La Gardien : Longue sera la Route

Voilà plus d'un an qu'Obi-Wan Kenobi est parti à la recherche de Qui-Gon Jinn et d'Anakin Skywalker. Sa route le conduit sur une lune isolée d'apparence bien calme, mais en réalité tiraillée entre deux communautés: celle du monde citadin, et celle du culte de Calaghin. Convoité par une force obscure, et à une heure où la neutralité devient impossible, le destin de ce monde est plus qu'incertain. Au milieu de ces troubles, Obi-Wan risque même de trouver bien plus qu'il n'aurait imaginé...

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CHAPITRE 8: Croyances ancestrales

Le groupe qui était resté à Hunserh avait fini par rentrer à la tombée de la nuit, conscient qu'il ne pourrait pas faire grand chose de plus dans l'obscurité. Neema avait préféré rester chez ses parents avec Kina plutôt que de rejoindre sa propre maison, et elle avait été déposée, silencieuse, apparemment encore sous le choc provoqué par l'incendie inattendu, la morsure de Punam, voire les deux.
Mais si la communauté entière était au courant du terrible incident et commençait déjà à formuler de nombreux propos accusateurs, la maison de Wyhare était, elle, toujours aussi paisible, en majeure partie grâce au maître des lieux. Le vieil homme, qui était rentré en fin d'après-midi, avait mis un point d'honneur à préparer un bon repas, et avait ensuite accueilli ses hôtes avec tout son calme et son assurance habituels. Il savait bien sûr que la situation était sérieuse, il sentait parfaitement la désagréable tension qui emplissait l'air pur de Calaghin, mais selon lui, bien assez de monde se faisait de soucis pour qu'il y ajoute ses propres incertitudes. Il ne trouvait pas de solution pour remédier à leurs ennuis, et si devenir le pilier spirituel du culte était le seul rôle qu'il lui restait à jouer, alors il ferait de son mieux pour l'assumer. Il serait une source de tranquillité et de force dans laquelle il permettrait de puiser aussi longtemps que nécessaire. Quoi qu'il arrive, il était fermement décidé à rester un soutien moral.
Ce soir-là, il avait respecté le silence soucieux et fatigué de la maisonnée, mais non pas sans avoir montré au préalable qu'il ne se laisserait pas décourager. Il avait servi le repas et avait observé la faille entre Qui-Gon Jinn et le jeune Obi-Wan s'agrandir à vue d'œil, le petit Anakin se concentrer sur son assiette d'un air renfrogné et un peu inquiet, et sa chère Onice se remémorer sans doute la journée en touillant sa soupe sans conviction. Cependant Wyhare, sans pour autant ignorer ces faits, avait préféré voir Anakin lever de temps en temps les yeux de son plat pour dévisager Obi-Wan avec une pointe de curiosité enfantine, ou le regard de Garen retrouver une véritable lueur de vivacité à la place de la fausse jovialité qu'il avait adoptée, et surtout les quelques gestes discrets mais tendres - et tellement révélateurs - que s'adressaient Obi-Wan et sa nièce. Il avait souri doucement, plus que jamais convaincu que pour toute peine il y avait une joie, que tout malheur était rattrapé par un rayon de bonheur, et que si le mal existait très certainement, il n'en voyait que mieux le bien qui s'y opposait. Il réalisa également que décidément, il n'était pas d'une nature pessimiste.
Le dîner terminé, chacun s'était excusé et avait quitté la table l'un après l'autre, jusqu'à ce que le propriétaire de la maison et Garen Muln ne restent seuls dans la salle à manger, désormais éclairée uniquement par quelques chandeliers diffusant une faible lumière douce. Ils prolongèrent volontairement le silence encore un moment, puis se regardèrent.
-Tu vas mieux, n'est-ce pas ? commença Wyhare.
-Eh bien, l'incendie a été terrible, et j'ai de la peine pour ce qui est arrivé. Mais d'un autre côté, j'ai enfin fait des progrès aujourd'hui.
Garen se leva, resta dans le couloir un instant, puis revint s'asseoir à côté du vieil homme.
-Je l'ai retrouvée, sourit-il en lui tendant la grosse clé.
-La Tuelen-Tah, murmura Wyhare. Elle m'est tellement précieuse…
-Je sais. Elle appartient à votre famille depuis si longtemps.
Une voix leur parvint depuis le seuil de la porte.
-Qu'est-ce que la Tuelen-Tah ?
Ils se retournèrent et virent Obi-Wan qui se tenait debout dans l'encadrement.
-Viens donc te joindre à nous, l'invita Wyhare avec un signe de la main.
-Je ne voulais pas me montrer indiscret, s'excusa le Jedi en obéissant néanmoins.
-Il n'y a pas de raison, le rassura Wyhare d'un ton léger. Nous n'avons aucun secret à cacher.
Il attrapa une bouteille d'hydromel et en versa une bonne dose dans trois verres.
-Depuis des générations, ma famille a toujours vécu sur Cynele, expliqua-t-il alors. Depuis presque aussi longtemps que le culte sans doute, mais remonter jusqu'aux origines serait trop compliqué, et un peu hasardeux.
Obi-Wan hocha la tête et prit une gorgée d'hydromel, s'étonnant de la douceur contre son palais.
-Il y a eu un temple autrefois sur notre lune, où les membres du culte allaient se recueillir, continua le vieil homme. Mais il y a eu plusieurs guerres, suivies d'une longue période de troubles dont on ignore presque tout aujourd'hui, et les nombreuses contradictions entre les différents récits ne nous aident pas. Le temple a été condamné, et son emplacement a depuis lors été oublié.
-Il y a eu l'annexe, intervint Garen.
-J'y viens, sourit Wyhare. Les cérémonies du culte se sont toujours déroulées en plusieurs parties et sous différentes formes, mais la plupart ont lieu en plein air, dans la nature, et dans un environnement favorable à la bonne réception de la Grande Deneal… la Force. Dans des endroits comme le cercle que vous avez vu la nuit où vous êtes arrivés. Mais avec le temple, le culte avait pris l'habitude de se rendre régulièrement dans un bâtiment plus… officiel.
-Laissez-moi deviner, fit Obi-Wan. Comme le temple avait été fermé, ils ont décidé d'ouvrir un nouveau lieu de culte, cette fameuse annexe.
