes celles qui attendaient d'entrer dans la République Galactique, il n'était pas difficile de trouver une dose de corruption, de décadence et de vice digne des bas-fonds de Coruscant.
En effet, cette nuit aurait pu être tout à fait banale, si trois appareils bien particuliers n'avaient pénétré l'atmosphère de la lune - d'habitude peu fréquentée - presque en même temps, et presque au même endroit. Le premier était une navette rouillée et mal en point, qui avait sans doute connu de meilleurs jours quelques dizaines d'années plus tôt. Cinq hangars plus loin, c'est un starfighter crasseux qui coupait ses rétro-propulseurs et dont le cockpit s'ouvrait déjà, laissant son occupant descendre sur la terre ferme. Enfin, tout près du chasseur, un vaisseau sombre amorçait discrètement son atterrissage.
L'astroport était totalement désert, à l'exception des quelques autres bâtiments qui attendaient le retour de leurs propriétaires, sans doute des habitants de la lune. Cynele III ne se trouvait sur aucune route commerciale, n'avait pas vraiment de denrées ni de matières premières bien utiles, et c'était pour ces raisons qu'elle postulait depuis déjà bien cinquante ans pour faire partie de la puissante République, sans jamais obtenir de réponse favorable. Peu de voyageurs y faisaient escale, aussi la présence de ces étrangers inattendus aurait pu troubler les éventuels témoins de leur arrivée.
Le premier des nouveaux venus, bien isolé dans le modeste astroport par rapport aux deux autres, se dégagea comme il put du siège trop étroit de sa navette et descendit jusqu'au sol de béton par une petite passerelle grinçante. Seule une lampe clignotante éclairait le petit hangar où il se trouvait, n'aidant que très peu à chasser l'obscurité qui en envahissait chaque recoin. Pas particulièrement encouragé par les gouttes de pluie qu'il entendait déjà tomber de là où il se trouvait, il se décida malgré tout à se diriger vers la sortie, grand rectangle gris se découpant légèrement au centre du mur noir.
C'est alors qu'il entendit des bruits de pas derrière lui. Retenant sa respiration et accélérant son allure, il tenta de semer les intrus sur la courte distance, mais de grosses tentacules se refermèrent rapidement sur ses épaules et ses bras, l'immobilisant avec efficacité en à peine quelques secondes. Il put ensuite sentir le canon dur et froid d'un blaster pressé sous sa mâchoire, et la joue moite de l'un de ses agresseurs contre la sienne.
-Qui deviez-vous contacter ? demanda une voix bourrue.
Il secoua rapidement la tête. Autant jouer l'incompréhension.
-Son nom ! rugit la créature en resserrant ses appendices visqueux autour du captif.
-A quoi ça vous avancerait ? demanda-t-il. Cette personne pourrait vous régler votre compte en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
Son agresseur amphibien émit un caquètement grave qui devait sans doute être l'équivalent d'un rire et recula d'un pas.
-C'est ce qu'on va voir, sourit-il, révélant des gencives grises ornées de petites dents pointues. Ses jours sont comptés…
Il redirigea son blaster vers l'homme qui n'avait pas bougé.
-Les vôtres ne le sont plus, finit-il.
Il tira un seul coup, et regarda sa victime tomber lourdement au sol, le trou au milieu de son front encore fumant.


~*~


Il faisait décidément très frais sur Cynele III, mais il n'allait pas s'en plaindre. La dernière planète où il s'était arrêté avait été Zentrix, connue pour son climat caniculaire tout au long de l'année. Son teint rendu bien mat par l'exposition au soleil peu clément de la planète, et qui accentuait davantage la clarté de ses yeux et les mèches flamboyantes de ses cheveux, en était le témoin. A présent, il se laissait volontiers aller à la brise de plus en plus fraîche qui s'engouffrait dans son épais manteau, et leva la tête vers le ciel noir, laissant les fines gouttelettes froides ruisseler un instant sur son visage. Il finit tout de même par remettre sa capuche, refusant de s'attarder bien qu'il ne sût ni où aller, ni quoi faire d'autre. Cela faisait trop longtemps qu'il voyageait et cherchait sans relâche, et il semblait depuis avoir oublié comment apprécier l'instant présent, écouter les bruits de la nature ou observer son entourage. Chaque jour qui passait ne faisait que le blaser davantage et le transformer en automate à l'idée fixe, comme un droïde dont seul un programme marchait toujours. Il se désensibilisait, et il ne s'en rendait compte qu'à moitié. Il leva une main d'un air absent et se frotta la tempe du bout des doigts, espérant chasser ces maux de tête qui battaient régulièrement contre son crâne et qui, il le savait, ne le quitteraient plus. Il avait fini par s'y faire, comme on oublie une démangeaison que l'on gratte une fois de temps en temps quand elle se manifeste plus que d'habitude. Ce n'était qu'une séquelle de plus à ajouter aux autres…
Il avança dans la rue qui menait de l'astroport au centre-ville, observant d'un œil distrait les façades grises éclairées par des néons colorés aux noms plus ou moins recherchés. Rares étaient les véhicules qui circulaient une fois la nuit tombée, mais les intempéries ne semblaient pas rebuter les nombreux piétons qui entraient et sortaient des cantinas - entraient souvent seuls, mais ressortaient quasiment toujours accompagnés.
Ses yeux furent attirés par une enseigne pourtant pas particulièrement voyante, mais qui l'intrigua contre toute logique. Il s'arrêta quelques secondes, puis se décida à entrer dans le "Hyspace Club" avant que la jeune femme vêtue de presque rien qui l'avait repéré n'ait le temps de s'approcher de lui. L'intérieur de ce qui s'avéra être effectivement un night club était éclairé par des lampes murales diffusant indirectement une lumière tamisée sur la petite salle où quelques dizaines de tables étaient arrangées. Des tableaux aux traits phosphorescents sur les murs, des gadgets en fibre optique et quelques lampes plasma sous forme de globes ou de colonnes d'éclairs ornaient la pièce étonnamment propre et ordonnée. Au centre se trouvait un bar en forme de cercle où trônaient bouteilles en tout genre et de toutes les couleurs, verres et autres chopes, ainsi que des appareils à pression archaïques datant peut-être d'avant la République. Enfin, dans le coin droit, tout au fond, un orchestre de jazz jouait quelques morceaux en sourdine sur une petite estrade.
Il survola du regard les personnes attablées afin de se faire une idée du genre de clientèle de l'établissement. A sa gauche, deux Trandoshans discutaient autour d'un whisky avec un Bothan, tandis qu'un peu plus loin un humain était en pleine conversation avec un Gran. A sa droite, juste à côté de lui, un homme aux cheveux mi-longs et châtains était assis seul, le dos tourné, et deux tables plus loin trois autres humains buvaient et s'écriaient en chœur devant une retransmission de catch sur l'écran mural. En somme, bien peu de monde, et certes rien d'inquiétant.
-Bonsoir beau gosse, je vous sers quelque chose ?
Il sursauta, puis grimaça. Il n'avait pas vu arriver la jeune serveuse qui se tenait à présent devant lui, une main sur la hanche et un plateau dans l'autre. Ses cheveux d'un blond artificiel étaient ramenés en un chignon et retenus par la petite toque au sigle du club.
-Oh eh bien je…, commença-t-il.
-Ce sera un cocktail de juri, l'interrompit une voix masculine. Avec un doigt de sirop de muja, quelques pincées de piment noir, une cuillérée de rhum blanc, un bâtonnet de poca caramélisé et pour finir une rondelle de kati encore vert.
Le jeune homme dont les cheveux tombaient jusqu'aux épaules se retourna alors, tout sourire, et finit sa tirade.
-Et tu pourras lui amener tout ça à ma table, Lou.
-Garen ! s'exclama le nouvel arrivant.
Le jeune homme se leva alors et enlaça brièvement l'autre dans une accolade fraternelle.
-Ca fait plaisir de te revoir, Obi-Wan.
-Toi aussi, frérot, rit le Jedi. Tu t'es encore laissé pousser les cheveux ?
-Non, ça fait juste longtemps qu'on ne s'est vus !
Garen Muln était l'un des meilleurs amis d'Obi-Wan Kenobi, ils avaient grandi tous deux au temple Jedi et avaient fait les quatre cents coups ensemble. Depuis le début de leurs apprentissages respectifs ils s'étaient vus peu souvent, mais étaient restés très proches.
-Allons, assieds-toi, fit Garen en reprenant place à sa table.
Tout comme Obi-Wan, Muln était un jeune homme très séduisant, et si lui-aussi s'en rendait compte, il n'hésitait pas à en tirer parti, à la grande différence de son ami. Son sourire était d'ailleurs son principal atout. Des fossettes se dessinaient alors sur ses joues, lui conférant un air délicieusement effronté et mutin, et ses yeux, qui n'étaient pas bleus comme ceux de son compagnon, mais tout aussi variables - parfois aussi noirs que l'espace, et l'instant d'après teintés d'une couleur plus claire et noisette - révélaient même quelques paillettes dorées. D'un an le cadet d'Obi-Wan, il était très certainement le plus enfantin des deux, et la Force seule savait le nombre de cœurs brisés que ces compères avaient inconsciemment laissés dans leur sillage. Mais Garen était surtout quelqu'un de foncièrement bienveillant, ce qui faisait de lui un ami irremplaçable dans la vie de Kenobi.
-Dis-moi, qu'est-ce qui t'amène dans un monde reculé comme celui-ci ? demanda Garen.
-Je suis toujours à la recherche de Qui-Gon
Le jeune homme se rembrunit.
-Mais ça fait plus d'un an ! souffla-t-il.
Obi-Wan pinça les lèvres, de toute évidence contrarié, puis prit une courte inspiration avant de changer de sujet.
-Et toi ? Je te retourne la question.
-Je suis en vacances, répondit son ami, ayant retrouvé son humeur joyeuse.
-Vraiment ? Voilà qui explique ton attirail très non-Jedi…
Garen jeta un œil à ses vêtements et haussa les épaules. Il avait en effet troqué sa tunique contre une chemise d'un gris bleuté et une veste en cuir ainsi qu'un pantalon, noirs tous deux.
-J'avais envie de changer de style, pour une fois, fit-il. Tu es un sacré farceur toi, hein ?
Obi-Wan haussa les sourcils.
-Pourquoi ?
-Je ne t'ai pas senti arriver. Si tu voulais me surprendre, c'est réussi !
Kenobi ouvrit la bouche pour répondre, puis renonça. Comment pouvait-il lui dire que lui non plus n'avait pas senti sa présence alors que leur lien - un lien d'amitié, parmi les plus forts qui puissent exister - leur permettait d'habitude d'échanger leurs émotions à des kilomètres de distance ? Ce bouclier mental qui l'avait empêché de prévoir sa rencontre avec Garen n'avait rien de volontaire, mais il ne pouvait le lui avouer. Celui-ci comprit immédiatement qu'Obi-Wan lui cachait quelque chose, mais avant qu'il ne puisse l'interroger, la serveuse, Lou, revint avec la boisson.
-Et voilà pour vous, beau gosse ! dit-elle en déposant le grand verre sur la table.
Obi-Wan la remercia d'un simple hochement de tête, et elle adressa un regard amusé à Garen.
-Vois-tu, Lou, intervint celui-ci d'une voix suave. Notre Obi-Wan est un véritable manipulateur. Il aime jouer les timides et, quand on s'y attend le moins, il se lâche et on ne le reconnaît plus !
Le jeune homme manqua de s'étouffer avec sa gorgée de cocktail, puis plissa les yeux.
-Mieux vaut ça que l'inverse, répliqua-t-il. Certains parlent beaucoup, et au moment où ça devient intéressant on s'aperçoit que ce n'est effectivement que des paroles en l'air…
-Un point pour le beau gosse ! s'exclama Lou en riant.
Garen, pas fâché pour un sou, se tourna vers elle et la gratifia de son sourire à trois mille watts inimitable.
-Lequel ?
La serveuse leva les yeux au ciel, puis se décida à tendre un carton à Obi-Wan.
-Tenez, voici pour quand vous aurez fini votre cocktail. La carte des meilleures boissons.
-Eh ! s'offusqua Garen Muln. Je n'y ai jamais eu droit, moi, à la carte !
Lou lui fit un clin d'œil tandis qu'il arrachait le carton des mains de Kenobi.
-Voyons… Oh tout ça m'a l'air intéressant ! Je me laisserais bien tenter par le mélange explosif…
-Il y a du brandy vallustéen, l'avertit Obi-Wan. Crois-moi, je te le déconseille.
-On ne vit qu'une fois, rétorqua Garen. Mets-moi un mélange explosif, Lou.
-Comme tu veux, chéri. Mais donne les crédits à l'avance. Après, je ne suis pas sûre que tu arrives encore à les compter.
Plus emballé qu'effrayé par l'insinuation, le jeune homme déposa l'argent sur le plateau et lui sourit une nouvelle fois. Il ne remarqua pas la silhouette sombre qui s'attarda à l'entrée du club, pour ensuite reculer dans les ombres nocturnes de la rue. Mais Obi-Wan, lui, avait toujours surveillé la porte du coin de l'œil, aux aguets. Il reposa lentement son verre et ferma les yeux un instant. Cela ne s'arrêterait donc jamais…
-Garen, tu as toujours ton vaisseau, non ?
-Oui bien sûr.
-Quel hangar ?
-Quoi ? fit Garen, troublé par l'empressement soudain de son ami.
-Dans quel hangar est-il ? répéta Kenobi.
-H-24, répondit le jeune homme en fronçant les sourcils.
-Je t'y retrouverai demain.
-Tu pars déjà ? Obi-Wan que se passe-t-il ?
Le chevalier pouvait voir que son ami était déjà prêt à le suivre où qu'il aille.
-Reste ici, Garen. Je t'expliquerai demain, d'accord ? Et quand tu arriveras à te souvenir de ton nom, n'oublie pas de me dire ce que tu auras pensé de ce mélange explosif, ajouta-t-il avec un sourire.
Puis, sans un mot de plus ni un regard, il disparut.