-Oui. Cela s'est passé il y a maintenant mille deux cents ans. Mais je crois que Garen et Onice en savent davantage que moi à ce sujet.
Muln reposa son verre.
-On ignore encore beaucoup de choses, dit-il. Son exacte location entre autres. Ce qui est sûr, c'est que le roi Bathara Premier s'intéressait beaucoup au culte de la Grande Deneal, et a fait sortir beaucoup de livres et artefacts du temple. Presque tous ces objets ont par la suite été récupérés par la communauté qui venait de s'installer aux environs de Calaghin, et ils ont été stockés dans la nouvelle annexe. Mais un grand prêtre, ancêtre de Wyhare, a déclaré un jour que garder ces choses allait à l'encontre de leur philosophie, et les exposait à une puissance à laquelle ils n'étaient pas préparés.
Obi-Wan faisait la moue, concentré, et Garen remarqua le regard un peu confus de son ami.
-Si ça te paraît un peu dur à suivre c'est normal, précisa-t-il avec un large sourire amusé. Je suis en train de te résumer des centaines d'années d'histoire, là.
-Continue, c'est fascinant.
Muln reprit une gorgée d'hydromel et poursuivit donc, la lueur des bougies créant des reflets ambrés dans ses yeux noisettes.
-Eh bien c'est presque tout ce que nous savons. Avec l'accord du reste de la communauté, l'annexe a elle-aussi été condamnée, son unique entrée scellée par un mécanisme identique à celui qui verrouillait déjà le grand temple.
-La Tuelen-Tah en est la clé, finit Kenobi.
-Précisément. Tuelen-Tah qui, au passage, signifie "Protectrice du gardien".
Obi-Wan haussa un sourcil.
-Je ne vois pas en quoi un gardien aurait besoin d'une protectrice mais passons. A ton avis, où se trouve l'holocron ?
-Aucune idée. Avec un peu de chance il aura été transporté dans l'annexe. Nous sommes sur le point de la retrouver. Sinon… On n'a pas fini de chercher.
-Mais quoi qu'il en soit, tu sais que maintenant je suis là pour t'aider…
Wyhare observa les deux amis d'enfance, constatant d'un regard presque paternel que leur entente allait bien au-delà de la simple camaraderie. Il avait en face de lui deux hommes qui avaient grandi ensemble et appris à réfléchir et agir de concert, deux frères liés par tout sauf le sang et dont la loyauté devait être sans faille. Le vieil homme s'étonna encore de l'étrangeté du destin, et de la façon dont la vie déclenchait des événements, rapprochant avec une justesse indéniable des personnes qui n'auraient peut-être pas eu grand chose en commun à première vue.
Dans ces troubles qui secouaient les mondes un peu partout, dans cette galaxie où tout semblait se détruire petit à petit, il restait des sources d'espoir en la forme d'hommes et de femmes qui s'unissaient et se battaient pour ce en quoi ils croyaient. Il était particulièrement fier d'en connaître tant personnellement, et d'en avoir un parfait exemple devant les yeux à cet instant même. Quelque chose de mystique entourait ces jeunes gens, quelque chose qui lui prouvait mieux que n'importe quelle manifestation que la Force à laquelle il vouait sa vie existait réellement, et avait un pouvoir inexplicable, au-dessus de toute logique, de toute folie, humaine ou alien. Wyhare espérait juste que sa volonté n'irait pas à l'encontre du bonheur de ces nobles chevaliers.
-Bien ! se décida-t-il après un moment. Il est temps pour moi d'aller me coucher. Je te laisse la Tuelen-Tah, Garen. Elle m'a appartenu pendant trop longtemps déjà.
-Mais…, commença Muln, surpris.
-Elle vous sera plus utile, le coupa doucement Wyhare. Et quand tu la reverras, tu la rendras à Clee. Bonne nuit.
-Bonne nuit, répondit Obi-Wan.
Garen, les yeux fixés sur la clé, et ses pensées tournées vers son maître, murmura :
-Oui, bonne nuit.
Wyhare quitta donc la pièce, mais les deux Jedi ne restèrent pas seuls bien longtemps. En effet Onice, qui était allée se changer pour la nuit, entra et alla s'asseoir à côté d'eux. Garen, pour qui elle resterait toujours l'adolescente garçon manqué qu'il avait connue, et non pas une séduisante jeune femme, ne prêta pas attention à son apparence et lui servit un verre d'hydromel qu'elle accepta volontiers. Obi-Wan, lui, ne fut pas insensible à sa beauté discrète mise en valeur par une longue nuisette à bretelles fines dont la sensualité n'était en rien gâchée par la qualité médiocre de la coupe et du tissu. Certains joyaux n'avaient tout simplement pas besoin d'un écrin particulier. Si seulement il pouvait s'autoriser à la toucher, à se rapprocher…
-Comment te sens-tu ? finit-il par lui demander.
-Mieux, dit-elle. J'ai bien réfléchi et je pense qu'il y a encore moyen de contrôler ce qui arrive.
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ? s'enquit Garen en se reversant à boire.
-Eh bien ce qui compte, c'est de garder le moral. Or la fête annuelle du Caeloighe a lieu à la fin de la semaine.
-Tu es sûre que c'est une bonne idée ?
Elle le regarda d'un air réellement surpris.
-Depuis qu'elle existe elle n'a jamais été annulée. Alors évidemment, nous allons l'organiser. Nous montrerons à tous que nous ne sommes pas intimidés, et que nous restons confiants.
-Je crois d'ailleurs que tout le monde en a besoin ici, intervint Obi-Wan.
Onice lui sourit et lui prit la main, tout naturellement. Après mûre réflexion, il décida de se laisser faire. Juste un peu. Il ne resterait pas, il ne s'attacherait pas, il y veillerait. Mais finalement, accepter un peu de contact n'engageait à rien, ne voudrait rien dire …
-Il faut qu'elle soit grandiose, continua-t-elle. Et je compte sur ton charme fou pour convaincre les jumelles Dolne de chanter cette année encore.
-Tu peux me faire confiance, répliqua Garen avec un clin d'œil. Et pour parler de matière plus sérieuse, où en es-tu dans la recherche de l'annexe ?
La jeune femme trempa ses lèvres dans l'hydromel avant de lui répondre.
-J'ai travaillé dessus ce matin, et je pense l'avoir retrouvée, avec une marge d'erreur de cinq cents mètres. On peut y aller demain, proposa-t-elle.