~*~


L'obscurité ne le dérangeait pas. Au contraire, c'était la nuit qu'il avait le plus de chances de l'apercevoir, car il ne semblait pas vouloir sortir le jour. Peut-être ignorait-il que peu importait l'heure ou le temps, Obi-Wan s'était bien aperçu qu'il était traqué depuis plusieurs mois. Quelqu'un le suivait constamment, où qu'il aille, comme son ombre ou un double qui ne se manifestait que dans les ténèbres les plus profondes. Il ne connaissait pas ses intentions, et se demandait s'il les connaîtrait un jour, sans doute parce qu'à chaque fois que son poursuivant paraissait prêt à faire un geste vers lui, il s'était senti découvert et avait pris la fuite. Mais quelle que fût la raison de sa présence, Obi-Wan savait aussi qu'elle n'avait rien d'amical. Cette fois peut-être, avec de la chance, il arriverait à l'intercepter.
Le jeune homme renifla avec cynisme. Il aurait bien besoin de chance, puisque la Force ne lui était d'aucune aide. Le peu qu'il arrivait à maîtriser était inlassablement utilisé soit pour réduire ses migraines, soit pour essayer de localiser Qui-Gon. Le fait qu'il n'ait pas réussi à sentir la signature de Garen dans la Force l'inquiétait tout de même un peu. Les liens qu'il avait avec lui et ses deux autres compagnons de crèche, Bant et Reeft, étaient toujours très solides, s'étant formés non pas par nécessité comme ceux qui existaient entre un maître et son apprenti, mais par affection. Un lien d'amitié ne se commandait pas, se formait sans qu'on le sache et était très dur à détruire. Le seul type de lien supérieur au lien d'amitié était celui auquel un Jedi n'avait théoriquement pas droit. Une image apparut devant les yeux d'Obi-Wan et il secoua la tête, cherchant à s'en débarrasser. Il n'avait pas pensé à elle depuis longtemps et ce n'était ni le lieu ni le moment pour s'attarder sur cette vision du passé. Pourtant, cela faisait plus de dix ans, et ses sentiments pour Cerasi étaient toujours aussi forts.
Il serra les dents et se plaqua un peu plus contre le mur de pierre de la petite allée menant au "Hyspace Club", essayant de faire le vide en lui. Il scanna de nouveau les environs, à la recherche du moindre mouvement, mais son inaptitude à sentir la Force vitale des êtres autour de lui ne faisait que lui rappeler douloureusement ce qu'il perdait chaque jour un peu plus, et ce qui risquait de lui arriver si les choses continuaient d'évoluer dans cette direction. Ses frayeurs et ses doutes récents lui revinrent à l'esprit. Etait-ce possible pour un Jedi de perdre totalement et définitivement son usage de la Force ? Et si oui, pouvait-il rester un Jedi ? Le conseil considérait qu'il était le plus apte à retrouver Qui-Gon, mais une fois sa mission accomplie - si jamais il y parvenait - serait-ce sa dernière ? Et dans ce cas, qu'adviendrait-il de lui ? Il avait consacré toute sa vie à l'Ordre et ne savait s'il était capable d'autre chose…
Un bruit au coin de la ruelle le tira de ses pensées. Quelqu'un approchait lentement. Une ombre longue se déplaça sur le pavé de la route et avança dans sa direction. Encore quelques pas, puis la personne s'arrêta. Les yeux rivés sur cette trace sombre, Obi-Wan décrocha silencieusement son sabre de sa ceinture. Le poids du cylindre froid se fit rassurant dans sa main alors qu'il posait délicatement son pouce sur le bouton d'activation. L'ombre oscilla un instant, comme indécise, puis reprit sa progression lente et hasardeuse. Un froissement de tissu. Un claquement de talon sur le sol. L'extrémité d'une botte et… Obi-Wan attrapa l'individu par le col, le fit tournoyer et le pressa violemment contre le mur avant d'activer son sabre et de le lui placer à la gorge, le tout en l'espace de quelques secondes.
-Que me voulez-vous ? grogna le Jedi, excédé.
Son regard remonta vers le visage de son captif, et il hoqueta de stupeur. Les yeux un peu trop brillants et alarmés de Garen le fixaient intensément. Il le relâcha aussitôt et désactiva son sabre.
-Par tous les Sith ! J'aurais pu te tuer ! cria-t-il, la frayeur se mêlant au soulagement et à la colère.
Son ami resta immobile pendant encore quelques instants, incrédule, puis se détendit.
-F… faudra que tu m'expliques ce que tu viens d'ess… essayer de faire, dit-il d'une voix pâteuse.
Obi-Wan grimaça, puis un sourire amusé se dessina au coin de ses lèvres.
-Je t'avais dit que le brandy vallustéen était fort.
-Bof, je suis juste un peu éméché…
Kenobi haussa un sourcil.
-Tu es ivre mort, oui ! rit-il.
-V-voilà ! Tout de s-suite les grands mots ! fit Garen avec un geste ample de la main, pour se rattraper in-extremis au mur.
Obi-Wan se précipita en avant et passa un bras de son ami autour de ses épaules afin de l'aider à garder l'équilibre. Celui-ci gémit puis baissa la tête.
-Je crois que je vais être malade, souffla-t-il d'un air dépité.
-Ooh non ! La dernière fois que tu as dit ça j'ai bien cru que tu allais vomir tes tripes !
Garen leva difficilement la tête vers Obi-Wan et lui sourit comme il put.
-Ne désespère pas, c'est peut-être pour cette fois…
-Bon occupe-toi juste de mettre un pied devant l'autre, je nous ramène à ton vaisseau.
Les deux hommes commencèrent à avancer, l'un titubant de façon relativement évidente, l'autre essayant de le soutenir au mieux mais sans grand succès. Toutefois au bout de quelques minutes, l'alcool et sans doute un peu de fatigue finirent par avoir raison de Garen Muln, qui tomba comme une masse. Obi-Wan le réceptionna laborieusement, et rejoignit le hangar avec son ami ronflant dans ses bras.


~*~


-Comment va la tête ?
Garen Muln grimaça puis répondit :
-Elle a vu pire, mais mieux aussi. Tu pourrais éviter de parler si fort ?
-Désolé, sourit Obi-Wan.
Les deux hommes, qui s'étaient levés relativement tôt, marchaient dans les rues de la banlieue de Biha sous un ciel encombré - ce qui n'était pas inhabituel - et échangeaient les dernières nouvelles les concernant afin de rattraper le temps qui s'était écoulé depuis leur dernière rencontre, presque un an plus tôt.
-Enfin bref, finit Kenobi. Je n'ai vraiment rien de particulier à t'apprendre, j'ai beau avoir vu de nouvelles planètes depuis, je n'ai jamais eu le temps de bien les connaître. Je ne pouvais pas prendre le risque de perdre la trace de Qui-G…
-Qui-Gon, oui, on finira par savoir, le coupa Garen. Quand tu le retrouveras, il n'y a pas qu'au conseil qu'il devra faire des excuses.
Obi-Wan s'arrêta et lança un regard interrogateur à son ami, qui secoua tristement la tête.
-Laisse tomber, je crois que c'est un concept que tu auras toujours du mal à saisir. Continue.
-Eh bien c'est tout ce que j'avais à raconter, reprit le chevalier après un temps en emboîtant le pas à Garen. J'ai entendu dire que tu n'avais pas chômé, de ton côté. Il paraît que tu sors d'une mission difficile.
-Relativement, oui. J'ai dû passer quatre semaines en convalescence au temple à l'issue d'une divergence d'opinion entre un criminel et moi qui s'est terminée en un corps à corps plus ou moins violent. Je crois qu'il est toujours à l'hôpital à l'heure qu'il est, ajouta-t-il avec un sourire. Mais c'est lui qui l'a cherché…
-Quatre semaines en convalescence… Ca a dû être terrible pour un hyperactif comme toi.
Garen hocha la tête avec véhémence.
-Et je ne parle même pas de la dizaine de praticiens que tu as dû rendre fous par la même occasion, plaisanta Obi-Wan avec un sourire en coin.
Son ami leva les yeux au ciel avant de le guider à travers le grand boulevard, pour prendre une rue sur la gauche.
-Où nous emmènes-tu, au fait ? demanda Kenobi.
-A l'usine de FrameCorp, j'ai un ami là-bas. Il a quelque chose à me donner pour sa sœur. Parce que c'est chez elle que nous irons ensuite.
-Je vois, fit Obi-Wan avec un haussement de sourcil.
-Eh ! Ce n'est pas du tout ce que tu crois !
-Bien sûr que non, se corrigea-t-il immédiatement d'un ton moqueur.
-Je t'assure !
-Mais oui, mais oui…
Tout en s'asticotant gentiment à tour de rôle, les deux Jedi arrivèrent rapidement à un grand complexe imposant qui s'élevait sur plusieurs dizaines de mètres, et s'étendait sur un bon kilomètre de longueur. La façade grise et luisante semblait être faite de duracier résistant, et l'architecture sobre mais très stylisée laissait à supposer que le bâtiment n'avait été construit que très récemment. En grandes lettres argentées, le nom FrameCorp était lisible. Les deux Jedi s'arrêtèrent quelques instants et contemplèrent l'énorme édifice.
-FrameCorp… Ca ne me dit rien. C'est une entreprise locale ? demanda Obi-Wan.
-Pas exactement. C'est une nouvelle chaîne dont plusieurs annexes ont été construites ces six derniers mois. Elles se multiplient un peu partout, en particulier sur les planètes pauvres et isolées comme celle-ci qui traversent une crise de l'emploi. Stratégiquement c'est compréhensible : l'entreprise gagne de la main d'œuvre pour un moindre salaire.
-Et que fabrique-t-elle ?
-Il suffit d'entrer, tu verras par toi-même, répondit Garen avec un sourire en précédant son ami.
-Ils laissent entrer n'importe qui comme ça ? s'étonna Obi-Wan en passant par la grande ouverture en verre qui servait d'accès.
-L'usine est récente, la sécurité n'est pas encore au point, se contenta de répondre son compagnon.
L'intérieur était encore plus vaste qu'une vue depuis l'extérieur avait pu suggérer. La ligne de production commençait à quelques dizaines de mètres de l'entrée et serpentait à perte de vue jusqu'à l'autre bout de la bâtisse. Des centaines, peut-être même des milliers d'hommes et femmes s'activaient autour des grosses pièces en métal tandis que d'impressionnants bras mécaniques se chargeaient des tâches les plus physiques au milieu de pluies d'étincelles. De lourdes presses tombaient bruyamment et remontaient en rythme de part et d'autre de la ligne, découpant et façonnant les morceaux d'acier. De longs néons nouvellement installés éclairaient parfaitement tous les ateliers, même si le toit - qui se trouvait à une hauteur considérable - laissait entrer la lumière du jour par des panneaux coulissants.
L'agitation continue et les bruits répétitifs relancèrent les maux de tête d'Obi-Wan, qui grimaça malgré lui en suivant son ami le long d'un chemin tracé au sol jusqu'à ce qui sembla être une maison d'équipe.
-Treb ! appela Garen en faisant signe à un jeune Zabrak occupé à fixer une conduite au mur.
Celui-ci se retourna et sourit en apercevant le Jedi, puis posa l'outil qu'il tenait en mains avant de le rejoindre.
-Muln, tu as pu venir finalement, constata-t-il.
-Bien sûr ! Je te présente le chevalier Obi-Wan Kenobi.
-Maître Kenobi, salua Treb tandis que le Jedi lui faisait un signe de tête en retour.
-On m'a dit que tu avais quelque chose pour moi, reprit Garen.
-Oui…
Le Zabrak alla fouiller au fond de la sacoche en cuir bourrée d'outils qu'il portait à sa ceinture, et finit par en sortir une petite datacarte qu'il tendit au chevalier.
-Je crois que c'est ce que cherchait Neema. Tu pourras le lui apporter ? dit-il.
-Oui, je prévoyais d'aller au culte ce soir. J'y emmène Obi-Wan, expliqua Garen.
Kenobi fronça les sourcils, ne comprenant pas un mot de la conversation, mais préféra ne pas intervenir. Il hocha simplement la tête quand le regard de Treb se posa sur lui. Puis il se retourna, surpris par le calme soudain. Les machines venaient toutes de s'arrêter. Garen, lui, leva les yeux vers le toit, et retint un cri d'effroi en voyant une des passerelles supérieures encore en construction perdre une première attache, puis une deuxième, juste au-dessus de leurs têtes. D'un coup de coude, il catapulta Treb jusque dans la maison d'équipe, où il serait à l'abri, tout en envoyant un message mental bref, mais très clair, à Obi-Wan :
//COURS !//
Il se retourna et s'aperçut avec horreur que son ami lui tournait toujours le dos et n'avait apparemment pas entendu son avertissement. L'attention d'Obi-Wan fut enfin attirée par le vacarme que fit la troisième attache de la passerelle en cédant à son tour, mais il n'eut pas le temps de s'en préoccuper car Garen se jeta sur lui et l'entraîna en avant au moment même où l'ensemble métallique s'écroula brutalement à l'endroit où il s'était trouvé à peine quelques secondes plus tôt. Les deux hommes tombèrent violemment au sol, et attendirent un instant que la poussière soulevée par l'accident se dissipe. Des cris paniqués couvrirent le silence, et Obi-Wan se releva lentement, encore un peu secoué.
-D'accord. Je confirme. C'est loin d'être au point, fit-il.
Il fut troublé par l'absence de réponse de Garen qui s'était également levé et époussetait sa veste noire. Des agents de sécurité arrivèrent rapidement sur les lieux, suivis par le jeune Treb, qui observa les dégâts d'un air effaré.
-Heureusement pas de victimes, lâcha brièvement l'un des gardes dans un comlink avant de s'approcher des deux Jedi. Et vous êtes ?
-Venus voir quelqu'un, compléta calmement Garen en prenant soin de ne pas mentionner directement le nom de son ami Zabrak.
L'agent les dévisagea, puis émit une sorte de grognement.
-C'est bon, sortez d'ici. Et que je ne vous y revoie plus.
Garen hocha la tête, lança un coup d'œil furtif mais amical en direction de Treb, puis tourna les talons sans un mot, montrant clairement à Obi-Wan qu'il ne comptait pas fournir davantage d'explications. Kenobi lui emboîta le pas, mais ne chercha pas à dissimuler son incompréhension.
-C'est tout ? fit-il une fois dans la rue. Pas d'interrogatoire quant à notre présence ? Rien ?
Son ami continuait de marcher silencieusement.
-Garen ! l'interpella-t-il.
Le jeune homme s'arrêta brusquement et se retourna, plongeant ses yeux foncés dans ceux d'Obi-Wan, qui fut surpris d'y voir tourbillonner incrédulité, peine et ressentiment. Garen Muln regarda son ami avec l'espoir de comprendre ce qu'il lui cachait. Le lien mental qu'ils partageaient, leur lien d'amitié, avait été altéré, il venait juste de le réaliser. Il voulait demander à Obi-Wan s'il allait bien, pourquoi il refusait de lui parler, lui offrir son aide, mais face à l'expression ingénue qu'il avait adoptée, il se résolut à garder le silence. Pour le moment du moins.
-Ils ne nous ont pas gardés parce que nous ne leur servons à rien, dit-il enfin. Accident ou non ils ont déjà tout trouvé leurs coupables.
-C'est à dire ? continua Obi-Wan, soulagé de constater que son compagnon n'allait pas lui poser de questions. Des groupes terroristes ?
-Oh oui… C'est bien comme ça qu'ils les appellent.
-Et ils savent de qui il s'agit ?
-Tout le monde le sait, lui apprit Garen avec un haussement d'épaules. Et c'est eux que nous allons voir ce soir. Viens. Il faut que je passe chez Lou avant de partir.