-A moins que tu n'aies besoin de retourner à Hunserh ; ça peut attendre un jour ou deux…
-Non, ça ne posera aucun problème, Treb est libre demain et ira aider Neema. Je suis toute à toi.
Garen se tourna vers Obi-Wan.
-Tu nous accompagnes alors ?
-Je suis des vôtres, confirma-t-il.
Onice sourit puis poussa un petit soupir préoccupé.
-Et après ? Quand on aura retrouvé l'holocron. Vous repartirez, je suppose.
-Non ! contredit vivement Obi-Wan, ne laissant pas à Garen le loisir de répondre.
Il croisa le regard troublé de son cadet et se rendit compte de la trop grande rapidité de sa réaction. Alarmé par son réflexe inattendu, il retira brusquement sa main de celle d'Onice et resserra ses impitoyables boucliers mentaux, refroidit son attitude.
-Pas tout de suite en tout cas, se reprit-il. Il y a quelque chose de louche sur cette lune et j'aimerais d'abord découvrir quoi. Tant que Wyhare veut bien de moi, je resterai.
-Oh si ça ne tenait qu'à lui, tu emménagerais à vie ! s'exclama la jeune femme avec un rire un peu forcé, ayant remarqué son léger malaise.
Obi-Wan, lui, ne rit pas. Elle ne devait pas réaliser le sens que prenait soudain cette phrase pour lui. Il voulait retourner au temple plus que tout, retrouver maître Yoda et Bant, peut-être même Reeft, là où sa vie redeviendrait claire, ordonnée, paisible. Mais si regagner ce havre de paix lui tenait tant à cœur, l'idée de ne plus pouvoir plonger son regard dans ces yeux sombres l'attristait de plus en plus.
Et lutter contre ces sentiments devenait presque impossible.


~*~


Anakin Skywalker s'assit sur son lit, face à la fenêtre. Devant lui, le ciel était noir, parsemé d'étoiles, mais il n'en connaissait aucune. Il se souvenait que sur Tatooine il aurait pu dessiner des cartes stellaires de toutes les saisons les yeux fermés. L'espace lui semblait gigantesque, avec ces millions de petits points lumineux, mais dans son esprit d'enfant, il avait toujours cru qu'il avait devant les yeux la totalité de l'univers qu'il s'était juré d'explorer. Depuis qu'il avait quitté son foyer, il se rendait compte qu'il n'en avait pas vu le centième, que cette immensité était encore plus démesurée qu'il s'en était douté, et il était perdu. Avant, même quand il lui était arrivé de se perdre, il savait que sa mère n'était pas loin, ils voyaient le même ciel, les mêmes astres.
Sa gorge se serra. Ici tout lui était inconnu. Il était seul dans un monde à des années lumière de sa planète natale, et son rêve de parcourir l'univers entier s'avérait non seulement impossible, mais futile. Que faisait-il ici ? Il n'était pas idiot, ce ne pouvait être ainsi que vivait un vrai Jedi. Même retourner au temple, où tout lui semblait froid, où maîtres et élèves n'étaient que des étrangers condescendants, serait mieux que continuer à courir d'une planète à l'autre sans but précis, sans rien apprendre.
Il se baissa, ramassa son petit sac de voyage, et en sortit le sabre d'entraînement que Qui-Gon l'avait autorisé à emporter. Il ne voulut pas l'allumer, de peur de troubler le silence qui régnait à l'étage, et se contenta de le tenir entre ses mains. Il se leva, se mit en garde, puis fit mine de se battre contre un ennemi invisible, fendant l'air maladroitement. Il tourna sur lui-même, imitant un chevalier qu'il avait vu dans la salle d'entraînement un jour, mais il trébucha et tomba. Il resta immobile un instant, incrédule, puis serra les poings de rage. Il ne savait rien faire ! Pourquoi avait-il quitté sa maison, aussi pauvre fût-elle, si c'était pour ne rien en gagner ?
Ca ne pouvait plus continuer. Il avait perdu sa mère, et pour obtenir une pseudo liberté qui n'était en fait pas bien différente de l'esclavage dont il avait été tiré. Mais peut-être que Qui-Gon ne le réalisait pas… Que pouvait-il faire ? Aller lui en parler et l'accabler davantage ? Il était déjà tellement soucieux ces derniers temps.
Anakin retourna s'asseoir sur son lit, un poids énorme pesant sur sa poitrine. Son incompréhension face à la situation l'attristait et le révoltait en même temps. Mais plus que tout, sa solitude grandissante l'accablait. Finalement, il n'était tout simplement pas heureux. Le pire dans tout cela était qu'il craignait que ça ne changerait désormais plus.
Il s'allongea lentement, s'efforçant de ne pas succomber aux larmes qui menaçaient de se frayer un chemin vers la surface, et s'endormit presque immédiatement, épuisé par la dure journée et la lutte qu'il menait sans relâche pour enfouir ses sentiments au fond de lui, loin des regards extérieurs.


~*~


La nuit avait été plutôt courte. Onice était restée debout très tard à continuer de peaufiner le plan qui devait les conduire à l'annexe et à relire soigneusement les informations qu'elle avait rassemblées. Mais le soleil venait tout juste de se lever, et il n'y avait pas de temps à perdre. Rien n'indiquait qu'ils allaient y trouver ce qu'ils cherchaient, il était donc primordial d'en avoir le cœur net au plus tôt afin de reprendre les recherches.
Elle s'étira lentement dans son lit en bâillant, regarda quelques instants en direction de la fenêtre où elle pouvait voir un bout de ciel bleu clair matinal entre les branches d'arbres alourdies par une rosée fraîche. Elle se retourna, posa son bras gauche en travers de l'espace vide à côté d'elle. Les draps étaient froids, l'oreiller impeccablement lissé, comme toujours. Mais pour une fois, ce vide la dérangeait. Elle s'imagina pendant une seconde ce qu'elle pourrait ressentir en trouvant au matin un corps étendu près d'elle, un visage encore endormi qui se réveillerait doucement et lui sourirait, des yeux bleu-vert qui seraient la première chose qu'elle verrait dans la journée.