~*~


Les deux Jedi allèrent à pied jusqu'au centre-ville qui se trouvait à bien cinq kilomètres de l'usine, sachant qu'en prenant les transports urbains au trafic sans cesse perturbé par d'éternels embouteillages et de fréquents accidents, le trajet leur aurait aisément pris deux heures de plus.
Le cœur de Biha était singulièrement compact pour une ville aussi récente, les immeubles aux façades noircies par la pollution étroitement collés les uns aux autres et les rues mal entretenues se ressemblant toutes, petites et mornes. Les seules choses qui auraient pu permettre de les différencier auraient été les publicités en couleur placardées à tout va sur les vitrines des magasins, les portes et parfois même des fenêtres condamnées situées au rez-de-chaussée.
Obi-Wan suivit son compagnon à travers un dédale de ruelles dont l'aspect délabré était sans doute amplifié par le ciel gris et le brouillard qui peinait à se dissiper. Ils s'arrêtèrent devant une porte noire au métal rayé et abîmé par plusieurs graffitis, qui se trouvait être la seule entrée du grand immeuble dont on ne pouvait voir que peu de fenêtres depuis la rue. Garen tapa un code puis pressa un bouton au plastique fondu, et obtint rapidement une réponse dans le petit haut-parleur grésillant.
-Oui ? fit une voix féminine.
-C'est moi, dit simplement le jeune homme.
La porte s'ouvrit, et Garen invita Obi-Wan à le suivre le long d'un petit couloir modeste mais accueillant jusqu'à un turbolift en excellent état qui les emmena au vingt-deuxième étage. Au fond d'un nouveau couloir se trouvait l'appartement de la jeune serveuse. Muln y entra tranquillement, pour ensuite abandonner Obi-Wan dans le salon.
-Je reviens tout de suite, lui assura-t-il avant de s'éclipser dans une pièce voisine.
Kenobi approuva d'un hochement de tête et en profita pour observer les alentours. Le logement était relativement petit, proportionnel au maigre salaire d'une serveuse, mais bien meublé, clair et aéré par une grande fenêtre coulissante qui donnait non pas sur la rue bruyante, mais une cour intérieure. La peinture des murs venait d'être refaite et le sol était minutieusement carrelé.
-On ne dirait pas, depuis dehors, hein ?
Le chevalier se retourna vivement. Elle avait l'art de l'interpeller au moment où il s'y attendait le moins.
-Non en effet, admit-il. On n'imagine pas un tel confort en regardant la façade.
Lou sourit en s'asseyant paresseusement dans un fauteuil rembourré et croisa les jambes, dévoilant un mollet fin par un pan du peignoir qu'elle portait. Elle venait de se laver les cheveux dont les mèches humides et raides allaient frôler sa nuque. Obi-Wan constata que sans maquillage ni bijoux, son visage resplendissant était contre toute attente digne des plus beaux tableaux de l'Age d'Or de la République. Elle attrapa un grain de poussière entre ses ongles et le fit tomber d'un air absent en reprenant la parole.
-Ils parlent de rénover tout ça depuis des lustres, mais je serai centenaire avant d'en voir le bout.
-Comme partout, approuva-t-il avec un petit rire.
-Il faut dire que ces attaques ne font pas accélérer les choses…
La voix de Garen leur parvint depuis l'autre bout de l'appartement.
-Lou ! Tu es sûre qu'elle est sur une étagère ?
-C'est toi qui l'as oubliée ici, à toi de voir ! rétorqua celle-ci sans se lever. Essaie sous le lit !
Obi-Wan détourna son attention vers quelques bibelots, refusant de chercher à comprendre de quoi parlaient les deux jeunes gens. Puis, après un moment de silence suffisamment long, il se racla la gorge et alla s'asseoir en face de Lou.
-Vous parliez d'attaques… Quel genre d'attaque ?
-Rien de meurtrier jusqu'à présent. Des incendies, quelques sabotages dans des bureaux la nuit, aux heures où tout le personnel est absent. De l'intimidation en somme.
-Mais… Qui cherche à intimider qui ? demanda Obi-Wan, sa curiosité piquée au vif.
Lou attrapa une brosse sur la petite table proche et entreprit de se coiffer méticuleusement tout en réfléchissant par où commencer.
-Depuis quelque temps… Cinq ou six ans, je dirais, des usines ont été construites sur notre lune. Ca a bien relancé notre économie et fait baisser le taux de chômage. Ca n'a pas été du goût de tout le monde.
Garen reparut sur le seuil de la pièce et s'appuya contre l'encadrement de la porte derrière Lou, intéressé par ce qu'elle avait à dire.
-Chaque société a ses énergumènes, continua-t-elle calmement tout en prenant soin de sa chevelure blonde. Eh bien nous avons nous-aussi nos marginaux.
-Vraiment ? fit Obi-Wan.
-Un groupe - grandissant - d'illuminés qui se prendraient presque pour des Jedi, expliqua la jeune femme en levant les yeux au ciel. Ils vouent une espèce de "rituel sacré" aux énergies bénéfiques, ils aiment la nature, le ciel bleu et les petits oiseaux.
Garen pinça les lèvres face au ton sarcastique qu'elle avait adopté. Elle se redressa dans son fauteuil et dirigea ses yeux bleu clair vers Obi-Wan.
-Or il y a deux ans une manufacture d'armes a été ouverte à quelques kilomètres de leur village, de l'autre côté de la montagne. Je ne dis pas que j'approuve ce genre de commerce, clarifia Lou. Mais quand le tiers de l'usine est parti en flammes, provoquant sa fermeture temporaire et un nombre énorme d'arrêts de travail, avouez qu'il y avait de quoi voir rouge.
-Il n'a jamais été prouvé que le culte était à l'origine de cet incendie, intervint Garen en entrant dans le salon.
-Trouver des preuves est le travail des autorités. Personne à part le culte n'aurait pu profiter de la destruction de cette manufacture, renchérit-elle.
-Ils sont pacifiques, jamais ils n'auraient eu recours à la violence.
Lou reposa brutalement sa brosse, attendit un instant puis soupira avant de se lever et d'avancer vers le chevalier avec une démarche langoureuse.
-Je ne suis pas foncièrement contre eux, dit-elle doucement en se collant à lui. Et je n'aime pas la façon dont les traitent les citadins. Mais réfléchis, chéri. Principe de base dans la nature : quand une espèce est menacée, aussi douce soit-elle, elle finit toujours par sortir les griffes pour se défendre.
La jeune femme s'était mise sur la pointe des pieds afin de se mettre au niveau du visage de Garen qui la dominait du haut de son mètre quatre-vingt-dix, mais avant de pouvoir entreprendre quoi que ce fût, son comlink se mit à biper. Elle lui planta un vif baiser dépourvu de toute sensualité sur le bout du nez et s'en alla prendre l'appel sans un regard. D'après l'exclamation ravie de la serveuse et la position confortable qu'elle prit juste après, Garen déduisit qu'elle en aurait pour un moment et suggéra à son ami d'écourter leur visite.
Une fois dans le couloir froid que le propriétaire avait décidé de ne pas chauffer, Obi-Wan resserra son manteau et fronça les sourcils.
-Je ne pensais pas qu'il y avait une telle tension entre les habitants de Cynele…
-Et encore… Lou est du genre tolérant d'habitude. Le reste de la population se montre moins impartial, déplora Garen en appelant le turbolift.
Ils y grimpèrent tous deux, et alors que la porte automatique se refermait sur eux en un chuintement, Obi-Wan lança un regard amusé à son compagnon.
-Comment tu te débrouilles, Gar' ? Bientôt tu auras une copine sur chaque planète de cette galaxie.
-Lou n'est PAS ma…
Le reste de la réponse exaspérée fut avalé par le silence que le turbolift laissa derrière lui en ramenant doucement les deux Jedi vers le rez-de-chaussée.


~*~






Chapitre 2 - Refuge aux âmes perdues

Après être repassés à leurs vaisseaux respectifs pour y chercher les quelques affaires dont ils auraient besoin, les deux chevaliers Jedi étaient directement repartis à pied à la mi-journée, et avaient entrepris l'ascension du mont Benicas à la demande de Garen, qui n'avait pas voulu se justifier mais semblait avoir ses raisons. Il avait été établi qu'ils ne passeraient pas par le sommet, bien trop élevé, mais par le versant ouest. Lorsque Obi-Wan avait demandé pourquoi ils ne l'avaient pas simplement contourné en speeder, Garen n'avait fait que lui lancer un regard indéchiffrable et avait vaguement répondu que depuis un speeder ils auraient manqué le meilleur.
Le sol spongieux était uniquement constitué de mousse épaisse recouverte par endroits d'épines tombées des hauts résineux fins qui poussaient essentiellement en bas de la montagne. Au fur et à mesure que les deux hommes grimpaient, les arbres cédèrent la place à de grands buissons, puis à de la bruyère brune émergeant vaillamment entre les rocailles hostiles. Le ciel s'était obscurci et un vent froid s'était de nouveau levé, faisant frémir les petites branches sèches de la végétation, quand Garen arrêta son ami d'une main posée sur l'épaule.
-Maintenant regarde pourquoi nous sommes passés par ici, lui murmura-t-il en s'asseyant sur un rocher.
Obi-Wan tourna la tête et fut estomaqué par la scène qui se présenta à eux. Juste devant lui, à l'ouest du Benicas, les nuages oranges et dorés s'écartèrent, poussés par l'air frais, et révélèrent le soleil jaune foncé bien rond et flamboyant, qui répandit soudain ses rayons ardents sur l'ensemble du paysage. Ils allèrent lécher la surface du grand lac au pied de la montagne, qui se teinta progressivement d'une couleur ambrée, comme changé en un breuvage divin dans lequel miroitait le ciel, tandis que les pousses de bruyère rougeoyante, touchées à leur tour, furent comme enflammées, prenant elles-aussi part à ce spectacle enivrant et presque chimérique.
Sans jamais détacher son regard de ce tableau stupéfiant, ébloui par cette nature qui recelait tant de joyaux, Obi-Wan s'assit lentement à son tour. Depuis quand n'avait-il pas pris le temps de simplement observer le monde autour de lui, s'abandonner à la contemplation, partie intégrante de la philosophie Jedi ?
-Merci, souffla-t-il, ses paroles emportées par le vent.
Garen sourit, lui-aussi fasciné.
-C'est comme ça tous les jours, chuchota-t-il. Et personne n'y prête même plus attention.
Il observa l'eau onduler silencieusement sous la caresse d'un léger coup de vent, troublant les couleurs chaudes du soir qui allaient s'y refléter, écouta le bruissement lointain des arbres et les derniers chants des oiseaux diurnes.
-Personne sauf ceux que nous allons voir, continua-t-il, son sourire grandissant. Allez viens. Il faut traverser le bois avant la nuit, on s'y perdrait.
Ils se relevèrent donc et se remirent en marche, l'astre au déclin illuminant toujours leur route alors qu'ils descendaient de l'autre côté du versant, vers la forêt d'épineux, se frayant un chemin entre les broussailles et les gros cailloux normalement blancs mais jaunis par le soleil. Une fois passés sur le versant nord, à l'opposé de Biha, ils furent heureux de ne plus entendre les bruits de la ville, bloqués par la masse imposante qu'était le Benicas. Au bout d'une trentaine de minutes de marche, les derniers rayons du soleil disparurent, laissant la clarté blanche de la lune les relayer pour éclairer les deux Jedi qui continuaient de progresser à pas réguliers dans la forêt où les conifères avaient été remplacés par des arbres bien feuillus. Leurs yeux étant encore moins fiables dans cette obscurité que de jour, ils prêtèrent instinctivement plus attention aux sons autour d'eux, concentrés sur le moindre craquement de branche sous leurs bottes, ou le cri distant d'animaux sauvages. Au-dessus d'eux, entre les feuilles sombres agitées par le vent frais, brillaient les constellations dans un ciel autrement noir.
Même s'il avait du mal à comprendre l'utilité d'une telle randonnée nocturne et s'il considérait ce détour comme une véritable perte de temps malgré le magnifique coucher de soleil auquel il avait assisté, Obi-Wan se força à garder le silence et fit de son mieux pour apprécier l'instant présent, lui qui depuis plus d'un an n'avait jamais pensé qu'au lendemain. Il se rappela que quelques années plus tôt il aurait été au moins un peu excité à l'idée d'une excursion improvisée comme celle-ci, mais alors qu'il suivait son ami d'enfance à travers les bois sombres, il réalisa avec stupeur qu'il ne ressentait rien. Il n'éprouvait aucun plaisir, pas la moindre émotion, et ce vide qui s'était sournoisement installé en lui depuis des mois mais qu'il ne découvrit qu'à cet instant le fit paniquer. Il s'arrêta net, médusé par l'incompréhension. Garen, surpris, fit de même et le regarda d'un air inquiet. Obi-Wan ne put que lever les yeux vers lui, incapable de trouver les mots pour exprimer ce qui lui arrivait, et surtout bien conscient que ce n'était ni le lieu ni le moment pour remettre en question sa perception des choses ou faire part de ses états d'âme.
-Obi ? demanda Garen en s'approchant de lui, les sourcils froncés.
Il chercha encore vainement le lien qui était sensé l'unir à son ami, mais comme précédemment il ne trouva rien à part de solides boucliers psychiques totalement insurmontables. Pourquoi refusait-il de partager ses émotions ?
Kenobi de son côté, se demandait pourquoi son inconscient avait choisi cet instant précis pour s'exprimer avec tant de virulence et, englouti dans cette ignorance effrayante, il voulut chercher un appui dans les yeux inquiets mais pleins de chaleur de son camarade, y trouvant plus encore, une stabilité et une patience qui l'encouragèrent à parler. Mais juste au moment où il allait ouvrir la bouche, son regard fut attiré vers la gauche par une lueur verte. Il se ressaisit immédiatement, enfouissant bien ses émotions à l'abri dans un coin inaccessible de son esprit, et dépassa Garen, son visage - qui à peine quelques secondes plus tôt avait laissé transparaître tant de désarroi - à présent figé en un masque inexpressif, presque glacial. Muln serra les dents et ferma brièvement les yeux, réalisant qu'il avait été à deux doigts d'obtenir les confessions d'Obi-Wan, mais que cette opportunité perdue, il aurait désormais peu de chances de les entendre.
-Que se passe-t-il ? finit-il par demander en le rejoignant.
-Chh…, fit Obi-Wan, un doigt levé pour le faire taire.
Il contourna un arbre, puis se dissimula derrière un buisson, rapidement suivi par son compagnon. Une autre lumière, bleue cette fois, apparut pendant une seconde un peu plus loin, accompagnée d'un murmure grave.
-Là, chuchota vivement Obi-Wan.
Garen se releva et sourit.
-C'est un feu-follet, dit-il. Ceux-là sont inhabituels, je te l'accorde, parce qu'on ne peut en trouver que sur cette lune. Ils sont à base de phosphogène, gaz très rare.
Kenobi, embarrassé, se leva à son tour.
-Combustion spontanée, déduisit-il.
-Et totalement inoffensif, confirma Garen avec un hochement de tête.
Ils sursautèrent en même temps lorsqu'une nouvelle émanation s'enflamma juste derrière eux en un petit nuage vaporeux. Garen passa lentement la main à travers sous les yeux stupéfaits d'Obi-Wan.
-C'est froid, on ne risque rien, le rassura le Jedi.
Kenobi haussa un sourcil sceptique puis plissa le nez.
-Tu sens cette odeur ?
-C'est le phosphogène, expliqua Garen en reniflant à son tour. Prépare-toi à un chouette spectacle son et lumière.
A peine avait-il prononcé ces mots qu'un peu partout autour d'eux surgirent des feux-follets l'un après l'autre et se succédèrent de plus en plus vite, illuminant la clairière où ils se trouvaient comme en plein jour. Les vapeurs jaunes, bleues, roses, vertes et rouges vibraient comme des torches naturelles expirées par la mousse aux pieds des Jedi jusque haut dans les airs.
-Ca se produit environ toutes les deux semaines, quand les sources rejettent le surplus de gaz.
-Tu en connais des choses sur cette lune, remarqua Obi-Wan avec un regard qui aurait été qualifiable de soupçonneux.
Garen se crispa pendant à peine une seconde avant de reprendre un air détaché, et si n'importe qui n'aurait pas pu déceler cette brève réaction, Obi-Wan ne fut pas dupe. Cependant il ne l'interrogea pas davantage, peut-être par crainte que Garen n'exige lui-aussi des explications à son tour.
-J'ai effectué une mission ici par le passé, confia Muln. J'ai eu trois mois pour apprendre à me familiariser avec tout ça.
Obi-Wan accepta la réponse pour ce qu'elle était, c'est à dire une justification suffisante mais qui ne révélait de loin pas toute la vérité. Il se demanda avec une pointe de nostalgie quand ils avaient cessé de tout se raconter et s'étaient vraisemblablement éloignés, alors que les clairs feux-follets de toutes les couleurs continuaient de danser à travers la clairière. Au bout d'une dizaine de minutes, les émanations se firent moins nombreuses, puis stoppèrent aussi vite qu'elles avaient commencé.
-Bon, remettons-nous en route, proposa Garen, rompant le silence. Nous y sommes presque.
-Tu me réserves encore beaucoup de surprises de ce genre ? s'enquit Obi-Wan en reprenant la marche.
-Quelques-unes. D'ailleurs…, commença Muln en tournant la tête vers la droite, comme ayant entendu quelque chose. Ecoute.
Les deux chevaliers s'arrêtèrent, tendirent l'oreille. Et Obi-Wan comprit qu'ils étaient en effet arrivés. Au loin, plus bas, des chants distants s'élevèrent. Une mélodie douce et sibylline parvint jusqu'à eux entre les branchages, avec une telle harmonie qu'elle sembla provenir d'une seule et même voix. Ils étaient encore bien trop loin pour en entendre les paroles, mais la sérénité et la paix imprégnées dans la musique suffirent à toucher les deux amis, qui attendirent silencieusement quelques minutes avant de se décider à approcher de l'origine de ces quantiques nocturnes. Obi-Wan, qui suivait toujours Garen, s'aperçut que les enjambées de ce dernier devenaient de plus en plus amples et rapides, pour finir par se transformer en petit pas de course. Le jeune homme déduisit de par l'empressement de son compagnon que ce qui devait les attendre à moins d'un kilomètre était sans doute à la hauteur de la beauté des chants qui parcouraient toujours ce versant du Benicas.
Ils atteignirent enfin l'orée de la forêt, qui se trouvait délimitée par de larges rochers de granit hauts de plus de quatre mètres. Haletants, les Jedi firent le tour de celui qui se trouvait devant eux, et arrivèrent en face d'une procession composée d'une cinquantaine d'individus en toge blanche ou bleue qui avançaient en file indienne sur deux colonnes, puis se séparèrent pour former un cercle au centre d'une grande structure monolithique dont les chevaliers venaient de contourner l'un des blocs.
Obi-Wan voulut faire demi-tour, hésitant à s'introduire de force dans un rituel qui lui était étranger, mais Garen le retint et fit signe à quelques personnes qui lui répondirent avec un sourire tout en continuant de chanter. La mélodie arriva progressivement à son terme, le rythme ralentissant et les voix fondant davantage l'une dans l'autre sur une note neutre, mais sans perdre de leur vitalité. A ce moment précis, alors que tous les participants se donnèrent la main, comme pris dans une incroyable osmose, le vent cessa de souffler, tout sembla s'immobiliser, et une vive lumière bleue entoura la foule réunie, grandissant petit à petit jusqu'à aller toucher les Jedi.
Obi-Wan écarquilla les yeux en comprenant qu'il s'agissait ni plus ni moins que de la Force. Une manifestation brute, libre et sauvage comme il n'en avait pas l'habitude, mais étrangement revigorante. Ces gens n'étaient pas des Jedi, individuellement ils ne possédaient sans doute pas assez de midi-chloriens pour en avoir le potentiel, et pourtant la Force avait répondu à leur appel et s'était montrée à eux primitive et inaltérée, dans un état que peu de Jedi connaissaient, car totalement incontrôlée et incontrôlable.
Sans même le vouloir, sans l'avoir invitée, l'énergie si pure qu'elle en était inquiétante passa au travers d'Obi-Wan et l'envahit contre son gré avec une puissance inégalée mais sans malice, sans violence, comme profitant de cette occasion pour étreindre quelqu'un qui lui aurait manqué et lui rappeler qu'elle était encore là. Ce fut en tout cas ainsi qu'Obi-Wan comprit cette caresse impétueuse qui ne dura qu'un instant, et le quitta une nouvelle fois lorsque les membres de cette étrange confrérie rompirent le contact, laissant la Force se dissiper autour d'eux.
Obi-Wan se sentit alors complètement épuisé, vidé par ce départ subit de l'énergie qui l'abandonnait encore. Garen posa une main réconfortante sur son épaule et lui dit :
-Je sais, la fin du rituel est assez éprouvante. Mais bon sang, ça vaut le coup, non ?
-Oui, répondit Obi-Wan avec l'ombre d'un sourire. Enfin je crois. Je n'en suis pas sûr.
Garen resserra un peu sa main en lui rendant son sourire, puis le relâcha après une tape amicale. Ils se redressèrent tous deux et reprirent une expression plus sobre tandis qu'une jeune femme s'approchait d'eux, ses cheveux ondulés et châtains tombant sur ses épaules fines et ses yeux noirs fixés sur eux. Elle se planta devant les Jedi et sourit.
-Bonsoir, Garen. Je ne pensais pas te revoir si tôt.
-Comment vas-tu, Onice ? s'enquit le jeune homme en l'embrassant brièvement sur la joue.
-Bien, merci. Je vois que tu nous as ramené un ami…
L'aîné des deux chevaliers entreprit donc de se présenter.
-Obi-Wan Kenobi, déclara-t-il avec un hochement de tête.
-Enchantée. Nous ferez-vous le plaisir de rester parmi nous pour un temps ?
Garen envoya un regard approbateur à son ami, qui poursuivit chaleureusement.
-Ce sera un honneur, dit-il de sa voix douce et distinguée qui parvint à faire rosir les joues de la jeune femme.
-Dans ce cas venez avec moi, reprit-elle avec un regard sensuel, déjà conquise par le charme de ce jeune Jedi aux yeux aquatiques. Le rituel ne finira pas avant quelques heures encore, et vous devez être fatigués par la longue marche.
Elle se retourna et leur fit signe de l'accompagner, puis ils traversèrent ensemble le lieu sacré où s'était agenouillé le groupe, plongé dans des incantations vagues et mystérieuses qui suivirent Obi-Wan le long du chemin en terre battue qu'ils avaient emprunté, encore bien longtemps après que les voix ne se soient tues.