Elle s'assit soudain et releva ses cheveux à l'arrière de sa tête. C'était ridicule. Elle se trouvait très bien ainsi, elle voulait rester seule. S'attacher ne créait que peine et soucis. Les seules personnes qu'elle s'autorisait à aimer étaient celles qu'elle connaissait depuis son enfance et qu'elle était incapable de délaisser à présent. Mais tout le monde finissait par mourir un jour ou l'autre, et ne pas aimer était la seule solution qu'elle avait trouvée pour ne pas souffrir à nouveau, comme après ce raid cauchemardesque près de Kessel. Elle ne se laisserait pas piéger, elle ferait attention.
Elle se leva, alla se rafraîchir rapidement dans sa petite salle de bain et s'habilla avant de descendre. En entrant dans la cuisine, elle vit que Garen et Obi-Wan étaient tous deux prêts et s'appliquaient à emballer un petit repas froid qu'ils projetaient d'emmener avec eux.
-Bonjour, lança-t-elle en se joignant à eux.
Ils la saluèrent également et finirent de fermer leur sac.
-Tu as tes affaires ? lui demanda Garen.
-Oui, j'ai tout mis dans le speeder avant de me coucher hier soir. On peut partir quand vous voulez.
-Dans ce cas allons-y, déclara Obi-Wan après s'être assuré qu'il n'avait rien oublié.
Ils descendirent donc tous les trois dans le garage, silencieusement, soucieux de ne pas troubler le sommeil des autres résidents. Ils grimpèrent dans le landspeeder, Garen aux commandes - plus par principe qu'autre chose - Obi-Wan à côté de lui avec la carte, et Onice à l'arrière, prenant le rôle de responsable de recherche qu'elle assurerait pour le reste de la journée. Ils traversèrent le village à faible vitesse pour que les propulseurs fassent le moins de bruit possible, et accélérèrent une fois dans la vallée. La première partie du trajet suivait la route qui menait à Hunserh, et ils dépassèrent la réserve en partie détruite avec une pointe d'amertume. Ils continuèrent ensuite en direction de la plaine vallonnée au nord-ouest parcourue de pâturages où les bêtes dormaient encore, puis filèrent le long d'un petit village rural composé d'une poignée de maisons à peine.
-Et ensuite ? s'enquit Garen, qui n'était jamais allé plus loin.
-Continue tout droit, lui indiqua Obi-Wan en regardant la carte holographique.
-L'endroit que nous cherchons est quelque part dans la forêt sheagh… Forêt sombre, traduisit Onice.
-A quelle distance ?
Obi-Wan enfonça une touche sur l'émetteur portatif, qui superposa un quadrillage sur la carte en trois dimensions et fit défiler une série de nombres, précisant toutes sortes de données qui leur étaient pour l'instant inutiles.
-Environ trente kilomètres, répondit-il enfin.
Garen jeta un coup d'œil au compteur de vitesse.
-On y sera dans un peu moins de dix minutes. J'accélérerais bien encore un peu, mais je crois que ça achèverait ce vieux morceau de ferraille que Wyhare appelle speeder.
-Surtout n'en parle jamais de cette façon devant lui, rit Onice en levant les yeux de son plan plus précis de la forêt.
Garen sourit en coin, amusé, et se concentra sur la route - ou plutôt l'absence de route - devant lui. Les champs labourés étaient succédés par des terrains en friche, où les herbes hautes se disputaient la place avec les touffes de mousse verte et poreuse, et les petits rochers blanchâtres qui parsemaient les collines aux pentes douces. Au loin, une chaîne de montagnes aux sommets encore blancs de neige était apparue, protégée par des filets vaporeux de brume légère qui glissaient lentement, comme détachés du cours du temps et de la vie des hommes, parcourant les versant sauvages dans un but qu'eux seuls connaissaient. Le vent humide qui giflait le visage des trois passagers était vivifiant, transportant une odeur fraîche de verdure qui occultait l'iode venant de la mer à des dizaines de kilomètres de là et qui s'éloignait encore à mesure qu'ils s'enfonçaient dans les terres. Un autre lac apparut sur la gauche, dont la clarté de l'eau contrastait avec celle de l'Ovetin, mais semblait plus impétueuse.
A l'intérieur du speeder, aucune parole ne fut prononcée pendant le reste du trajet. Garen s'appliquait à bien suivre la carte, Onice s'assurait de temps en temps qu'ils étaient sur le bon chemin tout en relisant ses notes, et Obi-Wan était fasciné par la nature autour d'eux, absorbé par ses pensées. La froideur qu'il avait accumulée en lui depuis des mois semblait fondre doucement, remplaçant son indifférence forcée par un sentiment de calme comme il n'en avait pas ressenti depuis plus de deux ans. Sa peur de ne savoir que faire en présence de Qui-Gon devenait assurance, le mal intérieur qu'il éprouvait s'adoucissait à chaque seconde, et surtout, sa terrible solitude était brutalement balayée, effacée, libérée de sa poitrine où elle s'était installée en un cocon lourd et glacé. A la place commençait à s'installer une chaleur qui le pénétrait de façon étourdissante. Il identifia nettement la marque tendre d'Onice qui, petit à petit, s'était insinuée en lui depuis quelques jours. Plutôt que de s'en effrayer comme précédemment, il décida de l'accepter et chercha à comprendre le reste.
Cette chaleur avait un côté très familier, et il reconnut la même empreinte vive et fraternelle que celle qu'il avait sentie pour la première fois dans un coin de la crèche du temple avant de voir un tout petit garçon aux cheveux blonds et aux yeux noisettes s'asseoir à côté de lui et lui proposer de jouer avec ses maquettes de starfighters, puis régulièrement tout au long de son enfance, à chaque fois qu'il avait eu besoin de réconfort, que lui-même lui avait rendu dès qu'il en avait eu l'occasion. Cette présence avait été là quand la fièvre Kakorienne avait puisé jusqu'à ses dernières forces alors qu'il avait dix ans, elle avait été là quand Bruck avait essayé encore une fois de le faire sortir de ses gonds, et elle ne l'avait pas non plus quitté quand tous les autres à son retour de Melida/Daan avaient perdu foi en lui. Inlassablement, même de très loin, à travers les épreuves, mais aussi dans les meilleurs moments de sa vie, cette complicité mutine l'avait accompagné.
Il tourna discrètement son regard vers sa gauche. Le petit garçon blondinet avait grandi, c'était un fait. C'était devenu un homme, comme lui. Mais certaines choses n'avaient pas changé, malgré le temps, malgré l'adversité. Cette marque mentale et affective par exemple était la même, inaltérée, pure et sincère. Obi-Wan crut perdre pied en la percevant de nouveau, après une si longue période d'isolement psychique. Il ne comprenait pas comment elle avait fait pour venir à lui si subitement, ni pourquoi il ne souffrait pas comme il aurait dû. Une chose était claire, si sa prise sur la Force en général était aussi vague et indistincte qu'auparavant, son lien d'enfance avec Garen s'était reconstruit dans sa totalité, plus fort que jamais.
Muln fronça les sourcils, troublé par cet échange inattendu. Il chercha le regard d'Obi-Wan, se demandant s'il s'agissait d'un essai temporaire, mais l'incompréhension ébahie qu'il lut dans les yeux de son ami lui fit réaliser ce qui venait de se passer. Il tendit une nouvelle fois une très légère vague de Force vers lui, ne voulant pas le bousculer, tout en gardant les yeux sur la route, et attendit. La réponse fut instantanée. Comme des milliers de fois par le passé, un souffle vibrant de douce chaleur l'atteignit, portant la complicité, la perspicacité espiègle et l'amitié sincère qui résumaient sa relation avec Obi-Wan Kenobi. Il lâcha un éclat de rire soulagé qui fit sursauter Onice à l'arrière et continua de conduire en secouant la tête, encore sous le choc de la découverte.
La jeune femme fixa les deux hommes de façon intriguée, avant de mettre ce comportement étrange sur le compte de leur statut particulier de Jedi. Ils devaient s'être silencieusement échangé une plaisanterie, ou quelque chose du genre, comme ces chevaliers mystiques en avaient la réputation. Elle haussa les épaules et rangea son databloc dans le sac qu'elle avait emporté, lorsque ses doigts frôlèrent la Tuelen-Tah. Elle ressentit une espèce de brève décharge électrique qui l'obligea à retirer sa main avec un sifflement. Elle ouvrit le sac en grand et observa l'objet. Rien ne semblait anormal. Elle se risqua à le reprendre, et son bras fut parcouru de petites vibrations qui ne pouvaient avoir aucun rapport avec la conduite parfaitement fluide de Garen Muln. Elle regarda mieux la large clé ronde et ouvrit de grands yeux.
-Obi-Wan, appela-t-elle en un chuchotement en s'avançant vers son siège.
Il se retourna, et les vibrations en furent bizarrement amplifiées avant de cesser totalement. La Tuelen-Tah ne ressemblait plus qu'à un morceau de métal soigneusement taillé.
-Onice ? Est-ce que ça va ?
Elle releva la tête vers lui, confuse. Avait-elle rêvé ?
-Euh… Oui. Oui, je… Nous y sommes ! s'interrompit-elle. La Sheaghrichte. La forêt sombre.
Elle tapota l'épaule de Garen qui ralentit progressivement et s'arrêta avec une facilité déconcertante à l'orée des bois qui étaient, contrairement à leur nom, aussi clairs que gigantesques. Ils devaient s'étendre sur des kilomètres. Les trois compagnons déchargèrent du speeder les affaires dont ils allaient peut-être avoir besoin et avancèrent, circonspects, sur le tapis souple de mousse vert clair où leurs bottes faisaient occasionnellement craquer les épines tombées des hautes branches qui les dominaient. L'air était plus sec qu'à découvert, et imprégné d'un parfum de sève agréable. Ils se déplacèrent entre les immenses troncs fins des conifères, Garen en tête avec le plan détaillé.
-Je crois qu'on s'en approche, remarqua Obi-Wan en désignant des blocs de pierre polie partiellement recouverts de mousse qui semblaient délimiter un chemin depuis longtemps effacé.
Des marques de toute évidence taillées à la main ornaient leur surface, probablement des indications dont le sens avait été perdu.
-Des bornes, expliqua Onice. Oui… L'annexe ne doit plus être loin.
-D'après ton plan, on devrait bientôt arriver en vue de l'entrée, fit Garen.
La jeune femme plissa les yeux.
-Il n'y a pourtant rien ici…, réfléchit-elle à voix haute. Elle se trouverait en sous-sol ?
Ils suivirent les petits rochers qui les conduisirent à une butte moussue sur laquelle avait poussé un grand pin greanus dont les longues branches formaient une épaisse couverture vert sombre, protégeant le sol à dix mètres à la ronde. Sous ce toit naturel, la chaleur était étouffante. Garen rangea son plan et posa son sac à terre, imité par Onice.
-Je crois que nous l'avons trouvée, dit-il simplement d'un ton néanmoins incertain.
Obi-Wan s'avança vers la paroi quasi-verticale de la butte et dégagea la pierre de quelques racines fines et de lichen résistant, révélant une cloison qui aurait pu paraître presque lisse s'il n'y avait eu autant de fissures en son travers. Au centre était creusé un cercle, et il ne fallut pas longtemps aux jeunes gens pour deviner à quoi il était destiné. Kenobi se tourna vers Garen et lui sourit :
-A toi l'honneur.
Son cadet attrapa la Tuelen-Tah dans le sac d'Onice et s'approcha du mur, fébrile. Le croissant de lune et sa flèche en métal s'emboîtèrent parfaitement dans l'espace avec un raclement.
-Bon, et maintenant ?
-Je ne sais pas, dit Onice en s'approchant. Je pensais que le mécanisme se déclencherait tout seul. Il faut peut-être la tourner manuellement…
Muln pinça les lèvres en une moue dubitative. Il tint la clé à la surface irrégulière comme il put, et tenta de la faire bouger. Rien n'y fit, elle ne céda pas d'un millimètre.
-Ca ne sert à rien, renonça-t-il après une dernière tentative où il crut s'arracher les doigts pour de bon. Je ne vois pas quoi faire d'autre.
Il retira la clé pour l'inspecter, et à peine l'eut-il sortie que tout un morceau de roche se détacha, pour tomber à ses pieds.
-Voilà qui explique tout, fit Obi-Wan avec un sourcil levé. Ca doit être en miettes à l'intérieur. Après tout, ça date d'il y a un bout de temps déjà…
-Normalement ça ne devrait pas compter, intervint Onice. Mais à l'époque, après la fermeture du temple, ils ont dû bâcler l'annexe, choisir les mauvais matériaux. Ou alors ils ont tout simplement mal reproduit le mécanisme de la porte du temple. La Tuelen-Tah date de bien avant l'annexe…
Garen rangea la clé qui finalement ne leur était d'aucune utilité.