~*~


-Et qu'est-ce qui vous amène sur notre lune, si loin de la République ?
Obi-Wan marchait à côté d'Onice qui les guidait d'un pas sûr à travers bois et champs, et lui répondit tout en essayant de discerner ce qui les attendait au bout de la route.
-Je suis en mission. Je cherche quelqu'un.
-Je vois, sourit la jeune femme, comprenant qu'il ne voulait pas en révéler davantage. Tout Jedi est le bienvenu parmi nous, vous pouvez rester aussi longtemps qu'il vous plaira.
-Merci, c'est très aimable à vous.
-Oh c'est bien naturel, lui dit-elle en l'observant discrètement du coin de l'œil. Ca fait partie de nos règles de vie : notre porte est ouverte à tout voyageur en quête d'un toit.
Obi-Wan se retourna, étonné par le silence prolongé de son ami qui les suivait tranquillement, les mains fourrées dans les poches de sa longue veste en cuir. D'un petit hochement de tête, Garen lui fit signe de regarder devant lui, un sourire se dessinant aux coins de sa bouche. Kenobi obéit, pour apercevoir au loin de minuscules points blancs parsemant l'obscurité, tels des lucioles. Au fur et à mesure que les trois jeunes gens avançaient les lumières se firent plus précises, et des bâtiments se découpèrent sur le ciel étoilé.
-Bienvenue à Calaghin, chevalier Kenobi, déclara leur hôtesse.
Au moment où ils atteignirent l'entrée du village, les quelques arbres qui bordaient le chemin furent remplacés par de nouveaux blocs de pierre où des lampes bleutées avaient été incrustées, dégageant non seulement une lumière diffuse, mais aussi une noblesse impressionnante, comme si à travers les siècles ces monolithes s'étaient attribué le rôle de gardiens de la petite cité, jugeant la valeur des visiteurs passant sous leurs yeux pour y faire étape.
Les habitations, qui possédaient pour la plupart moins de deux étages, étaient nichées dans le creux d'une colline boisée en face du Benicas et s'échelonnaient sur toute la hauteur, sillonnées par de petites rues pavées abruptes. Teinté de gris et de noir, le paysage était dur à distinguer et ne pouvait révéler toute sa splendeur, mais par une simple observation de l'entretien des bâtiments et de la végétation, Obi-Wan put se faire une petite idée de ce qu'il trouverait une fois le soleil levé. Les seuls sons qui côtoyèrent les nouveaux arrivants furent le souffle du vent, le grincement d'insectes, et le murmure proche d'une petite cascade naturelle.
Onice mena les Jedi à une grande maison aux murs parcourus de lierre et de vigne, et ouvrit la porte, révélant une pièce chaude et bien éclairée, meublée de tables et de bancs, ainsi que d'un comptoir en métal sombre.
-Nous sommes chez mon oncle, Wyhare, apprit la jeune femme à Obi-Wan. Je vais vous installer dans une des chambres. Garen, tu sais où aller, je suppose.
-Oui, je connais cet endroit comme ma poche. Merci beaucoup, Onice. Obi-Wan, je te revois demain matin… Bonne nuit !
-A demain, répondit Kenobi.
Onice passa par un couloir qui menait au cœur de la maison, et attendit patiemment que le chevalier la rejoigne avant de monter des escaliers.
-Je ne voudrais pas déranger votre oncle, chuchota-t-il, un peu embarrassé d'arriver à l'improviste.
-Ne vous en faites pas, il sera ravi de vous avoir chez lui. De plus, il sait que vous êtes là, il était à la cérémonie et il m'a vue vous emmener avec moi. Vous verrez il est merveilleux.
La jeune femme s'arrêta devant une porte fermée et fit face à son invité.
-Voilà. Ce sera votre chambre. Tout y est déjà : draps, couvertures, serviettes, et la salle de bains est juste ici, dit-elle en désignant une pièce à leur gauche.
Il se tourna vers elle à son tour, plongeant ses yeux bleu-vert dans les siens, et sourit.
-Merci beaucoup. Je ne sais pas quoi dire.
-Etonnant, pour un Jedi, se força-t-elle à rire pour ne pas laisser paraître le trouble qu'elle ressentait sous le poids d'un tel regard. C'est vous, les rois de la négociation, non ?
-Oui c'est vrai, approuva-t-il d'un ton léger. Bien… Alors bonne nuit…
-Bonne nuit, répondit-elle.
Il entra, et quand la porte se referma, le visage figé de la jeune femme se détendit et elle s'y appuya avec presque un sifflement élogieux. Puis elle s'éloigna en secouant la tête et soupira :
-Waw…