-J'ai bien un moyen plus rapide pour nous frayer un chemin à l'intérieur, suggéra-t-il avec un sourire malicieux en posant une main sur le sabre laser à sa ceinture.
-Tu plaisantes ? s'exclama Onice. Il n'est pas question qu'on massacre un vestige archéologique avec une arme ! Je refuse, ne serait-ce que pour le principe.
-Il faudrait qu'on y aille à mains nues par cette chaleur ? répliqua Garen avec la même incrédulité.
Il fut davantage abasourdi en constatant qu'Obi-Wan était déjà en train de décrocher sa ceinture, se préparant au dur labeur. Face à l'expression médusée de son ami, le Jedi haussa les épaules.
-Je ne sais pas pour toi, mais j'ai bien envie de voir ce qui se cache là-derrière, lui dit Kenobi. Autant arrêter de perdre du temps en bavardages et s'y mettre, la roche n'a pas l'air solide.
-Alors ça, je ne l'aurais pas cru ! s'étonnait Muln. Il faut vraiment que tu arrêtes d'obéir sans broncher !
-Et quand est-ce que tu arrêteras de te plaindre ? rétorqua son compagnon en retirant sa tunique, la chaleur le faisant déjà transpirer.
Onice sourit en observant les deux amis. Après quelques vaines protestations, Garen se joignit à Obi-Wan et commença à arracher des plaques entières de roc, s'appliquant à les déposer délicatement au sol sous le regard faussement sévère de la jeune femme. Le soleil, qui était à présent haut dans le ciel, fit augmenter la température de plusieurs degrés sous les épais branchages, obligeant les deux chevaliers à fournir des efforts considérables pour dégager l'entrée.
La jeune femme essaya de se concentrer sur la tâche actuelle et de ne pas regarder, mais elle ne put résister longtemps à la tentation. Il lui était impossible de ne pas voir ces épaules larges, parfaitement arrondies, la forme de trapèze de son dos, les omoplates anguleuses qui ondulaient en rythme avec les muscles saillants à chacun de ses gestes. Ses yeux se fixèrent malgré elle sur la peau luisante de sueur, que le soleil d'une planète lointaine avait rendue dorée, et elle s'en rappela la douceur infinie quand…
Elle ferma vivement les paupières en se mordant la lèvre. Ce n'était vraiment pas le moment. Heureusement, Garen prit la parole et la sortit de ses pensées.
-Je crois que c'est bon, déclara-t-il, les dents serrées par l'effort alors qu'il tirait un dernier morceau de pierre avec l'aide d'Obi-Wan.
La roche s'écroula enfin, révélant un passage obscur qui descendait dans les profondeurs de la butte. Un courant d'air froid en provenance du cœur de la roche vint à leur rencontre, emmenant avec lui une vague odeur de calcaire et des sons caverneux. La moindre goutte d'humidité tombant sur le sol était amplifiée et prenait des airs d'instrument à percussion. Obi-Wan grelotta face au changement subit de température et enfila de nouveau sa tunique sans prendre la peine de la refermer tandis qu'Onice sortait des lampes pour les distribuer aux deux Jedi. Elle passa devant, confiante, et entra.
Le corridor qui descendait vers la base de la butte était très sobre et sans réel intérêt, aussi ne s'attardèrent-ils pas. La jeune femme éclaira un linteau sculpté.
-L'entrée de la salle, devina-t-elle, sa voix se répercutant contre les parois et couvrant momentanément l'écho de leurs respirations.
Au moment où elle posa le pied à l'intérieur de l'annexe, un système électronique se mit en marche et la pièce fut illuminée. Elle n'était pas très grande, ils pouvaient déjà en voir les limites et constater qu'il n'y avait pas de salle secondaire. Tout au fond, éclairé par une source de lumière en hauteur et sur une estrade carrée, se trouvait une sorte d'autel circulaire aux bords incurvés. Douze colonnes organisées en quatre rangées soutenaient le plafond et étaient reliées entre elles par dix énormes bibliothèques massives dont les étagères étaient recouvertes d'ouvrages.
-Je ne vois pas l'holocron, commença Obi-Wan en éteignant sa lampe avec un moulinet du poignet à la façon d'un sabre laser.
Garen lâcha un soupir de contrariété en avançant dans l'annexe.
-Alors à ton avis, Onice ? Il est toujours dans le temple ?
Elle s'approcha d'une colonne, l'air concentré.
-Possible. Mais avec toute cette documentation on le trouvera forcément.
-Oui mais quand…
-Regardez ça, appela-t-elle en passant ses doigts sur la colonne.
Obi-Wan suivit son regard et distingua des séries de traits gravées dans la pierre.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Du ghuar. Une langue cérémonielle dont il ne nous reste presque plus rien aujourd'hui. Le dialecte de Calaghin en est un dérivé. Mais je l'ai assez étudiée à l'académie de Balmondin pour arriver à la déchiffrer. Regarde, il y en a sur toutes les colonnes. C'est surprenant.
-Pourquoi surprenant ? demanda Garen en examinant les antiques blocs sur les étagères.
-Parce que pendant très longtemps, durant la période de la construction de cette annexe, écrire en ghuar était considéré comme blasphématoire.
-Et ça aurait été toléré ici ? s'interrogea Obi-Wan.
-Non, justement, répondit-elle. Mais on peut voir d'après le caractère imprécis des traits que la gravure a été bâclée, comme faite précipitamment, ou en tout cas, pas par un expert. Peut-être juste avant que l'annexe ne soit condamnée.
-Ca pourrait donc être important, comprit le chevalier.
-Exactement, sourit-elle en sortant un appareil de son sac afin de le passer à plat sur la pierre, scannant les écritures.
-Pourquoi cette personne n'a pas noté ce qu'elle voulait dire dans l'un des blocs ? demanda Garen, toujours en pleine exploration de volumes.
-Tout bêtement parce qu'à l'époque peu de monde parlait le basic, et il n'était pas à la portée des paysans Cynelères de se servir d'un databloc. Il est aussi possible que ce soit purement ornemental.
-Et comment fais-tu pour déchiffrer ces traits ? demanda Obi-Wan, intrigué.
-Ce n'est pas très compliqué une fois qu'on a compris le principe. Ca se lit avec les doigts.
Elle continua de lui expliquer tout en scannant les colonnes.
-Il y a sept séries de syllabes-racines, et dans chaque série, quatre lettres. Les lettres sont faites de traits que l'on compte en posant ses doigts dessus. Les sept syllabes-racines, appelées ghu, correspondent chacune à un arbre, y apportant des nuances tirées des propriétés soi-disant magiques du végétal.
Elle se tourna vers Obi-Wan et sourit.
-Tu peux donc constater que notre culture est largement basée sur les arbres…
-Des racines communes avec les Ngoreks des lunes forestières de Totaba peut-être, suggéra-t-il, pince-sans-rire.
-Qui sait… Tu m'imagines avec le crâne chauve et de grands bras poilus ? Ca offrirait tellement de nouvelles possibilités, répliqua-t-elle avec un sourire éloquent.
Depuis l'autre bout de la salle, Garen - qui n'avait pas manqué un mot de la discussion - éclata de rire, et Obi-Wan perdit brutalement son assurance, comprenant à quoi elle avait fait allusion.
-Je retire ce que j'ai dit, se corrigea-t-il, tentant de conserver un air digne.
Garen les rejoignit alors, maussade.
-Je crois que cette fameuse documentation ne nous sera pas très utile, révéla-t-il. C'est écrit en basic, et d'après ce que j'ai vu, il s'agit soit de recueils sur la vie quotidienne, soit de récits sur les esprits de la forêt, ou d'indications pour mener à bien une cérémonie. Je n'ai pas regardé partout, mais je n'y crois pas trop.
-On va emmener tout ce qu'on peut, et on verra ça à Calaghin, lui dit Onice.
Obi-Wan ne les écoutait plus que d'une oreille, intrigué par une courte succession de symboles linéaires. Il était inexplicablement fasciné, comme attiré par les traits simplistes qui lui semblaient pourtant lourds de signification.
-Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? demanda-t-il doucement.
Onice le rejoignit, posa une main sur chaque ensemble, et compta les traits. Elle eut un moment de réflexion puis répondit :
-Tuele. Gardien.
-Gardien, répéta Obi-Wan en un murmure, essayant inconsciemment de trouver ce qui le troublait tant dans un mot aussi commun.
-Bon, fit Garen. Je vais charger les blocs dans le speeder pendant que tu finis de scanner les piliers.
Onice hocha la tête et se remit au travail. Obi-Wan, lui, n'avait pas bougé et observait toujours fixement le symbole. Un appel de Garen le ramena à la réalité.
-Obi, tu me donnes un coup de main ?
-Oui…, répondit-il. J'arrive.
Il détourna son attention de la colonne et s'aperçut qu'il avait sa Pierre de Rivière dans la main. Il ne se rappelait pas l'avoir prise, mais le petit minéral noir strié de rouge - et sensible à la Force - s'était réchauffé, et brillait. Il regarda une dernière fois les écritures et se dirigea vers une étagère, prenant des ouvrages au hasard.
"Le gardien…"
Il secoua la tête et repartit vers la surface.


~*~


Au temple Jedi de Coruscant, les premiers cours de la journée venaient juste de commencer, libérant les halls et le réfectoire qui avaient été bondés à peine quelques minutes plus tôt. Mace Windu, qui avait pris son petit déjeuner avec un groupe de chevaliers sur le point de partir en mission, parcourait les larges couloirs clairs d'un pas ample et silencieux, sa stature dégageant une force intimidante. Il salua une de ses connaissances d'un hochement de tête avec l'ombre d'un sourire et poursuivit sa route à travers le temple. Il emprunta un turbolift qui devait le conduire aux niveaux supérieurs, et les hautes portes argentées allaient se refermer sur lui quand une voix lui parvint :
-Attendez ! Retenez-le !
Windu appuya calmement sur le bouton d'attente et observa avec une pointe d'amusement un jeune padawan d'une quinzaine d'années pénétrer en hâte dans le turbolift, chargé de plusieurs gros sacs de voyage.
-Merci, souffla l'adolescent, épuisé par sa course, pour se redresser précipitamment en reconnaissant le membre du conseil.
-Je t'en prie, padawan Jekin. Je suppose que Tegen Theides t'attend.
Mace avait en fait assigné le garçon et son maître à une mission la veille, et il se doutait que l'apprenti était sur le point de rejoindre leur transport.
-Oui, j'ai été retenu par maître Gallia, et je devais passer prendre nos affaires. J'espère ne pas être en retard…, s'angoissait-il.
-Tu n'es pas à cinq minutes près, le vaisseau attendra, le rassura posément Windu.
Le turbolift s'arrêta à l'étage des premiers hangars et Jekin sortit rapidement, voûté sous le poids du matériel qu'il emmenait avec lui.
-Merci, maître Windu, dit-il encore.
Le Jedi inclina la tête et reprit son ascension jusqu'au sommet du bâtiment qui reliait deux des quatre tours de l'édifice. Le lift s'arrêta enfin, et il pénétra dans un couloir assez étroit et au plafond bas, éclairé par des fenêtres ovales espacées, mais surtout par plusieurs lampes murales. Le sol était lisse, reflétant les murs sculptés décorés de magnifiques tableaux. Ce niveau était exclusivement réservé aux doyens du temple, leur fournissant un espace calme, retiré de l'activité engendrée par les initiés, et propice à la méditation.
Mace Windu avança sur quelques mètres jusqu'à une porte discrète que le visiteur extérieur n'aurait pas remarquée. Il appuya sur la commande d'ouverture et entra. La pièce était très petite, ne comprenant que quelques sièges, et obscurcie par les stores qui avaient été descendus par habitude le long des fenêtres. Confortablement installé sur l'un des fauteuils ronds, le vénérable maître Yoda méditait. Il sentit immédiatement l'entrée de son confrère et ouvrit lentement ses yeux citrins afin de l'observer pendant qu'il s'asseyait en tailleur à côté de lui.
-Il a appelé ? demanda Windu.
-Non. Mais à attendre longtemps nous n'aurons pas.
Mace secoua la tête et s'apprêtait à parler quand l'holocom qui se trouvait devant eux émit effectivement un son faible, signalant l'arrivée d'un appel. Yoda passa furtivement une main griffue vers l'appareil qui s'activa et l'image bleutée de Garen Muln apparut.
-Pardon pour mon retard, maîtres, s'excusa-t-il d'abord. Mais nous étions assez occupés, ça m'était sorti de l'esprit.