~*~


La pluie qui s'était mise à tomber au milieu de la nuit n'avait duré que quelques heures, et au petit matin, lorsque le soleil se leva sur la province Vunatienne de Cynele III où se trouvaient les villes de Biha et Calaghin, pas un nuage ne l'empêcha de répandre sa lumière pastel, réchauffant la terre et séchant les gouttes de rosée. Vunaa se situant entre deux grandes mers parcourues de courants impétueux, le temps était constamment sujet à des changements aussi brutaux qu'imprévus, et une journée débutant sous une terrible tempête pouvait s'achever sous un ciel bleu dégagé, et vice-versa.
Des nuages gris clairs commençaient déjà à se rassembler au sommet du Benicas, et le vent frais diffusait une odeur de pluie. Un courant d'air passa brièvement par une fenêtre ouverte pour aller caresser le visage paisible du jeune homme qui dormait toujours, et se retourna en rabattant un peu plus les couvertures sur lui. Une porte claqua à l'étage, finissant de le réveiller.
Obi-Wan se força à ouvrir les yeux et cligna rapidement des paupières face au soleil éblouissant qui baignait la chambre. Dehors le clapotis de la petite rivière et le chant des oiseaux créaient un bruit de fond où venaient s'ajouter des voix qui conversaient tranquillement et riaient. Avec un peu d'imagination, le chevalier pouvait se voir au temple, dans le jardin des Mille Fontaines qu'il n'avait pas vu depuis si longtemps. Il se rappelait d'abord de l'entrée, banale, comme toute autre entrée de salle au temple, une grande porte en métal argenté bien poli et sans le moindre défaut. Le sas s'ouvrait automatiquement lorsqu'on s'en approchait, à toute heure du jour ou de la nuit. Suivait un couloir en verre transparent par lequel on pouvait entrevoir les premiers arbustes dont les feuilles étalaient toute une palette de différentes teintes de vert, du plus clair et lumineux au plus sombre. Au bout du couloir, Obi-Wan se voyait mettre pied sur un tapis émeraude de mousse et d'herbe courte soyeuse au toucher, et toutes sortes de sensations l'assaillaient en même temps. Le parfum subtil de centaines de fleurs rares entretenues par quelque Jedi féru de jardinage et qui poussaient en de magnifiques massifs, l'odeur épicée des arbres exotiques situés de part et d'autre de l'allée soigneusement aménagée en infinies circonvolutions, les couleurs tantôt vives, tantôt pâles, toutes plus belles et insolites les unes que les autres, au point que l'œil ne savait où regarder. Et alors qu'il progressait le long du chemin sillonnant à travers un bois totalement recréé dans cette bâtisse si froide et austère depuis l'extérieur, après avoir découvert merveille après merveille dans la végétation luxuriante mais mystérieuse, le visiteur arrivait à des cascades que l'ont jurerait naturelles, jaillissant de rochers élevés, scintillant sous une reproduction en trompe l'œil d'un ciel éclatant. Le murmure de l'eau claire, le gazouillement discret des oiseaux sauvages, cette tranquillité, partie inhérente du temple qui renfermait tant de vie. Il se revoyait, jeune initié, nageant dans le flot lent et régulier en compagnie de Bant Eerin entre deux leçons, il se souvenait de leur hâte pour se sécher tout en courant pieds nus dans le jardin, craignant d'arriver en retard…
Obi-Wan garda les yeux fermement clos et serra son oreiller contre lui comme un enfant pris d'une vague inexplicable de mélancolie et cherchant le réconfort dans le contact tendre de l'objet impersonnel.
Il entendit en bas des bruits de pas et de casserole, et sachant qu'il avait suffisamment dormi, il poussa un long et profond soupir, se débarrassa encore une fois de ces sentiments que son entraînement Jedi lui avait appris à mépriser, signes de faiblesse, et il se leva. Puis il alla prendre une douche rapide et veilla à être assez présentable pour rencontrer le maître de maison qui devait être déjà debout. Il descendit les escaliers, repassa par le couloir, et entra enfin dans la salle à manger, accueilli par une bonne odeur de cuisine.
-Tiens ! Bonjour !
Onice entra par une autre porte, tenant dans les mains un plat qu'elle s'empressa de poser sur l'une des cinq grandes tables de la pièce.
-Bien dormi ? s'enquit-elle avec un sourire en cherchant assiettes et couverts dans un placard.
-Oui, incroyablement bien, merci, répondit Obi-Wan en l'aidant à mettre la table.
-Nous allons prendre un gros petit déjeuner, expliqua la jeune femme lorsqu'elle remarqua la façon dont le Jedi fixait l'énorme plat. Garen et moi aurons pas mal de choses à faire aujourd'hui et je ne sais pas si nous trouverons le temps de manger avant ce soir.
-En parlant de Garen, il dort encore ?
-Non, il est parti avec mon oncle tôt ce matin. Ils ne devraient plus tarder…
Elle alla jusqu'à la fenêtre et jeta un œil sur la rue étroite qui zigzaguait vers le bas du village.
-Qu'est-ce que je vous disais : les voilà.
Quelques instants plus tard la porte d'entrée coulissa et le jeune chevalier aux yeux sombres mais rieurs fit jovialement irruption, un sac à la main, précédant un homme d'une soixantaine d'années dont le visage ridé semblait n'exprimer que douceur et sagesse. Il portait une moustache et un bouc poivre et sel, avait un front lisse dégarni, et les cheveux qui lui restaient étaient attachés en une petite queue de cheval sur sa nuque. Ses yeux vifs et intelligents se posèrent immédiatement sur Obi-Wan, qui avança à sa rencontre.
-Mes respects, monsieur, dit-il en s'inclinant. Je vous remercie pour votre hospitalité.
L'homme fit signe à Muln

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