-Je viens juste d'arriver, déclara Windu. Tu as découvert quelque chose ?
-Oui, nous avons retrouvé l'annexe.
L'hologramme grésilla un instant, la connexion se troubla, puis se rétablit. Les liaisons depuis Cynele III étaient mal assurées en raison du statut politique de la planète.
-Le seul problème est que l'holocron ne s'y trouvait pas.
Les oreilles de Yoda se rabattirent légèrement, montrant sa déception.
-Des indices y avait-il ?
-A dire vrai, oui. Nous avons trouvé des inscr…ions sur les col…nnes. Mais le pro…me est que tout est écrit d…s une langue ancienne que l'on ne connaît pas.
Garen disparut, réapparut. La connexion sembla s'améliorer.
-Je ne s… pas combien de temps ça risque de prendre.
-Fais de ton mieux, ce n'est pas si urgent, le rassura Mace Windu sous le regard désapprobateur de Yoda.
-Il y a aussi autre chose…, continua Muln.
Le jeune chevalier baissa la tête, chercha ses mots.
-Un homme est mort, avoua-t-il enfin de but en blanc, ne trouvant pas d'autre moyen de le dire. J'ai… j'ai fait une erreur de calcul.
Il grimaça, réalisant combien la formulation avait été mal choisie.
-C'était l'un des hommes qui avaient attaqué maître Clee, je peux l'affirmer, mais… Je sais que ça n'excuse pas…
Il s'interrompit et détourna son regard un instant. Yoda fronça les sourcils. Il arrivait quelques fois qu'au cours d'une mission un Jedi soit forcé d'ôter la vie, chose qui était toujours perçue comme répugnante, et ce n'avait pas été la première fois dans le cas de Garen Muln, il le savait. Il y avait déjà été obligé à l'âge de quinze ans, et au bout de plusieurs jours de méditation il avait réussi à accepter sa culpabilité, et l'inévitabilité de tels événements. Aussi ne comprenait-il pas la terrible honte qu'il exprimait devant eux. Cette mission, en plus de son importance pour l'Ordre, pouvait s'avérer une épreuve capitale pour le jeune chevalier. Il devait accepter un certain nombre de choses, affronter ses démons.
-A méditer sur cela tu vas t'appliquer, lui dit-il avec indulgence. Comprendre ce qui est arrivé et pourquoi, tu dois.
-Bien, maître, obéit Muln, soulagé d'être guidé.
-Autre chose à signaler ? interrogea Windu.
-Non, pas pour l'instant. Je pourrai peut-être vous en dire plus demain.
Garen marqua une petite pause, et demanda une dernière chose :
-Comment va maître Clee ?
Le regard de Mace Windu se radoucit, et il répondit d'un ton compatissant :
-Toujours aucun changement. Nous sommes plusieurs à passer la voir régulièrement. Bant est au temple en ce moment et reste auprès d'elle autant qu'elle peut.
Le jeune homme hocha la tête.
-Merci.
-Poursuis ta mission, conclut Yoda. Persister tu dois. Importante est cette quête.
-Oui, maître. Je le retrouverai.
A ces mots, l'hologramme disparut, et l'appareil s'éteignit. Un long silence s'installa alors, volontairement entretenu par Mace Windu qui regardait fixement l'holocom, la mine sévère. Plusieurs minutes s'écoulèrent sans qu'un seul mot ne fût prononcé. Yoda, qui par entêtement refusait de céder le premier, se contenta de soupirer bruyamment, montrant par la même occasion sa légère exaspération face au scepticisme de son confrère.
-Je ne comprends pas cette obstination, finit par avouer Windu. J'admets que Skywalker pourrait être l'Elu, si on peut se fier à la prophétie. Mais nous borner à chercher cet holocron à tout prix pourrait nous coûter beaucoup.
-Un prix à payer nous aurons peut-être, concéda Yoda. Mais en danger est l'équilibre même de la Force. Tout faire pour le protéger nous devons.
Le vieux maître se détourna, et son regard se fit distant.
-D'autres recherchent l'holocron. Il ne fait aucun doute que du Sith il s'agit, car son importance personne d'autre ne connaîtrait.
-Ce retour imprévu des Sith est surprenant, certes. Mais il est inutile de céder à la panique.
Yoda secoua la tête, attristé d'être apparemment le seul à comprendre l'enjeu de cette recherche.
-Bien informé était ce Sith, pour prévoir l'attaque de Naboo. Que Skywalker est l'Elu, il ne tardera pas à savoir, s'il ne le sait déjà, et en grand péril le garçon sera alors. C'est pour cela que le surveiller nous devons, et le protéger.
-Je suis d'accord, fit Windu. C'est la raison pour laquelle Obi-Wan est parti à sa recherche.
-L'une des raisons.
-Mais l'holocron Initiem est tellement vieux… Je n'ai eu que rarement l'occasion de lire quelques extraits rapportés dans nos encyclopédies, et ça avait l'air si obscur que je doute que l'on puisse s'y fier.
-Née avec cet holocron, est la prophétie, lui rappela sévèrement Yoda, son visage ridé plus grave qu'à l'accoutumée. Dans son intégralité. Et que l'équilibre ne repose pas sur un, mais trois enfants de la Force, personne d'autre ne doit le savoir. Si l'Elu nous perdions, conserver les deux autres dans l'anonymat nous devrons. Un cercle ils formeront. Et de chacun dépendra les autres. Commencé, a déjà le lien qui les unira, et le défaire il sera impossible. Notre meilleur atout pour les jours sombres cela restera.
Le vénérable Yoda descendit agilement de son siège, attrapa sa canne, et quitta lentement la pièce sans autre forme de courtoisie, laissant à Mace Windu le loisir de méditer encore sur les vérités qu'il venait de répéter. Il était temps pour eux d'ouvrir les yeux afin de pouvoir aider de toutes leurs forces les trois êtres qui en auraient besoin en temps voulu. Il s'arrêta devant l'une des fenêtres, et leva les yeux vers le ciel. Le Mal avait déjà commencé à pourchasser l'Elu, et il ne savait pas si un jour ou l'autre, celui-ci n'allait pas tomber entre ses griffes.
Il tapa résolument sa canne sur le sol. Il garderait les deux autres dans l'ombre, protégés par un secret qu'il ne laisserait personne divulguer.


~*~





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